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Matière grise pour évolution verte

Société » Economie

La logique du 1+1=3 n’est pas un truc de hippie, compris?


Le 22 novembre 2010 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

La cinquième édition des Ateliers de la Terre avait lieu la semaine dernière à Evian. Au coeur des débats de cette année, une question: l’innovation suffit-elle pour adapter notre société aux défis du développement durable ? Un sujet passionnant que j’ai ou aborder, pour ma part, sous l’angle de la « co-opportunité ». Il s’agit d’un sujet auquel je m’intéresse de près depuis un an et demi maintenant et selon lequel il est plus utile aujourd’hui de travailler en bonne intelligence plutôt qu’en force afin de progresser sur les voies du développement durable. Intriguant non ?;-) Voyons donc de quoi il s’agit et quels furent les intervenants de choix qui étaient présents pour en parler.

De la compétition à la coopération

C’est en lisant un article paru sur Worldchanging en septembre 2009 que j’ai commencé à m’intéresser à la notion de « radical collaboration », traduite en français par « collaboration radicale » ou « coopération essentielle » (je préfère le premier terme, qui s’il fait peur en raison du poids des mots qui composent l’expression, a un sens très clair: collaborer, i.e. travailler avec l’ennemi; radicale, qui en anglais signifie « essentielle »).

L’idée est très simple: si selon les préceptes de l’économie classique, la concurrence est un facteur d’innovation, elle peut aussi induire des efforts de duplication. Réinventer la roue prend toujours plus de temps…

Dans les années 1960,  Nalebuff et Brandenburger ont inventé le terme de coopétition (mélange des mots coopération et de compétition)  Il s’agit d’un mot-valise (comme modem, codec) pour qualifier la collaboration opportuniste entre différents acteurs économiques qui, par ailleurs, sont des compétiteurs. De nombreux exemples de coopétition existent, notamment dans le secteur de la recherche et du développement.

Ceci étant, la coopération essentielle va à mon sens plus loin que la coopétition dans le sens où elle reprend les principes de cette dernière à des fins de développement durable, ce qui implique, naturellement, un indispensable partage de valeurs communes. Ceux qui entrent dans des espaces de co-opportunité partent du principe que le défi auquel nous faisons face est tellement urgent qu’il est préférable aujourd’hui de travailler en bonne intelligence, de partager des principales compétences de chacun, si bien que les ressources finales de l’ensemble sont plus importantes.

L’état d’esprit nécessaire pour aborder un tel changement de logique existe déjà dans de nombreuses communautés et nous pouvons à mon sens distinguer 4 types de collaboration :

  • au niveau d’une organisation, une collaboration entre les différents membres de la structure (entre les différentes fonctions et les différents métiers)
  • entre organisations concurrentes (principe de coopétition pure)
  • entre organisations qui n’iraient spontanément pas travailler ensemble (cf. entreprises et ONG par exemple, on parle alors bien souvent de co-construction)
  • au niveau des logiques qui animent les réseaux sociaux et de la tendance qualifiée de consommation collaborative (et son large lot d’exemples, tels eBay ou Craiglist, Vélib et ses déclinaisons, Autolib, le covoiturage, de l’échange de maison (HomeExchange) à la location de chambre ou de canapés chez le particulier (Airbnb et Couchsurfing) ou de parking en ville (ParkAtMyHouse), voire de jardins (Urban Garden Share ou Landshare)… au prêt de matériel électroménager , à celui des produits culturels (Swap), ou de fringues (thredUP), ou à l’échange de la production du jardin (LePotiron)… jusqu’au partage de compétence (Teach Street ou Brooklyn Skill Share) et bien sûr au don d’objets usagers (Kashless, FreeCycle et autres Ressourceries…).

En réalité, la collaboration radicale modifie les façon de faire, réinvente les modes de production et de consommation, et la façon dont les chefs d’entreprise et les consommateurs envisagent leurs activités.

La fin de la vaine concurrence ?

En France, il existe de nombreux exemples de collaboration radicale et de consommation collaborative, mais encore peu de travaux sur le sujet. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé au réseau des Entrepreneurs d’Avenir de travailler sur le sujet et de l’approfondir afin de voir comment, concrètement, arriver à collaborer dans le quotidien de l’entreprise. Le groupe d’entrepreneurs situés en Aquitaine travaille donc sur le sujet, et nous devrions présenter les résultats de ce travail en mai prochain, lors du second parlement des Entrepreneurs d’Avenir qui aura lieu à Nantes.

En attendant, les Ateliers de la Terre étaient une bonne occasion de faire venir en France 2 spécialistes du sujet, j’ai nommé John Grant (de Londres) et Vincent Kasten (Inneum Consulting, à New York).

Lors du focus que j’avais le plaisir d’animer vendredi matin, nous avons abordé la notion sous plusieurs angles (même si nous aurions pu en parler pendant des heures!!), à commencer par un exemple donné par Jean-François Clervoy, astronaute pour l’Agence Spatiale Européenne, qui nous a fait le bonheur d’être là pour nous parler de ses expériences dans l’espace: « Quand on est dans l’espace, 3 choses nous rappellent combien la vie est fragile et les ressources finies: le noir de l’espace, la finesse de la couche d’ozone (aussi fine que tu papier à cigarette), et la rapidité avec laquelle nous faisons le tour de la planète… à raison de 16 tours du monde par jour, lorsque l’on est dans l’espace, on se sent vraiment terriens !« 

Dans la navette spatiale, les membres de l’équipage se doivent d’être solidaires: « communication, compétences et confiance mutuelle sont indispensables, nous faisons sans cesse appel à l’entraide, cela nous soude à tout jamais, nous sommes tous frères de coeur depuis nos voyages dans l’espace! » Aussi la planète terre est-elle le vaisseau spatiale dans lequel nous naviguons tous ensemble: nous devons par conséquent utiliser les mêmes principes, les mêmes attitudes ! « Ce n’est pas la planète qui est fragile, mais la vie à sa surface« …

Stéphane Riot, fondateur du cabinet NoveTerra avec qui je travaille sur le sujet, est également intervenu pendant le focus afin de témoigner du besoin de collaboration dans les entreprises, indispensable afin d’avancer sur les questions de développement durable: « le développement durable est un moteur de mobilisation classique des salariés, les enjeux sont clairs, et nous sommes tous sur le même vaisseau. Afin de bien comprendre les enjeux de la co-opportunité, il est nécessaire de faire l’expérience du vivre ensemble« . L’état d’esprit nécessaire pour coopérer est en effet à l’inverse du 1-1=0 ! C’est dans une optique de 1+1=3 qu’il faut se situer!

John Grant (au centre) et Vincent Kasten (à droite) lors des Ateliers de la Terre

Pour Vincent Kasten, l’urgence à agir actuellement doit nous pousser à « faire tomber les murs » et à réfléchir à la façon de mobiliser les talents, les compétences, la créativité. Il est très important pour cela de partager un même socle de valeurs, mais aussi de comprendre que nous pouvons partager sans pour autant être en accord sur tout ! Par exemple, la différence entre un réseau social et un réseau co-oppératif réside dans le partage d’une éthique. Dans le domaine des énergies renouvelables, partager des objectifs communs permet de faciliter la recherche et l’accélérer.

John Grant quant à lui à rappelé comment la théorie des jeux définit les différentes notions: la compétition fait référence aux besoins individuels, et non aux besoins du groupe, comme le fait la coopération. Ainsi, la coopération est un agent au service d’un but commun.

Ce préambule établi, il est important de comprendre que la co-opportunité fonctionne dans une logique de « bottom-up » (par le bas), et non plus dans une perspective « top-down », propre aux modes d’organisation les plus répandus. La co-opportunité n’est pourtant pas un truc de hippie, bien au contraire : il s’agit de comprendre comment organiser une dynamique multi-cellulaire, pour connecter les  différents noeuds stratégiques et interagir en force, pour aller plus loin, plus vite. Le plus important étant de bien dessiner et « designer » le système.

En somme, la co-opportunité nous donne des pistes concrètes pour inventer intelligemment l’avenir, de combiner des objectifs financiers et des bénéfices publics afin que tout cela se renforce mutuellement.

Pour en savoir plus sur les travaux de John Grant, voilà une petite vidéo qui peut vous éclairer ci-dessous:

++ Pour aller plus loin ++


9 commentaires à “La logique du 1+1=3 n’est pas un truc de hippie, compris?”

  1. Erick dit :

    Bon, je ne vais pas faire mon Hippie alors :)

    Venant du secteur de la high-tech, je connais assez bien la notion de Coopetition. Apple s’associe avec Google, alors qu’ils sont concurrents, et retournent ensuite à leur concurrence quotidienne.
    Ce qui fait que ceci fonctionne dans l’industrie, ce sont les opportunités de marché. L’entreprise est mue par un but majeur : faire des profits. Tout ce qui peut l’amener à faire plus de profit l’intéressera. Si il y a un sens tactique à s’associer sporadiquement avec des concurrents dans un contexte très normé et cadré, alors il faut le faire.
    La coopétition, c’est de la tactique. Ce n’est pas dans les gènes de l’entreprise. C’est un moyen, et il y en a d’autres, de gagner plus d’argent.

    L’exemple le plus parlant de collaboration sans compétition, c’est l’Open Source. Wikipedia, Linux, Firefox et tout le reste sont autant de preuves que des individus qui ne se connaissent pas peuvent se retrouver autour d’un but commun.

    J’aime bien l’avis de notre spationaute. Mais son point de vue est qd même très particulier. Dans un contexte où ils s’imaginent que leur vie est en jeu, les spationautes n’ont d’autres moyens pour s’en sortir que de collaborer. Il s’agit d’un cas très très particulier.

    L’exemple de l’Open Source, pour sa part, n’est pas lié à un danger ou à un stress (qui nécessiterait une collaboration). Il est plus lié à une approche systémique de la résolution de problème. Je me souviens d’un copain chercheur en intelligence artificielle qui me parlait de ses études des sociétés de fourmis. Celles-ci mettaient spontanément en place des stratégies communautaires pour résoudre à plusieurs des problèmes qu’elles ne pouvaient résoudre seules. L’Open Source fonctionne de la même manière selon moi. On ne peut résoudre le problème d’un système d’exploitation libre accessible à tous qu’en s’y mettant à plusieurs, au sein d’une communauté ad hoc.

    Mais là où les fourmis sont « câblées » pour fonctionner en groupe, l’être humain montre un peu ses limites. J’aimerai en effet bien connaître le profil du collaborateur moyen à Wikipedia. J’aimerai bien connaître ce qui le motive. J’aimerai bien connaître ce qu’il attend de sa participation collaborative. Parce que, pour être sincère, je doute que le collaborateur à Wikipedia, à Mozilla ou à Linux soit monsieur-madame tout le monde. Il me semble qu’il faut un profil particulier pour se sentir à l’aise dans un mode de travail collaboratif.

    J’ai ses exemples de gens dans des villages un peu reculés (nord du Canada, Alaska, etc.), qui ont connu la ville avant et qui parle de leur mode de fonctionnement social : dans le village, on s’entraide tous, il en va de notre survie. Mais lorsqu’on leur demande si ils aiment ça, la réponse est régulièrement Non. S’ils avaient le choix, ils se rempliraient sur eux-même, dans un mode de fonctionnement individuel.
    C’est donc une nécessité, et pas une envie, qui semblerait les motiver. Dans ce cas, c’est lorsque l’individu perçoit que sa vie ou celle de ses proches est en danger qu’il va se tourner vers un fonctionnement communautaire.

    Un profil particulier, une nécessité… on s’éloigne de la notion de : tout le monde peut travailler ensemble à faire des choses communes pour le bien de tous.

    Bon, il y a sans doute un peu de cynisme dans ce que je raconte. Mais qu’en penses-tu ?

    Ah oui, sinon : Bonne Journée !!!!!

  2. Olivier dit :

    En tant qu’entrepreneur, je trouve le concept très intéressant, toutefois, je n’ai pas encore trouvé d’application.

  3. Covoiturage dit :

    Très bon article.
    J’aime beaucoup les images avec les deux betes !

  4. Anne-sophie dit :

    Merci à tous les 3 pour vos commentaires!

    Pour vous répondre:

    @Erick: je ne les ai pas cité mais oui, l’Open Source est une référence dans ce type de logiques collaboratives. Le point que tu soulèves va à mon sens dans la même logique que la logique du crowdsourcing très en vogue dans les termes employés par les médias actuellement.
    A vrai dire, là où JF Clervoy est intéressant, c’est dans la façon, justement, de créer un climat favorable à la coopération. Si certains y sont plus enclins que d’autres (et il paraît que plus on partage, plus on partage http://www.co-lab.fr/rapportsetudes/la-nouvelle-economie-du-partage-favorisee-par-les-echanges-en-ligne/), cela signifie que dans une perspective de développement durable, il y a certains leviers sur lesquels agir pour favoriser leur engagement dans la coopération. Le facteur humain est fort utile ici!!

    @Olivier: il en existe plein pourtant –> il suffit de lire l’article de Worldchanging, ou de regarder Danone en France: quand ils ont retiré les cartons d’emballage autour des pots de 2 marques de yaourt en février dernier, afin de réduire les coûts et faire des économies pour la planète, ils ont proposé à leurs concurrents de faire de même (il faut savoir que sur un secteur donné, un emballage en moins, c’est entre 8 et 20% de CA sur le produit en question je crois), et ce afin que toute la branche progresse. Le truc, c’est que les concurrents n’ont pas accepté et donc nous sommes là face à une co-opportunité manquée! Si les concurrents s’étaient engagés, tout le monde en aurait bénéficié!!

  5. [...] Voilà ci-dessous un petit résumé du focus qui a eu lieu vendredi dernier à Evian et dont nous vous avions parlé ici. Cet article est repris d’un article écrit pour le site Ecolo-Info.com. [...]

  6. Anne-sophie dit :

    A noter: une petit vidéo de l’intervention de John Grant –> http://www.youtube.com/watch?v=uVWJD4Mselc

  7. Camilla dit :

    Merci Anne-Sophie! C’etait un plaisir d’assister a ce focus pendant les Ateliers de la Terre.

    Pour rajouter 10 cents a la commentaire d’Erick, je suis d’accord que la coopetition est souvent une strategie lucrative pour les entreprises (of course), mais le systeme de ‘co-opportunity’ engendre un ‘modus operandi’ particulier qui est à mon avis une meilleure façon de faire du business car ceci est base sur les principes de transparence et de l’integrite….surely this can only improve the way that organizations treats its co-collaborators and those involved in the ecosystems around them.

  8. [...] cela me rappelle une anecdote que raconte John Grant dans son ouvrage, Coopportunity, dont je vous parlais il y a peu: réfléchissant sur les conditions qui poussent les gens à agir, il raconte les effets d’un [...]

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