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Matière grise pour évolution verte

Société » Climat

Le réchauffement climatique, c’est « has-been »!


Le 17 février 2011 | Par

David

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Nordiste par amour, entrepreneur au quotidien, Ecologie et Développement Durable par sens. Profil atypique, transversal, transdisciplinaire

« Réchauffement climatique », « pollution », « biocarburants », « bioplastique »… autant d’expressions qui n’invitent guère à l’action – quand elles ne sont pas simplement trompeuses. Or les mots ont de leur importance tant ils peuvent inconsciemment nous orienter dans nos décisions et nos actions. Passons donc un peu de temps à les analyser. A commencer par le terme « réchauffement climatique », qui d’après moi, est véritablement  « has been » et devrait être abandonné dans nos usages écrits et oraux.

Photo Creative Commons prise par Andreas Tille

L’importance du choix des mots

Les mots que nous choisissons d’utiliser ont de l’importance. En effet, en plus de nous permettre de communiquer, ces mots nous conditionnent aussi psychologiquement. Là où va la pensée, va l’énergie.

Pour vous donner un exemple, dites à un enfant qui apprend à faire du vélo « Tiens bien droit ton guidon ! » n’a pas le même impact que « Surtout, fais attention de ne pas tomber! ». Vous verrez qu’il a bien plus de chance de tomber dans le deuxième cas.

Ici l’objet est d’utiliser d’autres mots, pour penser, voir et agir différemment, grâce à une rhétorique plus adaptée. Tous les jours, nous sommes abreuvés de  tours de passe-passe de la communication, des relations publiques, qui tentent à travers l’utilisation de certains mots de minimiser, voire séduire l’opinion publique!

Vous avez dit « réchauffement climatique »?

Prenons l’exemple du terme « réchauffement climatique », ce terme à lui tout seul ne rend pas compte de la situation et en général est mal interprété. Dans la tête de l’opinion publique, cela dit juste « et alors? Il fera plus chaud de quelques degrés, pas bien grave! ».

Parti initialement du constat qu’en moyenne, il y a un « réchauffement global de la planète » (« global warming »), ce terme n’a pas permis de rendre compte auprès de l’opinion publique du défi à relever, tant l’expression simplifie et réduit le problème.

Ainsi les pessimistes diront « Ah! Mais cet hiver (ou cet été), il a fait plus froid! Mon oeil, réchauffement climatique, j’y crois pas! », se basant uniquement sur les températures extérieures.

A l’image de ce clip humoristique sur l’écologie – Dominique Pipeau sur les changements climatiques (Merci Albert!).


Que penser de « Changement climatique »?

Devant cet abus de langage, certains ont décidé d’opter pour le terme « changement climatique ». Ce terme, plus approprié, va dans le bon sens et oriente la pensée vers l’idée que le climat change.

Mais ce changement n’indique pas si ce changement est positif ou négatif. Il ne mesure pas non plus sa gravité. Le changement pourrait bien être naturel… et nous ne pourrions rien y faire. Les pessimistes et autres personnes insensibles diront « Le climat change, et alors? », « So what ? » comme disent nos amis anglophones.

Le souci, êtres humains que nous sommes, réside dans notre tendance à voir le « changement de manière linéaire ». Or, comme le montre les graphiques d’évolution du taux de CO2 dans l’atmosphère, le « changement se fait de manière exponentielle ». Ce défaut de raisonnement à lui tout seul ne pousse guère à l’action.

Sans précision, ce terme n’invite donc pas spécialement à agir maintenant ou à s’en préoccuper, un peu comme si vous suiviez juste la météo. « Oui, demain, il pleut… c’est bien»

Rappel mathématique: Courbe A linéaire – Courbe B exponentielle – Source: Environnment Ecole

Serait-il plus précis de compléter l’expression par « changement climatique exponentielle »? Pas très séduisant, mais plus réaliste peut être.

Image de Felix Burton, Licence Creative Commons

Parlons plutôt de « dérèglement climatique »!

Ce terme rend davantage compte de la gravité du défi que nous rencontrons : un problème qu’il est nécessaire de régler. Il colle déja plus à la réalité du terrain. Les « changements » climatiques qui vont s’opérer ne seront pas partout les mêmes sur la planète et pourront varier d’une partie à l’autre de la planète. Ainsi il fait plus froid par là, il pleut plus par ici, les saisons semblent chamboulées… Le dérèglement climatique part bien d’un réchauffement global de la planète dont les conséquences locales sont différentes (et pourtant liées).

Ce terme aussi pose aussi la question sous-jacente de la responsabilité : il y a quelqu’un ou quelque chose qui a déréglé le système. C’est un terme que je préfère car il invite, selon moi, à l’action. Et je rajouterai à ce terme l’aspect « mondial » ou « planétaire ». Voilà pourquoi…

Dérèglement climatique planétaire: un appel à la mise en place d’une démocratie mondiale?

L’aspect « planétaire »,  « mondiale » indique qu’il faudra travailler ensemble à résoudre ce problème ce qui implique qu’il faut trouver un moyen de fonctionner ensemble, au niveau mondial, ce qui n’est pas une mince affaire! Implicitement, cela nécessite aussi de travailler de la plus petite échelle à la grande : local, régional, inter-régional, inter-états, etc…

Mettre en place une « gourvernance mondiale démocratique »? Dans un monde de plus en plus interconnecté et lié, ce sera nécessaire, ne serait-ce pour faire face aux problèmes écologiques. Ceux-ci n’ont pas de frontières et cela assurerait à terme la gestion des ressources planétaires au niveau mondial. Les poumons verts comme l’Amazonie, de Patagonie, ne « servent » pas que les gens qui habitent ces régions là: ils rendent un service à l’ensemble de la planète.

Sauf qu’aujourd’hui, nous ne gérons pas collectivement notre planète, loin delà… les intérêts nationaux d’abord! Malgré des institutions comme l’ONU, pour beaucoup de domaines, nous sommes plus dans des accords bilatéraux (d’états à états), d’alliances d’intérêts économiques et politiques, qu’une réelle démocratie mondiale, qui essaierait de répondre ensemble à un problème collectif, en prenant en compte les spécificités de chaque pays. Compliqué certes, mais sur le long terme nécessaire.

Utilisez des mots qui nous font passer de l’inaction à l’action

En utilisant des mots différents, nous pouvons inconsciemment pousser à l’action. Ainsi je me joins à Thomas L.Friedman, journaliste américain, qui m’a inspiré cette thématique sur le réchauffement climatique dont je reprends largement les idées (voir son livre La Terre perd la boule), pour inviter blogueurs, médias, décideurs à parler plutôt de « dérèglement climatique »que de « réchauffement climatique ».

Désormais parlez auprès de vos élus, auprès des médias, dans vos relations presse de« dérèglement climatique planétaire » et non plus de « réchauffement climatique »!

NB: mon prochain article s’intéressera aux termes « biocarburants », « bioplastiques », « pollution »…  Pour ceux qui auraient l’idée d’essayer me lancer sur le terme « développement durable »,  je ne m’aventurerai pas sur ce dernier qui, selon la définition que l’on s’en fait, a ses antis et ses pros. Et là, si personne ne s’accorde sur une définition unique, difficile… donc sujet à trolls?


10 commentaires à “Le réchauffement climatique, c’est « has-been »!”

  1. Carbone11 dit :

    Article fortement intéressant qui parle de la « psychologie des mots » ! Et dans le « Vert », les exemple sont très nombreux (merci David d’avoir cité quelques exemples…).
    Bien que je trouve que la définition de « réchauffement climatique » est de plus en plus intégrée par les gens, je dois avouer que votre analyse est assez intéressante…

    ps : je ne m’engagerais pas sur le « Développement Durable », mise à part de copier/coller la définition de Nations Unis… et encore !!

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Ecolo-Info, Philippe Masfrand, Erwan Nicolas, multiple face, isabelle rivoire-g. and others. isabelle rivoire-g. said: RT @ecoloinfo: Today's Post… Le réchauffement climatique, c’est “has-been”! http://bit.ly/fmA7ye [...]

  3. OTH dit :

    « Serait-il plus précis de compléter l’expression par « changement climatique exponentielle »? Pas très séduisant, mais plus réaliste peut être »

    Bonjour David,
    L’évolution des température peut aussi s’interprèter de la manière suivante :
    http://sites.google.com/site/objectifterre/home/mojib%20latif.jpg
    Source du graphique : Mojib Latif, climatologue allemand associé au GIEC
    Tendance linéaire à l’échelle du XXième siècle, avec supperposition d’une sinusoïde probablement associée aux oscillations océaniques multidécennales.
    *
    Pour la période récente :
    http://sites.google.com/site/objectifterre/home/temp.jpg
    (Source NOAA et Kevin Trenberth)
    (2010 est au même niveau que 1998 et 2005)
    *
    « Pause » ?
    http://a35.idata.over-blog.com/692×523/1/23/41/67/A/aaa/Sans-titre.png
    Olivier

  4. [...] Lire la suite le réchauffement climatique, c’est « has been »! Revenir à l'accueil [...]

  5. Matyas dit :

    Merci David ! Tu as tout à fait raisons ! C’est bon j’adopte !

  6. Camille dit :

    En te lisant, je me disais qu’il fallait utiliser le terme dérèglement climatique… jusqu’à ce que je tombe dessus ! Bien d’accord avec toi, le choix des mots est très important, encore plus quand on parle de sujets qui nous dépassent.

  7. Isabelle dit :

    bravo pour cet article. Et je me disais que mettre au pluriel « dérèglements climatiques » est probablement encore plus proche de la réalité…

  8. [...] psychologique sur nos cerveaux, notamment auprès de l’opinion publique. Après “Le réchauffement, c’est has been!“, voici le second de la série:  ”Les biocarburants sont morts! Vive les [...]

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