Les négociations de l’ONU sur le climat sont-elles utiles ?
En chemin pour la conférence sur le climat de Durban (Afrique du Sud), je me suis posé plus d’une fois cette question. Malgré les doutes et une certaine lassitude suscités par des échecs répétés de ces négociations, je reste persuadé qu’elles restent indispensables. Et ce pour trois raisons.

Maigres espoirs, mais… l’espoir fait vivre !
Les nombreuses déceptions de ces dernières années dissimulent progressivement l’intérêt d’une implication de la société civile dans le processus de négociation climatique. Alors que les représentants de 194 gouvernements ainsi que des milliers d’ONGs convergent en Afrique du Sud pour entamer ce nouveau cycle de négociations sur le climat, personne ou presque ne croit en la conclusion d’un accord dont l’ambition corresponde à la gravité de la situation. La crise financière et notre mode de pensée économique à court terme rendent un tel résultat bien peu probable dans le contexte actuel.
Il est donc parfois difficile de comprendre pourquoi les ONGs continuent à s’investir dans le suivi de ces négociations. Je suis sûr que la plupart de ceux qui ont assisté à quelques-unes de ces sessions et se préparent à passer les deux prochaines semaines dans le centre de conférence de Durban ont tous été confrontés à la même question: faut-il persévérer et rester engagé dans ce processus malgré ce manque d’optimisme ? Personnellement, je dois reconnaître que ces doutes m’ont poussé à remettre en question mon engagement à plusieurs reprises au cours des trois dernières années.
Si j’ai décidé de poursuivre mon engagement dans ces négociations malgré un contexte plutôt terne, c’est parce que je suis convaincu que ce processus reste encore un outil important parmi ceux qui sont à notre disposition pour lutter contre le changement climatique. Trois raisons à cela.
Le « tout ou rien » ne rime à rien
Premièrement, la difficulté d’atteindre l’accord dont nous rêvons ne devrait pas nous empêcher de travailler pour obtenir des accords partiels qui, même s’ils ne suffisent pas en eux-mêmes, contribuent à progresser dans la bonne direction.
Les dernières études scientifiques indiquent qu’il ne nous reste plus que très peu de temps si nous voulons adopter un modèle économique plus soutenable et préserver nos chances d’éviter les impacts les plus graves des changements climatiques. L’urgence de la situation demeure et notre objectif doit clairement être de travailler à des solutions et des politiques qui prennent pleinement en compte ces données. Raison pour laquelle nous ne devons pas adopter une politique du tout ou rien, rejetant tout accord qui ne serait pas suffisant en lui-même. Toute décision représentant une amélioration par rapport au statu quo devrait être reconnue comme une étape utile - même si insuffisante, nous poussant à redoubler nos efforts vers une solution plus adéquate.
Les conférences sur le climat entretiennent d’une dynamique positive
Deuxièmement, s’il est vrai que la CCNUCC ne nous apportera pas de solutions miracle à la crise climatique, elle peut cependant participer à la création d’un nouveau momemtum permettant à d’autres intervenants (syndicats, gouvernements locaux…) d’adopter leurs propres actions.
Malgré l’inertie des négociations, de nombreuses mesures ont déjà été mises en oeuvre sur le terrain, à la fois parmi les pays développés et en développement. Chaque année, plusieurs pays adoptent de manière unilatérale leurs propres plans climat. Un nombre croissant de villes et régions à travers la planète a su aussi adopter leurs propres politiques locales sur les changements climatiques.
Étant donné que les causes du changement climatique se trouvent au coeur de notre mode de vie, il serait peu raisonnable de s’attendre à ce qu’une solution à ce défi majeur puisse survenir des discussions qu’une centaine de délégués gouvernementaux tiennent une fois par an pendant deux semaines. Tout en reconnaissant que les négociations sur le climat de l’ONU ne stopperont pas le changement climatique, nous pouvons également rester confiant : ce processus aide à créer une dynamique positive qui renforcer la motivation de certains états et autres acteurs d’agir plus efficacement pour s’attaquer aux causes (réduction des émissions) et conséquences (adaptation) du changement climatique.
Le processus de négociation reste l’un des meilleurs
Troisièmement, malgré les failles du processus onusien, il n’y a, à ce stade, pas d’alternative offrant un meilleur espace pour des négociations internationales à la fois transparentes et équitables.
Depuis l’échec de la conférence de Copenhague, plusieurs observateurs désabusés ont exprimé leur scepticisme sur la capacité de la CCNUCC à aboutir à un accord ambitieux et ont recommandé l’utilisation d’autres plateformes pour poursuivre cette diplomatie climatique.
Un tel jugement fait néanmoins l’impasse sur le fait que ces négociations sont le seul processus international relatif au climat qui soit basé (en partie) sur les principes d’égalité entre les états et de transparence. Les pays les plus vulnérables au changement climatique sont presque systématiquement ceux qui ont le moins d’influence politique. En ce moment, il n’y a tout simplement aucun autre forum international qui permettrait de mettre en valeur les intérêts de ces pays. Aussi, et alors que la participation de la société civile pourrait encore être renforcée, les négociations climatiques de l’ONU sont plus transparents que de nombreuses autres réunions internationales, comme celles du Forum des Grandes Économies ou du G-20.
A quand une mobilisation plus large de la société civile ?
Enfin, je suis également convaincu que l’échec ou la réussite de ces discussions dépendent largement de notre capacité collective à rendre nos représentants responsables de leurs (in)actions.
Le problème principal n’est pas lié au nombre ou à la diversité des acteurs présents à la table des négociations. Ce qui retarde les progrès majeurs dont nous avons besoin, c’est la capacité de certains pays à cacher leur propre manque de leadership derrière l’inaction d’autres gouvernements. Alors que les gouvernements sont responsables (du manque) de(s) progrès accomplis dans ce processus, il nous appartient de manière collective de tenir nos représentants politiques responsables des positions qu’ils défendent lors de telles réunions.
Par la mobilisation populaire ou lors d’élections, nous avons les outils à notre disposition pour nous assurer que les délégations gouvernementales de nos démocraties ne reviennent pas de Durban ou de réunions similaires sans réaliser de réels progrès.
Sébastien Duyck (doctorant sur la thématique des droits de l’homme et de la gouvernance environnementale, membre de l’équipe Adopt a Negociator, plateforme Anglophone qui assure le suivi des conférences sur le climat)







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Merci Sébastien pour cet article et tes arguments. Une question m’intrigue cependant : si le processus reste l’un des meilleurs car le plus démocratique, n’est-il pas légitime de remettre en cause son efficacité…?
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