A Durban, dans le trouble des négociations sur le climat…
A Durban, fief actuel des négociations de l’ONU sur le climat, l’absence totale de corrélation entre l’urgence soulignée systématiquement par les rapports scientifiques et le calendrier de travail des négociateurs est troublante. L’Union Européenne devrait justement se saisir de ce décalage pour prendre un rôle de leader.

Un message simple de la communauté scientifique
D’après le quatrième rapport présenté par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) en 2007, pour contenir l’augmentation des températures entre 2 et 2,4 degrés, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient atteindre leur maximum avant 2015, puis diminuer.
Cette année, l’Agence Internationale de l’Energie, une organisation que personne ne soupçonnerait d’être trop progressiste (bien au contraire …), a publié son rapport sur rapport intitulé « World Energy Outlook 2011″ (résumé en français). On peut y lire que sans actions radicales d’ici à 2017, le maintien de chances raisonnables (une probabilité de 50%) de ne pas dépasser un réchauffement de deux degrés serait économiquement extrêmement onéreux, et probablement irréalisable politiquement.
Le message est donc fort clair: la crise climatique exige une action urgente.
Le processus actuel de négociations sous l’égide des Nations Unies
Avant d’aborder les discussions de déroulant à Durban, un bref rappel historique est être utile.
Il y a 20 ans, la rédaction du texte de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) dura 18 mois, et il a fallu 33 mois pour négocier le protocole de Kyoto.
Malheureusement, nos gouvernements semblent perdus les compétences ou l’engagement nécessaires pour parvenir à de tels accords. En effet, les discussions relatives à l’avenir du Protocole de Kyoto ont commencé dès 2005 et n’ont toujours pas abouti. Celles ayant trait à la négociation d’un nouvel accord ont été lancées en 2007 avec l’objectif de conclure ces travaux sous 2 ans. Quatre ans après leur lancement, elles semblent à des années-lumière de la conclusion d’un accord.
Cette perte d’efficacité est d’autant plus poignante au regard de la crise climatique et de l’urgence d’agir dans laquelle nous nous trouvons depuis l’adoption de la CCNUCC et du Protocole de Kyoto.
Perspectives futures pour un accord climatique
La chances de parvenir à un accord étant minces, les discussions relatives à la perspective d’un accord futur sont toujours surprenantes.
La conférence de Durban (ainsi que les dernières réunions sous l’égide de la CCNUCC) est organisée dans le cadre du «Plan d’action de Bali» adopté en 2007. Son objectif ? Atteindre un nouvel accord qui prendrait effet après 2012 – accord dont la forme n’est pas précisée.
Au Panama lors des négociations d’Octobre, l’Australie et la Norvège avaient proposé une nouvelle feuille de route pour les négociations en vue de conclure un accord en 2015. Une proposition qui avait fait l’effet d’une douche froide pour ceux d’entre nous suivant de près ces discussions… Ce texte prenait acte des difficultés rencontrées dans ces pourparlers. Après cinq jours de négociations ici à Durban, nombreux sont ceux qui veulent repousser encore un peu plus l’éventualité d’un accord et de son application, se satisfaisant de réductions d’émissions qui n’auraient un caractère contraignant qu’après 2020.
Personnellement, je suis totalement incapable de comprendre comment un tel délai peut être discuté dans le contexte actuel.
Heureusement, les petits États insulaires partagent cette incompréhension et s’opposent à ce calendrier irresponsable et à ce manque d’engagements contraignants. Mais ils ne pourront y parvenir sans un soutien ferme apporté par d’autres pays .
L’UE nous conduira t-elle vers un accord plus adéquat?
Cette situation offre un rôle clair pour l’Union Européenne. L’Union a déjà exprimé sa volonté d’accepter (éventuellement) de nouveaux (mais trop faibles) engagements inscrit dans une modification du Protocole de Kyoto. L’UE pourrait maintenant transformer cette volonté en véritable aubaine si elle choisissait une période plutôt courte pour son nouvel engagement. Choisir de s’engager pour 5 ans plutôt que 8 enverrait deux messages positifs:
- Cela confirmerait son intérêt à voir un nouvel accord mondial signé dès que possible,
- Cela permettrait également de ne pas verrouiller pour l’Union un niveau d’ambition trop faible concernant la réductions de ses émissions.
Cette question cruciale de la durée d’un éventuel engagement Européen sera un élément clé à prendre en considération lorsqu’il s’agira d’évaluer la contribution apportée par l’UE à la conférence de Durban.
Sébastien Duyck
Bulletin publié original sur le projet Adopt a Negotiator
Image : dream designs / FreeDigitalPhotos.net
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