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Unique: récit d’une immersion sous les pôles


Le 14 janvier 2011 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Vous souvenez vous de Ghislain Bardout, le fondateur et chef de l’expédition polaire sous-marine Under The Pole ? Nous l’avions invité le 13 février 2010 lors de la journée Into the Mild organisée au Comptoir Général: Ghislain était venu présenter l’aventure humaine novatrice qu’il s’apprêtait à vivre, lui et son équipe – un projet fabuleux qui en avait séduit plus d’un!! Nous n’avons jamais pris le temps de vous donner des nouvelles de l’expédition (honte à nous…), et alors que le film réalisé pendant l’expédition passe pour la première fois ce soir à la TV dans l’émission Thalassa, nous avons demandé à Ghislain de nous parler de son ressenti après cette aventure. Une exclusivité à lire sur Ecolo-Info…

Le teaser du film de l’expédition, qui a duré du 26 mars au 10 mai 2010

Caractéristiques de l’expédition UNDER THE POLE

L’objectif de Ghislain était de réaliser un témoignage audiovisuel totalement inédit sur ce monde en perdition du fait du réchauffement climatique, afin de constituer sa “mémoire” et de le présenter comme jamais il ne l’a été. Le travail photographique et cinématographique réalisé s’est donc intéressé à l’endroit et à l’envers de la banquise, accompagné en parallèle d’un programme scientifique lié au suivi de la fonte de la banquise, à travers les relevés d’épaisseur de neige et de glace réalisés le long du parcours. Le programme de plongée sous-marine a également permis de valider certains protocoles de ré-immersion thérapeutique en collaboration avec les médecins hyperbare de l’association Géo-Scaph.

Pour atteindre ces objectifs dans leurs diversités, les 8 équipiers avaient prévu de progresser à ski en tirant des traîneaux à travers 800 km de banquise et en réalisant 90 plongées sous-marines entre le pôle Nord géographique et l’île Ellesmere à l’extrême nord du Canada.

Au total, l’équipe a donc passé 45 jours sur la banquise, parcouru 170 km, effectué 51 plongées, le tout en étant à 235 km du pôle.

Un témoignage unique

Bonjour Ghislain! Peux-tu nous rappeler comment est née l’idée de cette expédition ? Cela a dû demander une énorme préparation physique ?

C’était un vieux rêve… les prémisses remontent à mes débuts dans la plongée quand j’avais 15 ans: je regardais le toit du monde, la banquise, cet univers mystérieux. On ne sait pas si c’est de la terre, de la glace, ce qu’il y a en dessous, de la vie, si c’est profond… puis j’ai laissé cette idée de côté…

En 2007 j’ai effectué un projet scientifique en compagnie de Jean-Louis Etienne…. Un projet dont la partie ramenée en images était toute petite, et je me sentais un peu frustré… J’ai donc voulu monter un projet où la plongée était l’objectif majeur, pour ramener un témoignage avant qu’elle ne disparaisse.

La préparation physique a duré 3 ans, beaucoup d’entraînement, notamment en plongée. Et des programmes scientifiques ont été menés en parallèle, pour voir quel était le comportement physiologique et l’adaptation physique.

Le voyage n’a pas été si facile que ça je crois…? Quels en furent les éléments marquants ?

Le projet s’est écourté mais cela ne change rien car si nous avons progressé sur moins longtemps et sur une moins grande surface, en termes de diversité de plongée, nous avons fait plus que prévu. Chaque plongée est différente, on a pu photographier et filmer des animaux qui n’avaient jamais été photographiés, les images sont uniques, et ce même si nous en avons vu beaucoup plus que ce que l’on a ramené en images, le potentiel est fabuleux

Cela n’avait pratiquement jamais fait. Des travaux ont été effectués plus au sud, vers la côte… alors que là nous étions au milieu de l’océan Arctique. Bien souvent, on présente l’Arctique avec des images filmées auprès des côtes… cela est donc très réducteur, l’océan est très varié. En termes de comparaison, la différence est comparable à celle qui existe entre le Jura et l’Himalaya…

Les seules images de qualité qu’il avait avaient été faites en 2007 avec JLE, mais pas avec la même apleur, là nous avons plus d’images et une matière beaucoup plus diverse.

Parmi les événements marquants qui témoignent de la fragilité de la banquise, je peux citer la forte hausse des températures à peine 2 semaines après la fin de la nuit polaire: la banquise a craqué de partout, c’était brutal, et cela témoigne vraiment de sa fragilité !

Le retour ne fut pas trop dur…?

Je suis un peu nostalgique depuis, mais c’est normal, c’est un univers fascinant… le plus important était de faire le travail qui s’était fixé, et tout cela fonctionne aujourd’hui, c’est gratifiant.

Que prévoyez vous maintenant? Poursuivre l’aventure?

On travaille sur un projet pour un départ début 2013 et l’idée est de travailler dans la continuité de ce qui a été fait avec une approche différente. Il y a là un potentiel colossal dont nous ne sommes qu’aux prémisses, et nous allons essayer de faire perdurer le travail commencé en nous dirigeant vers la région du Groënland, avec une expédition de 15 à 18 mois.

La question que je n’ai pas posée à laquelle tu aimerais répondre…? Un message à faire passer ?

Ce monde polaire est un monde de rêve qui malheureusement est en cours de disparition: le plus terrible est que cela va avoir des conséquences au niveau climatique. Nous vivons au-dessus de nos moyens, et il nous faut une vision moderne aujourd’hui: consommer moins consommer mieux.

Ghislain Bardout

Extrait du journal de bord de l’expédition

« Les paysages sous-marins sont fabuleux dans l’un des endroits les plus inhospitaliers de la planète« 

Pour Ghislain, le spectacle sous-marin fut encore plus fascinant que prévu, avec la découverte de site de plongée « phénoménal et sensationnel », comme il l’exprime ainsi vers le 17 avril: « Le site se trouve près d’une énorme crête de compression de 6 à 8 mètres de haut qui est fracturée en deux. Un chenal d’eaux libres passe entre les deux morceaux, il commence même à être partiellement regelé. Nous avons plongé à 20 mètres de profondeur, et je pense que la visibilité est d’environ 200 mètres sous l’eau : extraordinaire. »

« Chaque plongée améliore la qualité du travail accompli et enrichi les données collectées. D’ailleurs, nous pouvons vous donner aujourd’hui, un exemple des données que l’on relève : l’air extérieur est à -15°C, sur le sol (la glace) il y a 16 cm de neige, la glace a une épaisseur de 50 cm. Nous avons fait une carotte de 12 cm dans la glace en surface et la température prise à l’intérieur est de -4,5°C. L’eau dans laquelle nous plongeons est à -1,8°C. Il nous reste à faire une carotte dans la glace sous l’eau pour finaliser nos mesures presque quotidiennes.

Nous allons bien sur exploiter ce site de plongée à fond et rester ici probablement dimanche et lundi. Nous essayerons d’envoyer des photos dès que possible. De plus, la banquise autour de nous est toujours très chaotique, cela s’ouvre de nouveau partout ».

A lire leur récit jour après jour, on comprend la richesse de leur expédition

© Clément Infante / Base Océans

Vous l’aurez compris, il s’agit là d’une véritable aventure humaine novatrice à la rencontre de la face sous-marine de la banquise du pôle Nord, un univers caché encore méconnu tant son accès est difficile.

Les objectifs qu’ils s’étaient fixés ont été atteints et leur témoignage donne une bonne idée du monde sous-marin de la banquise du pôle nord, cet  univers gigantesque complètement inconnu. Le potentiel de découverte, d’exploration, de connaissance de la vie et du fonctionnement des régions polaires, de tout ce qui est lié à un océan… est tout simplement immense. Aujourd’hui, l’équipe est très contente, le projet est avant tout motivé par la sensibilisation, un monde de rêve et de poésie inconnu… Le film a bien commencé sa vie: l’audience qu’ils auront pourra surtout les aider pour la suite !

Ne loupez donc pas ce soir le documentaire « on a marché sous les pôles », filmé par Ghislain Bardout et Vincent Berthet, réalisé par Thierry Robert et produit par Docside. D’autant que le reportage a d’ores et déjà reçu plusieurs prix (Grand prix du 7ème Festival du Film d’Aventure de La Rochelle, Toison d’or des 19èmes Ecrans de l’Aventure de Dijon (avec en prime, le prix du jeune public, Prix du National Geographic au Festival d’Autrans, Grand prix du film sous-marin au 14ème Festival de Belgrade en Serbie, ainsi que le prix des jeunes collégiens de Dijon, qui fait d’autant plus plaisir à Ghislain!), de quoi les aider dans la poursuite de leurs travaux d’exploration !!

A noter: vous pourrez chater en direct avec les plongeurs d’Under The Pole, ce soir, vendredi 14 janvier de 22h30 à 23h30 sur le forum de l’émission thalassa.france3.fr

++ Pour aller plus loin ++

Un reportage de Thierry Robert (durée 52′)
Une production Docside


4 commentaires à “Unique: récit d’une immersion sous les pôles”

  1. Citiznet dit :

    Bien sûr que je m’en souviens! L’équipe nous ramène là de très belles images. Ce soir à Thalassa…merci pour l’info.

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Ecolo-Info. Ecolo-Info said: Today's Post… Récit d’une immersion sous les pôles http://bit.ly/gN316K [...]

  3. Cathou dit :

    Bel exploit et si courageux :-)

  4. Frigg dit :

    J’ai vu le doc.
    J’ai été transportée
    j’ai frémis pour vous
    Emotions pas faciles à retranscrire sur le net en public.

    Merci

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