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Vêtements durables, quelle offre dans le sport ?


Le 21 octobre 2010 | Par

Laurent

Ses articles

Vivant au cœur des Alpes et amoureux de nature, je vois dans les activités de plein air et les sports nature un moyen de sensibiliser à la protection de l’environnement. Et plus concrètement, un moyen de retisser notre lien à la Terre.

Dans le cas des sports nature, le vêtement occupe une place importante. Avec la chaussure, il est l’élément clé d’une pratique quotidienne réussie de par sa capacité à adapter l’homme à son environnement, aux conditions naturelles et à l’effort physique. Depuis maintenant plusieurs décennies, les textiles techniques ont beaucoup évolué. Parti de l’usage de matières naturelles, le secteur a vu les matières synthétiques et notamment le polyester s’imposer de plus en plus. Si leurs propriétés sont intéressantes dans le cadre de la pratique sportive, elles n’en demeurent pas moins issues de matières non renouvelables (notamment de la pétrochimie) avec tous les problèmes que cela pose.

Si certaines marques comme Patagonia utilisent des matières naturelles peu transformées, les matières synthétiques restent prépondérantes dans les offres proposées. On assiste toutefois à un retour aux matières naturelles comme la laine (mérinos notamment). Les sportifs (-ives) sont de plus en plus demandeurs et les fabricants reprennent petit à petit conscience (pour ceux qui l’avaient oublié) de l’intérêt et de la technicité de ces matières dans le cadre de la pratique sportive.

Une frontière pas si évidente

Comme bien souvent, l’histoire n’est pas aussi simple avec les méchants synthétiques d’un côté et les gentils naturels de l’autre… Prenons l’exemple de la laine mérinos, un importateur d’une marque norvégienne de vêtements de sport nature m’a raconté une histoire qui a secoué les norvégiens (-nes). Alors que cette marque se fournissait en laine mérinos issu d’un élevage de moutons scandinave, un reportage sur la maltraitance des moutons dans cet élevage est venu tout bouleverser. Comme les norvégiens (-nes) choqués ne voulaient plus de cette laine, la marque a dû trouver une solution durable et respectueuse : un élevage labellisé dans le massif des Pyrénées.

De son côté, le synthétique n’est pas systématiquement une hérésie. Prenons l’exemple de la marque française Jingo. Elle a conçu et fabriqué un textile alliant une fibre synthétique intitulé BeCool et le coton biologique. La part du coton biologique est notable avec 70% de la matière. Ce choix permet de tirer le meilleur parti des deux matières et de bénéficier de l’approche durable que peut amener l’usage d’un coton biologique dans les réflexions menées autour de la partie synthétique.

Photographie d’un tee-shirt Jingo

Et pourquoi pas du local ?

Même une marque éthique comme Patagonia qui a placé le développement durable au cœur de sa politique, est obligée de faire des concessions liées au système dans lequel elle évolue. Alors que ses matières sont naturelles, la fabrication des vêtements est délocalisée en Asie donc avec un impact environnemental lié aux transports. Avant de m’intéresser à la conception et la fabrication de produits pour le monde sportif dans le cas des projets du Cri du Renne, je pensais par ignorance que le fait de délocaliser ou non était un simple choix éthique. La réalisation de mon premier produit, une poche à déchet pour les sportifs (-ives), m’a clairement fait redescendre sur terre et montrer qu’il existe des impératifs du marché dictés en grande partie par les consommateurs. Si les gens ne sont pas prêts à payer le tarif pour un produit local et que celui-ci ne peut être fabriqué à un tarif plus faible même avec une marge réduite, il est clairement impossible de le fabriquer localement… mais un tel cas, n’interdit pas de penser à la durabilité de sa fonction et de son éco-conception !

Photographie Flickr@Maithri

D’autre part, il existe différentes manières de délocaliser. Délocaliser en Europe ou à l’autre bout de la planète n’induit pas du tout les mêmes impacts sociaux et environnementaux. Par exemple, la marque Jingo fabrique ses produits au Portugal et non en Asie. Tout comme nous avons choisi de fabriquer nos poches à déchets en Slovaquie dans une usine où notre partenaire applique une politique sociale forte. On notera que le choix de la fabrication locale est possible pour certains produits et marchés comme le démontre depuis quelques années la marque Sébola avec ses tee-shirts de course à pied en polyester recyclé et fabriqué dans le Nord de la France.

Photographie d’un tee-shirt Sebola

Alors selon vous, faut-il accorder plus d’importance au local ou aux matières dans nos choix de consom’acteurs ? Je vous l’accorde bien volontiers, le sujet est complexe et vaste… Nous continuons à nous documenter sur ces aspects dans le cadre d’un dossier pour notre revue Le Globule Vert. Donc, si vous avez des remarques ou expériences à partager, n’hésitez pas !

++ Pour aller plus loin ++


Un commentaire à “Vêtements durables, quelle offre dans le sport ?”

  1. Hello Laurent,
    Ton article tombe à pic car en ce moment je cherche une veste d’hiver et évidemment j’ai jeté un coup d’œil à Patagonia :D Je me pose fréquemment la question du « durable » : mieux vaut-il privilégier les matières écologiques ou le local ?
    Dans le cas du textile, et tu le soulignes à juste titre, il y a une telle organisation mondiale qu’il est à ce jour difficile de produire localement des vêtements quand on est fabricant. On a la question des compétences et évidemment du coût de la main d’oeuvre.
    Pour ma part, j’essaye d’éviter cette obsession du « tout green » car je veux aussi prendre en compte les hommes qui produisent, et les conditions dans lesquelles ils le font. C’est en ça que j’aime ta démarche au sein du Cri du Renne (production non locale dans une entreprise qui a une forte démarche sociale).
    A défaut d’acheter des vêtements produits localement avec du naturel/recyclé, je préfère éthiquement une entreprise qui produit « ailleurs », avec des matières recyclées ou renouvelables et dans le cadre du commerce équitable (ou équivalent « sans label »)…. dans l’idéal ? une politique de compensation carbone pour les trajets !
    Alors tout ceci « coûte », mais en tant que consommatrice je suis prête à faire l’effort. Parce que j’y crois.

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