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Dites stop à la disparition des fermes traditionnelles françaises !


Le 10 mars 2011 | Par

Isabelle

Ses articles

Savez vous qu’une ferme disparaît toutes les 20 à 25 minutes en France, et une toutes les 3 minutes en Europe ? La Provence a perdu le tiers de ses exploitations agricoles entre 2000 et 2006, les plus touchées étant les fermes moyennes et celles qui lient les cultures et l’élevage. Pour illustrer ce phénomène, je vous propose de découvrir le cas des époux Vuillon, à l’initiative de la 1ère Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP) en France, confrontés depuis plusieurs années à l’élimination de leur ferme. Il est temps que ce problème sorte du silence !

Photo d’époque de la ferme des Olivades

Sauvons les Olivades !

Il y a six mois j’ai fait la rencontre d’une personne formidable : Denise Vuillon. Elle est avec son mari la fondatrice des AMAP en France. Je l’interviewais pour un portrait. Nous avons discuté longtemps, bien plus qu’il n’en fallait pour le portrait. C’est une femme engagée, fraîche, rieuse… Ce n’était qu’au téléphone mais j’ai passé une après-midi inoubliable.

Au cours de ce portrait, elle m’a confié les incessantes pressions qu’elle et son mari subissent pour l’expropriation de leur ferme. Une fois pour une route, une autre fois pour une zone commerciale, une autre fois encore pour un projet culturello-océano-bidulemachinchose pas très précis. Aujourd’hui cela recommence, cette fois pour un projet de tramway.

Il faut trouver d’autres solutions que l’élimination des fermes de proximité pour les transports en communs.

Les Olivades lancent une pétition, cette fois nationale. Je vous invite à rejoindre cette pétition, et si vous avez un blog, un fil twitter, une page facebook, à le faire savoir. C’est ici : http://www.cyberacteurs.org/cyberactions/presentation.php?id=254

Voici le portrait que j’ai écrit de Denise (pour le livre Vu du ciel, quand des hommes s’engagent pour la nature, Ed De la Martinière, novembre 2010, à droite de cette page). Vous verrez c’est une personne vraiment formidable.

SAUVER UNE FERME, C’EST COMMENCER A SAUVER LES AUTRES.

« Ce projet n’a pas changé ma vie, c’est ma vie ». Denise Vuillon, 55 ans, sourit. Elle et son mari sont maraichers dans le Var. De leur ferme, les Olivades, transmise de génération en génération depuis plus d’un siècle, on aperçoit la fameuse rade de Toulon. Une oasis au milieu de ce qui est devenu un entrelacs de routes, et de « zones », pavillonnaires, commerciales, industrielles ou encore « d’activités ».

« Pendant des années nous avons cultivé des salades pour les grandes surfaces. Nous avons tout essayé, le gros, le demi-gros, la vente directe à la ferme, la livraison de paniers à domicile… mais l’équilibre économique de l’exploitation restait difficile. Nous n’arrivions plus à maintenir les emplois sur la ferme, nous devions fermer l’hiver et embaucher des saisonniers l’été. » Une exploitation agricole disparaît en France toutes les demi-heures. Les petites et moyennes fermes sont les plus touchées, prises entre les contraintes d’un marché devenu national et européen, et la pression foncière au niveau local. Mais en 2000 Daniel et Denise vont découvrir un concept qui va changer leur vie, et bientôt celle de centaines d’agriculteurs. « Nous rendions visite à notre fille à New York et nous avons vu une distribution de légumes dans une cour d’église. Les légumes étaient d’une grande qualité et nous ne voyions aucun mouvement d’argent. Les consommateurs avaient payé d’avance la récolte et en échange, le producteur les fournissait en fruits et légumes de saison, frais, cueillis à maturité et cultivés sans produits chimiques ». C’est vers 1960 au Japon qu’est né ce concept, quand des mères de familles s’inquiètent de voir l’agriculture s’industrialiser avec un recours massif aux produits chimiques.

Rentrés chez eux, Denise et Daniel étudient tout l’hiver le dossier, son fondement économique et ses contraintes de production. « Il ne manquait plus que des consommateurs prêts à s’engager ». Ce sera chose faite en 2001 à Aubagne, quand un café débat invite des paysans du coin à répondre à la question « Agriculteurs, que nous faites-vous manger ? ». Denise et Daniel expose leur concept et avec les participants, créent l’association. Ils l’appelleront AMAP ou « association pour le maintien de l’agriculture paysanne ». « Ce fut une libération. Alors que nous étions soumis avec la grande distribution à des contraintes de normalisation et de calibrage de nos produits, là l’objectif des consommateurs était d’avoir des produits sains et diversifiés. Ce n’était plus grave si un escargot rognait un bout de feuille de salade.» Concombres, tomates, salades, courges, poireaux, fines herbes… les monocultures légumières font place à un vrai jardin maraîcher coloré et divers, où les variétés oubliées des légumes fleurissent. «  Nous avons eu le sentiment de pouvoir enfin revenir à notre vrai métier de paysan, qui respecte la terre, le sol. Avant nous nourrissions un marché, maintenant nous nourrissons des gens. Cela change tout ». Daniel et Denise essaiment. Ils créent des réseaux de professionnels qui apportent entraide et transmission. En neuf ans, plus de 1200 AMAP se sont créées en France, nourrissant plus de 60 000 familles. « C’est une alternative économique qui permet de relocaliser les productions, de garder les terres fertiles autour des villes et de redonner ses lettres de noblesse au métier de paysan. » Pour Daniel, qui a toujours porté la cause des paysans, l’AMAP s’inscrit dans la continuité de sa vie syndicale tandis que Denise, infirmière à l’origine, retrouve sa vocation. « En produisant des aliments sains, je sais que j’apporte la santé aux gens. Souvent un couple s’engage dans une AMAP quand arrivent les enfants. Quand on a fini de donner le sein c’est la terre mère qui prend le relai ». Daniel et Denise continue d’essaimer. « Nous prenons conscience que nous sommes en train de perdre notre planète. A notre échelle, nous nous battons pour préserver notre agriculture nourricière. Préserver notre terre, c’est notre goutte d’eau du colibri pour des valeurs auxquelles nous sommes attachés comme l’autonomie alimentaire». Daniel a lancé une coopération entre Aubagne et des villes du Mali pour relocaliser les productions nourricières. Il a créé la première AMAP à Bamako, et réintroduit une variété de riz local qui avait disparu.

« Lorsque des agriculteurs nous remercient parce qu’ils ont sauvé leur ferme, lorsque nous voyons leurs enfants reprendre l’exploitation, lorsque nos propres adhérents se mobilisent parce que nous sommes menacés d’expropriation pour une voie de circulation, ou d’un nième projet de zone industrielle, c’est un grand bonheur. C’est cette énergie du bonheur qui nous permet de continuer à mobiliser autour de nous »

Et au risque d’être longue, je le fais suivre de l’introduction générale sur l’agriculture que j’avais aussi écrite pour ce livre. Je crois qu’il est indispensable de diffuser aussi largement que possible ce message….

Agricultures : d’une révolution à une autre ?

L’agriculture est récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Si Homo sapiens est apparu sur la planète il y a deux cent mille ans environ, on estime qu’il ne domestique les espèces végétales et animales que depuis 8000 ans. L’invention de l’agriculture a changé l’histoire de notre espèce. En produisant sa nourriture plutôt que de la cueillir ou de la chasser, l’homme a pu diversifier ses métiers. Les premières grandes villes sont ainsi apparues avec l’amélioration des techniques agricoles, comme celles de l’irrigation il y a 6000 ans dans le bassin mésopotamien.

Aujourd’hui, l’agriculture est toujours le premier métier du monde et emploie environ 48 % de la population active mondiale. Mais dans les pays industrialisés, cette proportion est ramenée à 3 % environ. Le vingtième siècle a été en effet le théâtre d’une révolution silencieuse mais qui a changé le visage de nos sociétés, l’arrivée d’une agriculture à la productivité sans précédent, basée sur des variétés à haut potentiel de rendement, et sur la mise à profit des avancées de l’industrie chimique pour fertiliser les cultures et éliminer les ravageurs : les engrais azotés synthétiques comme les nitrates, et les pesticides. En 60 ans, l’agriculture a gagné davantage de productivité que pendant ses 8000 ans d’histoire. Pendant des décennies, les autorités et les agronomes ont pensé que la résolution de la malnutrition dans le monde, et l’avancée des sociétés ne serait qu’une question de temps et de progression du modèle. Mais aujourd’hui, le constat est tout autre. Plus d’un milliards de personnes sont malnutries, 40 % des terres agricoles sont détériorées, certaines sont devenues incultivables tandis que les effets des pesticides et autres produits phytosanitaires se révèlent très problématiques : les cancers et les problèmes de fertilité se multiplient chez les agriculteurs et chez les espèces aquatiques qui concentrent les pesticides et autres polluants lessivés par les eaux.

Le consommateur des pays riches peut trouver désormais une production alimentaire défiant les saisons et les distances géographiques. Fraises, tomates, mangues et ananas sont disponibles 365 jours sur 365, qu’il neige ou qu’il fasse soleil. La consommation de viande a été multipliée par 5 en 50 ans et jamais, poulet, bœuf, cochon n’ont été disponibles en telle quantité et à si bas prix. Mais voilà, on estime que ces habitudes alimentaires, sont responsables de 20 à 40 % des gaz à effet de serre émis par l’homme sur la planète : émis lors de la déforestation pour conquérir sans cesse de nouvelles terres, émis par les sols dont la matière organique ne cesse de diminuer, émis par la fabrication des engrais et des pesticides, tous issus des combustibles fossiles que sont le pétrole ou le gaz, et émis par le transport d’un continent à l’autre, en parfois seulement 24H. Comment en effet consommer en Europe des haricots verts frais du Kenya, orner sa table d’un bouquet de roses ou d’œillets, sans brûler des tonnes de kérosène dans des avions cargo qui font jour et nuit l’aller retour entre les lieux de production et de consommation ?

La révolution agricole a fait naître des industries extrêmement puissantes, internationales, qui livrent engrais semences et pesticides dans le monde entier. Mais elle a finalement laissé les petits paysans au bord de la route du progrès. Dans un marché mondialisé, elle les a soumis à une concurrence impossible à relever. Sur la planète, 80 % des paysans travaillent toujours à la main, les 20 % les mieux lotis, disposent d’animaux de traie, tandis que seuls 2% des agriculteurs du monde sont mécanisés, avec tracteurs, moissonneuses batteuses et autres engins qui démultiplient leur productivité. Ainsi, l’écart de productivité entre les agriculteurs les plus pauvres et les plus riches, qui étaient d’environ un contre dix en 1950 est aujourd’hui d’un contre 2000. Comment la petite paysannerie peut-elle survivre quand il y a dans son kilo de riz, 2000 fois plus de travail que dans celui vendu sur l’étal d’à côté, provenant d’un pays où l’agriculture est industrialisée ? Dans les pays riches comme pauvres, l’agriculture paysanne ne survit pas, elle migre et abandonne ses terres.

En Inde comme en France, l’agriculture est frappée d’un phénomène nouveau : le suicide. Les populations agricoles y connaissent les taux de suicide les plus élevés de leur pays, endettés les uns par les achats de semences et de pesticides, les autres dans des équipements toujours plus onéreux pour suivre la course de l’agriculture mondiale.

Mais une autre révolution agricole est en marche, portée par des paysans, des citoyens et des chercheurs motivés les uns par la reconquête d’une agriculture rémunératrice et autonome, les autres, par celle d’une agriculture en harmonie avec son environnement et avec la société. Quelque soit leur motivation, économique, sociale ou écologique, ces hommes et ces femmes se rejoignent sur un même constat : il est possible de produire autrement, sans apport systématique d’engrais ou de pesticides, dans une agriculture plus diversifiée et plus locale. C’est une nouvelle révolution agricole, à la fois écologique et intensive qu’ils laissent entrevoir. Mais leur combat est rude et les pressions qu’ils subissent, insoupçonnées.



6 commentaires à “Dites stop à la disparition des fermes traditionnelles françaises !”

  1. nathalie dit :

    Nous on aimerait bien acheter une ferme de petite taille, s’en occuper et la développer comme au bon vieux temps, mais le prix de l’immobilier casse les ambitions même les plus minimes …

  2. Carotte dit :

    Bravo pour cet article !
    Et une question à ce propos : je suis arrivée récemment à Bordeaux et j’aimerais pouvoir acheter mes fruits et légumes via une AMAP. Comment fait-on ?
    Merci d’avance.

  3. Orryane dit :

    Super article! Surtout que dans la région PACA les prix de l’immobilier s’envolent rapidement et on voit disparaitre les fermes locales si bien que se procurer des fruits et légumes locaux devient un vrai casse-tête!

  4. Sylveg dit :

    J’ai eu la chance de rencontrer Daniel Vuillon lors de sa visite aux amaps de l’Ouest l’hiver dernier. C’est un homme d’une très grande richesse humaine, pétri d’enthousiasme, de sagesse, d’ouverture, clairvoyant et attentif. C’est grâce à lui qu’un système différent a pu voir le jour en France, pour le plus grand bien des consom’acteurs et des paysans ! Nous avons créé une Amap il y maintenant plus de deux ans et c’est un vrai plaisir d’aller chercher des produits de qualité, d’échanger avec les producteurs et avec les autres amapiens. On est bien loin de l’anonymat de notre société de consommation qui pousse au toujours plus.
    Depuis mon engagement au sein de l’amap, j’ai appris pas mal de choses au sujet de l’agriculture et je pense en effet que ce sont les petites exploitations qui peuvent à la fois permettre l’installation de jeunes qui souhaitent vivre de leur travail, et nourrir la population, avec des produits de qualité.

  5. Laurent PINA dit :

    Quand j’étais gamin, ma banlieue parisienne était encore
    pourvue de quelques fermes contrastant dans cet urbain décors.
    On pouvait y acquérir du lait, une douzaine d’oeufs,
    une motte de beurre et c’était chouette.

    Songez urbanistes féroces,
    à tout ce que vous a fait disparaitre,
    sûrement une part du bonheur pour vos gosses !!!

  6. Laurent PINA dit :

    Quand j’étais gamin, ma banlieue parisienne était encore
    pourvue de quelques fermes contrastant dans cet urbain décor.
    On pouvait y acquérir du lait, une douzaine d’oeufs,
    une motte de beurre et c’était chouette.

    Songez urbanistes féroces,
    à tout ce que vous a fait disparaitre,
    sûrement une part du bonheur pour vos gosses !!!

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