Les français épinglés: quels sont les ménages les plus pollueurs ?
Le saviez vous ? Nos régions sont toutes engagées dans des plans climat visant à réduire de 20 % au minimum les émissions de gaz à effet de serre avant 2020, et de 80 % avant 2050. Mais cela ne se fera pas sans les ménages, qui représentent aujourd’hui plus des deux tiers du PIB français. Quelles sont donc les « habitudes carbone » des ménages français ? Une étude fait le point sur des comportements qui n’avaient encore jamais été analysés.

L’Observatoire du bilan carbone des ménages a été créé par Green Inside (l’agence que j’ai co-fondée, ndrl) en collaboration avec Ipsos-logica : nous voulions nous placer du point de vue des ménages pour analyser, de l’intérieur, les liens entre leur sensibilisation et leurs émissions réelles, comprendre leurs contraintes et leurs comportements en tenant compte de la taille de leur agglomération, de leurs habitudes de loisir, de la composition de leur famille, etc. Voilà les principaux résultats de notre enquête menée sur un panel de 2000 ménages représentatifs de la population française. Sachant que le hit parade des foyers les plus émetteurs est composé des personnes vivant seules, les retraités, les jeunes, les cadres sup’.
Une personne seule émet trois fois plus qu’une personne vivant dans une famille de 5 personnes.
Les foyers d’une personne affichent aujourd’hui un bilan carbone très élevé de 10 685 Kg Co2 par individu (contre 7388 Kg Co2 pour l’ensemble 5436 et 4612 Kg Co2 par individu pour les familles de 3 et 4 personnes, voire de 5 personnes et plus (3221 Kg Co2).
Le fameux troisième enfant n’entraîne ainsi pas une hausse sensible des émissions des ménages. Les émissions par personne diminuent en effet de 824 kg lors de l’augmentation du foyer de 3 à 4 personnes et de plus de 1390 kg CO2 lors du passage de 4 à 5 personnes.
Ainsi, plus la taille du foyer augmente, plus les niveaux des émissions de CO2 se trouvent « mutualisés ». A l’inverse, les personnes seules représentent 55 % des mauvais bilans carbone de notre étude (11849 Kg Co2 et plus).
La taille de la famille est également le facteur le plus clivant en terme de sensibilisation. Si les familles ayant un enfant se montrent plus sensibilisées, c’est à partir du deuxième enfant que le clivage en terme de sensibilisation environnementale globale a lieu par rapport au reste de la population.
Les jeunes et les plus de 55 ans sont les plus émetteurs d’émissions de CO2 : ils sont souvent célibataires ou vivent seuls ou à deux mais dans des logements devenus trop grands pour eux une fois les enfants partis. Ils souffrent du défaut de mutualisation : du logement du transport, des biens d’équipement. A noter: ce sont aussi les moins bien sensibilisés.

Plus j’ai du temps ou de l’argent, plus je peux prendre l’avion !
L’enquête montre que l’avion constitue 19 % des émissions du poste transport global, alors que 70 % des ménages interrogés ne prennent pas l’avion (seuls les voyages loisirs sont pris en compte.)
Qui le prend pour alourdir la facture carbone globale ? les cadres supérieurs qui sont près de 60 % à prendre l’avion au moins une fois par an et les retraités qui sont près de 40 %.
Dans les grandes agglomérations de plus de 100 000 habitants, l’utilisation des transports en commun fait baisser les émissions globales. Mais surprise : au delà de 200 000 habitants, le bilan carbone remonte. Est-ce là encore à cause de l’avion ? Parce que les aéroports sont proches ? Parce que la qualité de vie est moins bonne et incite à l’évasion ? Ce sont des données que nous espérons creuser dans la prochaine enquête.
La précarité énergétique : les meilleurs bilans carbone risquent de souffrir avant tout le monde
Les ménages modestes ont parmi les meilleurs bilans carbones et représentent même à eux seuls plus du tiers des bons bilans. Malgré cette « vertu » (souvent faute de pouvoir consommer), ils seront les plus pénalisés par l’augmentation du prix de l’énergie : la faiblesse de leurs émission et de leur consommation énergétique ne compense pas la faiblesse de leurs revenus.
Les jeunes, les ouvriers sont les plus touchés : une précarité qui s’ajoute à une de celles qui connaissent déjà puisque ce sont les populations qui sont aussi les moins bien loties en terme d’accession à la propriété ou l’emploi.
Suffit-il d’être sensibilisé et de faire les éco-gestes pour être un poids plume carbone ?
Si la sensibilisation globale a un très léger effet sur le bilan carbone (de 7 à 8 % de moins pour les très sensibilisés), son effet est bien loin des enjeux. Pire, les éco-gestes eux, n’ont aucun effet sur le bilan carbone. Est-ce à dire qu’ils sont inutiles ? Non ils permettent de faire prendre conscience à la population de leur lien à la terre. Mais dès qu’on regarde les effets sur les émissions carbone, c’est simple: il n’y en a pas.
Pour remplir la feuille de route, il est peut être temps de changer notre fusil d’épaule ? Surtout que les ménages font preuve d’une vraie bonne volonté globale d’agir. Leur problème ? Leur marge de manoeuvre.

Pour favoriser la mutualisation: il est nécessaire d’avoir des politiques structurantes sur le logement…
Dans notre étude, la taille du foyer est l’un des facteurs le plus clivant: plus on est nombreux, mieux on mutualise ses émissions pour le transport, le logement, les biens d’équipement et l’alimentation.
Mais on ne va pas empêcher les gens de divorcer, de se mettre en couple trop tard, ou de ne pas s’accoupler entre veufs, n’est-ce pas ?
Les différences révélées sont telles que la simple isolation des logements apparaît alors comme une solution partielle et que la réflexion à des politiques structurantes de logement est indispensable.
Ainsi, dans la construction, les logements modulables (pensés pour pouvoir être séparés lorsque la taille de la famille varie) est un enjeu à considérer dès aujourd’hui. C’est déjà à l’oeuvre ailleurs en Europe. Dans l’existant des politiques incitatives favorisant la location d’une partie de son logement semblent aussi des pistes intéressantes.
Cela passe aussi par des logements favorisant la mutualisation des équipements, comme les machines à laver, tel qu’il l’est fait ailleurs en Europe.
… et le transport
Le co-voiturage n’est pas une piste à négliger. Dans les petites agglomérations (les plus émettrices de carbone) où le transport en commun est difficile, il peut être un atout important. D’autant que la voiture électrique de masse n’est pas pour demain : son prix et l’augmentation du coût de l’énergie en général, ne la rendront peut être pas non plus pour tout le monde. Il serait donc sensé de favoriser les bonnes habitudes dès maintenant.
L’avion dans les loisirs est un vrai plomb dans l’aile du bilan carbone global, pour une minorité de personnes. Il est donc important de développer des offres de loisir plus locales.
Malheureusement, des profils très sensibilisés se montrent aussi très dévorateurs de kilomètres aériens. Faut-il une taxe ? Faut-il aussi mettre l’accent sur les avantages d’un tourisme local et rappeler que le prix d’un biellet low-cost ne révèle pas le coût pour la planète ?

Melting Men – une oeuvre de l’artiste brésilien Nele Azevedo (Septembre 2009, Berlin)
De la méthodologie: se placer au coeur des ménages: oui, mais…
Une telle approche comporte des biais, liés notamment à la méthode même du bilan carbone de l’Ademe : tout ne peut être pris en compte. Sans compter que les questionnaires ne peuvent être trop longs, au risque d’avoir des réponses inexactes par effet de lassitude des répondants.
La durée des questionnaires a donc été limitée à 45 minutes et choix a été fait de cibler l’alimentation, le logement, le transport. Nous avons retiré de l’étude les autres consommations (habillement, Hi-tech, etc) pour lesquelles des politiques structurantes locales sont plus difficiles à mettre en oeuvre.
Ainsi, les valeurs absolues que nous donnons sont à prendre avec des pincettes, ce qui est important ce sont les croisements et les rapports entre les catégories étudiées.
Les résultats ont été dévoilés le 28 mars 2011 lors d’une conférence de presse hébergée par l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Laurence Tubiana, directrice de l’Iddri et de la Chaire développement durable de Sciences Po, Michel Colombier, directeur scientifique de l’Iddri, et Benjamin Dessus, Président de Global Chance, ont réagi à nos premiers résultats.
Des interrogations: récompenser les plus économes en émission, taxer les pollueurs ?
Lors de la conférence de presse, les intervenants au débat, Laurence Tubiana, Michel Colombier et Benjamin Dessus se sont montrés favorables à l’imposition d’une taxe progressive sur les émissions carbone, par palliers : nulle pour les premières tonnes, puis augmentant avec l’intensité carbone du comportement des ménages.
Cela aurait pour effet de rétablir les inégalités devant la précarité énergétique. Et pourquoi ne pas récompenser les plus vertueux également ? Directement ou en subventionnant les comportements structurants que nous avons évoqués plus haut : logement, transport, tourisme… Que la vertu carbone représente un avantage concret et vérifiable en monnaie sonnante et trébuchante pourrait être un atout devant des politiques environnementales qui sont toujours perçues sous l’angle de la contrainte.
Enfin, l’importance de politiques structurantes a été réaffirmée par tous et concorde avec les conclusions de leurs études menées à des niveaux plus macroscopiques. Les ménages ont une bien trop faible marge de manoeuvre pour ne pas rendre des politiques structurantes indispensables et urgentes tant pour l’égalité sociale que pour l’état de notre atmosphère.
++ Pour en savoir plus ++
Lire l’étude sur le site de GreenInside






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De manière générale l’écologie a été longtemps abordée mais très peu mis en pratique en France. Les évènement récents vont peut-être relancer efficacement le sujet et surtout faire se sentir les concerné bon nombre de citoyens.
[...] Retrouvez tout l’article ici. [...]
Personnellement j’attends de lire l’enquête IPSOS et leur barème de jugement pour voir en quoi la « sensibilité écologique » ne fait guère de différence – à savoir, à quel genre de gens ils ont eu affaire, face à quelles questions pour connaître leur « sensibilité écologique ».
Pour ma part, je fréquente au boulot un tas de gens qui ont une « sensibilité écologique » (ils savent qu’il faut isoler sa maison, éteindre les lumières en sortant, mettre de préférence des ampoules économiques etc…), mais ça ne les empêchera pas de partir en vacances en thaïlande, au Brésil ou ailleurs 1 à 3 fois par an.
Je dois être une des seules (ou la seule) du lot à être suffisamment écolo pour n’avoir pris l’avion que 3 fois dans ma vie en 42 ans – et pas pour aller si loin – alors que j’en ai parfaitement les moyens.
Mais bon : il faut avouer à la décharge de mes collègues qu’il est très difficile d’agir écologique quand tout les incite à la consommation et que la politique abonde toujours dans ce sens… Sans volonté politique, on n’inversera pas vraiment la vapeur ! Et en ce sens, taxer les plus gros gaspilleurs serait la meilleure des solutions.
Mmh, j’avais oublié de dire que cette enquête est super intéressante…
bonjour Grenouille, l’enquête est disponible sur notre site : http://www.greeninside.fr
Ce que met en valeur notre enquête c’est que les ménages ont peu de marge de manoeuvre. Pour l’avion, en effet, il est étonnant de voir combien de personnes ayant une grande sensibilité écologique, ayant changé de mode de consommation, de mode de transport… ne résistent pas à un voyage au bout du monde. Ils ne font pas le lien. Ou souvent font le lien entre l’écologie et leur bien être personnel (ne pas polluer son corps, faire vivre son quartier, préférer le vélo aussi pour l’exercice physique…) mais ils ne se sentent peut-être pas encore liés à une communauté planétaire.
Après lecture du rapport de l’IPSOS, je reste un peu sceptique sur les valeurs annoncées pour l’alimentation. Le lait et la viande sont mis en avant alors que les fruits et légumes et les poissons se retrouvent en queue de peloton.
Que mesure-t-on pour le poste alimentation ? Sauf erreur de ma part, je n’ai pas vu dans le rapport quel CO2 était mesuré pour l’alimentation (qui à mon sens et le poste le plus complexe à mesurer comparé aux transport, logement-chauffage).
Fruits et légumes voyagent de plus en plus, les poissons sont de plus en plus transformés (il est vrai cependant que la quantité consommée est inférieure en quantité à celle de la viande) et viennent de plus en plus loin.
Pour s’en convaincre lire le livre de Claude-Marie VADROT, des fraises en hiver.
Vous pouvez retrouver la chronique du livre à l’adresse suivante :
http://www.actions-developpement-durable.fr/des-fraises-en-hiver/