Sauver la planète en imitant la nature, c’est possible !
Le 27 juin dernier, LA spécialiste du biomimétisme Janine Benyus était de passage à Paris afin de présenter la version française de son ouvrage, Biomimétisme. L’occasion pour Ecolo-Info de l’interroger sur les perspectives économiques concrètes offertes par le concept.
« Regardez le monde de la nature : il fonctionne sans actionnaires exigeants, ni grosses usines polluantes et ce depuis 3,8 milliards d’années sans dépenser un sou en recherche et développement ! «
Tel est le constat à l’origine de la pensée biomimétique présentée ce jour là par l’américaine Janine Benyus : l’observation des modes de fonctionnement de la nature offre une inspiration essentielle des règles de la durabilité.

Le biomimétisme : un nouveau point de vue sur le monde
A la base même de la réflexion scientifique et technique du biomimétisme se situent les préceptes suivants :
- La Nature utilise une source d’énergie principale : l’énergie solaire
- Elle n’utilise que la quantité d’énergie dont elle a besoin
- Elle adapte la forme à la fonction
- Elle recycle tout
- Elle parie sur la biodiversité
- Elle travaille à partir des expertises locales
- Elle limite les excès de l’intérieur
- Elle utilise les contraintes comme source de créativité
En contemplant la nature, on peut se laisser inspirer pour en tirer des leçons et y trouver des solutions. Le biomimétisme offre donc une merveilleuse façon de tester la durabilité de notre modèle économique, et ce pour trois raisons :
- La nature est un modèle : le biomimétisme est une science qui étudie les modèles de la nature, puis imite ou s’inspire de ces idées et procédés pour résoudre des problèmes humains (les piles solaires inspirées des feuilles pour reprendre l’exemple de notre bâtiment)
- La nature est un étalon : le biomimétisme utilise des critères écologiques pour déterminer si nos innovations sont « bonnes ». Au bout de 3,8 milliards d’années d’évolutions, la nature a appris à reconnaître et à développer ce qui marche, ce qui est approprié et surtout ce qui dure !
- La nature est un maître : le biomimétisme nous invite à expérimenter une nouvelle façon de considérer et d’apprécier la nature. Il ouvre une ère fondée non pas sur ce que nous pouvons extraire du monde naturel, mais sur ce que nous pouvons en apprendre.
Dans ce cadre, imiter les perfections de la nature devient donc une évidence… qui en séduit plus d’un.

Janine Benyus présentant le principe d’auto-nettoyage des feuilles de lotus au passage de l’eau (Paris, 27 juin 2011)
Le monde économique s’y intéresse
Le téléphone sonne souvent chez nos experts du biomimétisme ! Janine Benyus est contactée par de grands groupes industriels aussi divers que Levi’s, Boeing, Nike, Kraft, Procter&Gamble, General Mills, Interface, etc, tous probablement conscients de leurs impacts et tentant de trouver des solutions techniques innovantes en explorant du côté du biomimétisme…
A chacune de ses rencontres avec les ingénieurs et responsables d’innovation de ces entreprises qui lui soumettent leurs interrogations, elle n’a qu’une seule réponse, invariable :
« Qu’est ce qui dans la nature a déjà trouvé la solution à votre problème ? »
Et pour mettre en application ces préceptes, des centres de recherche se sont développés aux Etats-Unis et au Japon. En Europe, le concept se développe depuis 2003 : Gauthier Chapelle, biologiste, consultant en biomimétisme a fondé uneantenne européenne du biomimétisme (avec un siège en Belgique et un bureau de représentation français) dans son bureau d’études Greenloop à Bruxelles.
Gauthier Chapelle et son équipe travaillent en ce moment sur une réponse biomimétique aux enjeux de la séquestration du carbone : en effet, grâce aux financements de la Commission européenne, le projet « CO2solstock », se base sur la capacité qu’ont les bactéries à transformer du CO2 en calcaire. L’idée est ici de fournir des solutions techniques à moindre coût permettant aux entreprises de séquestrer du carbone à partir de la photosynthèse des déchets organiques. Le projet avance bien et intéresse de plus en plus les industriels.
Un exemple de colle sans formaldéhyde (inspirée des moules !)
Dans les autres projets portés par le biomimétisme, l’équipe américaine de Janine Benyus travaille sur l’utilisation de capacité de photosynthèse de la nature pour proposer des panneaux solaire d’un nouveau genre. Le constat est simple : les panneaux solaires demandent actuellement beaucoup (trop) d’énergie pour leur fabrication et ont besoin d’éléments comme le silicium qui est un métal rare, le tout étant difficilement recyclable en fin de vie, ce qui fait que les solutions « solaires » affichent toujours un coût de revient élevé qui ralentissent leur développement.
Du coup, Janine a eu l’idée de proposer à son ami Paul Hawken de travailler à la création de panneaux solaires « organiques » qui utilisent la technique de la photosynthèse. Ainsi leur projet de panneau semblable à une sorte de film fin issu de la chimie verte, n’utiliserait pas de produits toxiques, serait extrêmement bon marché et recyclable à 95% ! Certes, le projet est encore à l’état de recherche et il faudra patienter encore un peu avant de les voir orner les toits de nos habitations…
Attention aux dérives biomimétiques !
Même si le biomimétisme peut offrir une vraie alternative à nos modes de productions qui leur permet de s’inscrire dans la durabilité, on observe en effet des applications qui utilisent la recherche « naturelle » à des fin plus « commerciales » (voire pire…)
Certaines entreprises se limitent à l’imitation de la forme, comme par exemple le dernier concept-car de Mercedes qui s’inspire de la forme hydrodynamique du poisson cube. Comme le nuance Gauthier Chapelle :
« On est sur de la bionique encore à ce stade, et cela ne règle pas le problème de l’impact du véhicule dans son cycle de vie global »

Plus tendancieux, certains projets de recherche scientifiques planchent sur la création de drones (militaires) imitant la structure de la libellule afin de faciliter leur maniabilité. D’autres réfléchissent à des revêtements de sous-marins ou de torpilles inspiré de la peau des requins, permettant ainsi une meilleure « performance »…
Plus délirant encore : la soie de l’araignée qui allie rigidité, élasticité et légèreté étant virtuellement plus solide que l’acier, la copie de cette fibre naturelle est en cours dans les labos canadiens qui viennent de parvenir à transplanter le gêne de l’araignée dans les glandes mammaires de… la chèvre (gloups !)
Janine Benyus a donc très vite compris que le secteur industriel pourrait s’approprier le génie du vivant en tentant de breveter son fonctionnement. C’est la raison pour l’institut Biomimicry a lancé « AskNature« , une sorte de base de données en ligne, gratuite, en open source, dont l’objectif est de proposer un listing complet de données relatives à d’innombrables espèces animales, et ce par fonction (transformer, transporter , filtrer, protéger, réguler, etc…) !
Dernière avancée plus récentes, L’Institut Biomimicry a monté « le projet « Innovation For Conservation » qui propose aux entreprises et aux particuliers de soutenir financièrement les espèces qui leurs ont permis de trouver des solutions innovantes à leur problématiques technique et de durabilité. Pour Janine Benyus c’est :
« Une sorte de Oscar® des meilleurs acteurs de la nature. Après tout, la nature nous rend tellement service depuis que nous sommes arrivés (bien après elle) sur cette planète, elle mérite bien un maximum de royalties, non ? »
Pour aller plus loin :
- Biomimétisme, quand la nature inspire des innovations durables, Janine M.Benyus, Rue de l’Echiquier, collection initial(e)s DD, 2011, originalement paru sous le titre « Biomimicry: Innovation Inspired by Nature », 1997

Pour découvrir le biomimétisme en Français :
Bonus : Vidéo de l’intervention de Janine Benyus lors de son intervention à l’école nationale de la création industrielle à Paris le 27 juin 2011
Janine M. Benyus, biologiste américaine par ENSCI







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Merci beaucoup pour ces informations très intéressantes.
Dans cet esprit (mais plus orienté business !), je recommande le petit livre/guide d Olivier Berut sur les animaux créatifs: faire jaillir des solutions avec les inventions de la vie.
Cette méthode s’inspire des exemples du vivant pour faire jaillir des solutions et de la créativité ! Une fois de plus, nous avons beaucoup à apprendre de la nature et de notre environnement !
Le biomimétisme existe depuis un moment. Je suis heureux de voir que face aux cul-de-sacs on s’y intéresse. En même temps, je suis sidéré par nos schémas intellectuels qui à chaque fois cherchent de nouvelles voies pour continuer à vivre dans l’excès. Pour moi c’est sans issus.
Un second point, la nature recycle et redistribue de manière efficiente. L’imiter dans un premier temps pour ces grosses sociétés serait de partager leur bénéfice avec ceux qui la crée. Alors faire une basket en forme de sabot ou une voiture en forme de banane, c’est génial. Mais il serait grand temps de remettre en question notre modèle économique dans lequel, l’équilibre de quelques un se fait au détriment de beaucoup d’autres.
J’avais réagis par rapport à livelihood, ce fond de charité écologique. J’aurais préféré que les employés de Danone, je parle de ceux au plus bas de l’échelle, soit mieux rétribué.
Je suis conscient, de la nécessité d’avoir une adhérence au système, pour le changer. Mais si comme le disent les scientifique la situation est catastrophique alors il faudra un jour le courage de représenter une écologie moins conciliante d’un système économique qui met la planète tant à mal.
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[...] Sauver la planète en imitant la nature, c’est possible ! | Ecolo-Info Le 27 juin dernier, LA spécialiste du biomimétisme Janine Benyus était de passage à Paris afin de présenter la version française de son ouvrage, Biomimétisme. Source: http://www.ecoloinfo.com [...]