Les plus jeunes ont aussi droit à leurs livres écolos !
Le 23 janvier 2013 | Par Agnès
Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.
Pour entamer notre thématique mensuelle consacré à l’enfant écolo, Emmanuelle a partagé son expérience peu commune et très attrayante : celle de la cantine à la maison. Pour le deuxième article, Grégoire s’est lancé dans un exercice intéressant : comment son adolescent de fils gère-t-il son acquis d’éducation écolo ? Pour ce nouvel article, nous avons posé quelques questions à deux éditeurs de littérature jeunesse orientée développement durable.
Albert et Séverine éditent tous les deux des livres destinés aux enfants dans une philosophie et une pratique éminemment écologiques. Si la maison d’édition d’Albert, Pour penser à l’endroit, compte plus de 10 printemps, celle de Séverine, Vert Pomme, en est à ses premiers pas. Entretien croisé de deux éditeurs engagés au service de l’écologie.
:: Ecolo Info. Comment est née votre maison d’édition ?
Albert : Ma soeur Aline avait écrit en 1999 un livre, La princesse et la bergère et deux autres contes, qui abordait trois sujets importants : le bonheur, la mort et la confiance en soi. Elle l’avait publié dans un premier temps en auto-édition. En 2002, quand j’ai souhaité me réorienter professionnellement, j’ai trouvé intéressant d’accompagner Aline dans un projet qui se rapprochait de mes préoccupations de jeune papa.
Séverine : J’ai commencé à illustrer puis à écrire il y a plusieurs années déjà, après un début de carrière très
différent, dans un secteur industriel à impact environnemental assez fort… et Arthur et Cie (éditeur
indépendant « pour les p’tits écolos ») m’a fait confiance dès 2009. Je souhaitais que mes publications puissent s’adresser à des lecteurs un tout petit peu plus vieux, et que la bande dessinée, genre que j’aime depuis toujours, y trouve sa place.
En mai 2012, un accident sportif m’a immobilisée… et m’a permis de réfléchir posément à ce projet, puis de le bâtir. Entre mai et septembre, j’ai donc pris le temps de créer cette petite marque qu’est Vert Pomme et de faire entièrement ses deux premières publications, aussi, afin de la lancer.
Je suis attachée à plusieurs choses : parler si possible d’écologie en ville tout autant qu’à la campagne (les petits citadins doivent se sentir impliqués aussi, il n’y a pas que les problèmes de pesticides et de semences transgéniques…) et faire régulièrement passer le message que chacun peut et doit faire sa petite part (comme le colibri de la légende !), mais sans culpabiliser les lecteurs potentiels, ni dramatiser. Il faut rester dans le positif !
:: E.I. Comment choisissez-vous les auteurs et illustrateurs avec lesquels vous travaillez ?
Albert : Les choix se font au coup de cœur, au frisson, à l’envie, à l’intuition. Aucune démarche marketing ou de calendrier dans le choix des sujets. Nous souhaitons privilégier des projets où la part intuitive est importante. L’idée est de s’appuyer sur des textes sensibles pour créer un fil de discussion avec l’enfant.
Séverine : Les textes sont le premier élément que je choisis, je marche avant tout au coup de coeur. Certes, ils doivent pouvoir s’adapter à la forme très particulière de la bande dessinée, mais c’est avant tout le ton, la manière d’aborder une problématique, qui doivent me plaire dès la première lecture. Ils doivent aussi permettre d’y insérer par petites touches des éléments d’information et de pédagogie – mais en restant légers, « comme si de rien n’était ».
Pour l’illustration, parfois les auteurs se présentent tout simplement en binôme avec un(e)
dessinateur(trice) qu’ils connaissent bien et me proposent un projet global, soit je cherche la
personne qui me semble la plus adaptée, avec des critères assez larges sur le style, le « trait », mais
toujours avec cette contrainte de devoir travailler sur des petites BD.
:: E.I. Vous êtes à la tête d’une entreprise éco-responsable. Concrètement, comment cela se traduit-il ?
Séverine : C’est une toute petite entreprise ! Pour le moment, je suis seule, donc je pense que concrètement cela me facilite les choses en termes d’éco-responsabilité. Le bilan-carbone de Vert Pomme n’est quasiment lié qu’à mes propres actes. Je dématérialise le maximum de choses, échanges de courriers, comptabilité, archivages de toutes sortes, me limitant au strict nécessaire de papiers pour Vert Pomme.
Pour les livres, par contre, je n’ai pas, à ce jour, franchi le pas de l’édition numérique… J’ai choisi mon imprimeur sur des critères d’engagement dans le développement durable (labellisé Imprim’vert, PEFC ) autant que sur des critères de prix.
Albert : Nous imprimons à moins de 100 km de notre lieu de stockage, nous utilisons du papier labellisé ou recyclé, nous donnons une seconde vie aux rebus issus de l’impression (feuilles de calage, plaques…). Pour les salons, nous essayons de privilégier des solutions de co-voiturage, ou le train. L’aspect social nous importe également, et nous avons fait le choix de travailler avec Qualea, une entreprise adaptée, pour une partie de nos expéditions.
Nous sommes par ailleurs membres fondateurs des éditeurs écolo compatibles, un collectif créé en 2009 afin d’échanger sur l’éco-conception des livres. Pour la distribution en librairie, nous ne pratiquons pas le placement d’office qui induit bien souvent de nombreux allers et retours de livres ainsi que de la destruction massive : environ un tiers de la production.
:: Quelles difficultés rencontrez-vous ?
Séverine : Comme pour toute la petite édition je crois, la plus grosse difficulté est la diffusion. C’est une étape
cruciale dans la chaîne du livre, et elle est coûteuse. Beaucoup de choses circulent sur des regroupements de petits éditeurs indépendants… un peu dans l’esprit de « l’union fait la force ». Certes. De bonnes intentions mais peu de choses concrètes, même au niveau régional.
Actuellement, je tente des choses, avec Arthur et Cie dans ce domaine, donc si un moyen alternatif à la diffusion traditionnelle peut exister de manière durable auprès des scolaires, par exemple (un public que nous visons pour nos publications), ou des lieux culturels, nous allons agir de ce côté-là.
Albert : Par rapport à d’autres éditeurs de même taille, nous sommes tenus de vendre beaucoup plus d’ouvrages pour générer un revenu brut équivalent. Pour un même résultat, nous devons donc investir beaucoup plus en termes de communication et de visibilité. Aujourd’hui, les règles du jeu ne favorisent pas l’éco-responsabilité. Difficile de trouver une équation qui soit à la fois économiquement profitable et écologiquement/socialement cohérente.
++ Pour aller plus loin ++
- Le site de Vert Pomme
- Le site de Pour penser à l’endroit











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[...] son adolescent de fils gère-t-il son acquis d’éducation écolo ? Puis Agnès a proposé des échanges croisés entre deux éditeurs de littérature jeunesse orientée développement durable. Au tour d’Albert de nous parler d’une école et [...]
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