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Matière grise pour évolution verte

Eco-mobilité » Transports

Le jour où j’ai mis ma mobilité au régime


Le 17 février 2012 | Par

Redacteur Invite

Ses articles

Nous avons choisi de consacrer notre thématique de février aux transports doux. Après les conseils d’Anne-Sophie et David pour se faire le plein d’amis grâce au covoiturage, les éclairages d’un agent territorial travaillant à la mise en place de nouvelles formes de mobilité en Isère, les idées de Nathalie pour se déplacer écologiquement avec nos enfants, et le témoignage de Camille sur sa petite révolution dans ses déplacements au quotidien, voici un autre angle d’approche fondé sur la sobriété .

 

 

Quand on parle transports et pollution, on a pour habitude de focaliser notre attention sur les émissions de CO2. Pourtant, en se référant aux grands principes fondateurs de la physique, on a de quoi jouer le poil à gratter. La mobilité, c’est comme pour la bouffe : on peut être frugal et se raisonner. Voilà trois raisons à cela.

« Un bon déplacement est celui qui ne se fait pas »

Dès qu’on se déplace, on consomme de l’énergie : des calories du petit déjeuner au plutonium des centrales nucléaires, en passant par les chaînes carbonées des carburants fossiles, c’est un peu la cata.

Solution de base dans ces cas là ? Réduire ! Une mobilité raisonnée et frugale commence l’élimination de tous les déplacements qui ne sont pas nécessaires. Le raisonnement est évident, mais c’est un vrai sujet d’urbanisme et d’organisation du travail : bref, notre quotidien tel qu’on le connait aujourd’hui.

“Voyager léger”

Ne me dites pas que vous ne l’avez jamais ressenti après un bon repas ou (pire !) après quelques années de laisser-aller alimentaire… Le surpoids, ça nous fait ralentir. Et ce qui est vrai pour la marche à pied l’est aussi à vélo (essayez une côte en Velib’ !), en scooter, en voiture ou en bus.

La physique est implacable : l’énergie dépensée pour se déplacer est directement proportionnelle à la masse de ce qui se déplace. Il est donc préférable, à tout moment, de chercher à minimiser la masse que notre déplacement emmène avec lui.

Dans ces conditions, n’est-il pas légitime de questionner certaines idées reçues sur le caractère plus ou moins vertueux d’un mode de déplacement ?

Prenez le graphique suivant : on y compare le poids par utilisateur de différents modes de déplacements, à capacité (voiture, TGV, métro et bus complets) et le niveau moyen constaté d’utilisation (1,2 personne pour la voiture par exemple).

 

Les enseignements sont multiples :

  • Dès que l’on se motorise, nous déplaçons avec nous des centaines de kilos “superflus” ! En ville, rien ne peut battre le vélo, y compris avec une assistance électrique. De nombreuses innovations restent à trouver afin de promouvoir largement ce mode de déplacement.
  • L’autosolisme (conduire une voiture sans passager) est vraiment inefficace… vraiment. On le savait déjà, l’inconscient collectif l’a incorporé.
  • Moins politiquement correct : le sacro-saint transport en commun descend de son piédestal même au jour le plus favorable de la comparaison à capacité. Quand on tempère les chiffres avec un taux d’occupation mesuré moyen, on peut imaginer bien des solutions plus efficaces, et sans doute plus agréables à l’usage. Une autre source d’innovation.
  • La petite voiture citadine est légère (400-500 kg pour 2-3 places, type Mia ou Twizy) et a un bel avenir devant elle car elle rivalise parfaitement avec le transport en commun sur cet angle, à condition que les usages changent…

Ce graphique dessine clairement les voies d’un avenir plus efficace : des essaims de véhicules ultralégers de 2 à 9 places, de préférence autonomes (pour renforcer leur sécurité sans des couches de « graisse » actuelles), très efficaces et très « occupés » – dans les deux sens du terme : le nombre de passager et le temps qu’ils passent à rouler.
C’est ça le bénéfice de la mobilité dite « partagée ».

“La vitesse tue”

La loi de la nature est ici encore plus féroce : une augmentation de 40% de la vitesse double l’empreinte énergétique du déplacement, autrement dit le travail nécessaire pour arriver à la vitesse voulue.

Ainsi, on quadruple le travail nécessaire pour rouler à 60 km/h au lieu de 30km/h. Quand on sait que, avec les feux, le trafic etc, on ne dépasse pas le 30km/h de moyenne en ville tout en devant faire des pointes à 50km/h, on se dit qu’une autre façon de rouler en ville est possible. La vidéo suivante, extrait de l’émission Transportez-moi sur LCP, est assez significative à ce sujet :

De la même manière, on double le travail nécessaire quand on passe de 90 à 130km/h. Maintenant imaginez l’empreinte énergétique d’un TGV à 300km/h…

Je serais curieux de savoir combien on économiserait si on diminuait de 10 à 20km/h la vitesse sur nos autoroutes et nos lignes à grande vitesse…

So what ?

Alors que nos hommes politiques, nos constructeurs automobiles et nos médias se focalisent sur le CO2 généré lors de nos déplacements, changer de perspective fait du bien : considérer notre mobilité à partir d’une simple équation d’énergie cinétique incite à explorer les voies d’une frugalité nécessaire si l’on veut continuer à vivre durablement sur une planète de 7, 8 puis 10 milliards d’humains – et de 1 milliards de véhicules !

Personnellement, cette vision m’inspire. Qu’en pensez-vous ?

Nicolas le Douarec est le fondateur de Citizencar


8 commentaires à “Le jour où j’ai mis ma mobilité au régime”

  1. Véronique dit :

    Moins rouler, utiliser les transports en commun, etc… OK OK, je suis à fond « pour ».
    Mais… (car il y a plein de « mais ») : j’habite à la campagne (une chance pour le cadre, le grand jardin potager, la qualité de vie…) et je travaille à 35 kms de mon domicile (moins la chance) ! Dans un département très rural, pas moyen de trouver des transports en commun utilisables quand on travaille du mardi au samedi, avec des horaires décalés (tout le monde ne fait pas 8h00-17h00…).
    Alors où est la solution ?
    Nous adorons la campagne, nous l’avons (plutôt) choisie, mais nous subissons aussi cet éloignement (les enfants sont ou seront internes, il faut le financer aussi), les dépenses de carburant alourdissent notre budget.
    Déménager ? hors de notre budget (impossible de trouver un logement équivalent au nôtre en ville).
    Alors : nous jardinons, nous compostons, nous nous chauffons au bois, nous réduisons au maximum nos déplacements (au détriment de certaines sortie culturelles), mais pour la voiture, nous ne pouvons pas faire grand chose de plus…
    Alors, s’il vous plait, arrêtez de tout voir depuis un environnement urbain, où il est facile de prendre son vélo ou le bus…

  2. Nathalie dit :

    Bonjour Véronique,
    Je comprends votre point de vue, je suis en plein dans ces questionnements … nous habitons à Bordeaux et allons bientôt déménager à la campagne, genre à 15kms de la première ville de 3000 habitants, comment faire sans voiture ? J’ai pensé au vélo électrique, avec une remorque pour mon enfant et les courses mais c’est pas pratique dans le fin fond du Périgord l’hiver ou quand il pleut … Avec mon mari on se dit qu’on va peut-être devoir prendre une seconde voiture, mais ça nous déplait beaucoup ! Comment faire à la campagne ?

  3. Véronique dit :

    Nathalie,
    Hélas, si j’avais une solution miracle, je l’appliquerais ! Nous avons deux voitures, au grand désespoir de notre budget, mais comment faire autrement (3 enfants à véhiculer plus ou moins souvent, monsieur souvent en déplacement, madame à 35 km de son travail…).
    Nous ne sommes qu’à 4 km du village, mais c’est déjà pas mal… Nous faisons notre pain le plus souvent possible, nous congelons, nous limitons les courses importantes à une fois par semaine, notre dernier (11 ans) circule beaucoup à vélo, mais se plaint d’être éloigné des copains…
    On ne peut tout avoir, je crois, et nous essayons d’être le plus « écolos » possible, pour plein de choses (c’est une organisation à prendre), sauf… la voiture bien sûr, où là, ce n’est pas optimum !
    Vivre à la campagne, c’est un choix de vie, mais ça se paie assez cher, aujourd’hui plus que jamais. Il faut peser le pour et le contre.
    Pourtant, malgré ces inconvénients, nous y sommes heureux, avec plein de compensations.

  4. Nicolas dit :

    Bonsoir,

    Je suis l’auteur de l’article et je vous remercie pour vos commentaires.
    Et oui la voiture est et va rester une nécessité absolue en dehors des centres urbains, mais ne culpabilisez pas, mon point de vue est que justement les transports en commun NE SONT PAS l’arme universelle, même en ville ! (désolé si ce n’est pas apparu clairement dans l’argumentaire, ) contrairement à une certaine pensée commune, et ensuite en tant que propriétaire de voiture vous pouvez être acteurs en :
    - entretenant correctement (sans dépenser une fortune !) votre automobile
    - en adoptant l’écoconduite (cf la vidéo)
    - en remplissant votre voiture de passagers (en groupant les déplacements ou en adoptant le covoiturage)
    - en partageant la ou les voitures de votre voisinage, ce que CityzenCar, le service que j’ai co-crée (pub !) vous permet de faire (on fait des choses merveilleuses dans le Vercors en ce moment par exemple). Faisons rouler les voitures plus et évitons de les accumuler pour les laissées en stationnement !
    - et pourquoi pas, en adoptant une petit voiture électrique pour vos déplacements pendulaires quotidiens de 30 à 70km… un quadricycle lourd devrait suffire…. il y en a à des prix ‘raisonnables’.

    Voila déjà de quoi s’occuper et progresse, après on peut devenir accro au vélomobile (70km/h en vélo couché caréné !) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Vélomobile

    à vous lire

    Bien cordialement

    P.S. et rappelez vous, quel que soit le mode de déplacement : Energie = 1/2 x masse x vitesse au carré !

  5. Laurence dit :

    Il ne faut pas non plus oublier qu’en matière de transports en commun la physique n’explique pas tout. Il y a un énorme facteur sociologique et psychologique à prendre en compte.
    Un TGV qui va plus vite consomme peut-être plus mais attire plus d’utilisateurs et permet ainsi que compenser cette consommation supplémentaire. Idem pour les transports en communs: plus il y a en a (et donc dans un premier temps, ils sont tous un peu moins remplis), plus ils attirent (et l’augmentation des utilisateurs le prouve).
    Regardons les chiffres (je ne connais que les chiffres belges): le train (de 1997 à 2010): de 144 millions d’utilisateurs à 224. Transports en commun par route: (de 1997 à 2009): 532,6 millions à 1083, 8.
    Pour que les transports en commun soient efficaces, il faut qu’ils soient remplis au maximum. C’est de plus en plus le cas! Et continuer à investir permettra d’accélérer cette augmentation d’utilisateurs.

  6. [...] le témoignage de Camille sur sa petite révolution dans ses déplacements au quotidien et le point de vue de Nicolas sur le partage des voitures, nous sommes très heureux de vous présenter un nouvel épisode d’Ecolo Info [...]

  7. Elisa dit :

    « Solution de base dans ces cas là ? Réduire ! »

    Réduire ça peut aussi consister à moins prendre sa voiture pour aller bosser, en travaillant sur 4 jours au lieu de 5, ou encore travailler tout ou partie de chez soi, les solutions ne manquent pas.

    Je ne crois pas à la voiture individuelle. Elle a vécu, on voit où on en est maintenant, ça dépasse largement le cadre des déplacements. Toute notre société est désormais basée sur l’automobile, l’automobile à révolutionné notre mode de consommation, et cette consommation nous a éloigné les uns des autres. Même l’histoire de la mal-bouffe commence avec les premiers drive-in. Il serait temps qu’on revienne à l’essentiel, qu’on réapprenne à vivre ensemble, qu’on réapprenne le vrai sens du mot service, histoire d’éviter la gueule de bois le jour où il nous faudra dire adieu à nos habitudes de consommation individuelles (j’inclus la voiture individuelle).

    « Ce graphique dessine clairement les voies d’un avenir plus efficace : des essaims de véhicules ultralégers de 2 à 9 places, de préférence autonomes , très efficaces et très “occupés” – dans les deux sens du terme : le nombre de passager et le temps qu’ils passent à rouler.
    C’est ça le bénéfice de la mobilité dite “partagée”.  »
    —>ce qui n’est pas sans rappeler les transports en Asie : des minibus qui font rapidement le plein, qui déposent et prennent les passagers là où ils sont au bord de la route (et pas à l’arrêt obligatoire…).

  8. [...] de Camille  et  Olivier sur leur petite révolution dans leurs déplacements au quotidien, le point de vue de Nicolas sur le partage des voitures, une Ecolo-Info TV spéciale mobilité durable, retour dans l’agglomération grenobloise où [...]

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