Green Orange: la mode éthique sauce batave
Patrie de la bicyclette et des moulins à vent, la Hollande est aussi l’autre pays des fromages et… de la mode. Sous le ciel pluvieux de juillet, j’ai pu sillonner de long en large un territoire qui entre 12 fois dans la carte de France, à la rencontre de 23 créateurs qui revendiquent haut et fort une belle conscience verte. Et un gouvernement qui bichonne ses pousses vertes. Reportage exclusif.

Photo Catherine Dauriac
Green Orange: L’union fait la force
En 2010, l’étude publiée par Lucie Siegel pour l’université de Cambridge soulignait des chiffres effarants: les femmes achèteraient et jetteraient la moitié de leur poids (en moyenne 30 kilos) de vêtements par an, soit quatre fois plus qu’il y a trente ans !
Un gâchis récemment pointé du doigt par Greenpeace qui accusait de plus les géants de la fast fashion de pollution toxique des eaux chinoises. Cette tendance devrait pourtant décliner grâce à une prise de conscience croissante et à l’ampleur des initiatives en faveur de la mode écologiquement responsable. Ce sont des acteurs comme les Hollandais de Wave Up / Green Orange qui peuvent faire bouger les choses.
Avec le bel enthousiasme qui la caractérise, Sylvie Verdière me raconte la genèse de son projet. En quelques mois, elle et son associé de fils ont su convaincre le gouvernement de subventionner Green (pour vert) Orange (la couleur de la Hollande) à hauteur de 80 000 € par session.
Le but du jeu ? Accompagner 23 entrepreneurs verts bien décidés à en découdre avec la fast fashion environnante. Du 3 au 6 septembre prochain, ils débarquent en groupe au salon Prêt à Porter Paris (espace So Ethic). Et l’aventure se poursuivra dans les mois suivants avec des salons à New York, Las Vegas, Copenhague et Shaghai. Car, ici, le gouvernement appuie les projets écologiques et/ou éthiques, dans des domaines aussi différents que l’énergie (beaucoup d’éoliennes), l’agriculture bio, l’éco industrie ou encore le design: 4 Millions d’€ à distribuer par an (sur 150 projets 40 sont acceptés) un effort exemplaire que l’on aimerait voir plus souvent sous nos contrées…
Défilé Sage and Ivy – Amsterdam fashion Week (15 juillet 2011) –
Photo Catherine Dauriac
« Faire la promo des Pays-Bas comme pays de la mode et surtout de la mode éthique, faire en sorte que nos créateurs reviennent avec des commandes« , Sylvie s’enflamme mais garde la tête froide car des freins il y en a… « Ces collections sont un peu plus chères que les marques conventionnelles, elles souffrent également du manque de visibilité, c’est donc difficile pour elles d’entrer dans des belles boutiques. Hors communication point de salut« .
C’est donc sur ce point que Green Orange met le paquet: promotion vers 10 pays européens, aide à la commercialisation et au marketing, tarifs négociés a minima pour les salons. Les projets sont planifiés jusqu’en 2013.
Focus : des marques très inspirées par le mouvement Slow Fashion

OAT shoes – 2ème Prix 2010 de la Green Fashion Competition 2010, un concours ouvert à tous les green designers européens.
Chanvre, coton bio, liège et plastique biodégradable : ces sneackers ressemblent à n’importe quel autre modèle. A un détail près… Elles sont composées de matériaux 100 % naturels sourcés en Europe et replantables en fin de vie dans un terreau de jardin (les graines sont coulées dans la languette de la chaussure et survivront pendant deux ans). Une grande première pour des chaussures qui finissaient jusqu’alors à la poubelle sans pouvoir être recyclées. Une belle façon d’épargner jusqu’à 99 % d’eau et 60 % d’équivalent carbone pour une initiative qui poste toutes les caractéristiques d’un design Craddle to craddle. A suivre pour les homologations en cours.

LOINTS OF HOLLAND
Une belle histoire familiale qui dure depuis 1918. Pour Vincent Kriek, le descendant direct du fondateur, « Less is more ». Un seul mot d’ordre, le confort avant tout. « Nous sommes éco-conscients depuis le début. Les cuirs sont végétaux, le caoutchouc naturel, les tanneries réduisent les déchets de 30% et utilisent le restant pour fabriquer des biocarburants. Les chaussures sont garanties 3 ans et nos ateliers assurent un service de ressemelage pour le caoutchouc et le bois. Le transport s’effectue par train depuis l’unique usine Tchèque qui emploie 100 personnes ». Avec 500 points de vente dans le monde, Loints of Holland talonne El naturalista dans la course à la chaussure ecolo. Le style en plus. On adore leur modèle mixte vintage, une basket en cuir végétal aux coloris très fifties.

Collection Van Marcoviec – été 2011
VAN MARCOVIEC
La collection été 2012 à ne pas manquer. Pour son style éco-luxury délicieusement seventies tout en maille lourde (laine de Pologne), en short taille haute ou pantalon flare 100% lin européen, ses blouses romantiques en soie ou en coton bio (Inde) ou batiste de lin et sa ligne en Denim recyclé. Cette robe galbée à rayures verticales assortie d’un pourpoint dans des denims aux délavages bayadère dans toutes les gammes de bleus: il nous les faut ! Pour les accessoires, des ceintures en peau de poisson au toucher velouté, des coiffes en plumes et crin de cheval. Dès ses débuts en 2005, Van Marcoviec, en pure adepte des « 7R », est « as sustainable as possible« . Et nous transmet le message suivant: « Commencer par soigner son karma, surveiller ce que l’on mange. Be good to yourself« . Tout un programme!

MLY
Emily Hermans est une jeune designer graphique qui explore la technique du dévoré sur des mailles viscoses (pas très écologiques pour l’instant mais pour ses prochaines collections, elle promet du cuir végétal ou des peaux de poissons, du lin évidemment puisque nous sommes ici sur ses terres et des cotons bios. Les collections sont fabriquées en Hollande et au Portugal pour 80 %, le reste en Colombie dans la même usine que Marithé + François Girbaud, récemment repentis et militant pour des denims plus verts au délavage laser. Un joyeux look très pin-up country et beaucoup d’humour pour la campagne (de communication): Emily est végétarienne, fille de gros fermiers éleveurs (« j’ai pris de la distance« , confie-t-elle) et militante d’une production locale: « J’ai beaucoup d’amis qui travaillent dans la Cuisine, ils redécouvrent de vieux légumes, on peut être très « exotique » tout en restant « local« . CQFD

Michael van der Meide
Très particulier dans sa démarche (plutôt haute couture, donc pièces uniques): gagnant du festival d’Hyères en 2004, il y fait la rencontre d’un tisseur de Côme (soieries de grand luxe). Sponsorisé depuis cette date, il a la chance de travailler des tissus tissés exclusivement pour lui d’après ses propres dessins. Ses collections sont inspirées des quatre éléménts. Pour la première, l’Air (des pièces en parachute recyclé), l’Eau pour la deuxième, la Terre ensuite (Butterflies harmony) et enfin le Feu (Burning Desire – photo). En quoi est-il « éthique »? Matériaux recyclés, cuirs lavés, recyclage de vestes en cuir démantelées, production locale dans son atelier. Et toujours en progrès dans son engagement: 30 pièces pour l’été 12, forcément prêt-à-porter, inspirées par la nature. S’il ne « sait pas trop quoi attendre d’un salon parisien, il est content de participer pour la première fois à une entreprise collective. Et de « sortir de son atelier ».
Les maillots-saris de Merunisha Moonilal
Comme je ne peux pas vous parler de tous en détail, j’aimerais finir sur une collection particulièrement étonnante. Les maillots de bain (doit-on dire costumes de bain ?) de Merunisha Moonilal qui retravaille des saris anciens. Il faut savoir que les dessins de saris suivent la mode en vigueur. Démodés, ils sont jetés. En Inde, « on veut du neuf »… D’ascendance indienne, merunisha a grandi en Afrique du Sud et n’a jamais mis le bout d’un bindi en Inde. Elle attend beaucoup de sa participation au salon du prêt-à-Porter, car elle était à deux doigts d’abandonner son entreprise… trop difficile de se faire une place dans les boutiques « normales ». Ses pièces de beachwear sont chères (250 €), mais elle tient à une production responsable et travaille avec des femmes au Portugal sur un programme éducatif. Une collection courte de 5 maillots chics et 18 pièces de vêtements dans de très beaux tissus qui, elle espère, rencontreront leurs acheteurs. « Je veux être sur le marché« , conclue-t-elle, « et continuer mon travail pour les enfants du Portugal et leur éducation« .
Rendez-vous donc au Salon Prêt à Porter Paris porte de Versailles dans l’espace dédié à la mode responsable: So Ethic.
++ Pour aller plus loin ++
- Salon Prêt à Porter Paris / secteur So Ethic : LA MODE ENGAGÉE – Vitrine des marques mode spécialisées dans les démarches durables.
- Les articles de Lucy Siegel, journaliste spécialiste des questions environnementales au Guardian
- Le site de Wave Up (Green Orange) – WaVe-Up s’occupe de la promotion et de la commercialisation de divers salons, en particulier de salons de mode. Les exposants qui participent aux salons pour lesquels nous travaillons bénéficient d’un certain nombre de services. Ces services sont entièrement gratuits, par exemple: conseils divers, communiqués de presse personnalisés, traduction, aide dans la recherche d’un agent en France.







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Voilà un franc-parler et une alliance redoutable ! j’ai bien hâte de les découvrir sur le salon. Merci pour cet avant-goût plus que convainquant ! Encore une excellente plume…
[...] Le reportage de Catherine sur les créateurs de mode éthique hollandais [...]