De Marie-Monique à Coline en passant par Emmanuelle : ces femmes qui dénoncent le cancer de notre civilisation
Le 8 mars 2011 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles en ont et qu’elles dépotent, ces nanas. Elles ne sont pas les seules à être douées d’un tel cran, mais leurs documentaires dénoncent le même problème : les méfaits causés par un système agro-alimentaire dont les ficelles sont tirées par l’industrie chimique et pharmaceutique. Plongeons donc avec elles dans ces monstrueux rouages de notre civilisation. Interviews exclusives pour Ecolo-Info.

Marie-Monique Robin scrute avec rigueur et précision notre poison quotidien
Dans son dernier documentaire, « Notre Poison Quotidien », son approche est encore une fois ultra-rigoureuse. Un vrai travail de thèse, où chaque document cité a été soigneusement archivé, au cas où.
« Quand on touche à des sujets aussi sensibles, avec de gros enjeux économiques, il faut être vigilant » me confie-t-elle, « et là dessus j’ai de la chance : ARTE et les éditions La Découverte sont très exigeants. Le travail sérieux et « sourcé » est le meilleur rempart contre les attaques des lobbies« .
Autant le signaler tout de suite d’ailleurs : son livre à paraître le 23 mars 2011 est encore plus impressionnant que le film (diffusé sur ARTE mardi 15 mars prochain). Les détails fournis permettent de saisir minutieusement tous les vices du système, toutes ses failles et incohérences. Preuves, notes et nom des interlocuteurs et responsables à l’appui.
Pour effectuer ses recherches, Marie-Monique Robin a épluché plus d’une centaine d’études scientifiques, elle s’est entretenue avec des interlocuteurs clefs dans 11 pays différents. En deux ans, elle a rencontré 17 représentants des agences de réglementation et une trentaine de scientifiques. Seuls les représentants de la chimie ont refusé de répondre :
« Tant pis pour eux ! Je voulais simplement les interroger sur la façon dont ils participent au processus de réglementation mais entre Londres, les Etats-Unis, Bruxelles, Paris… ils se sont tous concertés pour ne pas me recevoir : j’ai la preuve car l’un d’entre eux m’a répondu en oubliant d’effacer au préalable leurs échanges… »

A-t-elle été surprise par les résultats de ses recherches ? Oui et non. Tout dépend de l’angle choisi : l’histoire de la révolution industrielle suit celle de l’idéologie du progrès, vu comme une clef du bonheur universel. Cela permet de relativiser :
« Dès le début on sait que ce progrès a un coût sanitaire, environnemental ou social. C’est inouï de voir le tribu payé par les ouvriers dès début du XXième siècle… C’est absolument incroyable. Tout cela s’inscrit dans la société du risque telle qu’Ulrich Beck a su la décrire. Le manque de transparence et le verrouillage du système sont faits pour protéger les industriels, non les consommateurs. »
Et sont-ils gênés, ceux qu’elle a rencontrés ? « Non, quand on les pousse dans leurs retranchements avec leur propres documents, ils savent que ce qu’ils font est indéfendable »
Reste-elle confiance pour l’avenir ? Oui, elle ne ferait pas ce qu’elle fait sinon et garde espoir qu’il y aura un sursaut, que l’on arrivera à faire changer les choses. « Il y a une prise de conscience, et j’espère que nous allons avancer plus vite maintenant »… Sachant que les solutions sont politiques, naturellement.
Emmanuelle Schick-Garcia, réalisatrice militante, dénonce un cercle vicieux
Dans un autre genre, la réalisatrice du film « The Idiot Cycle » (en référence à l’expression anglo-saxonne « The cycle of life »), Emmanuelle Schick, décrit elle aussi la logique infernale instaurée par les plus grandes compagnies chimiques du monde (Dow Chemical, BASF, Bayer, Dupont, Astrazeneca, Monsanto). Pour elle, ces compagnies fabriquent et diffusent des substances cancérigènes, mais elles développent, produisent et financent aussi les traitements pour le cancer, « la maladie la plus lucrative de la planète ».

Cette franco-canadienne a décidé de produire un tel documentaire il y a quatre ans, lorsque sa mère, que l’on voit au début du film, a subi une ablation du sein. Elle avait alors 49 ans, et aucun cancer n’avait été constaté dans sa famille auparavant. A la même époque, d’autres proches à elle sont touchés.
Pour la jeune réalisatrice, dont l’approche est plus cinématographique et militante que journalistique, il y a toute une culture à revoir :
« Comment expliquer que certaines universités comme la Saskatchevan University, au Canada, laissent place aux compagnies sur les campus ? Cargill, Monsanto, Bayer n’hésitent pas à distribuer des bourses aux étudiants en agriculture, afin de financer leurs recherches »
De quoi insuffler très tôt aux plus jeunes des idées bien ancrées sur la façon dont les OGM peuvent résoudre le problème de la faim dans le monde, par exemple (sujet du prochain documentaire de Marie-Monique Robin, NDRL.)
Les choses sont simples pourtant :
« Les gouvernements protègent les compagnies et non les contribuables. Notre monde marche sur la tête. Avec ce documentaire, il ne s’agit pas pour moi de changer le monde : il faut simplement être conscient que personne ne nous protège et qu’il faut prendre sa vie en main »

Cela fait donc plusieurs années qu’Emmanuelle Schick a supprimé chez elle wifi, télé, voiture, machine à laver, sèche linge, qu’elle ne s’alimente qu’en bio et qu’elle ne prend que quelques produits d’entretiens écolos. Avec sa sœur, elles ont passé deux ans à modifier les habitudes de leurs parents, afin de les aider à se protéger de leur environnement. « Ce qui est extrême » me confie-t-elle, « c’est notre je-m’en-foutisme. Lorsque l’on ne prend pas conscience des gens qu’on aime ».
Pour Coline Serreau, il ne faut jamais baisser la garde
Voilà une approche qui est également chère à Coline Serreau. L’an dernier, son documentaire « solutions locales pour un désordre global » a suscité un grand enthousiasme. La réalisatrice a toujours vécu dans des milieux écologistes et féministes. Pour elle,
« La chimie a déjà bien été dénoncée, on sait maintenant quels en sont les méfaits, si on veut bien se donner la peine de savoir que la nourriture, telle qu’elle est là, est mortifère. Il faut maintenant passer au stade d’après »

Ce stade d’après, c’est le boycott. Nous devons nous appuyer sur des « intellectuels intelligents », sur ceux qui ont « une culture, des compétences et des pratiques ». Ce qui la choque le plus dans notre système actuel ? La spoliation systématique :
« Notre système est fondé sur la spoliation systématique, il faut donc le démolir. Tout est devenu spoliation, à commencer par la sécurité sociale, qui était une avancée sociale et qui maintenant est devenue une spoliation. La sécu engraisse de plus en plus les laboratoires, on le voit bien aujourd’hui, elle ne sert plus à soigner les gens. Tout est calculé pour être en mesure de spolier de plus en plus l’argent public. C’est comme les subventions pour l’agriculture ! »
Et le rôle des femmes dans tout cela ? Il est indispensable.
« Le système patriarcal, qui est en lui-même une spoliation, devient violent quand il sent que les femmes prennent le pouvoir. Or les femmes ne sont pas assez conscientes de la façon dont elles tiennent la société, dans la maison, dans l’éducation, dans les entreprises, qui connaissent le boulot. Si demain les femmes arrêtent de bosser en France, on verrait la différence. D’autant qu’elles font plein de choses qui ne sont pas reconnues ni même nommées… Arrêtons donc les compromissions ! »
Message reçu et bien entendu. A diffuser sans modération.
++ Pour aller plus loin ++
- Le site du documentaire Notre Poison Quotidien, à consulter sans modération, notamment les 4 extraits vidéos. Diffusion le 15 mars sur ARTE
- Le blog de Marie Monique Robin, sur ARTE
- Le site du documentaire The Idiot Cycle (Emmanuelle Schick cherche actuellement une chaîne TV pour le diffuser en France)
- Le site du film Solutions Locales pour un Désordre Global






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Merci Anne-So’ pour cet article ! Oui, les femmes s’engagent, et pas seulement une certaine Marine…
Oui, les femmes veulent changer le monde.
Nous avons regardé dernièrement avec des amis le film de Coline Serreau et nous avons beaucoup apprécié les interventions de la femme indienne (je ne me souviens plus de son nom) très pertinentes, pleines d’humour !
Merci Anne-Sophie pour ce joli article qui prend encore plus de résonance à l’occasion de la Journée de la femme. Les femmes s’engagent, dénoncent et proposent des solutions!
C’était Vandana Shiva si je me souviens bien; en voilà une autre, tellement positive et dynamique! Changer le monde est inscrit dans ses gènes!
Le doc diffusé mardi prochain fait du bruit, tant mieux!
De toute façon, avec les médias, Internet notamment, il est de + en + difficile de nous prendre pour des « moutons » et je trouve aussi qu’il y a de + en + de prises de consciences au niveau personnel.
Il est vrai que tout est faussé et tout est fait pour alimenter le système » agro-alimentaire, pharmaceutique et chimie » mais à nouveau à chacun de prouver que nous ne sommes pas dupes!
« Le cancer de notre civilisation »
—
- l’espérance de vie a augmenté de 64 ans en 2 siècles
- les êtres humains sont de mieux en mieux nourris et soignés
-la pauvreté régresse à l’échelle mondiale
Palais de la Découverte :
» L’espérance de vie en France est passée de 25 ans au XVIIIème siècle à 81 ans en 2009 (80 ans en 2005). Cette augmentation considérable est due à une amélioration de la qualité de la vie (eau moins polluée, confort, hygiène, alimentation plus variée) mais aussi aux opérations de prévention (vaccinations, dépistages), ainsi qu’à l’amélioration des soins (chirurgie, pharmacie).
Cependant la surmédiatisation des problèmes de pollutions, due en partie à l’amélioration des techniques de mesures physiques, donne au public une image catastrophique exagérée d’une augmentation incessante des risques (…) »
« En 1981, plus 50% de la population mondiale vivait dans la pauvreté. Aujourd’hui, moins de 20% de la population mondiale est dans cette situation. Dès 2015, ce chiffre devrait tomber à moins de 10%. »
http://www.brookings.edu/~/media/Files/rc/papers/2011/01_global_poverty_chandy/01_global_poverty_chandy.pdf
et pour ceux qui ne pourraient pas visionner le film de Marie-Monique et qui sont parisiens, il y aura une projection le vendredi 18 mars à L’ïle Saint Denis pour l’ouverture du festival d’écologie urbaine et populaire : http://www.lecent.fr/html/effet_de_cer.html
Pour répondre à OTH, le pire est à venir car c’est la génération du papy boom qui s’est nourrie de l’agriculture intensive, et on n’en a pas encore vu les conséquences…ou plutôt si on est en train avec l’augmentation de toutes les malades dégénératives, cancers et maladies cardio-vasculaires. Mais bon, on ne le présentera jamais comme ça…
Nos grands parents qui meurent aujourd’hui se sont relativement bien nourris à l’échelle d’une génération…
ça sera comme la conséquence dans 70 ou 80 ans des jeunes de 10 ans aujourd’hui qui ont un téléphone portable….
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Pour info:
Record d’audience pour « Notre poison quotidien » sur ARTE, le documentaire de Marie- Dominique Robin, diffusé le mardi 15 Mars sur ARTE, a réalisé la meilleure audience de l’année pour un documentaire diffusé en prime time par la chaine franco-allemande.
Le programme a été regardé par 1 251 000 téléspectateurs soit 4,8% de part d’audience.
C’est également la quatrieme meilleure audience de l’année pour la chaine, toutes cases confondues, après « Les enquetes de l’inspecteur Wallander », « Meurtriers sans visage », « Se souvenir des belles choses » et « Loin du paradis »
Rediffusion le 18 Mars à 10h30, Le 26 Mars à 14h30 et la 14 Avril à 14h45
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[...] l’aspartame contenu dans le Coca Light ou Coca Zero… je vous conseille vivement de lire la dernière enquête de Marie-Monique Robin, Notre Poison Quotidien (chapitres 14, 15 et 18 [...]