A Propos

Contact

Newsletter

Recherche

Aide RSS FanPage FB Twitter

Matière grise pour évolution verte

Loisirs » Livre

Mes belles lectures estivales


Le 16 septembre 2010 | Par

Albert

Ses articles

Son Twitter

Editeur de livres jeunesse, je reste curieux de tout, de toutes et de tous. J'aime creuser les questionnements et partager mes interrogations.

Alors que certains font durer les vacances, la plupart d’entre nous avons repris le chemin du bureau, et les enfants celui de l’école. Restent les souvenirs et nos lectures de l’été. J’ai envie aujourd’hui de partager quelques-uns de ces souvenirs avec vous.

Les livres de l'été d'Albert

Cherchez l’intrus !

Cette année, j’avais choisi de privilégier des ouvrages autour de l’engagement et de l’éducation.

Si cela peut vous rassurer, je n’ai pas lu que des livres sérieux et engagés ;-)

J’aime bien alterner, et j’ai également relu tranquillement une bonne dizaine de BD (y compris un Boule et Bill…), ainsi que deux San-Antonio… Ah… San-A…

Mais remarquez, même dans San-Antonio, j’ai trouvé quelques lignes à partager avec vous :

“J’aime bien les mecs qui ont autre chose dans la poche de leur kangourou que de l’ouate cellulosique. J’aime bien ceux qui sont pas d’accord ; ceux qui ne disent pas toujours oui-oui ; ceux qui ne bêlent pas dans le troupeau des “attendez-moi” chevrotants ; j’aime bien ceux qui disent “ah ! merde !” au lieu de dire “amen”. Moi, je serais chef de gouvernement, ce que je soignerais surtout, c’est mon opposition. Un régime sans ennemis “acharnés” est un régime décharné.”

(extrait de Béru contre San-Antonio – 1967)

Vers la sobriété heureuse – Pierre Rabhi – Actes Sud

Anne-Sophie citait dernièrement quelques extraits de ce dernier livre de Pierre Rabhi.

Ne vous y trompez pas : ce petit livre (140 pages) est dense et aborde à la fois les questions de la nature du travail, de la perte de repères liée à nos modes de vie, de la pauvreté, de la misère ou du bonheur. Par bien des aspects, il m’a fait penser à un autre livre : “Quand la misère chasse la pauvreté” de Majid Rahnema.

D’un naturel pragmatique, Pierre Rabhi nous parle de ce qu’il a vu et expérimenté. C’est d’ailleurs ce qui rend la lecture agréable : nous avons l’impression de nous promener en compagnie d’un oncle ou d’un grand-père qui nous raconterait en passant d’un chemin à l’autre comment il a grandi, ce qu’il a observé et les conclusions qu’il en tire.

Pierre Rabhi est violemment critique avec ce que l’on appelle communément “la modernité”, mais ce qu’il reproche avant tout au progrès c’est d’avoir la mémoire courte et de faire table rase du passé.

Il nous rappelle, comme a pu nous le démontrer quelques semaines après l’édition de ce livre le volcan islandais, que notre civilisation est des plus fragiles.

Pour 2002, Pierre Rabhi s’était porté candidat à l’élection présidentielle. Depuis, plusieurs mouvement associatifs et citoyens sont nés autour de lui. Plus que jamais, nous sentons un homme engagé, résolu mais paisible. Profondément humaniste, il n’appelle pas au grand soir ou au remplacement des uns par les autres, mais appelle à une insurrection des consciences. Une démarche qui commence, ici et maintenant en chacun de nous.

++ Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse

Désobéir par le rire – Les Désobéissants – Ed. Le passager clandestin

Entre insurrection et désobéissance, la marge est ténue… Et j’ai continué mes lectures avec “Désobéir par le rire”, un ouvrage collectif édité par “Le passager clandestin”.

Cette collection “Désobéir”, dirigée par Xavier Renou, apporte de nombreuses pistes à celles et ceux qui souhaitent ouvertement montrer leur désaccord (dans la même collection, vous trouvez par ailleurs :  “désobéir avec les sans-papiers”, “désobéir au nucléaire” ou “désobéir à la publicité”).

Petit livre, tant par la taille que par son nombre de pages (60), il tient dans la poche et pourra accompagner vos manifs.

“Désobéir par le rire” commence par expliquer en quoi le rire est subversif et comment il peut efficacement remplacer une colère. La suite du livre est riche en exemples et s’apparente plus au guide pratique qu’à l’essai philosophique.

Alors, si vous vous sentez l’âme d’un clown militant, foncez ! Ce livre est une mine.

Prendre soin de la jeunesse et des générations – Bernard Stiegler – Flammarion

Autant que je vous l’avoue de suite : je n’ai pas réussi à aller au bout de ce livre pourtant passionnant.

338 pages de philo sérieuse, alors que vous avez autour de vous des enfants qui ne demandent qu’à jouer et à se promener, j’ai dû laisser tomber… pour le moment.

Tenez, pour vous mettre en appétit je vous cite quelques titres de chapitres : Mystères et pulsions de l’Aufklärung au psychopouvoir, Synaptogénèse de la destruction de l’attention, Biopouvoir, psychopouvoir et grammatisation.

Bon, je vous l’accorde, dit comme ça, c’est un peu obscur et ça ne donne pas forcément envie d’y plonger son nez. Pourtant les propos de Bernard Stiegler sont passionnants et rejoignent souvent les observations de Pierre Rabhi.

Par exemple lorsque Bernard Stiegler écrit :

“Le savoir individue celui qui apprend et se transforme en intériorisant l’histoire des transformations individuelles et collectives en quoi un savoir consiste. L’information diffusée par les industries de programmes désindividue celui qui la consomme.”

Pierre Rabhi écrit de son côté :

“Nous voyons aujourd’hui naître une sorte d’hypermarché de l’information, où tout et son contraire cohabitent ; mensonges et démentis sont à la portée de chacun. De nombreux ouvrages sont le fruit de simples compilations de données puisées dans l’immense réservoir des faits, et des événements, que chacun interprète à sa façon.”

Pour une éducation humaniste – Noam Chomsky –  Editions de L’Herne

Un peu avant l’été, un ami m’avait prêté le coffret DVD Chomsky & Cie de Olivier Azam et Daniel Mermet en me disant “ça devrait te plaire”.

Effectivement, il y a matière à discussion dans ces quelques heures de documentaire ! Du coup, j’ai reçu pour mon anniversaire un petit livre qui reprend trois textes de Noam Chomsky et un entretien de celui-ci avec Normand Baillargeon.

L’un des aspects les plus intéressants de ces textes, c’est qu’ils ne datent pas de l’année dernière, mais de 1975, 1994 et 1999. Seul l’entretien est de 2010.

Par ailleurs, Noam Chomsky aime citer ses sources et ses aînés, ce qui fait de ce petit livre un ouvrage de référence plutôt pertinent et une bonne mise en perspective.

Dans le “Précis d’information et d’autodéfense intellectuelle” il rappelle notamment l’expérience de Solomon Asch qui montre à quel point il est difficile de maintenir un point de vue A dans un environnement qui prône le point de vue B et combien l’être humain apprécie la sécurité du conformisme.

L’approche humaniste défendue par Noam Chomsky se rapproche tout à fait de celle proposée par Pierre Rabhi, et l’un comme l’autre nous invitent à nous remettre en cause nous-mêmes avant de chercher à modifier le système dans lequel nous vivons.

Le nouveau livre, de Martin Gray – Ed. Robert Laffont

Je terminerai ce petit tour de mes lectures de l’été par un livre que j’ai redécouvert, un livre que j’avais lu adolescent et qui a certainement participé au même titre que “Jonathan Livingston le goéland” ou “Le petit prince” à ma vision de la vie.

Lorsque j’avais une dizaine d’années, à la fin des années 70, il était très souvent question de Martin Gray, un homme qui a vu par deux fois disparaître celles et ceux qu’il aimait et qui par deux fois a reconstruit sa vie avec le même optimisme, le même amour pour l’Autre.

Dans “Le nouveau livre”, Martin Gray nous invite à partager avec lui 365 textes, 365 mots autour desquels il laisse parler son cœur.

Croyez-le si vous le voulez, mais en cherchant un passage pour illustrer ce billet, le livre s’est ouvert sur “Développement”.

Je ne résiste donc pas à vous en recopier ici quelques extraits. Ce texte a plus de 30 ans :

“Nous avons fait du développement de notre puissance le projet de notre histoire humaine. Nous avons creusé la terre, inventé l’agriculture.

Nous avons domestiqué les espèces animales et nous avons détourné le cours des fleuves. …/…

Notre développement a été si extraordinaire dans le dernier siècle qu’en cent années nous avons inventé et produit plus que tous les Hommes depuis qu’il y a des Hommes. …/…

Ayons l’orgueil de ce développement mais sachons qu’il est aussi fragile qu’un château de cartes et que le souffle de nos erreurs, de nos violences, peut à chaque instant le jeter bas. …/…

Sachons encore que ce développement a coûté cher aux Hommes et à la nature. Nous avons, pour le conduire si loin, si vite, dévoré les

Hommes. Nous avons produit de l’or, du cuivre, du pétrole, avec le sang de populations entières. …/…

Nous avons saccagé : sur les plages noircies les oiseaux meurent, leurs ailes engluées.

Fallait-il payer ce prix ?

Notre développement, sommes-nous sûrs de pouvoir encore le contrôler ? Les Hommes prolifèrent dans les continents les plus pauvres. La violence demeure vivante partout. Les moyens de détruire se perfectionnent.

Dans tout développement aveugle il y a le germe de la destruction.”

++ Pour aller plus loin ++


Un commentaire à “Mes belles lectures estivales”

  1. Eric dit :

    De belles lectures, notamment Pierre Rabhi, une belle source d’inspiration.

Répondre