Pura Fé, pour un blues ancestral engagé
Dans la série des musiciens indigènes engagés, voici une artiste totalement hors-norme : Pura Fé. Après vous avoir partagé Digging Roots, un couple séduisant de l’Ouest Canadien que j’avais rencontré, mêlant reggae, blues et soul sur fond de rythmes amérindiens (ils sont tous deux Anishinabek) et de paroles engagés, accrochez-vous : ça va secouer ! Indienne Tuscarora de par sa mère, une ethnie proche des iroquois et Taïno par son père, un des peuples natifs des Antilles, le tout mêlé à diverses ascendances nigériennes et européennes, Pura Fé nous offre une musique aussi ancestrale que contemporaine, d’un groove qui en envoie entre les oreilles.
Autour des années 1987, Pura Fé fait parti du groupe de musique traditionnelle Tuscarora Ulali, un trio de femmes qui a eu son succès en son temps. Cliquez ici pour les découvrir en vidéo. Puis, revenant d’un concert de Kelly Joe Phelps (autre grand bluesman contemporain), elle décide de se mettre à la guitare. Tout en développant son propre style musical - un blues ancestral dont elle revendique les racines amérindiennes -, Pura Fé est enseignante, danseuse, poète, actrice pour finalement se donner à 100% dans la musique. Et grand bien lui en fasse car autant de talent gardé pour soi nous aurait privé d’un grand bonheur.
Elle est reconnue et respectée dans le milieu du blues autant que dans le milieu amérindien.
©Patricia De Gorostarzu
Mais trêve de parole : de la musique, ça s’écoute !
Donc pour commencer, je vous laisse la découvrir à la guitare, pour notre chanson traduite (et oui coup de bol, un gentil quelqu’un l’a traduite en français !), ici « Rise up Tuscarora Nation » :
pura fe – rise up tuscarora nation
envoyé par chiranne. – Regardez la dernière sélection musicale.
Vous reconnaîtrez que la dame est percutante, autant dans les paroles que dans le style musical, avec une slide guitare qui swingue et une voix rocailleuse comme on les aime. Vous en voulez encore ?
Voici ce qu’elle est capable de faire sans même sa guitare pour une chanson intitulée « Great Grandpa’s Banjo », sur des vocalises amérindiennes :
PURA FE Great Grandpa’s Banjo Live – 3’39″
envoyé par MUSIQUEDUMONDEWEB. – Clip, interview et concert.
Full moon rising !
Alors voila LA nouvelle : Pura Fé vient de sortir un dernier album, tout bonnement hallucinant. Si son doigté de slide guitare et ses paroles fortes avaient déjà traversé les frontières, la voici qui mélange sur Full Moon Rising des styles aussi traditionnels que contemporains.
Elle le dit elle-même : « cet album est à l’image de mes diverses racines ! ».
Lorsque j’ai atterri il y a quelques mois sur son myspace (grand bien vous fasse d’aller y écouter quelques chansons de l’album, ainsi qu’une version « Pura » de Summertime, génialisssssime), je m’attendais, au vu de la pochette et des photos d’elle, à un album amérindien sur le fond et la forme. Et là, je me suis pris une claque énorme !
À elle seule Pura Fé donne dans le blues de Bessie Smith, le touché de guitare de Ben Harper, le swing de Dee Dee Bridgwater, le Folk d’un Bod Dylan en bonne forme, le slam de Kinnie Starr… Une musique portée par une artiste pourtant amérindienne avant tout. Ouverte au monde et aux différentes formes d’expressions, elle n’hésite donc pas non plus sur cet opus à inviter des rappeurs afro-américains (et peut-être amérindiens ?), ou encore des chœurs Tuscarora et à mélanger le tout sur un air diablement country !
Résolument novatrice, pratiquant pourtant une musique du fond des âges, Pura Fé ne laisse pas indifférent. Et c’est tant mieux, car nous avons résolument besoin de ce genre d’artiste.
©Ulali
Mais si seulement elle était juste surdouée musicalement parlant (car il faut le dire, sa mère, chanteuse, accompagna Duke Elligton). Non, notre grande dame, qui en inspire plus d’un, est une militante qui n’hésite pas à clamer haut et fort son ressenti, ses émotions, ses colères. Pour elle, pour son peuple, pour la Terre. Du vrai Blues quoi. Ainsi elle retrace la vie de son peuple, invite à plus d’amour entre les hommes, témoigne de son “féminin sacré », raconte sa relation avec la Terre Mère…
Artiste multiple, on la sent authentique, vraie, pure, comme son nom l’indique puisque Pura Fé signifie « Foi pure ».
Voici une interview sympathique d’elle, ci-dessous, ainsi qu’une rencontre délicieuse avec le talentueux Alexandre Kinn – qui l’a invitée à jouer sur son album – en cliquant ici.
Allez je ne résiste pas à vous mettre également ci-dessous la chanson « Adieu Lolita » issue de leur très belle rencontre (à écouter également, le titre éponyme de l’album « Dans la tête d’un homme » sur lequel elle joue de sa voix la plus ancestrale, touchante au possible).
Voila, moi je vous le dis : Full Moon Rising sera un bon cadeau de Noël, puisse-t-il nous rapprocher de notre relation à notre Terre mais aussi à nos cultures.
Pura Fé est un modèle :
- Pour les musiciens, dans le sens donné aux paroles,
- Pour les jeunes amérindiens, dont l’avenir est menacé,
- Pour les amérindiens et tous les peuples minoritaires, pour partager l’histoire qu’ils ont subie,
- Pour le monde, comprendre l’importance des peuples indigènes aujourd’hui,
- Pour les états, de reconnaître enfin les peuples minoritaires et natifs,
- Pour les peuples, de pouvoir accepter, aimer et vivre ses origines,
- Pour les humains, car la musique touche au cœur et celle-ci ramène à la question de l’existence de l’homme sur Terre : Notre humanité dans les 2 sens du terme.
Il est important sur ce sujet de noter l’action récente de Survival International qui a marqué la journée de la Conquête de l’Amérique (12 octobre) en faisant figurer au palmarès du ‘Top 5 de la honte’ les cinq multinationales les moins respectueuses des droits des peuples indigènes. Les consulter ici.
Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Ces compagnies symbolisent tout ce que le Jour de Christophe Colomb représente – la quête de l’argent et du profit aux dépens de peuples qui veulent simplement vivre en paix sur leur propre terre. 518 ans après la conquête de l’Amérique et la décimation des Indiens qui s’est ensuivie, il est temps que les peuples indigènes soient traités avec plus de respect’.













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