Pourquoi prenons-nous des risques fous avec ce qui est précieux ?
Le 21 février 2011 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Cette question, posée par la journaliste Naomi Klein lors d’une récente conférence TED, a le mérite de mettre les pieds dans le plat : pourquoi sommes nous si enclins à reproduire sans cesse les mêmes erreurs ? N’est-il pas temps d’inventer une autre histoire ? Prenons le temps d’y réfléchir un peu.
Mettez une bonne claque à mère Nature, qu’ils disaient…
L’auteur du célèbre No Logo est intervenue il y a peu lors d’une conférence TedWomen. Elle en a profité pour raconter son expérience à bord d’une expédition scientifique à scruter les effets hautement toxiques de la marée noire dans le Golfe du Mexique. En affectant le phytoplancton, c’est toute la chaîne alimentaire qui est touchée.
Or cette observation, comme tant d’autres, n’est pas sans rappeler celle effectuée par Rachel Carson, l’écologiste qui déjà, dans les années 1960, dénonçait les effets des pesticides sur les oiseaux : «combien de printemps silencieux devrons-nous encore compter ? » demandait-elle alors.
Pour Naomi Klein, la catastrophe qui a suivi l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon incarne à elle seule la puissance de notre imprudence, la façon dont nous prenons des risques inconsidérés en allant puiser dans ce qu’il y a de plus précieux sur terre – et ce sans plan B ni stratégie de secours. Comme le rappelle la journaliste :
« Nous sommes au milieu de ce qui est peut-être le pari le plus risqué que nous ayons jamais pris – le fait de décider de ce qu’il faut faire ou ne pas faire par rapport au changement climatique (…) nous passons beaucoup de temps, dans ce pays et dans le monde, à débattre du climat ». Or « nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une certitude scientifique parfaite. Il vaut mieux se tromper en penchant vers la prudence. En outre, le fardeau d’avoir à prouver qu’une pratique est sure ne devrait pas reposer sur le public qui serait affecté, mais plutôt sur l’industrie qui est là pour faire du profit. »
Et que trouve-t-on à l’origine de ces maux ? L’orgueil et la cupidité, intimement liés lorsqu’il s’agit d’imprudence. Et nous touchons ici du doigt l’une des origines de notre « imprudence collective » : les archétypes d’histoires qui emprisonnent notre culture en ne cessant de valoriser notre suprématie sur les autres et sur la nature. A l’image de la publicité croisée par la journaliste devant les toilettes des femmes à l’aéroport de Kansas City… « à sa manière, cette pub est une version grossière de notre histoire fondatrice ».
Nous sommes enfermés dans une infernale boucle narrative
Notre histoire fondatrice et notre façon de voir le monde sont dominées par l’existence de deux «contes de fée» :
- L’homme aurait pour destin de dominer la nature…
- Et Mère Nature est si protectrice et résistante que nous ne pourrons jamais entamer son abondance. Nous pourrons donc toujours repousser les frontières, l’océan est grand et diluera les pollutions de Deepwaterhorizon comme nous trouverons sans cesse de nouveaux gisements pour assouvir nos besoins…
Pour Naomi Klein, « c’est la présomption sous-jacente d’absence de limites qui nous permet de prendre des risques imprudents ».
Que penser, dans ces conditions, de l’exploration des sables bitumeux ou des forages pour le gaz de schiste ? Il ne s’agit plus de forage pétrolier ni même d’exploitation minière, nous sommes tout simplement en train d’écorcher à vif la terre :
« C’est précisément quand nous savons que nous devons apprendre à vivre à la surface de notre planète, grâce à l’énergie du soleil, du vent et des vagues, nous creusons frénétiquement pour atteindre la matière la plus sale, qui émet le plus de pollution. C’est là que notre histoire de croissance illimitée nous a amené, à ce trou noir au coeur de mon pays — un lieu d’une telle douleur planétaire que comme la fuite de BP, on peut que rester à la regarder. Comme Jared Diamond et d’autres nous l’ont montré, c’est ainsi que les civilisations se suicident, en appuyant à fond sur l’accélérateur au moment précis où elles devraient freiner».

A quand la cure de désintox collective ?
In fine, c’est comme si nous étions dans « le nec plus ultra de la prise de drogue » résume la journaliste :
« Pour certaines personnes, leur sauveur est un type en toge. Pour d’autres, c’est un type avec un tuyau d’arrosage. Nous avons vraiment besoin de nouvelles histoires. Nous avons besoin d’histoires qui ont des héros d’un autre genre prêts à prendre des risques d’un genre différent — des risques qui affrontent l’imprudence face à face, qui mettent le principe de précaution en pratique, même si ça signifie de recourir à l’action directe — comme des centaines de jeunes acceptent d’être arrêtés en bloquant des centrales énergétiques sales ou en combattant l’exploitation minière par décapitation de montagne. Nous avons besoin d’histoires qui remplacent ce récit linéaire de croissance infinie par des récits circulaires qui nous rappellent que qui sème le vent récolte la tempête, que c’est notre seul demeure ; il n’y a pas de sortie de secours. Qu’on appelle ça le karma, qu’on appelle ça la physique, action et réaction, qu’on appelle ça précaution : le principe qui nous rappelle que la vie est trop précieuse pour qu’on la risque pour un profit quelconque. »
Une conclusion qui me rappelle des propos que j’ai pu entendre récemment dans la bouche de Clair Michalon (agronome spécialisé en agronomie tropicale et expert des différences culturelles), lors d’une séance au Collège des Hautes Etudes en Environnement et Développement Durable. Dans certaines cultures expliquait-il, les notions d’initiative et de risque s’expriment avec un seul et même mot. Et plus une société est précaire, plus les notions sont proches : dans les sociétés les plus fragiles, le droit à l’erreur n’existe pas, il est impossible de contrôler les incertitudes, car l’erreur est synonyme de mort.
A contrario, plus une société gagne en solidité, plus l’initiative y est valorisée…
Ce qui rend possible des affirmations du type « responsable mais pas coupable », une expression qui enlève tout lien entre risque et initiative et reflète les situations d’extrême sécurité. Nous voulons bien être responsables de tout mais coupables de rien…






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Certains décrivent plutot aussi le défaut de rattacher tout forme de succès à sa personne…et toute forme d’échec à des causes extérieures, ce duo type « responsable mais pas coupable ».
Ex: pour un patron d’entreprise… Quand tout va bien, c’est le patron qui a tout réussit, quand tout va mal, c’est la faute des salariés, de la crise. Et jamais le succes n’a pu être considéré comme etre le fait d’etre aux commandes pendant une bonne conjecture économique.
Ex:pour la crise financière.
Quand l’argent tombait a flot, c’etait grace à soi, quand le système a crashé, certains banquiers ont crié la faute à l’état, aux autres banques, … et on arrive a des aberrations du type: privatiser les profits, socialiser les pertes… qui est une logique directe du type « c’est grace a moi quand tout va bien, c’est pas moi quand tout va mal ».
Coucou David,
Ce n’est pas faux oui, au contraire et cela explique bien l’affirmation également;-)