Présentation du “Petit traité de la décroissance sereine” de Serge Latouche
Le 18 octobre 2010 | Par Nicolas
Tout le monde (du moins beaucoup de monde) est d’accord: les choses, les usages, les gens doivent changer. Là où les divergences apparaissent, c’est dans la manière de traduire cette volonté en actions. La décroissance est une option… Késako? Vous ne connaissez pas, ou que de nom? Alors cet article est fait pour vous !
Explications sur un ouvrage qui présente ce mouvement de façon globale sans être simpliste…
Ça parle de quoi?
Serge Latouche est professeur émérite à la faculté de droit de Sceaux, créateur de la revue du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales) et directeur du GRAEEP (Groupe de Recherche en Anthropologie, Epistémologie et Economie de la Pauvreté)… Son « Petit traité de la décroissance sereine » s’inscrit comme le dernier volet d’un triptyque, également composé de « Survivre au développement » et du « Pari de la décroissance ». Ayant involontairement commencé ma lecture par le dernier opus de cette réflexion, je vous livre ici un rapide panorama de ce que vous pourrez y trouver…
La 4ème de couverture est assez éloquente :
La décroissance n’est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler d’a-croissance, comme on parle d’athéisme.
C’est tout à fait de cela dont il est question : l’abandon d’une foi, d’une religion qui est aujourd’hui tellement intégrée dans notre vie que nous ne voyons plus que par elle. Cette religion, c’est le culte de la croissance, du développement non maîtrisé et de l’économie en tant que fin et non moyen. Les constats de ce dysfonctionnement, aussi simples et édifiants soient-ils (notre empreinte écologique que l’on sait être bien trop importante, les modes de calcul des indicateurs économiques régissant les marché tels que le PIB qui ne tiennent pas compte de l’aspect fini des ressources…) ne sont pas suffisants pour changer notre trajectoire.
La décroissance, c’est possible?
Le concret : c’est une des choses qui m’a le plus séduit dans ce livre. Etant par nature assez pragmatique, je dois dire que je craignais la description d’une utopie, certes nécessaire (les concepts ayant donné lieu à de grandes idées appliquées aujourd’hui sont souvent partis d’idées « folles » et irréalisables en leur temps) mais incompatible avec la nécessité urgente d’agir. Voici le plan de ce petit livre, partagé en 3 axes qui j’en suis sûr, vous parleront :
- Le territoire de la décroissance (définition, analogie, fausses solutions…)
- La décroissance : une utopie concrète (réformiste ou révolutionnaire, le défi pour le sud, le cercle vertueux de la décroissance…)
- La décroissance : un programme politique (programme électoral, est-ce soluble dans le capitalisme, est-elle de droite ou de gauche…)
Ceci étant dit, les 150 pages de ce format poche ne laissent que peu de chance à notre mode de vie actuel. Les mots de Serge Latouche sont percutants, surtout lorsqu’il explique sa vision du « développement » tel que nous le connaissons : une vie à crédit sur la planète et sur les pays du sud, une économie de marché prédominante qui a réussi à nous faire croire que l’accumulation de bien matériels est LA solution au bonheur, la cassure de nos relations locales qui résulte de la mondialisation pilotée par le marché…
Alors que faire?
Les propositions de la décroissance
Serge Latouche a parsemé son livre de solutions concrètes et réalisables, sous couvert de volonté politique et d’implication des individus. Elles suivent dans son livre le précepte des 8 R : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Redistribuer, Relocaliser, Réduire, Réutiliser, Recycler.
La sortie du mode productiviste est une étape indispensable et aussi une des plus difficiles à mettre en place… Selon Serge Latouche, le plein emploi est facilement atteignable : réduire le temps de travail et donc mécaniquement embaucher, redonner la place qu’il convient aux temps de loisirs (développement personnel est plus approprié et moins connoté « consommation »). Le financement? Des mesures qui rappellent pour certaines des débats récents : forte taxation des transactions financières, suppression des paradis fiscaux, intégration du coût du transport dans le prix d’achat des biens, réallocation de budgets « inutiles » (tels que la publicité)…
Les solutions ne manquent pas. Bien sûr, cette révolution (car c’en est une) doit se faire progressivement. Le plus tôt nous irons dans cette direction, le plus progressif cela se déroulera et le moins de dommages collatéraux nous aurons.
Que vous soyez déjà un fervent partisan de la décroissance ou que vous y voyiez la pire des solutions, je vous invite à lire cet ouvrage si ce n’est pas déjà fait. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage, c’est un formidable concentrateur d’autres références (André Gortz, Yves Cochet, Dominique Belpomme…) qui vous permettront d’approfondir ce sujet passionnant.
Attention… Si vous vous dites « mais c’est bien sûr ! » en lisant cet ouvrage, vous vous exposez à une forme de schizophrénie latente dans toutes vos actions quotidiennes. Vous ne regarderez plus les choses de la même façon et devrez trouver vos compromis (il y en aura forcément… pour le moment :) ). N’hésitez pas à les exposer dans les commentaires, nous serons ravis d’en discuter…
Plus personnellement…
Plutôt révolutionnaire que réformiste, je suis convaincu qu’un changement de cap radical est nécessaire, et ce très rapidement. Qui dit changement de cap global à grande échelle dit également risque de totalitarisme sous des formes parfois inattendues… La décroissance me paraît apporter une grand nombre de réponses issues du bon sens mais aussi d’une réflexion qui replace l’environnement et l’humain au centre de l’objectif… Vraiment. Cela implique des sacrifices pour tout le monde. Mais sont-ce vraiment des sacrifices? Serait-on pour la plupart plus malheureux si nous n’étions pas en mesure d’acheter ce que l’on nous « matraque » à longueur de journée?
Pour avoir fait l’expérience durant notre voyage de 18 mois avec Nathalie, on réapprend à vivre différemment, à placer la relation humaine au centre d’un échange, à se poser 5 minutes pour regarder autour du nous. Et aujourd’hui je suis personnellement plus serein, plus enclin à apprécier certaines choses que l’on a de plus en plus de mal à voir.
La décroissance, j’y crois. Peut-être pas exactement en l’état, peut-être avec des modifications, comme n’importe quel programme politique. Et vous?








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« Mais sont-ce vraiment des sacrifices? Serait-on pour la plupart plus malheureux si nous n’étions pas en mesure d’acheter ce que l’on nous “matraque” à longueur de journée? »
Effectivement, certaines leçons de la décroissance ne font pas appel au sacrifice, mais au bon sens.
Décoloniser l’imaginaire est une tâche urgente!
Une croissance verte durable ?
Demandez aux plantes !
http://www.electron-economy.org/article-une-croissance-verte-durable-demandez-aux-plantes-partie-2–39317675.html
Une croissance verte durable ?
Demandez aux plantes !
…Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer que les plantes n’aient pas disparu du fait de leur comportement hyper-consommateur en énergie et en minéraux et leur attitude les poussant à vouloir coloniser la totalité de la terre ?…
http://www.electron-economy.org/article-une-croissance-verte-durable-demandez-aux-plantes-partie-2–39317675.html
Depuis notre retour, je remarque qu’il est beaucoup plus facile d’être décroissant à la campagne qu’en ville. Loin du tumulte du monde moderne, on se sent plus en communion avec les vraies valeurs de la vie et moins tiraillé par nos envies matérialistes.
@Nathalie : c’est vrai que ce comportement est autrement plus difficile à mettre en oeuvre dans un environnement ou la tentation et la comparaison sont omni-présentes… Ajoutez à ça la rupture quasi-totale du lien à la terre en ville, et vous obtenez le résultat actuel. La difficulté c’est de lier les 2… Cette schizophrénie permanente est une des choses les plus difficiles à gérer à mon sens…
@Olivier : vous avez parfaitement raison ! Et même en allant plus loin, tout autre mammifère, poisson, reptiles… Nous ne nous comportons pas en mammifères en lien et à l’écoute de ce qui nous entoure, mais en virus, en parfaite attitude colonialiste.
Ceci dit, un pan entier de recherche voit le jour depuis plusieurs années : le biomimétisme. Je suis d’ailleurs en train de préparer un article à ce sujet, l’idée étant d’apprendre de la nature et des solutions qu’elle a mises en place. Le concept même de recherche appliquée est tellement différent de ce qui se fait depuis la révolution industrielle que la plus grosse difficulté ne sera pas technique mais humaine, et réside dans la conduite du changement.
Merci pour cette article et la découverte des idées de ce livre.
« Cela implique des sacrifices pour tout le monde. Mais sont-ce vraiment des sacrifices? Serait-on pour la plupart plus malheureux si nous n’étions pas en mesure d’acheter ce que l’on nous “matraque” à longueur de journée? »
Moi aussi cette phrase me marque, elle résume tout.
Je pense que l’humain doit effectivement recréer le lien avec son environnement, retrouver une place au sein de la nature, au lieu de s’éloigner de la Vie en se pensant au dessus de tout ça. L’humain n’est pas au dessus de la nature, il en est une composante, et en n’admettant pas ceci, en cassant les liens, l’humain se perd. Pour moi la preuve en est que plus il s’en éloigne et moins il est équilibré et heureux…
Mlle Pigut a écrit : « L’humain n’est pas au dessus de la nature, il en est une composante »
—
Nicolas a écrit : « Nous ne nous comportons pas en mammifères en lien et à l’écoute de ce qui nous entoure, mais en virus, en parfaite attitude colonialiste. »
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@Nicolas et à Mlle Pigut :
Réduire l’humain à un simple élément des écosystèmes, ou pire, à son statut de mammifère, c’est la négation de la dimension axiologique et ontologique de l’être humain.
Voici ma réponse à ce sujet :
http://www.electron-economy.org/article-gaia-pachamama-terre-mere-le-ons-de-l-experience-faschiste-en-allemagne-49110352.html
« L’humanité disparaîtra, bon débarras ! »
Yves Paccalet s’interroge à propos de la doctrine humaniste :
http://www.electron-economy.org/article-yves-paccalet-s-interroge-a-propos-de-la-philosophie-humaniste-58859468.html
Nicolas, vous devriez supprimer les commentaires parasites de Olivier – Objectif terre des hommes.
C’est de la publicité pour un site à la sauce développement durable croissance verte capitalisme pseudo-écolo et anti-humaniste.
Redoublons de vigilance!
Bonjour Citadin-objecteur-de-croissance,
Question 1 : Penses-tu vraiment que c’est en fermant le débat et en invitant à la censure que tu parviendras à imposer l’idéologie anti-développement durable, idéologie à laquelle tu sembles adhèrer compte-tenu de ton pseudo ?
Question 2 : Sur quelles bases vas-tu interdire que les partisans de la doctrine écologique humano-centrique puissent s’exprimer à propros de la doctrine écologique éco-centrique ?
- Olivier
Bonjour à Olivier et Citadin objecteur de croissance,
Merci de vos commentaires à tous les 2. Je pense qu’un débat est nécessaire et bien que je ne sois pas d’accord avec la remarque d’Olivier, je ne suis pas non plus pour de la censure à outrance.
Je ne suis pas d’accord parce que je pense que l’être humain, avant d’être spécifique et d’être « une fin en soi » tel que vous le décrivez joliment Olivier, reste un élément parmi d’autres au sein de ce système incroyablement complexe que nous nommons « la nature », parce que nous sommes juste incapables de mettre un mot qui ne soit pas réducteur sur ce qu’à mon avis on devrait appeler un « tout ».
Je serais d’accord avec vous si nous utilisions ce que vous appelez notre « supériorité » vis-à-vis des animaux et des plantes ne serait-ce que pour nous comporter au minimum en tant qu’ »élément du système » et non pas « élément contre le système » tel que nous le sommes indubitablement devenus. Je fais indirectement référence à la pyramide de Maslow… Je pense, tout comme Maslow :), que ce qui fait notre soi-disant différence (je reviens sur ce point plus bas) est bâtie sur ces mêmes besoins primaires que nous partageons avec les animaux et les plantes, pour ne citer qu’eux. Par là-même, il n’est pas envisageable selon moi de faire passer ces spécificités humaines au même niveau (ou avant) ces besoins primaires, pour lesquels nous pillons allègrement notre unique patrimoine.
Enfin, je pense que l’humain n’est pas si spécifique. Il me paraît réducteur de penser ainsi, principalement du fait du peu de connaissances que nous avons sur le reste des animaux et des plantes, encore une fois pour ne citer qu’eux. Absolument toutes les découvertes sur le comportement animal mettent en permanence en exergue l’incroyable faculté que nous avons eu et avons encore à les sous-estimer que ce soit au niveau de la complexité de leurs comportements ou leur soi-disante absence de langage (ce ne sont que des exemples d’une longue liste…).
Je pressens dans ce domaine, peut-être à tort, une découverte majeure qui sera comparable à l’arrivée de la mécanique quantique ou les bases mêmes du système établi (la mécanique Newtonienne) étaient remises en causes, puisque ne pouvant tout simplement plus apporter des réponses. Encre faut-il que nous laissions vivre une part non négligeable des être vivants non humains qui nous entourent pour pouvoir les étudier…
Ces pour toutes ces raisons que je ne souscris pas à votre point de vue Olivier, mais que je vous remercie de donner votre avis.
@Nicolas,
Merci pour votre intéressant commentaire (je suis sincère). L’essentiel, comme le disent les anglophones, est d’être d’accords sur nos désaccords, d’avoir identifié, dans le respect des personnes, le fondement de ces différences d’appréciation de la place de l’homme dans l’univers. Tant que nous nous concentrons sur le débat d’idée, la discussion peut s’enrichir (pas forcément, cela dépend de la culture et surtout de la capacité à raisonner des participants). Mais quand on vient, comme Citadin-objecteur-de-croissance à s’attaquer aux personnes plutôt qu’à leurs idées, alors la discussion est morte. D’ailleurs, son objectif est précisément de la tuer, car il semble qu’elle le dérange.
Nicolas, vous adhérez, comme Arne Naess ou James Lovelock (et bien d’autres), à la doctrine écocentrique, et vous l’assumez complètement, ce que je j’estime très positif (il y a des écocentriques qui refusent de d’admettre qu’ils le sont). Catherine Larrère, spécialiste en philosophie morale, elle-même en phase avec cette doctrine, et en explique les fondements ici :
http://www.electron-economy.org/article-ecocentrisme-le-point-de-vue-d-une-adepte-de-la-doctrine-ecosophiste-59365255.html (mes commentaires suivent ces extraits)
Au sein de ces doctrines que l’on peut regrouper csous le label de « non-humano-centriques », je préfère celle du bio-centrisme libéral d’Hans Jonas à celle du bio-centrisme collectiviste (= éco-centrisme, qui met l’accent sur l’égalitarisme biosphérique et sur les liens écosystémiques, vision holistique, vision organiciste). Il n’en demeure pas moins que le biocentrisme libéral-individualiste à la Hans Jonas est, de mon point de vue incohérent, je m’explique via le lien sus-mentionné (je ne peux pas tout reproduire ici).
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[...] dangereux, il faut toujours garder à l’esprit que ce que les économies, les réductions, la “reconceptualisation” que nous prônons tournent autour de valeurs importantes : ce sont des moyens et non pas une fin en [...]