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Matière grise pour évolution verte

Les Coulisses » Coups de gueule

Je t’aime, je passe à la caisse, mais qui paye ?


Le 14 février 2011 | Par

Agnès

Ses articles

Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.

Voilà, on y est ! Après des jours et des jours de matraquage publicitaire sur toutes les ondes et sur tous les supports déclinant ad nauseam moult injonctions pour que nous ne passions pas à côté, nous célébrons aujourd’hui la saint Valentin, sponsor officiel des amoureux. Comme pour Noël, la Toussaint, la fête des Mères, celle des grands-mères ou des secrétaires, je n’arrive pas à voir autre chose dans cette « fête » qu’une vaste opération mercantile, un passage obligé pour monnayer nos sentiments.

J’hésite. Fleurs ? Lingerie ? Bijoux ? Chocolats ?

Qu’allez-vous offrir aujourd’hui à votre amoureux/se ? Le choix n’est finalement pas si vaste dans cette Saint-Valentin ultra codifiée. Les cadeaux rituels tournent généralement autour de quelques domaines.

Vous avez choisi le traditionnel bouquet de roses rouges, LE symbole de l’amour dans le langage des fleurs ?
Vous pensez bien faire en vous rendant chez votre fleuriste, ou dans ces chaînes qui débitent les bouquets à la chaine. Pas vraiment, en réalité. Avez-vous jamais vraiment réfléchi à la provenance et au mode de production de ces fleurs ?

Voilà quelques temps déjà, le magazine Envoyé Spécial avait consacré un excellent reportage aux roses venues du Kenya. Entre pollution des eaux par les pesticides, conditions de travail épouvantables des ouvriers et bilan carbone désastreux au vu des transferts des fleurs par avion et du ballet des camions depuis la Hollande, votre joli bouquet a au final un parfum quelque peu amer.

Bon, on laisse tomber les fleurs, on va faire plus coquin. La lingerie, voilà une meilleure idée !

Un bel ensemble en dentelle, un joli déshabillé, quelle délicate attention. Vous êtes certain de faire plaisir… et de vous faire plaisir ! Désolée, mais non, en fait ce n’est pas une bonne idée, pas du tout, vraiment pas du tout.

Souvenez-vous de cette vidéo qu’Anne-Sophie nous proposait voilà quelques mois et oubliez ces frous-frous.

Pas de fleurs, pas de lingerie, un bijou alors ?

Le domaine de la joaillerie est un domaine ultra sensible. Les conditions dans lesquelles les pierres et les métaux précieux (or, argent…) sont extraits sont la plupart de temps écologiquement (pollution par le mercure dans le bassin de l’Amazone pour ne citer que cet exemple), socialement et humainement désastreuses.

Si vous n’avez pas vu le film de Edward Zwick, Blood diamonds, consacré aux diamants de sang, je vous le conseille vivement.

VF The blood diamond bande annonce

Rapport Amesty International

La guerre en Sierra Leone a été alimentée par le secteur du diamant. Les groupes armés avaient tous des intérêts dans des mines de diamants et ils ont utilisé l’argent que cela leur rapportait pour acheter des armes et des munitions.

Amnesty International a mené des recherches sur les atrocités commises par toutes les parties à la guerre civile en Sierra Leone, notamment sur les crimes perpétrés par les forces de Charles Taylor, et sur les liens existant entre les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF)et Charles Taylor. Amnesty International a activement mené campagne pour que Charles Taylor soit jugé devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone ; ce dernier a tenté d’échapper aux poursuites judiciaires en cherchant à obtenir l’asile dans un autre pays et il a vécu au Nigeria entre 2003 et 2006.

Amnesty International a participé à l’élaboration du système de certification du Processus de Kimberley, un système de certification international visant à rompre les liens entre le commerce de diamants bruts et les atteintes aux droits humains massives perpétrées dans le cadre d’un conflit armé.

Faisons simple alors, une boîte de chocolat fera un excellent présent.

Là, encore, il convient de faire bien attention et se rappeler, ainsi que le montrait dernièrement une infographie créée par l’agence Eclairage Public, que “derrière le pourcentage de cacao qu’arborent fièrement les tablettes de chocolat se cachent d’autres chiffres, moins glorieux, que chacun se doit de connaître pour jouer son rôle de consom’acteur…”.

Alors, attention, soyons clair. Je ne suis pas en train de vous dire : « ce que vous faites est très mal, arrêtez tout !« . Il est bien évident que, si vous souhaitez offrir des fleurs, de la lingerie, des bijoux ou du chocolat, vous pouvez parfaitement le faire.

Simplement, avant de rentrer dans la première boutique venue, peut-être vaut-il mieux prendre le temps de la réflexion, de la recherche et, bien évidemment, de privilégier l’éthique. Les liens proposés à la fin de cet article, vous donneront quelques pistes dans votre quête du mieux.

Reçois ce présent en gage de mon amour

Bien des aspects de cette « fête » me posent souci.

Il y a bien sûr cette injonction, quasiment cette obligation à acheter, à consommer pour « incarner » le sentiment amoureux en un jour donné. D’ailleurs, qui a décidé que c’était ce jour là et pas un autre que nous devions déclarer notre flamme à l’autre ? Pourquoi nous conformons-nous de façon aussi moutonnière à cette exhortation?

Ce passage obligé du « cadeau », de cet objet offert comme validation de notre amour m’interroge. Dire à l’autre qu’on l’aime n’aurait donc aucune valeur, aucune signification si cette déclaration n’était pas accompagnée d’un présent, quel qu’il soit ? C’est cela que veulent nous faire croire tous les marchands de rêves ?

D’autant que nous l’avons vu précédemment, quasiment tous les cadeaux siglés St-Valentin ne font de bien ni à la planète, ni aux personnes qui les produisent pour que nous puissions les retrouver sur nos étals, parfois à de vils prix. Car il faut bien comprendre que si nous nous ne payons pas bien cher un produit, ici en France, quelqu’un, ailleurs dans le monde l’aura payé pour nous. Par des conditions de travail indignes, par les maladies qu’il contractera à cause des produits dangereux qu’il manipule, par les différentes pollutions auxquelles il est soumise…

Que diriez-vous d’offrir autre chose que du matériel ? Du temps ? De la présence ? Un service ? Un changement de comportement ? Si nous redonnions de la valeur éthique et déontologique à notre don ?

Et si votre amoureux/se manifeste de la déception, alors, changez-en ;-) !

++ Pour aller plus loin++


5 commentaires à “Je t’aime, je passe à la caisse, mais qui paye ?”

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Les Blogs Ecolos, Ecolo-Info and SoAnn, Luc Vieri. Luc Vieri said: RT @EcoloInfoBlogs: Today's Post… Je t’aime, je passe à la caisse, mais qui paye ? http://bit.ly/eEd0fr [...]

  2. Catherine dit :

    Merci Agnes! Je rappelle que la vidéo lingerie est un film concocté pa Eco-boudoir, une jolie marque éthique justement…

  3. nathalie dit :

    Hello :o)

    Moi j’aime bien la St Valentin, je ne peux pas m’en empêcher, hihihi.
    Ce soir, nous allons nous faire beaux, aller dans un bon restaurant avec des chandelles et nous offrir un succulent repas. Bien sûr, on pourrait le faire à un autre moment, mais on y pense jamais et les anniversaires de la sorte, c’est un peu le moment de faire des choses exceptionnelles :o)

    Je suis bien d’accord avec toi concernant les cadeaux, en plus j’aime pas ces cadeaux stéréotypés comme de la lingerie et du chocolat (surtout la lingerie, c’est mon côté féministe, ahah).
    Par ailleurs, j’ai des petits emporte-pièces en coeur et je vais faire des petits biscuits au chocolat que j’envelopperai dans une joli boite. C’est plus personnalisé !

    Il y a quelques années, j’avais offert à nicolas un jeu de cartes, avec des services dessus : je fais la vaisselle, je t’invite au restaurant, un massage d’une heure, je te cuisine ton plat préféré … C’st sympa aussi !

    Gros bisous

  4. grenouille dit :

    S’il y a bien une fête que je n’ai jamais comprise, c’est la st valentin : ça pue la promo commerciale à plein nez ! Et je n’ai pas besoin de la publicité pour aimer quelqu’un… Donc les trucs sympas, c’est quand on en a envie, la date fixe ne sert à rien.

  5. [...] Info rappelle que la joaillerie, c’est pas joli joli. Lire l’article Je t’aime, je passe à la caisse, mais qui paye ? Si vous avez vu Blood Diamonds, vous savez déjà que le commerce des diamants ne fait pas honneur [...]

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