Suicide au travail: silence, circulez, y’a rien à voir ?
Salarié de France Telecom, il s’appelait Rémy, avait 57 ans et 4 enfants. Cette semaine, il s’est immolé sur son lieu de travail. Un suicide : le désespoir absolu. Et une arme : l’appel éclatant à faire signe, faire signe d’un dysfonctionnement si profond qu’il tue en silence. Car oui, la nouvelle a fait silence. Mais comment rompre le silence aujourd’hui ? Et trouver l’espoir dans les autres ?
Judith Bernard, sur le site d’Arrêt sur Image a rappelé combien la nouvelle a fait silence. Allez lire ce billet. Il est essentiel.
Soixante personnes se sont suicidées à France Telecom ces trois dernières années. SOIXANTE. Imaginez que l’on réserve ici une ligne à chacun pour les énumérer. Le glissement de souris vers le bas de la page serait long…

« C’est comme la tectonique des plaques »
Se suicider sur son lieu de travail… N’est -ce pas déjà un signe ultra-audible ? Imaginez deux secondes que vous vous suicidiez : imaginez le profondément. Où vous voyez-vous ? Sur votre lieu de travail ? Comment imaginer vouloir vivre ses derniers instants dans ce monde entre son ordinateur et celui du voisin ? Il faut vraiment se retrouver déshumanisé pour en finir à agir ainsi.
A l’automne 2009, j’étais aux Ateliers de la Terre. Le directeur des ressources humaines de France Telecom (ou le DG… bref un haut responsable) était à la tribune pour vanter je ne sais quelle action « verte ». Question ensuite dans la salle sur les suicides, le voilà répondre:
« Vous savez, c’est comme le jeu de la tectonique des plaques, les tensions s’accumulent, les plaques rompent et puis ensuite cela revient au calme« .
Quand j’ai été prof, pour expliquer ce phénomène, je prenais une règle de plastique que je serrais des deux côtés jusqu’à la rompre. Je n’allais même pas jusqu’au bout : j’avais du respect pour ma règle.
J’entendais cette image pour parler d’êtres humains. Sur mon fauteuil, j’étais sidéré. A quel point ce monsieur pouvait-il être déshumanisé pour ne s’être même pas rendu compte de l’énormité de ses paroles ? Combien cette déshumanisation était-elle devenue la norme pour pouvoir être prononcée à une tribune ?
Des salariés robotisés, minutés, loués
Les hot line sont devenues des communications avec un salarié robotisé, émettant des réponses selon une grille présélectionnée, ne se permettant même plus la digression : devant lui, l’horloge tourne, chaque appel est minuté. Les hot-liners sont appréciés sur le nombre d’appel traités par jour. Et souvent sont loués par des boîtes spécialisées aux groupes qui y font appel.
Dans notre système, la Nature est à ce point résumée à une ressource, que l’on ne voit pas que cette vision touche l’humain. Depuis maintenant près de 20 ans on parle de « ressources humaines » et ça ne nous choque pas.
Il y a trois semaines, je revenais par un train de banlieue des Yvelines. Arrivée à Paris, je ne pouvais pas passer les portiques de sortie. je ne comprenais pas. Je vois un contrôleur s’approcher de moi, je suis soulagée, je vais vers lui et lui explique mon « problème ». Il me demande si j’ai bien composté mon billet. Je réfléchis et me rend compte, en effet, que dans la toute petite gare de campagne, je n’avais pas eu mon réflexe parisien. Il me dit alors « Qui me dit que vous n’avez pas fraudé ? Vous vous êtes peut-être sincère mais comment puis-je le savoir ? »
J’étais vraiment touchée. J’étais traitée comme une voleuse alors que je mets un point d’honneur à ne pas frauder même pour une station de bus. Alors que je crie à tort et à travers les vertus du transport en commun depuis des années. Je lui ai finalement dit « vous savez je vais payer. Mais en échange voilà ce que je veux vous dire : on ne sait plus à qui parler. On ne cesse de vous remplacer par des machines et vous, vous comportez comme une machine. N’avez-vous pas une faculté de jugement ? » . Le type a dû me prendre pour une dingue mais je m’en fous.
La déroute du système
Ce système me déroute. C’est un système global, devenu politique économique, social. Il se défie de l’appréciation humaine, il remplace les échanges humains par des canaux bétonnés où plus rien ne passe.
Les voies pour y circuler sont devenues figées à l’extrême. Circuits pour trouver de l’emploi, circuits de distribution, circuits de circulation… Circulez circulez… y a rien à voir.
Résultat: quand on se pose, on trouve qu’il commence à y avoir, justement, beaucoup de choses à voir….
Rémy. 57 ans, père de quatre enfants. Immolé. Au travail.
On devrait ouvrir les yeux.







Ondes Vertes
Panier du mois
Bibliothèque
Agenda
Liens
Tchats & Débats
Questions réponses
Sondages

J’en suis venue à cette même conclusion que cette société lobotomise les cerveaux. Même dans notre travail nous n’avons plus une quelconque liberté de penser ni de faire. Toute action doit passer par des « process » qui nous rend dépendants. On ne doit plus faire telle action car c’est untel qui est le spécialiste, bref quand un problème surgit on doit attendre que cette personne soit disponible… c’est le truc de la caissière : pour des raisons de sécurité ou fraude (mais alors plus de confiance en ses employés ?) la caissière n’est plus en mesure d’annuler un article, il faut le tour de clé de la chef… voilà les employés n’ont plus de marche de manoeuvre, les cerveaux sont en veille, et on les abrutit encore plus en leur diffusant des messages, émissions inintéressantes qui n’ont qu’un seul but consommer… ah si tous les cerveaux pouvaient « se donner la main » !!!