Les biocarburants sont morts, vive les agrocarburants!
Le 19 avril 2011 | Par David
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Nordiste par amour, entrepreneur au quotidien, Ecologie et Développement Durable par sens. Profil atypique, transversal, transdisciplinaire
Méfions nous des mots : ils ont de l’importance et les choix des termes employés ne sont pas neutres – ni sans conséquence psychologique sur nos cerveaux, notamment auprès de l’opinion publique. Après « Le réchauffement, c’est has been!« , voici le second de la série: »Les biocarburants sont morts! Vive les agrocarburants!«

Champs d’agrocarburants de Ken Grainger, Licence Creative Commons.
Psychologiquement, ce terme simplement trompe involontairement (ou volontairement, c’est discutable) le citoyen lambda ou l’opinion publique. Pourquoi le »biocarburant » est perçu comme du « carburant bio » par l’opinion publique ?
Voilà le fruit de mes réflexions pour se défaire de ce mot!
Le « bio », un terme positif pour l’opinion publique
Le « bio », c’est d’abord un terme positif pour la majorité des gens. Utilisé massivement dans l’opinion à propos de l’agriculture, le terme bio est perçu comme « plus naturel car sans produits chimiques« , « meilleur pour l’environnement« , « meilleur pour la santé » en 2010 selon l’Agence Bio. D’ailleurs le terme « agriculture biologique » a été protégé dès 1980 devant l’utilisation abusif du terme par tout et chacun.
Une distinction entre « agriculture bio » et « agriculture intensive »
De ce choix de protéger le mot « bio » (dans le sens agriculture biologique), nous faisons une distinction simplement par les mots entre l’agriculture bio et l’agriculture intensive, certains diront conventionnelle. Sans mots pour différencier et nommer les choses, point de salut!
L’agriculture bio utilise des moyens de production plus naturels et respectueux de l’environnement, tandis que l’agriculture conventionnelle est tournée vers des moyens de production intensif impliquant l’utilisation de pesticides et nombreux autres intrants de synthèse.
Le biocarburant ou « carburant bio », effet d’aubaine
le hic, sémantiquement parlant, réside dans ce que le terme « biocarburant » est composé des mots « bio » (au sens du vivant) et « carburant », au sens carburant en provenance du « vivant ». Cela a du sens cependant pour un néophyte, le biocarburant est par définition un « carburant bio ». Point barre.
Conséquence: cela met dans la tête de l’opinion publique que les « biocarburants » ou « carburants bio », c’est positif, effet d’aubaine via l’utilisation du mot »bio », qui psychologiquement est associé à l’agriculture biologique.
Les biocarburants sont tout d’abord des carburants issus du monde végétal et de manière plus précise, issus de l’agriculture. Or, comme nous l’avons vu, il existe une distinction fondamentale entre « agriculture bio » et « agriculture intensive ».
Donc, non, définitivement, les biocarburants ne sont pas bio! Ils peuvent être pleins de pesticides, d’OGM, non bio. C’est pourquoi, je pense que le terme plus approprié serait « agrocarburant ».
Les agrocarburants, principalement issus de l’agriculture intensive voir OGM
Aujourd’hui, les agrocarburants sont principalement issus de l’agriculture intensive, voire des plants OGM, dans les pays du continent américain.
Peut-on réellement dire qu’ils sont plus respectueux de l’environnement et de l’homme, alors qu’on pousse dans le même temps à l’utilisation et la diffusion de plants OGM dont les effets sont aléatoires sur l’environnement et l’utilisation de pesticides et autres produits de synthèse ?
Il y a un peu contradiction, non ? Les agrocarburants, me semble-t-il, sont aussi respectueux de l’environnement que l’agriculture intensive -c’est à dire peu, pas beaucoup ou de manière « raisonnée ».

Pulvérisation de pesticides sur un champ, USDA Photo by: Charles O’Rear, Licence CC
Difficile de dire que c’est bio ! Sans oublier qu’il est difficile pour les agriculteurs bio de trouver de la terre pour de la production agricole à usage alimentaire.
Les biocarburants sont morts! Vive les « agrocarburants »!
Pourquoi le terme agrocarburant est-il approprié?
Le terme « agrocarburant » est plus neutre, ni positif, ni négatif, se rapproche de la réalité et justement c’est là son avantage. Il permet d’être qualifié par la suite soit négatif, soit positif. En cela, il n’y a point de jugement immédiat. Car l’utilisation des agrocarburants reste controversé, car qui dit agro, dit agriculture, donc terres agricoles.
Aujourd’hui, l’utilisation des agrocarburants est une question politique
Avec les crises de la famine en 2008, les « agrocarburants » ont été décrié pour avoir contribué aux effets économiques et sociales via la montée des prix de l’alimentation sur les populations. Certains d’ailleurs les appellent les « nécrocarburants« . La production d’énergie à partir de terres agricoles rentre en compétition frontale direct avec la production agricole à vocation alimentaire.
Or la question de savoir si l’utilisation de la terre agricole comme source d’énergie est positive ou négative relève d’abord d’une question politique (question à la fois agricole et énergétique). Elle ne doit pas rester en suspens, ni laissée totalement aux lois du marché (qui dit agriculture dit forcément politique!) Politique? Non pas au sens qui relève de nos chers décideurs politiques mais au sens de notre choix de société collectif.
Quelle stratégie agricole et énergétique souhaitons-nous?
Imaginons que des pays pauvres trouvent plus « économiquement » intéressant de produire et exporter de l’énergie agricole pour la vendre aux pays riches que de produire de l’alimentation pour la population locale? Où va-t-on? S’il faut importer tout les agrocarburants et que cela contribue à exproprier et affamer d’autres personnes de l’autre côté de la planète, est-ce que cela a encore du sens? Par contre, que penser si c’est de la production locale pour un usage local?
Encadrer les agrocarburants, avant qu’ils nous encadrent!
A l’image de la crise financière, ne faut-il pas encadrer les agrocarburants sous risque d’avoir une crise agricole? Une réglementation est elle nécessaire? Si oui, de quel ordre? Par exemple : production uniquement consommation locale, quota de surface agricole alimentaire/surface agricole énergétique, etc..?
Faudra-t-il faire une distinction juridique et économique entre les terres à usage énergétique et agricole ?
Est-il possible de faire une décorrélation (éviter que les prix de l’un ne soit indexé sur les prix de l’autre)?
Faut-il conditionner la production d’agrocarburants pour un pays à ce que la population soit satisfaite sur le plan alimentaire?
A l’inverse, la production d’agrocarburants ne permettrait-elle pas à certains pays à se développer (et donc réduire le niveau de pauvreté)?
Il y a encore beaucoup de questionnements autour de l’usage des agrocarburants. Et cela nécessite un débat collectif démocratique.
Bref, le but de cet article n’est pas de dire si c’est positif ou négatif, mon but premier c’est de vous faire comprendre qu’il faut abandonner l’utilisation du terme « biocarburant », « biodiesel », « bioéthanol » pour les termes « agrocarburant », « agrodiesel », « agroéthanol », etc. Le débat alors pourra avoir lieu!
Le terme agrocarburant doit être neutre !
Ainsi vous l’avez compris, le terme »agrocarburant » est approprié car ni positif, ni négatif. Avec le mot « biocarburant », c’est « faussement positif ». Avec le mot « nécrocarburant », le terme est « négatif ».
Vu que les conditions économiques, environnementales et sociales évoluent, j’estime qu’il ne faut pas se fermer des portes et j’invite plutôt à continuer les recherches et développements sur les agrocarburants. Peut-être trouverons-nous un jour des agrocarburants bio, respectueux de l’environnement et éco-efficaces… qui consomment très peu d’espace agricole par exemple et qui produisent beaucoup d’énergie ?
Qui sait ? Sans recherches sur le sujet, nous ne saurons jamais.
En revanche, la question de son utilisation aujourd’hui, avec ses conséquences sociales, environnementales et économiques positives et négatives, vous l’avez saisi, relève d’un choix de société et donc politique.
Alors, comme vous l’avez compris, les « biocarburants » sont morts, vive les « agrocarburants!
Ici j’appelle tout simplement nos amis bloggueurs, journalistes et médias à abandonner l’utilisation de ce terme confus qu’est le terme « biocarburant » et à utiliser le terme « agrocarburant » plus neutre.






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Le problème, ce n’est pas réellement le terme utilisé : agrocarburant, biocarburant ou « nécrocarburant ». Le souci, c’est de passer au delà des différents lobbies qui existent concernant les carburants de nos véhicules. Et là, c’est un peu le parcours du combattant…
On ne parle pas encore de mère nature !! C’est dommage c’est pourtant ce qu’elle est et le reconnaître entrainerai le respect obligatoire du à une mère ! Qu’ils s’appellent agro ou bio, ils ne sauveront ni la voiture ni la planète ! http://bit.ly/dqG9MZ
Juste une remarque en passant : ce débat de mots est très lié à la langue. Si je bascule en anglais, l’agriculture « bio » est dite « organic » et les agro-carburants appelés « biofuel ». Du coup l’anglais ne joue pas sur la confusion. Quitte à penser aux mots, on peut aussi trouver que le terme « agriculture bio » est assez stupide, autant que le « organic » de l’anglais. D’autres langues ont choisi le terme « écologique ». C’est le plus proche de l’idée.
Au demeurant, une fois en français, le terme agro-carburant peut paraître une bonne idée puisqu’il ne crée pas de confusion avec l’agriculture bio. En revanche, il couvre mal des sources d’énergie basée sur des organismes vivants mais pas des cultures agricoles (forêt, algues, …). La question de sources d’énergie issue de biomasses (au sens large) est une question complexe qui recouvre des systèmes variés et des enjeux forts pour l’environnement (transferts de pollution) et la société (main d’oeuvre, occupation de l’espace, rationalisation de la dépendance énergétique,…) ; aucun mot ne pourra à lui tout seul recouvrir toute cette complexité.
Et au fait, les biocarburants ont-ils toujours une aussi bonne image auprès du public ?
Dans le Sud-Ouest de la France, il y a une usine – Abengoa à Lacq- qui fabrique de l’éthanol.
L’éthanol fabriqué à partir de 500 000 tonnes de maïs est, selon la terminologie en cours, du bio-éthanol ou du biocarburant.
Dans cette même usine, on complète la production avec de l’éthanol fabriqué à partir de vin (en gros 20% de la production totale).
Ce qui est rigolo, c’est que, jusqu’à il y a peu, l’alcool distillé à partir de vin, c’était de l’alcool ou de l’éthanol. Maintenant, lorsque cet alcool est distillé à partir de maïs, c’est du bio éthanol.
Etonnant, non ???
MH
PS : le charbon et le pétrole sont aussi les produits de transformations de matières organiques…