Le cohabitat n’est pas un truc de Bab! La preuve avec Coab
Le 6 décembre 2010 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Le logement représente le plus gros budget des ménages: pour beaucoup, il est de plus en plus difficile de trouver un bien adapté à ses besoins, financièrement accessible. Or, des solutions apparaissent pour essayer de résoudre ce problème. Parmi elles, l’option du cohabitat, qui s’adresse à toutes les personnes souhaitant accéder à la propriété à des prix raisonnables et complète efficacement les parcs locatifs public et privé. Ce type d’initiative tend à se démocratiser et à s’éloigner de l’image de Bab’ qu’elle avait auparavant. C’est dans cette lignée que s’inscrit Coab, lancé récemment par Julien Maury: l’habitation solidaire souffrant d’un manque de terrains et de structuration pour dialoguer avec les acteurs immobiliers et les collectivités, il a décidé de « prendre le taureau par les cornes » et d’oeuvrer pour lutter contre les « chez-nous manquant ». Rencontre…

Bonjour Julien et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Mais avant toute chose, chez Coab, que signifie « cohabiter »?
Cohabiter signifie vivre en bonne intelligence avec ses voisins, apprendre à se connaître plutôt que se croiser dans l’ascenseur ou lors d’AG de copro houleuses. C’est l’idée de bienveillance qu’il y a derrière, chacun étant autonome chez-soi mais on peut s’appuyer sur les compétences ou la disponibilité des autres de temps en temps: ça se rapproche de l’économie collaborative (web 2.0, etc), dans une approche fort concrète et ultra locale! Le niveau de mutualisation dépend des groupes, il y en a pour tous les goûts.
Comment est né l’idée de Coab?
J’ai commencé à m’éloigner des mes activités immobilières très orientées finances et endettement massif en 2008, et c’est pendant une phase de mise au point de ma carrière que j’ai appris la faillite de Lehman Brothers… un signe !
En 2009, j’ai repris les études (master d’urbanisme) et travaillé en free lance pour le ministère de l’aménagement du territoire. Mon diagnostic était le suivant : l’immobilier est une industrie stratégique qui emploie beaucoup et fait de gros profits. Pourtant cette activité ne bénéficie pas forcément aux utilisateurs finaux: il suffit de voir la crise du logement et l’augmentation des loyers et des prix plus rapide que celle des revenus disponibles. Les pouvoirs publics n’ont visiblement pas les moyens de poursuivre les objectifs de politique générale qu’ils énoncent (mixité, cohésion, un toit pour tous, droit au logement). Alors comment faire ?
Je cherchais un moyen de reconnecter le produit avec la demande, de rééquilibrer le rapport de force, de penser plus local et moins standardisé. Et c’est là qu’est apparue la solution de l’habitat participatif, qui fonctionne déjà à l’étranger. En France, on parle d’autopromotion : les utilisateurs finaux se regroupent pour acquérir la taille suffisante pour faire construire un immeuble qui correspond à leurs besoins, partagent des espaces et des services avec leurs voisins et réduisent ainsi de nombreux frais (marge de promotion, achats groupés, garde d’enfants partagée etc).
Mais en la matière, seules quelques associations pionnières se battent depuis des années avec les pouvoirs publics pour obtenir des terrains. J’ai donc décidé de créer une structure de conseil à visée coopérative pour professionnaliser les groupes d’habitants et leur trouver des terrains… 2 points qui font qu’aujourd’hui ça ne décolle que très lentement malgré la forte demande enregistrée.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement?
Deux terrains ont été identifiés : Pantin (93) et Corbeil Essonnes (91). Sans attendre que les politiques veuillent bien nous soutenir concrètement, je fais réserver ces terrains par des partenaires privés qui s’engagent à le porter le temps que les groupes de cohabitants se structurent, puis le rétrocèdent à prix coûtant.
Les mêmes partenaires réaliseront les travaux sur la base du programme immobilier (architecture, matériaux, espaces) décidé par le groupe d’habitants en réduisant ou en annulant sa marge. Dans ce 1er montage que nous avons choisi, les habitants sont donc libres de choisir leur futur habitat (sous contraintes architecturales et budgétaires quand même!) mais sont sécurisés par des acteurs professionnels pour encadrer les coûts et les risques. Par ailleurs le projet de Corbeil inclura aussi des petits commerces type café associatif, magasin bio, ressourcerie etc
Comment vos interlocuteurs et les principaux intéressés accueillent-ils le projet ?
La curiosité est très forte pour ce mouvement de partages d’espaces, de citoyen habitant, de démocratie locale, de slow building. On s’inscrit dans une vague de fond. L’accueil est très souvent positif, les gens savent qu’il ne faut pas repartir comme avant la crise. Mêmes causes, mêmes effets.
Le fait que cela marche déjà à l’étranger et que ça bourgeonne dans certaines régions françaises rassurent les plus sceptiques qui n’y voient au début que de nouvelles communautés post-68. Les cohabitants de la génération actuelle ont une visée plus pragmatique : habiter différemment, en respectant l’environnement et en faisant preuve de bienveillance avec ses voisins, pour se simplifier la vie au quotidien.
Les collectivités sont les plus dures à bouger, le temps public est un temps long, ils ont besoin de références pour s’engager et sont souvent observateurs plus qu’acteurs. C’est pourquoi j’essaie d’accélérer les choses en montant des projets qui créeront des précédents.

Quels sont les principaux obstacles aujourd’hui?
Deux obstacles se présentent à moi aujourd’hui:
La dispersion des acteurs de l’habitat participatif: pour passer du « nouveau phénomène sympa » qui marche pour quelques-uns à une solution concrète qui répond au respect de l’environnement, augmente le pouvoir d’achat et retisse des liens de proximité, il faut développer des projets et communiquer dessus. Or, les associations sont essentiellement régionales, et dans certaines régions elles sont parfois en désaccord. Trop de débats tuent les projets porteurs à mon sens. Le « grand » public (même si ça ne touche que 5 ou 10 % du marché comme dans d’autres pays – c’est déjà énorme) ne le perçoit pas encore comme quelque chose de concret. Il faut insister sur le côté réaliste de cette utopie qui n’en est plus une.
Autre obstacle: trouver des terrains à bâtir, des immeubles à retaper et les acheter. L’immobilier est un marché très compétitif et les groupes doivent être réactifs pour se positionner face aux concurrents. Ils doivent trouver l’équilibre entre le rêve qui les porte d’habiter différemment et les contraintes matérielles dues à un investissement important (le logement est la 1ère dépense des ménages de loin)
Que recherchez vous donc actuellement ?
Sur le projet de Pantin, le groupe de 5 familles en cherche 5 autres pour définir le programme immobilier et se lancer dans la construction. Ils se sont appelés Eco-Liens. Ils sont dans les starting-block et on ne se fait pas de souci sur l’intérêt du projet, mais la promesse de vente signée sur le terrain ne va pas durer éternellement. Avis aux amateurs.
Ensuite nous souhaitons aider à la réalisation d’autres projets en IDF, et donc rencontrer des petits propriétaires fonciers qui veulent oeuvrer pour la qualité du lien social tout en préservant leurs intérêts économiques. En bref, obtenir un prix très correct pour leur terrain mais ne pas le vendre à des acteurs spéculatifs. ça existe, j’en ai déjà rencontré un !
La question que je ne t’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais répondre ?
Pourquoi je n’ai pas participé aux manifs des retraites ? Parce que le débat sur le système de solidarité par répartition a été tronqué. C’est plus qu’une réforme technique qu’il nous faut, c’est tout le pacte social (et écologique) qu’il faut remettre sur la table. Il y a plein de projets concrets qui foisonnent et qui sont relayés par des médias intelligents. Faut pas attendre que ça nous tombe dessus, il faut se bouger à notre petit niveau !
Donc si le projet vous intéresse et que vous souhaitez vous y ajouter, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de Coab et à solliciter Julien!






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Vraiment intéressant, dommage il ne me manque que l’apport financier !
Belle initiative en tout cas, prometteuse et solidaire !
@Romain ! merci pour le transfert d’info, je diffuse !
[...] This post was mentioned on Twitter by poleenergie, L'équipe Terra Cités. L'équipe Terra Cités said: Le cohabitat n’est pas un truc de Bab! La preuve avec Coab à lire chez @Ecoloinfo #ecohabitat http://bit.ly/eV1NT9 [...]
Même si je ne suis pas concernée, j’aurais bien aimé en savoir plus sur les grandes lignes des projets évoqués … même si je suppose que c’est appelé à évoluer en fonction des participants !
J’adore l’idée en tout cas : en particulier la buanderie commune, j’adorerais qu’il y ait ça dans mon immeuble… Je trouve ça tellement pratique, tellement plus économique, tellement gain de place… et tellement plus écologique, bien sûr !
Super!
Quand j’aurais un apport financier, ce sera pour du slow et via une structute coab! Je suis heureuse d’apprendre qu’il est possible de ne pas avoir à payer son tribu aux intermédiaires immobiliers, ouf, un de moins.
Une très bonne nouvelle… j’avais entendu parler d’une action similaire en Allemagne si je me souviens bien dans une émission et c’était vraiment très positif!
Merci pour votre enthousiasme à tou(te)s !
En effet il existe des solutions simples et pragmatiques qui améliorent la qualité de vie en ville
Le « prix » à payer : du temps passé à formuler ses besoins, à imaginer et à monter un projet en commun
Le résultat : convivialité, pouvoir d’achat et qualité environnementale
A plusieurs, la vie c’est meilleur !
Plus d’infos sur le site, n’hésitez pas à me contacter…