Newsletter

Recherche

Aide RSS FanPage FB Twitter

Matière grise pour évolution verte

Mode de vie » Alimentation

Je suis flexitarienne et j’assume ! (#1)


Le 19 novembre 2012 | Par


Continuons à explorer notre thématique pour ce mois de novembre : l’alimentation, vaste sujet qui se concentrera plus particulièrement sur des façons différentes de se nourrir. Après un premier article rassemblant quelques ouvrages essentiels pour cuisiner et s’alimenter autrement, Nathalie nous a proposé l’interview de l’un des deux créateurs d’un fast food parisien pour végé. Puis Grégoire nous  a fait partager une expérience culinaire peu banale en nous proposant les services d’une chef en haute gastronomie végétale. Un témoignage aujourd’hui, celui de Stéphanie, flexitarienne.

C’est chaque fois pareil. Quand on me demande si je suis végétarienne (sur la base, je suppose, de mes convictions écologistes et d’une apparence physique qui n’évoque probablement pas l’andouillette et le saucisson quotidiens) je réponds que je suis flexitarienne. La réaction varie assez peu « Flexi-quoi ? »

Flexitarien= néologisme d’origine américaine, issu de la contraction de «flexible» et «végétarien», et qui témoigne d’une approche souple du végétarianisme.

 

Une reconversion alimentaire mal maîtrisée

En 1995, je suis devenue végétarienne. Face à l’aberration écologique de l’alimentation carnée, mon choix a été vite fait. Ma mère, qui pratique le yoga depuis les années 60, m’a transmis sa vision holistique de la préservation des ressources et du respect du vivant. Nous avons ainsi été végétariennes strictes au milieu des années 70, ce qui à l’époque constituait une originalité… Jusqu’à ce que les protestations de mon père, carnivore dans l’âme, mettent un terme définitif à «la nourriture de lapin» en faveur d’un retour aux classiques –dans lequel figurait d’ailleurs ledit lapin, mais sous forme de civet. Le civet de lapin, grand repère sentimental paternel… C’était l’une des spécialités culinaires de ma grand-mère, qui au cours de sa longue vie de paysanne du Jura, en égorgea et en dépeça certainement un nombre impressionnant.

Ma deuxième conversion, à l’âge adulte, quoique sincère, était immature, et j’ai mis longtemps à comprendre que je souffrais de carences. J’ai arrêté la viande comme on arrête de fumer, brutalement, en la supprimant du jour au lendemain, mais sans bien connaître les mécanismes à adopter pour remplacer les nutriments importants qu’elle contient. Etre végétarien, c’est bien, mais on ne dira jamais assez combien il vaut mieux l’être de façon informée et organisée, pour éviter certains déficits nutritionnels.

Être végétarien, c’est bien, mais on ne dira jamais assez combien il vaut mieux l’être de façon informée et organisée, pour éviter d’éventuelles carences, surtout lorsqu’on est une femme. Si elle n’y prend garde, une végétarienne est une anémique en puissance.
Ça a été mon cas : après quelques années de pâtes-salades-légumes-poisson-œufs, j’ai commencé à souffrir de fatigue, perte de cheveux, irritabilité…. J’ai longtemps ignoré ces signaux, pensant que c’était le juste prix à payer pour ma conscience allégée, et une minceur désormais définitive (peu de végétariens ont des problèmes de poids, ce qui explique probablement l’engouement apparent de nombreuses jeunes filles ….)

Au milieu des années 2000, j’ai renoué avec la consommation de viande, à la faveur d’une côte de boeuf saignante, préparée par mon amoureux d’alors, et que j’ai savouré comme un fruit défendu. Je n’ai jamais été de ces végétariens qui n’aiment pas la viande — au contraire—et j’ai donc plongé à nouveau dans le plaisir coupable, vite digéré, de la viande grillée, du saucisson, du poulet rôti, ou même de la blanquette de veau. J’ai ainsi fait l’expérience des petits arrangements avec ma conscience, telle une ancienne fumeuse en rechute, qui s’accorde la cigarette occasionnelle (celle qui fait vraiment plaisir) en rêvant du jour où elle arrêtera à nouveau, pour de vrai cette fois ….

Le tournant décisif

En 2010, j’ai lu Eating Animals, de Jonathan Safran Foer (Faut-il manger des animaux ?, Editions de l’Olivier, 2011). Inutile d’en parler ici, si ce n’est pour dire que ma vision de la consommation de viande, comme tous ceux qui ont lu ce livre, a été changée pour toujours. Désormais, grâce à Foer, on ne peut plus dire « mais l’homme a toujours tué des animaux pour se nourrir ! ».

Les conditions actuelles de l’élevage et de l’abattage des animaux à l’échelle industrielle constituent une triple négation : celle du respect du vivant (bêtes et hommes travaillant dans cette filière), de la planète et de ses ressources, et celle du principe de précaution en matière de santé publique. L’élevage industriel n’est pas seulement moralement injustifié, c’est une bombe à retardement écologique et sanitaire.

Le résultat : je n’ai pas arrêté complètement de manger de la viande. Je suis flexitarienne, c’est à dire que mon régime est principalement végétarien, mais qu’il m’arrive de manger de la viande. En revanche, je ne le fais que lorsque je connais sa provenance. Dieu merci, il existe encore en France des agriculteurs nobles et respectueux qui mettent tout leur cœur dans le fait de produire de la viande, des œufs, du lait, en respectant les animaux, l’environnement et les consommateurs. Chaque région a ses marchés fermiers, Biocoop et autres AMAP, il est donc relativement facile de s’approvisionner auprès d’eux.

J’ai donc adapté mon régime alimentaire en fonction de mes principes et de mes envies. Le flexitarianisme constitue le juste mariage entre les principes de raison et de plaisir.

Mais, en pratique, que mange une flexitarienne au quotidien ?

 

Pour le savoir, juste un peu de patience !

Notre rédactrice invitée : Stéphanie Gentilhomme, éco-communicante, un pied en Franche Comté et l’autre à Paris, flexitarienne, cycliste passionnée, qui rêve de faire des évènements musicaux des lieux de haute performance sociale et environnementale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


10 commentaires à “Je suis flexitarienne et j’assume ! (#1)”

  1. Pas mal comme concept, et effectivement nettement plus arrangeant pour la conscience !!! Ma consommation est plus proche de celle des flexitariens que des végétariens.

    L’idée de base « manger moins de viande » mais prendre plus de plaisir me fait penser à ce mouvement initié par les producteurs de vin Français pour : « boire moins mais boire mieux », un principe assez similaire.

  2. Camille dit :

    Intéressant. Mais juste une correction, aucune viande en France ne peut être éthique et respectueux, car au bout de l’élevage, il y a l’abatage. Et l’abatage tel que pratiqué dans tous les abattoirs de France ne permettent en aucun cas une mort respectueuse de l’animal, car elle se fait à la chaîne, et jamais dans des conditions satisfaisantes. Être flexitarien est une façon de se dédouaner et de se sentir moins coupable de manger de la viande, pas une position de respect envers les autres êtres vivants. Dans ce sens, dire « je réduis ma consommation de viande » me semble suffisant, car la dignité animale n’est pas le sujet principal d’un choix de réduction de viande. Ensuite, Stéphanie, si elle mangeait du poisson, n’était pas végétarienne, les végétariens ne mangeant pas de poisson, ni aucune chaire animale. Enfin, c’est vrai qu’être végétarien demande d’être attentif, mais c’est très facile d’équilibrer ses menus, contrairement au régime végétalien qui oblige à plus d’attention, et parfois la prise de compléments.

  3. Brigitte dit :

    Super, et que penses-tu du foie gras, bête amoureusement gavée dans la plus pure et dégueulasse tradition des : « en France des producteurs nobles et respectueux  » par mes voisins du Gers… Et pis les bonnes huîtres d’oléron ? T’en manges à Noël? Personnellement j’adore tout ça ! Y’a un bug ????
    Flexi ne veut rien dire, à moins de préciser à combien d’écarts on a droit par semaine ? Arrêter de fumer sauf des pétards, quoi ! C’est chouette. J’adhère.

    • Stephanie Gentilhomme dit :

      Merci Brigitte. J’ai beau être flexible, je bloque sur le foie gras… Je trouve le concept du gavage assez hard, d’un point de vue de respect animal. Quant à la valeur nutritive d’un foie par définition malade, probablement rempli de stress et de détresse.. mais chacun place la barre où il veut. Moi même, ça ne me dérange pas de consommer des huîtres, ni des moules ébouillantées vivantes.. Chacun fait avec sa conscience.
      Il ne s’agit pas de « compter les écarts « .. on n’est pas dans le régime Dukan ni les Weight Watchers. Le mot d’ordre, c’est manger en conscience, le moins de produits animaux possibles, mais sans oublier de se faire plaisir.
      PS: j’aime bien la comparaison avec les pétards :-)

  4. [...] nous a précédemment raconté comment elle est devenue flexitarienne et nous l’avions quitté sur une question : mais, en pratique, que mange une flexitarienne au [...]

  5. [...] Je suis flexitarienne et j’assume ! (#1) | Ecolo-Info From http://www.ecoloinfo.com – Today, 9:28 AM [...]

  6. carlier dit :

    Une Bonne biffle oui !!!

  7. [...] nous dévoilait son goût pour les aliments crus, tandis que Stéphanie assumait parfaitement son statut de flexitarienne. Camille pour sa part nous livrait ses secrets pour manger végétarien sans devenir [...]

Répondre