J’ai vu… The tree of life
« Où les critiques ne s’entendent pas, l’artiste est en accord avec lui-même » philosophait Oscar Wilde. Mais ce film, hué ou encensé, reste surtout à mes yeux réflexion sur la beauté du monde et ce que l’on en fait…

On ne se souvient pas des noms. Y en avait-il ? Qu’importe. Les personnages de The tree of life vous marquent. Nous sommes plongés dans les pensées d’un homme. Il semble être à Dallas, ou ailleurs ? Cela pourrait être n’importe où Shanghaï, New York, Courbevoie, Dubaï….
Un rêve éveillé
Des éléments d’architecture immense, dans des buildings de verre qui vous montrent les cieux mais vous écrasent. The tree of life est une réflexion sur la beauté du monde et ce que l’on en fait. Sur les valeurs et la vision du monde que nous choisissons ou non de transmettre. Dans ce rêve éveillé sur l’origine du monde, de la vie et de nos êtres, les personnages passent : une mère, un père, un frère.
Pendant deux heures et demie, deux forces s’opposent, celle de l’émerveillement et de la contemplation, de la force à jouir de la beauté de la vie, d’un arbre, de jeux, de la tendresse éprouvée auprès de l’amour total d’une mère…
Et celles de la volonté de dominer soi et les autres, soi et la vie, de devenir plus fort, plus grand, plus riche, plus reconnu… Et de sa vacuité. Les images se succèdent, d’une poésie sans pareil, d’une beauté immense, d’une émotion envoûtante.

Un film intemporel
J’aimerais vous parler de l’intrigue, mais il n’y en a pas ou je ne l’ai peut-être pas vue. Il s’agit d’un film sans aucune temporalité, ou presque. Le bal des pensées, des souvenirs et la maturation d’une réflexion ont-ils leur chronologie ? Non. Seulement leur intensité.
La juxtaposition des images du cosmos et de la cellule, des mouvements de la matière brute comme ceux dansants de la vie, les ellipses s’interrogeant sur les fins des mondes et sur leur naissance, sur la fragilité des planètes accrochées comme par un fil à l’univers, donnent à son film une vraie dimension qui nous interroge sur notre époque, ses désastres et sa beauté. Dans un aller-retour majestueux entre l’infini et le circonscrit, entre sa vie et La Vie, le réalisateur Terrence Malick unifie cette interrogation sur nous-mêmes –individu à la fois enfant et parents – et nous-mêmes – société, collectif – dont nous portons et faisons à la fois les valeurs.
Sean Penn oscille, magnifique, entre les images d’une vertigineuse architecture où on le voit comme noyé dans sa puissance au balcon de buildings de verre trop immenses, et celles où dominent l’arbre, les lumières proches et douces, le sol, les pieds nus. S’y opposent sa mère et son père, deux forces, deux sexes, deux visions du monde, deux éducations, deux courroies de transmission. La force de Terrence Malick est de faire raisonner ces images de l’enfance, la dureté d’un père, la puissance de l’amour d’une mère, avec une réflexion profonde et intime sur notre monde et ses valeurs.
Le père veut-il éduquer ses fils au courage et à la force ? Il les enjoint à le frapper de face « Allez courage, frappe mon fils frappe ». Et on se dit que le courage n’est peut-être pas de savoir si on est capable de dominer ou d’ôter la vie mais de savoir si on est capable de se battre pour la préserver.

Le choix de la mauvaise direction
Au poids de la religion, qu’il présente comme sans réponse à nos drames, Terrence Malick oppose une vision panthéiste et mystique. Sur ce qui aujourd’hui domine dans notre monde, la dureté, l’ambition matérielle, la volonté de puissance et de domination, il en fait des images parfois écrasantes et glaciales, parfois effrayantes dans la subtilité de la pulsion de mort et de destruction qui dévore l’âme. Il oppose ici la dentelle d’un feuillage découpant le ciel, et la froideur d’un arbre déposé à coup de grue au milieu des buildings, simulacre de vie dans un monde dénaturé. Il oppose là l’embrassade qui régénère, et celle consentie par ordre et soumission qui ronge.
A peine évoquée, la guerre est pourtant un élément clé du film. Elle emporte avec elle, l’une des figures majeure du film, personnification de ce que l’âme humaine peut avoir de doux, de créateur, de sensible. Tout dans ce film résonne et fait sens : le choix des images, de leurs lumières et de leur composition, celui des mots et de la musique, le féminin, le masculin, le vivant et la destruction.
Dans ses oppositions d’images comme dans ses continuum incroyables, Terrence Malick semble nous dire : nous nous sommes trompés, ce monde voué à l’ambition de l’accumulation, du toujours plus grand ou du toujours plus haut, n’est que froideur et inhumanité. Il nous éloigne de l’essence même de notre vie, la création, la beauté, le partage et l’amour.
« Je t’ai éduqué à la dure et j’ai eu tort. J’ai été indigne, je n’ai pas vu la beauté de ce qui nous entoure ». Ce monde là n’est pas si éloigné. Nous l’avons en nous, le laisser être n’est qu’une question de choix et de vision du monde.
Faiblesses et limites ?
Le film a-t-il des faiblesses ? Peut-être.
Je me suis demandée parfois si j’aurais été tant bouleversée par les images si je n’avais su de moi-même reconnaître celles du cosmos, de la cellule ou de phénomènes géologiques physiques ou biologiques à l’oeuvre sur notre planète.
Sont-elles à ce point entrées dans la culture commune qu’elles sont reconnaissables par tous ? L’inclusion de quelques images de synthèse, si étonnantes de réalisme qu’il est difficile de les séparer des images vraies, m’a dérangée : de cette beauté époustouflante, qu’est-ce que l’on peut réellement voir ou seulement imaginer ?
Mais ce ne sont que quelques détails. Quand il se termine, The tree of life vous laisse profondément interrogé et bouleversé.








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j’ai surtout été frappé par la relation Homme/dieu dans ce film, ou Homme/valeurs. Je dis Homme mais je devrais dire humain. On retrouve le procédé utilisé par Spinoza dans l’Éthique, Dieu est la nature (Deus sive natura ou encore Dieu ou bien la nature). Finalement le déterministe qu’était Spinoza en prônant son Deus sive Natura annulait Dieu en en faisant l’ensemble de la nature, l’ensemble des causes et des choses qui sont.
J’ai ressenti le film de Malick de la même façon, il annule la valeur de Dieu et donc les valeurs par le personnage du jeune garçon pour qui rien n’est sublime, la mère et son trop plein d’amour, le père et son trop plein d’exigeance… (tous les deux ne forment pas le couple hétéro homogène parfait pour l’éducation pourrait on souffler à quelques députés).
Le flot d’images de « nature pure » se termine pas cette image du pont, réalisation humaine, ouvrage d’art même.
Abordant les thèmes de Dieu, de la nature, du déterminisme (de l’éducation) Malick réouvre un des débats des lumières dans une époque où la spiritualité est plus diverses et mais tout aussi présente.
Malick, un Spinoza 2.0?
Bon, après longue hésitation, je ne suis pas allé voir ce film. Les détracteurs de ce film l’ont emporté sur les grands défenseurs, tant le film ne laisse personne indifférent. Cela étant, tous les films de Malick m’avait laissé un peu dubitatif tant la forme primait sur le fond, et j’ai bien peur que cela soit encore le cas ici.
Nous sommes allées le voir avec Camille, en effet ce film ne laisse pas indifférent ! Elle vous parlera peut-être de son ressenti, plutôt positif.
Pour ma part, je n’ai pas aimé et je me suis beaucoup ennuyée ! C’est un film qui n’est pas « abordable », au sens où il ne suffit pas de s’assoir, de regarder et passer un agréable moment. Peut-être faut-il une predisposition à lire entre les lignes pour le comprendre ? Je me suis sentie assez perdue … Je ne voyais pas où on voulait m’emmener et je n’avais pas envie de me laisser porter par cette ambiance que je ne comprenais pas.
Je pense que The Tree of Life s’adresse aux amateurs de films d’auteurs, aux personnes qui ont suffisamment de sensibilité artistique pour voir au delà du manque d’action, d’intrigue, de rythme … Car ce n’est pas du tout le propos du film !