Microalgues : demain dans mon assiette et… dans mon réservoir !
Le 21 décembre 2012 | Par Agnès
Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.
Qui l’eut cru ? Dans ma bonne ville de Libourne, tranquille sous-préfecture girondine, est installée une société de biotechnologie industrielle qui se paye le luxe de damer le pion à ses consœurs américaines et japonaises : Fermentalg est spécialisée dans la production de molécules d’intérêt à partir de microalgues que l’on pourrait demain à la fois retrouver dans nos assiettes… et dans nos réservoirs !
Une «biotech industrielle» au coeur du vignoble bordelais
Au départ, il s’agit de prélever des microalgues que l’on retrouve un peu partout dans notre environnement. Et contrairement à ce que l’on peut imaginer, elles ne se trouvent pas uniquement en milieux humides. Chez Fermentalg tout le monde est mis à contribution pour la récolte et personne ne part en vacances ou en déplacement sans emporter dans ses bagages de quoi récupérer des souches locales.
A la question « Comment repérer un « bon » endroit pour les microalgues ? », Pierre Calleja, le sémillant PDG de Fermentalg reste vague, il concède juste que les coins à microalgues sont un peu comme les coins à champignons : ils ne se divulguent pas !
Au retour à Libourne, les microalgues connaitront tout un processus de traitements dans différents labos aux machines complexes pour donner des souches qui serviront à produire des lipides, des pigments, des hydrocarbures, des alcools, des esthers, des biopolymères, des molécules plateformes…
Pour tout comprendre dans les moindres détails techniques, prenez le temps de visionner cette vidéo :
Les microalgues : si méconnues et si prometteuses !
7 décembre 2012, un jour qui compte pour Fermentalg : celui de la présentation aux journalistes et au public d’une voiture roulant avec un agrocarburant produit à partir de microalgues, grande première au niveau européen ! Même si pour le moment, les microalgues entrent juste pour 7% dans la composition totale du carburant, ces 7% ont été normés par le groupe Avia qui s’est engagé à en vendre.
Pierre Calleja affirme qu’un véhicule pourra rouler avec dans son réservoir de l’algocarburant, un carburant exclusivement composé de microalgues. Ouf, cela signifie donc que nos voitures sont sauvées ? En réalité, la mise au point de cet algocarburant permettrait de s’affranchir de la dépendance aux énergies fossiles et de limiter de façon drastique nos émissions de gaz à effet de serre.
Crédit photo : Agnès Séjournet
Du réservoir à l’assiette, les microalgues sont pleines de promesses ! Certaines souches produisent des oméga-3 particulièrement recherchés en raison de leurs nombreux bienfaits pour la santé.
Pour mémoire, les oméga-3 sont classés acides gras essentiels, nécessaires au développement et au bon fonctionnement du corps humain et on les retrouve dans les poissons gras sauvages. Une production d’oméga-3 issue des microalgues relâcherait bien évidemment la pression sur les populations de poissons sauvages.
Si les oméga-3 sont bons pour les humains, ils le sont aussi pour les animaux et Fermentalg travaille également à l’exploitation de tourteaux riches en protéines et lipides destinés à l’alimentation animale. Des tourteaux de microalgues pour nourrir les animaux plutôt que des tourteaux en provenance du Brésil où la forêt primaire est sacrifiée aux dépens des champs de soja, vous la voyez la différence ?
Décidément touche à tout, les microalgues produisent des antioxydants, des pigments mais aussi des vitamines (A, E, B1, B3…) qui peuvent être utilisés dans les produits cosmétiques pour lutter par exemple contre la sécheresse cutanée, contre les radicaux libres ou encore aider au renouvellement des cellules. Certaines souches ont même des propriétés détoxifiantes et permettent de ralentir le vieillissement cellulaire.
Crédit photo : Agnès Séjournet
Fermentalg en chiffres
- 2009 année de création de Fermentalg
- 36 salariés
- 1300 souches de microalgues dans la « salle du trésor » de l’entreprise
- 14 familles de brevets déposées au 30 juin 2012
Sachez enfin que Fermentalg recrute ! Si vous êtes ingénieur ou chercheur dans ce domaine, n’hésitez pas et adressez-leur votre cv. Lors de notre visite, Pierre Calleja déplorait n’avoir pu garder une des ses brillantes collaboratrices tout juste « chipée » par une entreprise de la côte ouest américaine.
Aucun risque de délocalisation pour lui : il défend avec ardeur son implantation locale et souhaite par dessus tout montrer qu’on peut être une biotech industrielle leader mondial dans un secteur pointu depuis les rives de l‘Isle !









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