La bonne blague: fini les climatosceptiques, bonjour les geo-ingénieristes !
Le célèbre Bjorn Lomborg, qui s’est notamment fait connaître en écrivant « l’écologiste sceptique », en a fini de douter avec le changement climatique et ses origines humaines. Il le dit haut et fort dans une interview réalisée par H. Kempf pour Le Monde « le réchauffement climatique est une réalité. »

Le statisticien danois Bjorn Lomborg à Copenhague, le 1er septembre 2010.
L’un des plus célèbres climato-sceptiques est converti.
La tactique des climatosceptique varie : elle peut dire « le changement climatique n’est pas une réalité » ou « est-on si sûr de ce qui est dit sur le changement climatique ? » ou encore « N’y a-t-il pas des causes plus urgentes à défendre tels que l’accès à l’eau etc ».
Sauf qu’en fait, ce sont des fausses questions car on a déjà les réponses : non ce n’est pas sûr à 100%, mais à 90 %. Pour comprendre la différence, je vous propose le petit jeu bien connu de la roulette russe : on charge un barrillet de 10 de 9 balles et je vous dis « Vous jouez ? » En gros le climatosceptique est celui qui fixe votre regard sur le logement vide du barillet, les climato « convaincus » ceux qui trouvent que 9 balles sur 10, ça fait beaucoup, ils ne veulent pas jouer au jeu.
Apparemment Bjorn a décidé de ne plus jouer. Il l’admet : Oui oui le climat c’est une réalité. Et il est temps d’agir.
Youpi !! On va investir dans les transports en commun, redynamiser l’agriculture locale, investir dans l’économie d’énergie et les énergies renouvelables et chasser les gaspillages, repenser les organisations territoriales, revoir notre vision de notre rapport à la nature…

Enfumage
Mais non!! Au panier, les Lester Brown, Corinne Lepage, N. Stern, et verts de tous bord : l’avenir c’est les technologies vertes, mais pas tout de suite, et surtout la geo-ingénierie.
Dans cette interview, Lomborg propose plusieurs pistes d’actions : il faut taxer le carbone à 5 euros la tonnes, il faut investir dans les énergies vertes mais pas les développer maintenant tant qu’elles ne sont pas compétitives. Et pour cela, il faut investir 100 millions de dollars (75 millions d’euros) par an.
Lomborg comme d’habitude, nous enfume.
Tout d’abord la taxe : à 5 euros par an, non seulement cela n’induirait aucun changement de comportement (cela reviendrait à moins de 3 euros par français et par mois, la moitié de prix d’un paquet de clope et à peine plus cher que le petit noir pris au bistrot du coin…) comme il le reconnaît, mais avec une si faible taxe les énergies renouvelables seront moins rapidement compétitives -ou seulement en quelques endroits- et le financement généré pour leur investissement par la taxe sera trop faible pour imaginer le lancement d’une véritable rupture énergétique.
Il propose d’investir 100 millions de dollars par an ? Mais c’est déjà ce qui est investi aujourd’hui au niveau mondial dans les énergies renouvelables !
En bref sa « proposition » revient à laisser les choses telles qu’elles se font actuellement.

Après le lobby climato-sceptique, celui de la geo-ingénierie ?
En fait dans cette interview, Lomborg prépare le terrain pour l’acceptation de la geo-ingénierie « C’est le seul moyen qui nous permettrait d’agir rapidement – en années plutôt qu’en décennies -, s’il arrivait quelque chose de vraiment négatif en matière de climat. »
Et en effet, au rythme de ses propositions révolutionnaires, on prend tout droit le chemin du risque maximum de « quelque chose de vraiment négatif en matière de climat ».
La tactique du lobby geo ingénieriste est depuis quelques années de se tapir dans l’ombre pour ressortir au moment adéquat en brandissant « il est trop tard, nous devons agir activement sur le climat ». Ces techniques varient de la captation du carbone et de son enfouissement, à l’injection de particules dans l’atmosphère visant à diminuer le rayonnement solaire, voire le placement de gigantesques miroirs dans l’espace pour ombrer la Terre et bien sûr faire verdir les déserts.
Mais les études sur le sujets et les premiers essais sont loin d’être concluants sur leur efficacité.
En outre, ces propositions restent dans le même paradigme de manipulation des grands équilibres terrestres. Or on se rend de plus en plus compte que leur fonctionnement est beaucoup plus complexe qu’on ne l’imaginait et que la connaissance que nous en avons est très réduite. Agir sur le fonctionnement d’un système qu’on ne connait pas est périlleux, quand il se trouve que ces systèmes assurent notre survie, cela tient de la mégalomanie.
De plus ces techniques vont coûter cher, très cher.
Seules des très grandes compagnies mondiales ont les moyens d’investir et de produire ce genre de projet. Ce sont souvent les industries liées aux extractions minières, ou à l’armement. C’est à elles que profiteront ces investissements. Et comme il s’agira de protéger des territoires, ce sont les Etats qui les financeront, c’est à dire, les budgets publics.
Attendez-vous à voir sortir du bois les lobbies geo-ingénieristes dans les prochaines années : ils ont beaucoup d’argent et beaucoup d’intérêts à gagner.
Nous, beaucoup moins.
++ Pour aller plus loin ++
- Réchauffement climatique: les dangers du dogme, Ecolo-Info, Mars 2010
- Ecolo-Info dans le rétro: climat
- Les articles publiés sur Ecolo-Info au sujet de la conférence de Copenhague







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