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Matière grise pour évolution verte

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Livelihoods: la finance carbone au service des villageois


Le 15 juillet 2011 | Par

Isabelle

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Lancé récemment à l’initiative de Danone (rejoint depuis par Schneider Electric, le Crédit Agricole et le CDC Climat – groupe Caisse des Dépôts), le fond carbone Livelihoods se spécialise sans la restauration d’écosystèmes clés tels les mangroves, les forêts, les sols appauvris, là où des initiatives villageoises locales existent et sont déjà structurées. Un projet fort innovant *.

La boucle vertueuse des éco-systèmes

Il existe un trio magique dans le fonctionnement des écosystèmes : l’absorption du carbone, la fertilité des sols et la qualité de l’eau.

Quand un arbre se met à pousser (ou une prairie), il transforme  l’énergie lumineuse et le carbone de l’air en  feuilles, en branches, en racines… Les racines extirpent de la roches des minéraux, du fer, du magnésium, du phosphore du potassium… et l’arbre fabrique des vitamines, des sucres, des protéines, des graisses… : de la nourriture qui se concentre dans les feuilles et dans les fruits. Elle est emportée par un oiseau, un insecte, un mammifère… ou tombe. Et les sols se créent : la matière organique se dépose, une multitude de bactéries, mycorhizes, insectes, vers… s’y développent, s’en nourrissent. Ils décomposent triturent, remuent, mélangent tout cela aux limons aux sables et aux argiles. Un ver passe, puis un collembole… des galeries se forment et l’eau peu s’infiltrer.

Au lieu de ruisseler, l’eau s’insinue alors, comme dans une éponge faite d’êtres vivants minuscules, de poches et d’alvéoles… Ils la filtrent : ils s’en abreuvent et l’eau passe de cellule en cellule, de membrane en membrane. L’eau subit d’incessantes transformations chimiques et en ressort… filtrée, potable, de nouveau disponible à la consommation.

écosystemes Livelihoods

La matière organique continue de tomber, de se transformer, et les sols s’épaississent. Ils deviennent le socle de la croissance de végétaux et d’animaux de plus en plus nombreux, divers, riches… jusqu’aux hommes qui y ont trouvé le socle de leurs cultures.

Bref, c’est un système à boucle vertueuse, l’une des bases fondamentales du perpétuel enrichissement des écosystèmes sur les continents.

Mais l’urbanisation, les monocultures de céréales jusqu’à celles des amandiers, des orangers, ou des eucalyptus…, les labours de plus en plus puissants, les engrais et pesticides épandus en quantité de plus en plus importantes cassent cette chaîne. Aujourd’hui la fertilité des sols décroit sur le quart environ des terres émergées. Le hic, c’est que la structure économique internationale rend cette décroissance plus rentable financièrement.

Les réponses apportées par Livelihoods

Livelihoods a pour objectif d’utiliser la capacité d’absorption carbone  pour financer le développement des communautés villageoises à partir de la restauration de leurs écosystèmes-clé.

L’idée a germé en Casamance. Danone, engagé dans une politique de réduction d’émissions carbone, veut rendre sa marque Evian neutre en CO2. Mais l’entreprise n’arrive pas à dépasser la  réduction des émissions de gaz à effet de serre au delà de 25-30 %. La limite est structurelle. Il faut compenser les émissions restantes.

Deviens un héro, plante ton arbre

Pendant ce temps, l’association Oceanium à Dakar, qui allie activités de plongée et de défense de l’environnement, constate qu’en Casamance, les poissons se raréfient sur la côte, que les terres agricoles se salinisent et que dans certains villages, l’accès à l’eau potable devient de plus en plus difficile. La cause ? Les mangroves tapissant les côtes ont disparu de moitié en 20-25 ans.

Oceanium décide alors de lancer un grand projet de restauration des mangroves avec l’aide des villageois en organisant le repiquage de plants de palétuviers sur des centaines d’hectares. Ils sont aidés par des fonds venant d’ONG ou de fondations étrangères, comme celle d’Yves Rocher.

Puis arrive Danone. Dans sa recherche de compensation, Danone décide de s’allier au projet en lui donnant une dimension supplémentaire : l’inscrire dans une démarche de compensation carbone et en faire un projet gagnant-gagnant – une ressource financière stable et inscrite dans un flux économique pour l’association et les villageois, un mécanisme de compensation pour Evian.

Reste alors à réunir le savoir-faire et la mobilisation des associations locales et la manne financière pour ces populations de la finance carbone…

Livelihoods Plantations

L’obstacle de l’accréditation et de la paperasse

La démarche n’est pas aisée : les mécanismes d’accréditations pour rendre éligible le projet à titre de compensation carbone sont lourds. Il faut lancer des projets scientifiques attestant de la valeur compensatoire carbone de ces plantations, remplir les dossiers de certification et les faire rentrer dans la boucle des Mécanismes de Développement Propre (MDP), instaurés par le protocole de Kyoto au titre de la compensation carbone.

« Une association locale n’a pas les moyens humains techniques et financiers pour accéder à la finance carbone, explique Bernard Giraud, l’un des deux pères du projet avec Jean Pierre Rennaud, alors que des organisations comme les nôtres -le fonds Danone pour la Nature-  avons les moyens et la structure pour les lancer« .

Le projet est un succès : en trois ans, plus de 100 millions de palétuviers sont plantes sur 7000 hectares avec l’aide de 80 000 villageois de 450 villages. Le taux de pertes de palétuviers est minime et les poissons commencent même à réapparaître sur la côte.

Un fonds de financement pour amplifier et répliquer le concept

L’idée germe alors de créer un fonds dédié à part entière à ce concept pour le pérenniser et répliquer l’aventure : il s’agit d’utiliser la finance carbone comme levier de financement pour les initiatives villageoises de restauration de leurs écosystèmes.

« Aujourd’hui, la très grande majorité des fonds carbone financent des projets industriels ou d’énergie. L’enjeu  du Fonds Livelihoods est de mobiliser une partie de la finance carbone pour des projets d’agroforesterie, de restauration de mangrove ou de petite énergie rurale qui stockent de grandes quantités de carbone et bénéficient directement aux communautés rurales pauvre d’Afrique, Asie ou Amérique latine. »

Les financement des MDP sont en effet captés pour l’essentiel par 6 pays déjà en cours de développement important, comme la Chine, l’Inde, le Mexique, le Brésil ou l’Afrique du Sud. En outre, les rares projets passant par le vivant pour la compensation carbone, financent surtout des monocultures d’arbres à croissance rapide qui n’ont aucun intérêt pour les communautés villageoises, voire contribue à les déstructurer davantage et peuvent avoir un impact désastreux sur les écosystèmes, par leur aspect monocultural.

« Nous nous intéressons aux initiatives déjà implantées, elles ont développé une infrastructure, elles ont une connaissance sociale, économique et écologique du terrain que nous n’avons pas. Notre rôle est de leur donner les moyens de continuer et d’amplifier leur action » .

Mutualiser les risques

Livelihoods s’est ainsi doté d’une charte qui précise ses objectifs : la compensation carbone vendue par Livelihoods passe par les mécanismes de restauration d’écosystèmes, l’agroforesterie (alliant cultures et forêts), l’agroécologie, et l’accès à des énergies locales et propres comme la méthanisation.

Les fonds sont à rentabilité de long terme : les écosystèmes ont leur temps de croissance à eux, on ne peut pas aller plus vite que la musique, pardon que la photosynthèse.

Pour être attractif pour les investisseurs, et rester concurrentiels sur le marché du crédit carbone, les fondateurs de Livelihoods tablent sur le sens du projet et la haute valeur ajoutée écologique et sociale des crédits carbone ainsi générés. Un écosystème n’étant pas une machine, il s’agit pour les investisseurs, de s’associer pour mutualiser les risques.

Aujourd’hui , quatre projets sont financés par le fonds, doté de 30 millions d’euros et visant à absorber 900 000 tonnes d’équivalent carbone sur 20 ans (pour vous donner une échelle, 1 tonne correspond à un aller retour Paris-New York par avion long courrier) : continuation du projet de Casamance, restauration des mangroves des Sunderbans en Inde (l’une des plus grande mangrove au monde), agroforesterie au Congo, et à Araku en Inde.


Livelihoods par Livelihoods

Une boucle vertueuse économique, écologique et sociale ?

Il me semble qu’il y a un intérêt à suivre le devenir de ce genre de projets : contrairement à l’essentiel des fonds d’investissement actuels sur la planète, la croissance d’un fonds comme Livelihoods dépend intrinsèquement de la croissance des écosystème et du développement local des communautés villageoises. Croissance financière, croissance écosystémique et qualité du développement économique locale deviennent liées. On plonge alors concrètement dans un véritable changement de paradigme -ce mot qu’écologistes nous utilisons tant !- économique.

++ A lire & écouter ailleurs ++

Note:

* Par déontologie, il me semble important de préciser que j’ai  travaillé sur ce projet à ses début, pour le clarifier, mettre en mots les points clés et travailler à des supports de communication interne à travers mon cabinet conseil Green Inside. Je l’ai trouvé très novateur, et j’ai été très heureuse d’y contribuer, même très modestement.  En effet, sur un blog, à la différence d’un journal, nous écrivons bénévolement, nous tirons donc nos revenus d’autres sources. Sur Ecolo Info, nous sommes pour la plupart des professionnels de l’écologie et nous tirons nos revenus de notre travail dans ces secteurs.




7 commentaires à “Livelihoods: la finance carbone au service des villageois”

  1. Anne-Sophie dit :

    Merci Isabelle pour cet article très clair sur un projet qui innove vraiment en effet !

  2. Gregoire dit :

    Génial, ce projet et cette approche ! C ‘est vraiment intéressant de voir que des grandes entreprises peuvent s’investir dans des projets intelligents sur le long terme.
    Espérons que cette double approche écologique et sociale inspirera d’autres acteurs de la vie économique !

  3. Eric dit :

    Cet article est presque trop beau pour être vrai. Pourquoi créer un fond livehood? Comment se passe l’implication des population locale? La ressource financière est stable pour l’association mais pour les villageois? Combien sont ils rémunérés?
    Je salue l’initiative même si je reste réservé sur cet histoire de crédit carbone. Peut on spéculer dessus? Ne profite on pas d’un bon rendement carbone à bas prix? J’aurais préféré que l’article soit plus nuancé mais je comprends et je croise les doigts.

  4. Philippe dit :

    C’est un projet très intéressant, merci pour cet article ! Je n’ai connu le projet que l’an dernier et je suis parti voir de mes propres yeux. J’ai mis d’ailleurs quelques photos sur mon blog ! C’est vrai que j’espère qu’à travers le projet, les populations locales puissent faire grandir le rapport à la nature qu’ils ont déjà. En tout cas, je peux vous dire que ce n’est pas évident et assez physique, ils ont beaucoup de courage. Une chose est sûre, ça plante et ça pousse !

  5. Eric, merci pour vos encouragements, en tant que président du fonds livelihoods, voici quelques éléments de réponses aux questions que vous soulevez:

    Pourquoi créer un fond livehoods?

    Il est très difficile aujourd’hui pour des communautés rurales pauvres soutenues par des ONGs locales de mobiliser les ressources financière nécessaires à la réalisation de grands projets comme celui d’Oceanium au Senegal. Les financements actuels d’aide publique au développement ou les donations privées financent généralement des pprojets en phase pilote ou à petite échelle. Les Fonds cabone existants se contentent d’acheter les crédits carbone plus tard lorsque les arbres auront poussé. Mais le problème d’une petite ONG c’est le pré-financement du projet car elle a peu accès au prêts bancaires ou a des taux trop élevés. Le Fonds Livelihoods apporte les financements nécessaires dès le démarrage du projet afin de couvrir les coûts de semences, préparation, pépinières, plantation ,entretien , surveillance, etc

    Comment se passe l’implication des population locale? La ressource financière est stable pour l’association mais pour les villageois? Combien sont ils rémunérés?

    L’implication de la population locale est à la base des projets Livelihoods. La communauté se mobilise pour un bénéfice tangible et durable : la restauration des ressources en poissons et crustacés dans le cas de la mangrove, l’exploitation raisonnée du bois, les fruitiers dans la vallée d’Araku, le manioc et le charbon de bois durable à Ibi Bateke. Les projets soutenus par Livelihoods ont pour objectif de restaurer des écosystèmes qui sont à la base des ressources vivrières des communautés. Les projets sont réalisés par les communautés elles-mêmes. Au Sénégal par exemple, 450 villages et 120 000 volontaires ont participé aux opérations de replantation en 2010. Sans cette motivation, les projets Livelihoods n’existeraient pas. Le Fonds apporte à ces communautés les moyens nécessaires pour réaliser le projet à grande échelle. Les retombées économiques, écologiques et sociaux des écosystèmes restaurés sont entièrement au bénéfice des communautés.

    Peut on spéculer sur les crédits carbone? Ne profite on pas d’un bon rendement carbone à bas prix?

    L’activité humaine, à l’échelle des entreprises, des administrations ou des particuliers, génére des émissions de carbone. Nous avons collectivement un impératif de réduire ces émissions en modifiant en profondeur nos modes de production et de consommation. Mais cela ne sera pas suffisant à l’échelle de la planète étant donnée la croissance démographique et économique. Il faut aussi compenser en renforcant les écosystèmes naturels qui stockent de grandes quantités de carbone. C’est le cas des projets soutenus par Livelihoods qui retireront à l’atmosphère 6 Millions de Tonnes de CO2 sur la durée du Fonds. Les mécanismes de l’économie carbone, s’ils sont utilisés à bon escient, permettent de donner une valeur à cet effort. Une tonne de CO2 séquestrée par une mangrove ou un projet d’agroforestrie, ou évitée par une énergie rurale renouvelable, est utilisable par l’entreprise qui a investi dans Livelihoods de compenser en partie ses propres emissions ou de les negocier sur le marché. Le modèle économique de Livelihoods vise un bon équilibre entre le risque vs rendement financier pour l’investisseur. Dans l’hypothèse où le prix de la TCO2 augmenterait sur le marché du carbone dans les prochaines années, un mécanisme de retrocession est prévu au bénéfices des communautés locales. Il est aussi important de noter que le retour financier du carbone qui revient à l’investisseur n’est qu’une toute petite partie de la valeur totale créée au bénéfice des communautés.

    Bernard Giraud

  6. eyt-dessus dit :

    C’est superbe car associe tous, les preneurs et les donneurs,mais il y a un problème insurmontable, incompressible les délais de mise en oeuvre. Si on remplace des générateurs electrogènes de brousse, par du photovoltaîque, le bénéfice carbone est immédiat, mais c’est moins poétique.

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