Comment représenter le fruit du travail ?
Le 24 mars 2011 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
C’est une question à laquelle Nedjma Berder a essayé de répondre dans le cadre d’un travail photographique réalisé il y a deux ans en Guinée Bissau. Ses photos sont mises en avant dans 6Mois, la revue lancée aujourd’hui par l’équipe de XXI. Une belle découverte (parmi tant d’autres dans 6mois!) qui donne à méditer sur le rapport à la terre, la fragilité des éco-systèmes et sur la notion de travail.

Nedjma Berder et la génèse de « Nha Terra »
Nedjma Berder porte un prénom arabe, mais il est Breton et a effectué une belle partie de sa carrière en tant que Cameraman pour l’émission Thalassa.
En Guinée Bissau (où il débarque pour la première fois en 1992 à bord de La Fleur de Lampaul, au sein d’une expédition baptisée « Les peuples de l’eau »), il est frappé par l’équilibre fragile et menacé de cette contrée, « bénie des cieux, où les rivières, les lacs, les marécages et les mangroves, ajoutés à un courant océanique froid, créent des conditions extrêmement favorables à la vie – et en particulier à la reproduction des poissons« , ainsi que le précise 6mois.
Au cours de ces reportages, alors qu’il filme les Bissau-Guinéens s’organisant pour défendre cultures vivrières et ressources halieutiques, Nedjma voit les navires-usines des pays dits développés croiser à quelques encablures. D’un côté la richesse des savoir-faire, le respect de la nature où les productions locales garantissent l’autosuffisance alimentaire des habitants, de l’autre cette image de l’Afrique colportée par les médias occidentaux, misérable et assistée, à la remorque des marchés mondialisés pour les besoins desquels on la pille sans vergogne.
Il a alors l’idée de prendre en photo les habitants des communautés vivant dans les Aires Protégées de la Guinée-Bissau, avec les fruits de leur travail – les premiers en noir et blanc, les seconds en couleur. De cette manière, le photographe a envie de « donner une image ‘positive’ de ce petit coin d’Afrique« .


Une Afrique riche et heureuse
Ces photos donnent en effet une autre image et montrent d’autres visages de l’Afrique : une Afrique riche et heureuse où la qualité de la vie et la souveraineté alimentaire sont assurées par la biodiversité.
Début 2010, ces photos ont fait l’objet d’une exposition à l’Unesco à Paris. Nous étions alors en pleine année internationale de la biodiversité, et il s’agissait d’illustrer les enjeux les plus importants de la conservation de la diversité biologique par rapport aux besoins fondamentaux des populations africaines et de l’humanité en général.
Quelles que soient les difficultés rencontrées par ces communautés (pauvreté, conflits, changements climatiques), c’est grâce à la biodiversité qu’elles garderont la possibilité de s’alimenter de façon équilibrée, se soigner, se vêtir et se loger, développer de l’artisanat, des créations artistiques, et maintenir des cosmogonies vivantes.
Mais à cette diversité biologique répond une grande diversité culturelle : dans le regard des personnages s’inscrit le lien intime qui les unit à leur terre. Ce sont ces mêmes communautés qui ont conservé jusqu’à nos jours des milieux naturels, paysages et ressources vivants et variés.

Le hic, c’est que les mécanismes traditionnels de conservation de la biodiversité en Guinée-Bissau sont mis à mal par des pressions exogènes toujours plus fortes. Ils ont été renforcés par la création d’un réseau d’aires protégées qui couvre 12% du territoire national, et 35% si l’on y ajoute la Réserve de biosphère de l’Archipel des Bijagós, justifiant ainsi le slogan « Guinée-Bissau, Terre de la Biodiversité ».


Depuis 2010, ce travail a été présenté à Shanghai dans le cadre de l’exposition universelle, à Nagoya durant le sommet sur la biodiversité, à Nouakchott Mauritanie, et au centre culturel de Bissau.
Une chose est sûre, ces portraits ont le don de nous interroger à tous niveaux… et notamment, en miroir, sur notre propre rapport au travail et notre lien à la terre… vous ne trouvez pas ?
++ Nota Bene ++
La légende de chaque photo (peu lisible ici mais très clairement dans 6mois) présente, dans l’ordre : le nom vernaculaire de la plante ou de l’animal, sa dénomination en créole guinéen, le nom scientifique de l’espèce, le nom de la personne qui pose, son âge, le nombre de ses enfants, l’ethnie dont il fait partie, et enfin sa position géographique au moment du cliché, car les peuples, comme les espèces, transcendent l’artifice des frontières étatiques.
L’exposition présentée ici est soutenue par le Gouvernement de la Guinée-Bissau, l’ONG nationale Tiniguena, l’UICN, le WWF, la FIBA, Wetlands International et CBD-Habitat regroupés au sein du Programme Régional de Conservation de la zone Côtière et Marine en Afrique de l’Ouest (PRCM).
++ En savoir plus ++
- Sur la revue 6mois
- Pour l’acheter: en librairie
- Le site de la revue XXI






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superbe !!!!!!!
De très belle photos