Elles ont osé : Joséphine, le premier salon de beauté social à Paris
Chez Ecolo-Info, on fait dans le durable, ça vous l’aviez compris! On aime bien suivre les aventures humaines, celles qui rendent la vie plus belle, celles qui s’inscrivent dans le concret.
Toutes les femmes vulnérables ont désormais leur salon de beauté. Lucia Iraci a enfin réalisé (avec l’aide de partenaires, de marraines et parrains passionnés) son rêve de salon de beauté social, parce que, loin d’être futile, la valorisation de l’image de soi passe par l’esthétique. Aider des femmes en difficulté à se retrouver devant leur miroir, leur donner la possibilité de se reconstruire socialement, des beaux quartiers à la Goutte d’Or, à Paris tout est possible ! L’aventure doit continuer…

Il y a tout juste un an, j’avais visité un des ateliers, sis dans le salon de coiffure de Lucia Iraci, au cœur de Saint-Germain des-Prés. L’occasion de lui donner la parole sur les prémisses de ce projet qu’elle porte depuis des années.
Le salon a ouvert le 8 mars, Journée officielle de célébration des femmes… Une date symbolique ? C’est un lieu plein de couleurs vives, au design contemporain, qui se cache dans une petite rue du quartier de la Goutte d’Or, un melting-pot de communautés diverses et colorées.
Pour marquer l’événement, Lucia a réuni le 23 mars toutes les forces vives qui ont rendu la chose possible: sponsors, marraines, parrains. Certains m’ont raconté leur rencontre et surtout le pourquoi et le comment de leur engagement.

Des institutions engagées
Tout d’abord la MACIF, qui soutient, au travers de sa Fondation, des projets à dominante environnementale, comme l’électrification photovoltaïque de villages au Sénégal et au Burkina Fasso, ou encore la protection des abeilles avec Terre d’Abeilles soutenu par le Museum d’Histoire naturelle.
Catherine Chaigne, la coordonatrice de ces projets qu’elle déniche par un patient travail de veille, s’enthousiasme : « Nous sommes allés chercher Lucia! Ce salon est l’aboutissement d’un accompagnement très long, depuis juin 2009, nous apportons les soutiens de base indispensables pour la recherche du lieu. Le cadre est à la hauteur des objectifs. »
Une ouverture rendue possible aussi grâce à la Mairie de Paris, qui a remué ciel et terre pour dénicher l’endroit. Seybah Dagoma, jeune adjointe au Maire pour les Affaires Sociales et Solidaires en profite pour me glisser – avec un grand sourire – qu’elle est en charge des appels à projets de la Ville. Je dresse l’oreille. En effet, pour donner un coup de pouce aux jeunes entreprises engagées dans des projets visant à rendre de nouveaux services aux Parisiens, il existe des subventions qui peuvent aller jusqu’à 20 000 € d’aide financière accompagnée d’une recherche de locaux et d’un service de communication.
Lucia a d’ailleurs obtenu cette aide lors de la session 2010. Pour ceux qui aurait en tête de monter un projet, le dossier d’inscription sera bientôt en ligne sur le site de la Mairie. Suivez ici le fil du portail ESS de la capitale. Vous êtes une femme ? Foncez, les créations d’entreprises sont encore trop rares, dixit Seybah…

Des particuliers généreux de leur temps
Dans ce salon, on prodigue des soins de beauté en cabine (généreusement sponsorisée par la marque qui le « vaut bien », à travers des produits cheveux mais aussi de soins). Esthéticienne et coiffeuses sont salariées, mais la demande est grande.
Des bénévoles sont là aussi, qui donnent de leur temps. Parmi eux, David (en photo dans la galerie)…
Un maquilleur de studio, pilier de l’Association depuis le début. Il a rejoint Lucia à la suite de la lecture d’un article, et s’occupe de ses « clientes » une fois par semaine au moins « et aussi dès que je peux me libérer. Une expérience extraordinaire, je fais vraiment partie de la construction de ce lieu de vie« .
Il insiste sur le fait du lien qui se crée au fil du temps, même si « quand on ne les voit plus, c’est plutôt bon signe, elles ont retrouvé un emploi« .
Coiffure, maquillage, soins de la peau, mais aussi un vestiaire
Quand on recherche un emploi après un temps d’exclusion, on n’a pas forcément les bons vêtements. La marque Caroll qui fête ses 40 ans d’existence est une entreprise française florissante. Quoi de plus naturel pour Sylvie Colin, sa jolie Directrice Générale, que de s’engager pour cette opération? « Sur le long terme« , précise-t-elle avec un sourire qui en dit long.
Un coup d’œil en cabine me permet de vérifier. Sur les portants, c’est comme dans les boutiques. On peut trouver le bon tailleur en lin parfait pour les entretiens d’embauches, la petite robe pour sortir le soir et même des accessoires très tendances. Le tout du 36 au 44…
Un partenariat qui « devrait » inspirer d’autres marques, tant les besoins sont grands.
Le salon social Joséphine est ouvert du lundi au vendredi, de 9h30 à 17h30.
28 rue de la Charbonnière
75018 Paris
++ Pour aller plus loin ++
- Le BLOG Joséphine pour la beauté des femmes: toutes les news, les sponsors, les marraine et parrains.
Le mot de Lucia Iraci
« 80% des pauvres sont des femmes. Parmi elles, les moins de 25 ans et les plus de 45 ans sont les plus vulnérables.
C’est parce que cet état de chose m’est insupportable que j’ai décidé de leur venir en aide en créant l’association JOSEPHINE POUR LA BEAUTE DES FEMMES.
Je m’adresse à toutes les femmes qui n’ont pas un travail ou un logement, aux femmes victimes de violences, à celles qui se trouvent dans cette spirale qu’est l’esclavage moderne, à celles qui se retrouvent en précarité momentanée et, plus généralement, à toutes les femmes que la vie n’a pas épargnées.
Pour ces femmes, en effet, prendre soin d’elles et se faire belles, n’est plus une priorité.
Les problèmes ne s’arrêtent pas à la sphère professionnelle, ils affectent également leur vie personnelle. La précarité ne se réduit pas à la pauvreté, elle se manifeste souvent dans l’instabilité et la rupture d’un parcours.
L’implacable mécanisme de l’exclusion se met en marche. Or, qu’il soit question d’émancipation, de réinsertion ou de relation aux autres, un travail sur l’estime de soi est indispensable.
Je m’engage à :
1° les réconcilier avec leur image et les aider à retrouver le plaisir de prendre soin d’elles, pour qu’elles s’engagent dans la relation aux autres avec une meilleure estime d’elles-mêmes.
2° les accompagner, pour qu’elles reprennent confiance, dans la perspective d’une recherche d’emploi et, plus généralement, dans toute réinsertion sociale.
Aujourd’hui, je dois répondre à un nombre de demandes en constante augmentation ; pour cela j’ai créé le salon social Joséphine pour la beauté des femmes.
Situé dans le quartier de la Goutte d’or à Paris, il accueille les femmes 5 jours sur 7.
Les femmes peuvent nous contacter par le biais des associations qui les accompagnent, mais les femmes isolées peuvent aussi de leur propre initiative pousser la porte du salon ; elles seront reçues par une assistante sociale qui fera le suivi.
J’encadre une équipe de professionnels, pour prendre soin d’elles à travers la coiffure, le maquillage, les soins du corps ainsi que des conseils vestimentaires personnalisés. »
Lucia Iraci
Présidente et fondatrice de l’association Joséphine pour la beauté des femmes - Notre article de mars 2010
- Lauréats 2010 de l’Appel à projets de la Ville de Paris

















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Une belle aventure humaine en effet! J’ai deux questions sur le salon de beauté social:
Les services sont-ils payants? Si l’établissement s’adresse à des femmes en difficulté, il est sans doute difficile de leur demander de délier les cordons de leur bourse…
Et dans un tel contexte, comment fonctionne le salon en terme de finances? Les subventions sont-elles suffisantes pour payer les employés?
Il est extrêmement intéressant que cette initiative développe deux piliers du développement durable moins connus que l’environnement : le social et l’économique.
Encore faut-il que la rentabilité soit au rendez-vous, ce que j’espère sincèrement!
Mia
Je me pose les mêmes questions que Mia mais en tout cas je trouve cette initiative vraiment positive, géniale et encourageante!
Pour répondre à vos questions bien légitimes, voici ce que dit Lucia:
« Les femmes peuvent nous contacter par le biais des associations qui les accompagnent, mais les femmes isolées peuvent aussi de leur propre initiative pousser la porte du salon ; elles seront reçues par une assistante sociale qui fera le suivi.
J’encadre une équipe de professionnels, pour prendre soin d’elles à travers la coiffure, le maquillage, les soins du corps ainsi que des conseils vestimentaires personnalisés.” »
A savoir, pour que ces femmes se sentent responsables, la coupe, couleur coiffure leur coûte 3 €. Bien sûr, celles qui viennent par le biais d’associations sont accueillies gratuitement. Le vestiaire est mis à leur disposition gracieusement. les marraines et parrains sont là pour soutenir financièrement. La mairie de Paris a doté l’Association Joséphine pour la beauté des femmes d’une subvention de 20 000 € fin 2010.
Le personnel est salarié et secondé par des bénévoles comme dit dans l’article.
Voilà, j’espère avoir répondu à vos questions… N’hésitez pas à vous rendre sur le blog : http://josephinepourlabeautedesfemmes.blogspot.com pour tout autre renseignement… Tout y est ! Merci de nous lire !
Je suis emballée par cette idée, il me faudra les rencontrer !!! Merci catherine pour cette belle info ! :-)