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Climat : à la caisse, la France traîne des pieds


Le 20 septembre 2010 | Par

Redacteur Invite

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Lors de la conférence de Copenhague, les pays développés se sont engagés à fournir rapidement des financements aux pays en développement . Alors que l’on reparle des Objectifs du Millénaire pour le Développement et des vaines promesses des pays riches (notamment de la part de la France), profitons en pour revenir sur les engagements de Copenhague: leur respect est absolument nécessaire afin de retrouver la confiance internationale qui pourrait faire avancer les négociations sur le climat, si mal engagées… Or à ce sujet, la France est à la traîne.

L’accord de Copenhague : un minimum très insuffisant…

L’accord de Copenhague de décembre dernier a largement été analysé comme un échec de la communauté internationale à établir un régime international de long terme permettant lutter contre les changements climatiques. L’une des raisons de cet échec ? Le manque de confiance entre les pays développés et le reste du monde.

Malgré de très insuffisants engagements de réduction des émissions et les principales questions non résolues, quelques éléments positifs étaient apparus, parmi lesquels une promesse de financements précoces (fast start en anglais) de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012. Cet argent doit être débloqué au plus vite afin de soutenir l’adaptation et l’atténuation des émissions en priorité des plus pauvres et des plus fragiles (Pays les Moins Avancés et petits états insulaires).

La France a promis 1,26 milliards d’euros (environ 1,6 milliards de dollars) sur trois ans. L’ensemble de l’Europe a promis 7,2 milliards d’euros, soit environ un tiers des besoins mondiaux. Au niveau mondial, les promesses seraient de 27,9 milliards de dollars (soit encore 7% de budget manquant).

Photo du German Press office – On y voit Barroso, Merkel, Reinfeldt, Sarkozy, Obama, Brown – AFP PHOTO / HANDOUT / BUNDESREGIERUNG / STEFFEN KUGLER

… qu’il ne faudrait pas en plus dévoyer !

Mais voilà, ces promesses ne valent rien. Alors que l’accord de Copenhague conçoit les financements de la lutte contre le changement climatique comme des ressources « nouvelles et additionnelles », la plupart des pays d’Europe seraient en train de travestir l’argent de l’aide au développement en nouvelles ressources pour le climat. Certes, il n’existe pas de définition universellement acceptée de ce qu’est le caractère « nouveau ou additionnel » d’un financement… mais il ne fait pas beaucoup de doute que certains choix des pays développés sont incompatibles avec toute forme d’additionalité (la définition fût-elle incertaine).

Lors de la publication du rapport intermédiaire par l’UE sur la question en mai dernier, les grandes ONG du climat se sont alarmées de cet état de fait. Pour être plus précis, lors des discussions sur le budget national en 2010, l’Allemagne (engagée à hauteur de 420 millions d’euros par an sur trois ans) a décidé de « recycler » 350 millions provenant de l’aide publique au développement, et d’ajouter seulement 70 millions d’euros en supplément… avant de faire disparaître purement et simplement les 70 millions additionnels en juin. D’une manière similaire, le gouvernement anglais a été direct : vive le recyclage (des finances)… quitte à se contredire (voir l’article du Guardian).

Or, Mme Figueres, nouvelle secrétaire exécutive de la Convention sur le climat, a déclaré que le respect des engagements de financement rapide est un point clef pour la suite des négociations (lors du « dialogue de Genève » sur le financement, 2 et 3 septembre). Auparavant, le groupe des grands pays émergents (BASIC : Brésil, Chine, Inde, Afrique du Sud) a clairement fait savoir que la réussite du fast start, en toute transparence et en toute honnêteté, est un élément de première importance pour eux (réunion sur l’équité le 26 juillet dernier).

Que les pays développés ne s’engagent pas suffisamment pour ce qui est de leur responsabilité (réduire les émissions futures) est un problème grave ; mais qu’ils promettent d’assumer leur responsabilité historique (au travers de l’aide financière) pour finalement se défiler serait immoral et catastrophique pour les négociations.

Mauvaise communication du gouvernement français ou belle entourloupe ?

Mais qu’en est-il de la France ? Les déclarations réalisées à l’échelle de l’Union Européenne sont relativement opaques ; la Commission et le Conseil ne s’embarrassent pas : ils renvoient vers les pays membres, seuls responsables de leurs dons, puisqu’ils choisissent librement le montant et la provenance des fonds ainsi que leur utilisation. Quelques éléments issus de l’UE, rapportés par le Climate Action Network, sont malgré tout inquiétants pour le cas de la France : le principe comptable choisi par le gouvernement est que « les activités actuelles sur les changements climatiques ne sont pas comptées dans le fast start, seules les nouvelles activités le sont »… ce qui est louable, mais ne dit absolument pas quelle est l’articulation avec l’aide publique au développement (APD). Ici, le gouvernement français semble entendre le terme « additionnel » par rapport à l’affectation des fonds, pas par rapport à leur quantité.

Un système officiel, général et pérenne de contrôle et de vérification des financements et de leur usage est un des chapitres âprement discutés dans les négociations (sous le terme MRV, Measurement, Reporting and Verification). En attendant, afin d’y voir un peu plus clair sur la scène internationale, quelques gouvernements (Pays-Bas, Costa-Rica, Colombie, Danemark, Allemagne, Indonésie, Iles Marshall, Mexique, Norvège, Royaume-Uni et Vietnam) soutenus par les Nations unies ont eu la bonne idée de lancer un site internet qui permet de comparer les actions des pays pour ce financement rapide. Sur ce site, lancé le 2 septembre dernier, sont regroupées des informations sur les donateurs et sur les bénéficiaires. Et là, surprise : le seul pays référencé sans confirmation des financements (uniquement des promesses) est… la France.

Oeuvre du Colonel, artiste français rencontré par Anne-Sophie à Copenhague en décembre 2009 (voir ici)

Sur un autre site de comparaison, réalisé par deux organismes non gouvernementaux allemands, même constat : aucune information répertoriée quant à l’action de la France. Enfin, idem sur le site du sérieux World Ressource Institute : relativement peu d’informations et surtout aucune garantie d’additionnalité n’a été trouvée par le centre de recherche.

Sur le site du Ministère de l’Environnement, la recherche « fast start » ne ramène que des déclarations offensives de M. Borloo en début d’année qui appelait alors à respecter les engagements du fast start, puis des déclarations liées au forum sur les bassins forestiers tenus à Paris fin mai. Depuis, pas grand chose. Qu’en est-il concrètement, globalement et dans le détail, du fast start pour la France ? Mystère.

Peut-être n’est ce qu’un manque de communication de la part du gouvernement ? Auquel cas il devrait y remédier rapidement en précisant l’origine des fonds mobilisés pour le fast start, leur quantité, leur orientation… et ce de manière très détaillée. On ne doute pas qu’il va le faire au plus vite, afin d’accroître la confiance internationale avant les négociations de Tianjin en octobre prochain. D’ailleurs, comme il souhaitera prouver sa bonne foi, le gouvernement fera parallèlement le détail les fonds de l’aide publique au développement pour l’année 2010 (et précédentes), afin de prouver le caractère additionnel des financements pour le climat. Et ainsi peser de tout son poids pour la reconstitution d’une confiance internationale dans les négociations sur l’avenir climatique du monde qui continuent prochainement (du 4 au 9 octobre à Tianjin)… et prouver son réel soutien au Objectifs du Millénaire pour le Développement par la même occasion…

En somme : MM Sarkozy et Borloo, passez-en caisse immédiatement (avec notre porte-feuille) et présentez-nous le ticket !

++ Pour aller plus  loin ++


5 commentaires à “Climat : à la caisse, la France traîne des pieds”

  1. [...] J’aurai aussi le plaisir de collaborer avec Ecolo Info, toujours sur le même sujet (voir un article sur la France et le financement) [...]

  2. LE DRAME DE L’AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT

    Ils ne comprendront donc jamais que le drame de l’aide au développement n’est pas dû à un problème de ressource financière, mais à la façon dont cette ressource est employée!

    Ils ne retiendront donc jamais les leçons de la crise financière dans laquelle nous sommes plongés due au fait que nous entendons faire de l’argent avec de l’argent!

    Voilà que notre Président de la République veut prélever une taxe sur chaque échange financier!

    Mais Monsieur le Président pour qu’il y ait des échanges financiers il faut qu’il y ait de la création monétaire, la première étape de cette création étant la production de céréales, de lait, de pommes de terre de nourriture quoi! à la sueur de notre front.
    Or non seulement vous refusez d’assurer le développement des pays pauvres en ne respectant pas cette première étape indispensable de l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, mais vous vous employez à ce que notre agriculture soit démantelée comme elle l’est dans tous les pays du monde! Qui va donc produire des pommes de terre entre autres, pour générer des échanges financiers?
    Voilà que Philippe Douste-Blazy, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, la question de l’aide au développement, déclare sans rire : « Sans les financements innovants, si nous conservons le statu quo, nous ne pourrons atteindre les objectifs du millénaire pour le développement en 2015»
    Quels seraient ces «financements innovants» ? Ils peuvent inclure des taxes sur les billets d’avion, le tourisme, l’Internet, la téléphonie mobile et les transactions financières, et sans doute un loto proposé il y a peu par d’autres rigolos !

    On croit rêver et pendant ce temps :
    « En Afrique les projets de Lutte contre la pauvreté appauvrissent les populations ! ».

    C’est une femme admirable qui le dit. Une Sénégalaise qui depuis Saint-Louis œuvre inlassablement pour aider les femmes de la vallée du fleuve Sénégal à faire renaître l’agriculture de la région. Les hommes eux sont, contre l’avis des femmes et au péril de leur vie, partis en Europe pour essayer de gagner quelque argent…

    « L’AIDE FATALE : Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique ».

    C’est Dambisa MOYO, une autre Africaine qui a écrit ce livre, elle sait de quoi elle parle pour avoir travaillé à la Banque Mondiale…

    « Ne pas avoir peur de dire aux Africains qu’on veut les aider, mais qu’on veut aussi que cela nous rapporte…/… ».

    C’est un homme qui le dit, un Français, le Secrétaire d’État à la coopération, le même qui ajoutera un peu plus tard qu’il faut créer un loto pour financer l’aide publique au développement ! ».

    « Ce sont les entreprises –et non les ONG- qui doivent prendre toute leur place dans l’aide au développement ! ».

    C’est un autre homme qui le dit le 29 juin 2010, Dov ZERAH nouveau directeur de l’AFD qui confirme ainsi que l’on veut bien aider mais qu’il faut que ça nous rapporte !

    Tout a donc été dit et sur le constat d’échec de l’aide et sur le peu de chances qu’il y a dans sortir si l’on continue à refuser les leçons qui auraient dues être tirées de ce constat.

    Jacques DIOUF le Directeur Général de la FAO n’arrête de le clamer haut et fort : « Nous ne sortirons de la famine qu’en aidant ces pays à assurer en priorité leur autosuffisance alimentaire ». Or au lieu de le faire en commençant par le développement de leur secteur primaire, ce qui permettrait aux populations de vivre dignement dans leurs meubles, nous recherchons des marchés permettant d’assurer notre précieuse et sacro–sainte croissance.
    Nous recherchons au travers de l’immigration prétendument choisie une main d’œuvre pour des taches que nous ne voulons plus accomplir.

    Au lieu d’aider ces pays à assurer leur développement en commençant par atteindre leur autosuffisance alimentaire, non seulement nous les incitons, en dissimulant au besoin le tout derrière le commerce dit équitable, à faire de l’agriculture industrielle en prétendant, imbécillité suprême, qu’ils dégageront les devises nécessaires à l’achat chez nous de leur nourriture ; mais nous leur faisons comprendre en prime que notre aide à leur développement doit avant toute chose nous rapporter.

    Au lieu d’aller écouter et soutenir Jacques DIOUF et la FAO au sommet de ROME sur la faim, nos chefs d’État irresponsables et inconséquents, ont préféré se livrer aux pitreries de COPENHAGUE, dont il ne pouvait rien sortir s’agissant de la recherche de solutions à un faux problème.

    Nous avons pendant deux décennies tenté de mettre en place des outils de développement, de financement notamment, qui ont fait la preuve de leur inefficacité et accentué pauvreté et famine dans les pays que nous entendions aider.

    Ce furent les funestes « ajustements structurels » imposés par la Banque Mondiale qui, pour simplifier, consistaient à pousser les pays à une indépendance et autonomie financière.
    Il fallait pour cela se procurer des devises, ce qui était fait par des cultures industrielles exportées alors que le niveau prioritaire d’autosuffisance alimentaire n’avait pas été atteint.
    Le résultat fut qu’il était impossible d’importer les ressources alimentaires de base en raison de la faiblesse des devises obtenues dans le cadre d’une organisation mondiale du commerce qui assassine les plus faibles.

    La Banque Mondiale dans cette phase avait rejeté violemment le modèle d’organisation coopérative du secteur agricole, et notamment la toute première étape de ce modèle remise à l’honneur par Muhammad YUNUS : la microfinance.

    La Banque Mondiale et les organismes de distribution de l’aide publique au développement affligés du syndrome du thermostat, qui fait qu’en matière de pensée nous agissions comme avec cet appareil dont nous ne connaissons que les positions extrêmes, revenait brutalement dans une deuxième phase à Muhammad YUNUS à sa Grameen Bank et à la microfinance sans imaginer que cette toute première étape d’un modèle millénaire devrait bien vite être dépassée.

    Les Pionniers de Rochdale en 1843, les producteurs de fourches de micocoulier dans le Gard en 1661, les créateurs de fruitières et autres tontines se référaient à des traditions ancestrales que l’on trouvait déjà chez les agriculteurs de Babylone, pourquoi l’outil mis en place dans nos agricultures il y a plus de cent ans ne serait il pas le modèle incontournable à développer chez ceux qui attendent que nous les fassions bénéficier de notre expérience ?
    Ce n’est pas parce que le merveilleux outil de la coopération est dépassé ou n’a plus lieu d’être chez nous que nous devons en rejeter l’utilisation dans les agricultures émergentes, ou en rester à ses toutes premières étapes comme nous nous obstinons à le faire avec la microfinance.
    C’est cet outil qui dépassant très vite la toute première étape de la microfinance a permis, il y a plus d’un siècle, à nos agricultures de connaître le développement que l’on sait alors qu’elles étaient dans la situation de celles que nous prétendons aider.

    « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
    CONFUCIUS
    Philosophe, historien et homme d’Etat chinois
    « Yah ça m’a mordu, Back to the trees ! », retour aux arbres ! rugit oncle Vania notre lointain ancêtre face à l’apport trop brutal du feu qu’Édouard était allé chercher bien loin (Roy Lewis : « Pourquoi j’ai mangé mon père »).
    Apprends–nous plutôt à pêcher ! Sans nous renvoyer dans les arbres.

    À BERGERAC le 25 juillet 2010
    Jean-Pierre Canot
    Auteur de « Apprends-nous plutôt à pêcher »
    apprends-nous.plutot.a.pecher@canot.info

  3. [...] réunion de travail intervient 9 mois après l’échec de Copenhague, souligne le site Ecolo Info, pour qui le respect des engagements pris à Copenhague est absolument nécessaire afin de [...]

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