Attention, Jonathan Foer peut nuire gravement à votre alimentation carnée !
Le 5 avril 2011 | Par Agnès
Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.
Cela se passe peu souvent dans une vie. On termine un livre et on décide qu’on ne fera plus jamais comme avant. C’est ce qui m’est arrivé en refermant le dernier ouvrage de Jonathan Safran Foer, « Faut-il manger les animaux ? »
J’étais probablement suffisamment engagée dans la réflexion autour de mon alimentation carnée pour y renoncer aussi radicalement. N’empêche, ce que dénonce Jonathan Foer dans ce livre pourrait bien ébranler vos convictions !
3 ans en immersion dans le monde de l’élevage
Un livre paru l’année dernière, Bidoche de Fabrice Nicolino abordait la même thématique. Mais là où Fabrice Nicolino se livrait à un véritable procès à charge contre l’élevage industriel, dans un style aussi tranchant et froid que les couteaux des bouchers des abattoirs, Jonathan Foer répond par un plaidoyer en faveur de la cause animale.
Pour cela, il a dédié trois années de sa vie à aller à la rencontre d’éleveurs, à visiter clandestinement des « fermes » d’élevage, à compiler des données et recueillir des témoignages, à faire progresser ses réflexions au rythme des avancées de sa vie personnelle.
Au bout de son enquête, cet ouvrage (dont la couverture même est loin d’être anodine), dans lequel il s’interroge sur la meilleure façon de parler de notre façon de manger des animaux. Un subtil mélange de récit pur (autobiographie, visite commando d’une ferme industrielle), de réflexions philosophiques, de courriers, de visuels, de chiffres, de témoignages… Au final, autant d’entrées diversifiées que parlantes pour nous sensibiliser à sa cause, celle des animaux.
Et mieux vaut ne pas l’être trop sensible, justement, pour lire toutes ses pages. Celles consacrées à la façon dont les animaux sont abattus sont purement insoutenables et je dois avouer que je n’ai pu aller au bout de certaines.
Un tel témoignage reste pourtant essentiel. Pour savoir. Parce que Jonathan Foer est intimement convaincu que lorsqu’on sait, on ne peut plus continuer comme avant.
Un état des lieux désastreux
Alors, que sait-on lorsqu’on referme son livre ?
:: Que le lien élevage industriel/développement des pandémies planétaire est avéré.
:: Que les animaux enfermés dans ces élevages seraient incapables de survivre dans le milieu naturel tant ils triturés génétiquement. L’incapacité des dindes à se reproduire avait fait l’objet d’une expérience très révélatrice dans l’ouvrage de Barbara Kingsolver, Un jardin dans les Appalaches.
:: Que la merde, telle que la nomme sans détour Jonathan Foer, pose des problèmes gravissimes.
:: Qu’il ne fait pas bon être un poussin dans un élevage industriel.
:: Que la découverte de la notion du bycatch (prise accessoire) désignant la capture « accidentelle » de créatures marines remettra aussi en question votre consommation de poissons et autres crustacés.
:: Que le prix de la viande industrielle est artificiellement maintenu au plus bas parce que les pollutions générées par l’élevage industriel restent à la charge des collectivités publiques.
Voilà bien évidemment un tout petit aperçu de la quantité d’informations délivrée par Jonathan Foer. A chaque page sa découverte, généralement écœurante.
Inutile de préciser qu’arrivé à la 363ème page, on déborde d’informations sur l’élevage industriel et qu’on aura légitimement engagé sa réflexion sur le fait de se nourrir d’animaux provenant de ces endroits directement inspirés de l’enfer. Et peut-être même que comme moi, renoncerez-vous à manger tout animal ?
Pourquoi ai-je trouvé si convaincant Jonathan Foer ?
Parce qu’il n’est pas dans la culpabilisation. Parce qu’il part du principe que lorsqu’on sait, il est difficile, voire impossible, de continuer comme avant. Parce qu’il insiste sur le double oubli qui préside à notre consommation de viande : nous oublions que nous mangeons un animal mort et comment il est mort.
Et parce qu’il ne manque pas de rappeler l’enjeu le plus essentiel soulevé par l’élevage industriel, l’hypothèque qu’il pose sur l’avenir d’un patrimoine génétique que des centaines de générations avant nous ont patiemment édifié.
Des phrases choc :
- « Nous avons laissé mener la guerre contre les animaux que nous mangeons. »
- « L’élevage industriel considère la nature comme un obstacle qui doit être surmonté. »
- « Les barons de l’élevage industriel savent que leur modèle d’action repose sur l’impossibilité pour les consommateurs de voir (ou d’apprendre) ce qu’ils font. »
- « L’idée n’était pas encore venue aux éleveurs de traiter les animaux vivants comme des animaux morts. »
- « Lorsque nous mangeons de la viande issue de l’élevage industriel, nous nous nourrissons littéralement de chair torturée. Et de plus en plus, cette chair devient la nôtre. »
- « Plus les gens découvriront ce qui se passe en zone de tuerie, moins ils mangeront de viande. »
- « Au bout du compte, l’élevage industriel n’est pas là pour nourrir les gens, il est là pour faire de l’argent. »
++ Pour aller plus loin++
- Dossier Mollat : Mes premiers pas vers une alimentation moins carnée (avec Bidoche, de F. Nicolino).
- Meet your meat (attention, certaines images sont difficilement soutenables) :








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Bravo Agnès ! C’est courageux de voir la réalité en face. Et tu verras, en devenant végéta*ienne, tu vas redécouvrir d’autres aliments, diversifier ton alimentation et prendre plaisir à manger. S’abstenir de manger des animaux c’est tout bénéf pour soi-même et pour autrui : c’est bon pour la Terre et les générations futures, c’est bon pour notre santé (pas de carences de protéines, promis, juré, craché, bilan sanguin à l’appui) et c’est compassionnel envers les animaux, qui ont aussi le droit de vivre. BRAVO ! :-)
Merci pour cet article, ce sujet ne cesse de revenir dans les discussions en ce moment et c’est tant mieux car il est temps que chacun sache ce qui se passe. Je souscris tout à fait à l’idée que lorsque l’on sait, on ne peut plus agir comme avant, malheureusement le « voilage de face » est encore très répandu et sacrément coriace :) D’autant plus que notre santé même est concernée, il ne s’agit pas que de fa
Merci pour cet article, ce sujet ne cesse de revenir dans les discussions en ce moment et c’est tant mieux car il est temps que chacun sache ce qui se passe. Je souscris tout à fait à l’idée que lorsque l’on sait, on ne peut plus agir comme avant, malheureusement le « voilage de face » est encore très répandu et sacrément coriace :) D’autant plus qu’il ne s’agit pas seulement de faire moins de mal aux animaux ou à la planète, ce que beaucoup de gens ne veulent même pas entendre, mais de notre santé même qui est directement menacée par la consommation de ces « produits » devenus extrêmement toxiques.
J’ai récemment lu ce livre avec un certain enthousiasme et même du soulagement… enfin un livre qui s’intéresse vraiment au sort des animaux d’élevage!
Je suis heureuse qu’il ait pu te convaincre de renoncer à l’alimentation carnée. Certains continueront de se voiler la face après avoir lu cet ouvrage, mais pour ceux qui comme toi prendront conscience c’est une grande victoire pour tous les animaux et l’environnement!
:-D
« Je suis heureuse qu’il ait pu te convaincre de renoncer à l’alimentation carnée. »
Oup’s, je ne l’ai pas compris comme ça…
« J’étais probablement suffisamment engagée dans la réflexion autour de mon alimentation carnée pour y renoncer aussi radicalement. N’empêche, ce que dénonce Jonathan Foer dans ce livre pourrait bien ébranler vos convictions ! »
Du coups, mon commentaire de 10:30 serait à coté de la plaque… Oh puis zut, je cesse de culpabiliser, ça n’était pas très clair :)
Merci pour ce partage. Néanmoins, ce que je découvre ici me donne plus envie de me battre pour pouvoir manger de la viande d’élevage plutôt que de ne plus manger de viande du tout. Suis-je anormal ?
Bien sur que non, c’est tout l’esprit du bouquin, certains ne sont pas prêts à abandonner complètement la viande pour plein de raisons, qu’ils estiment bonnes… C’est une autre étape de la réflexion. Ce bouquin démontre à quel point l’industrie de la viande est insoutenable, tant du point de vue écologique, qu’éthique. Il décrit la façon dont certains élèvent des animaux de façon qu’ils considèrent comme éthique et que SF considère lui comme plus acceptable, sans pour autant approuver… puisqu’il est végétarien, mais sans culpabiliser non plus.
Grande cet article, tout est possible, maintenant si nous lo faisons ou pas… c’est autre chose … Je suis végétarien et j’aimerais que chacun prendre conscience de fair dans leur vie des meilleurs choix .
Alors félicitations!!!!
@Erick J’ajouterais à ton commentaire que la réflexion menée par Jonathan Foer peut donner envie de se battre pour manger de la viande hors cadre industriel. Pour nos grands ou arrière grands parents à la campagne, il était normal de manger les animaux que l’on avait élevés parce qu’il n’y avait pas de déconnection entre l’élevage et la consommation de viande. Personnellement je sens ce fossé entre l’animal et sa viande dans mon assiette et j’ai tendance à manger peu de protéines animales. Et cela me pousse à apprécier la bonne viande…
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AEC.
c’est déjà bien de préférer « manger de la bonne viande » (pour l’animal qui a au moins connu 1 petit morceau de vie normale, en liberté etc / et pour soi, pour sa santé) mais « de la bonne viande » ne sera malgré tout jamais « de la nourriture propre » j’entends par là qu’on coupe net la vie de l’animal pendant sa jeunesse (enfance ou adolescence pour faire 1comparaison avec l’humain), que manger de la viande n’est pas vital, que les proteines se trouvent aussi dans le monde végétal. Je suis d’accord, du temps de nos grands-parents, ils tuaient eux-mêmes leurs bêtes etc mais en ce temps-là, nous ignorions quasiment tout de la vie intérieure, émotionnelle et intelligence des animaux (même d’élevage !!) Tous les jours, des études nous démontrent que les vaches, poules, cochons etc sont extrêmement intelligents, tissent des liens affceitfs entre eux, ou des inimitiés, ressentent la peur etc …… Là est toute la différence ! Beaucoup d’éleveurs le taise car ce n’est pas dans leur interêt (financier)
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[...] percutante et créative. J’ai aimé l’image du végétal qui reprend ses droits sur Faut-il manger de la viande et les tournures savoureuses de la dernière campagne RTL. Le Point a fait un numéro spécial [...]
Bonjour,
merci pour cet article ! J’avais lu son interview dans le (bon) dossier dans les Inrocks « Manger de la viande tue ». Une de ses réponses que j’ai bien aimé est que pour certains devenir végéta*ien du jour au lendemain et un objectif trop important et que cela décourage mais savoir que « Si les Américains mangeaient un plat de viande en moins par semaine, en termes de pollution cela reviendrait à supprimer six millions de voitures sur la route. », c’est possible et c’est déjà énorme.
Parce que encore une fois les convaincus sont déjà très bien informés, ce sont les sceptiques qu’ils faut convaincre !
L’interview est dispo sur le web : http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/57745/date/2011-01-18/article/faut-il-manger-les-animaux-entretien-avec-jonathan-safran-foer/
J’ai adoré le livre moi aussi.
Je l’ai lu pendant une démarche intérieur et ça n’a que renforcé mon choix de me tourner vers un régime Végétarien. Ce livre est une pure merveille, révélateur et comme vous le dite si bien NON CULPABILISANT, mais comment peut-on ne pas changer sa manière de consommer après sa lecture, je pense qu’il ya un avant et un après Jonathan Safran Foer, et il devrait être lu par un plus large public tant il nous informe sur des réalités peu voir pas connues.
Très bel article, et bouquin effectivement indispensable ( http://0z.fr/ZL7gg ), mais je suis toujours attristé de lire ce genre de choses…
« Et mieux vaut ne pas l’être trop sensible, justement, pour lire toutes ses pages. Celles consacrées à la façon dont les animaux sont abattus sont purement insoutenables et je dois avouer que je n’ai pu aller au bout de certaines. »…
et …
« J’étais probablement suffisamment engagée dans la réflexion autour de mon alimentation carnée pour y renoncer aussi radicalement. »
Pour des gens sensibles, les abattoirs sont effectivement des endroits insoutenables… Reste à savoir ce que l’on entend par insoutenable… Insoutenable au point de ne pouvoir cautionner ce genre d’endroit et donc arrêter de manger de la viande, ou insoutenable au point de fermer les yeux et de continuer à laisser ce travail à ceux qui en sont capables ?
Donc j’ai une seule question. Si vous, être sensible, ne supportant pas la lecture même des conditions d’abattage massif et hallucinantes des animaux (qui sont partout les même, à des conditions d’hygiène prêt), si vous, donc, ne le faites pas, qui le fera ? Qui arrêtera de cautionner cela si ce n’est les personnes sensibles qui ne le supporte pas.
Je suis d’accord, il y a bien d’autres sujets insupportables et pour lesquels on ne met pas en cause radicalement son quotidien, mais ne pas manger de viande n’a rien de compliqué. Les personnes qui promeuvent le végétarisme n’ont en général aucune volonté de culpabilisation, mais de libération, libérer l’être humain de la mise à mort « obligatoire »… Il faut bien manger…
« tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille » disait Tolstoi, on peut bien entendu répondre que c’est pure supposition, utopie d’un monde des bisounours… Je pense personnellement que si les être humains n’essaient pas de réintroduire un peu d’utopie de bisounours dans leurs réflexions, nous allons droit vers un futur bien désagréable.
[...] ++ Lire l’article d’Agnès Attention, Jonathan Foer peut nuire gravement à votre alimentation c… [...]
Cet article est pour moi un véritable électrochoc, particulièrement la vidéo.
Bien sûr, je ne suis pas si naïve. Je savais que les conditions d’élevage (et d’abattage) des animaux était monstrueuses, mais pas à ce point là. Pas de façon si cruelle, pas mutiler des animaux sans défense.
Changer mon alimentation est un sujet qui me travaille beaucoup depuis plusieurs mois. Mais comment ? Par où commencer ? Éliminer totalement la viande ? Mieux la sélectionner ? Éliminer les poissons et crustacés ? (je ne me suis pas encore renseignée sur ce sujet mais j’imagine que ce n’est pas tellement mieux.)
Le peu de fois où j’ai tenté d’en discuter avec mon entourage, je me suis fait rembarrée. « De toute façon, même si tu changeais ton régime alimentaire, ca ne changerait rien » ou encore « Ca fait un peu problème de gosse de riche tu ne trouves pas ? ».
Bref, j’aimerais vraiment changer, mais je ne sais pas comment m’y prendre d’autant plus que je suis jeune et que je vis donc toujours chez mes parents. (Je me vois mal exiger qu’on achète dorénavant tel ou tel produit.) Et on trouve tellement d’informations sur interne qu’au final, je m’y perd un peu..
J’espère que cet article touchera d’autres personnes, de la même façon qu’il l’a fait pour moi.
[...] Relire l’article d’Agnès : Attention, Jonathan Foer peut nuire gravement à votre alime… [...]
[...] j’ai eu l’occasion de le raconter ici, j’ai pris cette année la décision de cesser de manger des animaux. Ce Noël se célèbrera [...]