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Découverte: au Domaine d’O, au coeur des arbres


Le 11 septembre 2011 | Par

Catherine

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Le Domaine d’O, près de Montpellier, s’étend sur 24 hectares. Vingt quatre hectares de végétation dédiés aux spectacles vivants et géré par une équipe dont la volonté est de contribuer aux changements globaux (climatique, social, économique, politique, philosophique). Vous voyez le concept ?

C’est une belle découverte que j’ai faite à l’occasion de la première université d’été du réseau Imagine 2020. Au programme ? De la science à l’art, les forêts au cœur de la ville. De quoi aborder la question de la forêt en tant que lieu primordial de vie pour des centaines de millions de personnes ; un éco-système essentiel à la survie de l’espèce humaine par son rôle social, économique et culturel.

Domaine d'O Cyprès

Le domaine d’O et sa formidable végétation (frênes, cyprès, oliveraies, roseraies) – Photo: C. Dauriac

Le réseau Imagine 2020 – Art and Climate Change

Issu du réseau Thin Ice (2008), créé en 2010 et formé pour 5 années, le réseau Imagine 2020 (lire « twenty-twenty », pour 20 % de réductions GES en 2020) a pour mission de donner lieu à des créations à l’horizon 2015, grâce à un budget de 4,4 millions d’euros financés par l’UE à hauteur de 50%.

Réparties dans neuf pays européens, onze structures culturelles publiques ou privées hautement motivées et expérimentées, ont souhaité s’engager dans la dynamique globale de lutte contre le réchauffement climatique, chacune assumant une responsabilité différente, des relations presse aux arts visuels.

Comme nous le confie Christopher Crimes, l’éminent et très SLOW directeur du domaine :

« Imagine 2020, c’est un réseau d’institutions dont les directeurs partagent les mêmes éthiques, pas forcément les mêmes esthétiques… En tant que membre fondateur, c’est cela que je trouve intéressant. Nous sommes ensemble depuis un an. En 2015, on va avoir un corpus de travail qui rendra lisibles toutes les actions menées par le réseau pendant ces cinq années. »

Trois journées entières dans les arbres ?

Que Marguerite Duras me pardonne de détourner ainsi le titre de l’un de ses plus beaux romans. Un titre en or, en cette Année Internationale de la Forêt, pour rendre compte de l’extraordinaire effervescence qu’aura connu le domaine : pas moins de 30 intervenants (scientifiques et artistes européens) réunis par Christopher Crimes auront débattu et réfléchi à cette question fondamentale : la place de l’homme et la place de l’arbre. Trois journées intenses d’ateliers thématiques initiés par une immersion totale dans la forêt domaniale du Mont Aigoual et qui devraient déboucher sur des restitutions et des spectacles à l’horizon 2015.

To tree or not to tree ?

That is the question. Résolue par l’un des trois groupes en présence, dans une mise en scène minimaliste, lors de la restitution de fin de session : le groupe nous entraîne dans le parc. Un homme est assis sur un banc de pierre dans l’encadrement taillé d’un imposant buisson de laurier. Il se tait. Soudain, du fourré s’échappe des voix masculines et féminines qui scandent des mots clé parmi lesquels :

Héritage – Responsability – Primal – Connexion – Everything can be bought – Résistance – Nesting – Wild Life –

Les voix se taisent. L’homme se lève :

«  To tree or not to tree ?  L’arbre cache la forêt ».

Pour mieux comprendre la démarche de long terme initiée ainsi, je suis allée interroger Christopher Crimes, porteur du projet. Pour lui, il est important de prendre le temps…

Six questions à Christophe Crimes

Chistopher Crimes © Catherine Dauriac

Christopher Crimes - Photo: C. Dauriac

Ecoloinfo : Vous en attendez quoi vous de cette université d’été ?

Si je voulais être honnête, rien ! Je n’attends rien parce que je pense que justement une des particularités de la manière dont  l’équipe travaille c’est donner un temps important de contact, d’échanges, de rencontres, de réflexions communes sans le carcan d’une échéance et d’un résultat. Car il me semble que nous sommes dans une société qui court en permanence après le quantitatif, le résultat immédiat, le retour sur investissement, le micro sous le nez du pauvre politique à qui l’on demande « qu’est-ce que vous en pensez, vous, de ci et de çela…. » C’est impensable ! Le luxe que le domaine d’O se permet, c’est de prendre le temps de la réflexion. Nous encourageons le temps. 500 ans… C’est à peu près cela la relation avec l’arbre. Et tout d’un coup, ça relativise bien les pressions que nous subissons.

 Ecoloinfo : Pourquoi cette échéance de cinq ans ? C’est une sorte de quinquena ?

Nous devons trouver des résultats artistico-culturels d’ici la fin de notre réseau. Cinq ans, c‘est un laps de temps suffisant. Une première année d’expérimentation, une deuxième année de consolidation, une troisième année de production. Et les années quatre et cinq pour rendre visible notre production.

Ecoloinfo : Quelle est l’étape suivante ?

Pour le réseau, ce sera la restitution de ce qui vient de se passer ici. Je n’ai aucune idée pour le moment… Il y a trois groupes de scientifiques et d’artistes qui se sont formés et qui ont échangés pendant trois heures. Tout le monde revient avec le sourir. C’est génial. Le plaisir de la rencontre. Nous ferons une synthèse de tout cela, il y aura aussi la vidéo de Claire Ananos qui assure une captation artistique de ces trois jours, et donc nous aurons un 26 minutes dès la fin septembre. Et puis les artistes seront bien évidemment nos ambassadeurs et raconteront à leur manière leur expérience. En octobre, nous nous réunirons à Zagreb pour réfléchir à la manière de rendre le travail final et continuer de construire des choses. Ensuite, pour le réseau, ce sera la préparation de la deuxième université d’été en 2012.

Ecoloinfo : Avec d’autres intervenants ?

Sûrement car ce sera sur un autre sujet. Donc, les experts scientifiques seront choisis dans le domaine proposé par Luis Firmo (Directeur de TRANSFORMA, Portugal,  en charge de la sélection des thèmes, ndlr). Quant aux artistes, libres à eux de vouloir continuer avec nous. Je ferai le bilan avec ceux que j’ai choisis. Si c’est leur désir je les mandaterai, sinon je choisirais d’autres personnes.

 Ecoloinfo : Parlez-nous des Goûters de l’actualité

C’est un projet que j’ai monté l’an dernier avec Julie Jolly. En me disant : il y a plein de choses, les Agora du Savoir, les cafés Sciences, qui se programment comme un théâtre…. On sait  quel sujet sera traité au mois de mai prochain par exemple. Et si l’on prenait le risque de réagir à l’actualité, évidemment toujours autour du changement climatique, mais au sens large. Pour une fois par mois donner rendez-vous au public…  Le tout premier Goûter de l’actualité a eu lieu en octobre 2010, c’était au sujet des incendies, après les incendies de Moscou de l’été 2010. De façon miroir, ici à Montperllier, nous avons eu la même configuration d’incendies en périphérie, avec des vents violents, et qui ont failli gagner l’intérieur de la ville. On trouvait intéressant d’avoir un débat avec un expert qui expliquait comment certains feux pouvaient aussi être  bénéfiques pour la nature. Le dernier en mars juste après Fukushima. Nous avons choisi le sujet « Quelle énergie pour l’avenir ». Energie au singulier.  Autant sur les incendies, nous avions reçu 35 personnes, là on avait 120 personnes. Bien sûr, certains étaient venus pour en découdre sur le nucléaire, mais aussi pour la question des gaz de schiste qui est une vraie préoccupation dans cette région et dans ce département particulièrement (l’Hérault, ndlr). Et donc notre expert à conclu « la seule énergie sur laquelle on puisse compter pour l’avenir, c’est l’Homme ». Et, à partir de là, le débat a changé de braquet pour plus de deux heures de discussion.

 Ecoloinfo : Qu’auriez-vous envie de rajouter ?

Que je suis content que vous ayez passé du temps avec nous.  C’est vrai, j’apprécie beaucoup les gens qui comprennent aussi que, parmi nos projets, c’est le temps qui compte d’abord. Le temps d’échange, le temps d‘écoute… Et naturellement, les choses se construisent. C’est devenu presque un dogme chez moi. Arrêtons, attendons, réfléchissons et la richesse sortira de tout cela.

CQFD

++ Pour aller plus loin ++

Le domaine d’O : un lieu de rencontre entre les sciences et les arts


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