Le jour où j’ai monté un projet de tourisme solidaire dans le désert de l’Atacama (Part 3)
Suite et fin aujourd’hui du fantastique voyage entrepris par Sandra et sa famille au Chili, dans le cadre d’un projet de tourisme solidaire. Nous les avions laissés à Huavina, salvatrice oasis au milieu du désert, nous les retrouvons aujourd’hui pour suivre les dernières étapes de leur expédition. En route vers l’apothéose !

Jour 6. L’inestimable trésor de Tarapaca.
Nous nous sommes laissés entraîner à la recherche d’une mine d’argent abandonnée depuis longtemps, accompagnés par notre guide du jour, ponctuel et fringuant, avec un large sourire creusé dans de longues rides rugueuses.
Je me dis tout de suite que ça va être dur. Ici, dans ce désert magique, les vieux gambadent éhontément devant nous, en entrainant des enfants redevenus sauvages. Nous partons par le fond de la Quebrada, traversant des paysages bouleversants de végétation dense, de cannes gigantesques et d’arbres fruitiers généreux, bordés de falaises sèches illuminées d’un soleil d’acier.
Bientôt nous laissons loin derrière nous les cultures en terrasses et leurs petits murets de pierre instables. Nous rencontrons des lamas, des aigles curieux, un putois furieux, et d’innombrables oiseaux inconnus aux couleurs chatoyantes.

Nous montons vers le désert et ses cactus immenses, comme des statues vivantes hérissés de défenses pour protéger leur eau. Nous marchons sous un soleil de plus en plus lourd.
De temps en temps, notre guide, nous raconte des histoires du passé en nous montrant des blocs de pierre. Il parle d’êtres humains de petite taille enterrés debout, de femmes momifiées avec leur bébé au sein, de familles entières de momies serrées debout, de déluge, de tas de pierres indiquant des passages, de montagnes sacrées. Il parle et nous oublions notre fatigue et nous avançons encore.

Nous avons marché en tout 6 heures avec les enfants ! Enfin nous arrivons à la mine. La récompense de nos efforts. Elle est telle que nous l’imaginions. Surréaliste. Des cavités étroites, creusées à la main, où les adultes doivent avancer à genoux, débouchant sur des chutes vertigineuses. Une vieille poulie en bois témoigne du temps où elle remontait un plateau branlant.
Nous remontons une immense coulée de sulfate en essayant d’épargner nos chaussures et des tas de pierres abandonnées où nous trouvons des roches extraordinaires, d’argent, de cuivre, de pyrite et d’autres minerais inconnus. Nos mains se couvrent de poussière d’argent, ce qui fait hurler de joie les enfants qui se tapissent de cette poussière irisée.

Et en y repensant avec Antonio, le soir, nous nous sommes dit que oui, nous avions bien rencontré un trésor inestimable. Ce trésor c’est une bibliothèque vivante gaie et inépuisable.
Le véritable trésor de la vallée de Tarapaca, ce sont ces petits vieux pétillants, qui vivent simplement de la terre et qui ont des millions de choses à transmettre. Un savoir presque oublié des hommes.
Jour 7. Le héros de l’eau des peuples.
Nous sommes montés sur la précordillère, à quelques 3200 m, pour une agréable baignade dans les eaux chaudes de Chusmiza.
Nous avons rencontré un personnage extraordinaire : Don Louis, le combattant de l’eau de son peuple. Ce personnage unique a combattu devant les tribunaux de son pays et jusqu’à l’ONU, où il a gagné, pour récupérer les eaux chaudes naturelles de son village, abusivement monopolisées par une entreprise privée, avec l’aval du gouvernement. Une entreprise qui est allée jusqu’à grillager les sources, pour empêcher les indiens d’en profiter.

Nous sommes partis pour Chiapa, un autre village perché à 3000 m d’altitude. En chemin, nous avons admiré d’autres pétroglyphes, dont un singe incroyable et authentique. Incroyable car il n’y a évidemment pas de singes dans ce désert. Authentique car les Aymaras l’affirment : il a été tracé probablement par un Inca revenant de l’Amazonie, via la route de l’Inca.
Jours 8 et 9 : Chiapa.
Je veux vivre à Chiapa !
Comment expliquer ça ? Ce n’est ni le plus beau des villages, encore moins le plus confortable, mais je veux vivre à Chiapa, dans ce bout du monde perché à 3000 m d’altitude et hanté, parait-il, par des soucoupes volantes la nuit…
A Chiapa, on mout encore la farine d’un magnifique maïs multicolore à la main, sur des pierres antiques.

A Chiapa, les viscachas s’égaillent devant les promeneurs et on ramasse le maïs que l’on moud encore à la main pour en faire des galettes délicieuses. A Chiapa, Séraphin et Célinda nous entraînent dans les montagnes et dans les champs, et le soir les repas se réunissent tous le monde, dans une bonne humeur et un humour inégalable.
Jour 10. L’ascension du Tata Jachura. (5300 m d’altitude).
Un petit groupe expérimenté de la montagne est parti tenter l’ascension du magnifique volcan qui domine la vallée, le Tata Jachura ou «grand père de la vallée». Départ à l’aube, et après 2h de route, première étape à 3850m d’altitude au pied de la montagne. Une grande “Apacheta” (un grand tas de pierre, où chacun dépose une nouvelle pierre, pour se soulager de ses maux) marque le début du chemin.
Un petit déjeuner rapide dans le froid glacial du lever de soleil, et nous partons à 3. Ce volcan est un immense cône, qui monte au début en pente très douce, puis de plus en plus raide. Nous marchons dans les cendres molles, et quand nous faisons 2 pas vers le haut, on redescend de 1 pas vers le bas.

Nous nous élevons très lentement, et le haut de la pente ne semble jamais se rapprocher. Pendant les 5h de marche qui ont suivi, au fur et à mesure que nous nous élevons, notre vitesse ralentit, notre souffle devient de plus en plus court. Vers 4800m, le mal de tête devient assez fort, et faire plusieurs pas de suite paraît de plus en plus difficile. Enfin, à 2h de l’après-midi, nous atteignons le haut de cette montée interminable et l’altimètre affiche 5015m. Le sol devient plat, nous ne sommes pas tout à fait au sommet et il reste 300m de dénivellation pour faire la pyramide finale, mais le temps nous manque, et l’énergie aussi.
Nous profitons du paysage magnifique qui s’étend sur toute la cordillère des Andes, et même de l’autre coté, jusqu’aux grands salars de Bolivie, qui brillent à l’horizon.
C’est la fin du voyage, avant de repartir, nous irons admirer les magnifiques salars de l’altiplano et nous aurons la chance de rencontrer des vigognes et un guanaco sauvage…
Mais ça, c’est une autre histoire !
Sandra, notre rédactrice invitée, est une chercheuse reconnue dans le domaine des neurosciences. Outre son métier qu’elle pratique avec passion, elle se consacre avec la même énergie à sa famille et à la protection de l’environnement.
Si la lecture de cet étonnant périple vous a plue et que vous habitez du côté de l’Ain, bonne nouvelle, Sandra présentera des films et des diapositives de cette formidable aventure, le samedi 5 mai à 20h30 à l’Espace Culturel Jean Monnet de St Genis Pouilly.

++ Pour aller plus loin++







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