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Matière grise pour évolution verte

Société » Debats

Allons nous battre en retraite ?


Le 7 septembre 2010 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Quelle est la juste place du travail dans nos sociétés développées ? En ce jour de mobilisation massive au sujet des retraites, prenons le temps de réfléchir un petit peu: une société développée doit-elle faire en sorte que les gens travaillent plus pour gagner plus ? Comment sont réparties les richesses ? Quel est notre rapport au temps, à l’argent, à la consommation, au bien-être? Pourquoi ne pas passer plus de temps à se consacrer aux autres ?

Certes, la question est plus que complexe, les simples réflexions philosophiques ne peuvent apporter de réponses politiquement applicables… mais, loin de refuser le progrès et la modernité, de « rêver du bon vieux temps » ou de même de faire appel à ce cher Karl (Marx), tout cela ne nous pousse-t-il pas aujourd’hui à revoir en profondeur notre rapport au travail ?

Street Art de Banksy

Vivons nous pour travailler ?

« L’ère du travail en tant que raison d’être a pour corollaire l’immodération appelée par l’argent et les nouvelles choses à acheter« .

Pierre Rabhi raconte, dans les premières pages de son dernier livre, La sobriété heureuse, comment son père, forgeron dans le sud algérien, a du abandonner l’enclume pour aller travailler la houille découverte par les occupants français. « Toute la cité est bouleversée. C’en est fini du temps savouré comme de l’éternité. L’heure a sonné de celui des horloges et des montres, jusque-là inconnu, a donné, avec ses minutes, ses secondes… Ce temps nouveau a pour dessein d’abolir toute « perte de temps » et, au royaume du songe tranquille, l’indolence est tenue pour de la paresse. A présent il faut être sérieux, besogner beaucoup« .

Plus loin, il raconte cette petite anecdote:

« Comme en dernier sursaut de liberté, sitôt leur premier salaire perçu, certains mineurs ne retournaient pas au travail. Quand ils réapparaissaient après un mois ou deux, les employeurs, mécontents, leur demandaient pourquoi ils n’étaient pas revenus travailler plus tôt. Ils répondaient alors avec candeur qu’ils n’avaient pas fini de dépenser leur argent: pourquoi donc travailleraient-ils ? Sans en être conscients, ils posaient une question qui a été soigneusement évitée, mais que d’aucuns considèrent aujourd’hui comme essentielles, et à laquelle il faudra bien  répondre en ces temps de grand chambardement qui obligent à reconsidérer la condition humaine: travaillons nous pour vivre, ou vivons-nous pour travailler?« 

Voilà de quoi méditer un peu… n’est-ce pas ? Et ce à l’heure où une étude menée aux Etats-Unis et relayée par Challenges.fr montre que l’argent ne fait pas le bonheur… au-delà de 4900 euros par mois!

Miss.Tic

Le Street Art par Miss Tic // Rue Château des Rentiers (cf. son site ici)

Temps libre et productivité

Comme Alain Lipietz, économiste investi depuis longtemps sous la bannière des Verts/Europe Ecologie, l’exprime dans ce texte sur le rapport salarial écologiste :

« La question de la retraite restera centrale dans les années qui viennent car elle combine un aspect « gain de temps libre » et un aspect « revenu social ». La conquête du temps libre par allongement de la durée de vie, à durée du travail constante, est la forme la plus naturelle de redistribution de la productivité. Elle doit être financée par une répartition nouvelle de la richesse annuelle produite. D’ici 2050, elle implique un déplacement de 0,3 % par an de la part du PIB vers les retraités, ce qui est tout à fait réalisable mais doit être combiné avec une répartition nouvelle de la valeur ajoutée entre revenus du travail et revenus du capital et de la propriété. La participation accrue de ces derniers implique l’abandon du mythe de la retraite comme « salaire différé » et une fiscalisation partielle de son financement. La possibilité de retraite sur-complémentaire individuelle ne doit pas être une nouvelle occasion de profits du capital, elle doit être (comme la complémentaire santé) assurée par la mutualité.

Reste que le financement de la retraite n’épuise pas, et de loin, la question de l’écologie du 3e et du 4e age. La société future se jugera à la manière dont elle traitera ses personnes âgées : comment elle leur assurera une participation à la vie civique et l’accompagnement, dans la dignité, de leur déclin physique.« 

Street Art par Ben Slow (UK) et Liliwenn (FR) // Photo Nath Oxygène // Avenue Jean Jaurè Vitry sur Seine, juin 2010

Qu’attendre de cette journée?

La réforme prévoit de repousser l’âge minimal de la retraite de 60 à 62 ans d’ici 2018. Cette journée d’action coïncide avec le début des débats à l’Assemblée nationale, où la gauche entend ferrailler contre le texte que le gouvernement voudrait voir adopter dès octobre. Réussir le 7 septembre est « la seule chance » d’influer sur le destin de la réforme, a estimé François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, deuxième syndicat. Des appels à la grève ont été lancés dans l’éducation, les transports, la justice, les administrations ainsi que dans l’industrie ou les banques. Les transports ferroviaire, urbain et aérien, notamment, seront fortement perturbés : 2 trains à grande vitesse sur 5 circuleront par exemple, 1 métro sur 2 ou 3 sur la plupart des lignes à Paris.

Pour Dominique Seux, nous n’avons pas grand chose à attendre de cette mobilisation… soulignant qu’un coup se prépare du côté du bouclier fiscal afin de faire de l’ombre à la question. Dans l’article suivant du Monde, vous trouverez plus en détail les points sur lesquels les choses peuvent bouger.

En attendant, alors que cette « chaude rentrée » est largement commentée par l’ensemble des éditorialistes, révisons nos classiques…: selon Goethe, « le talent se développe dans la retraite ; le caractère se forme dans le tumulte du monde« . Le climat social français connaissant d’importants tumultes actuellement, cela doit donc être lié à notre légendaire bon caractère français… En ce qui est du talent, c’est à croire, dans cette logique, que l’on nous empêche de le développer…;-)

Et, n’allez pas croire, le clin d’oeil s’adresse ici à Alain Touraine, sociologue qui dans le Monde il y a quelques jours soulignait le « silence de la vie politique, économique et sociale » face « aux grandes mutations » que vit le pays, et reprochait au gouvernement « d’abaisser le niveau des discussions pour éviter qu’on élève trop la voix et qu’on se pose des questions ». Les ferments d’une nouvelle société, selon lui, résident dans l’écologie («  »qui permet de réintégrer la nature à la culture« ) et le passage d’un monde d’hommes à un monde de femmes (« Les femmes, ayant été du côté du pôle froid dont parlait Lévi-Strauss, veulent passer du côté chaud pour tout remettre ensemble, le corps et l’esprit, l’homme et la femme, les êtres humains et la nature, etc« .): « Tout ça éclate en ce moment, même si ce n’est pas très sensible dans le public. Mais si vous vous penchez et que vous écoutez, ça s’entend très facilement. » A bon entendeur…

Street Art de l’artiste Bansky, Maid to order // Consultez son site au plus vite si vous ne connaissez pas encore son oeuvre // Bonus: une petite interview de l’artiste!

++ Pour aller plus  loin ++

N‘hésitez pas à contribuer au débat et à vous exprimer sur cette question: quel est votre rapport au travail, vos craintes pour vos vieux jours, vos petits trucs pour anticiper cela, etc…? Votre opinion nous intéresse:-)

Au sujet de la journée de manifestation :

A relire sur Ecolo-Info :

Autres ressources :

Livres :

  • Alain Touraine, Après la crise (à paraître le 16 septembre)



9 commentaires à “Allons nous battre en retraite ?”

  1. Violaine dit :

    très bon article, très interessant… la société bouge evolue, pas les hommes politiques ou tjs à contre-sens ou avec un train de retard!

  2. Armel Le Coz dit :

    Ce que je retiens surtout, c’est que
    OUI, la société change.
    OUI, nous sommes en crise.
    OUI, nos crises du moment sont une bonne occasion pour dessiner le monde dans lequel nous voulons vivre demain.
    OUI, ce monde sera assurément plus respectueux de l’environnement, au sens large du terme …donc plus respectueux aussi des hommes et femmes qui gravitent autour de nous. Même vieux ou vieillissants, même handicapés, même différents…
    OUI, nous avons besoin de retraites, et pas seulement à 60 ou 62 ans …mais tout au long de notre vie. Justement, pour pouvoir faire le point et décider comment vivre heureux.
    OUI, nous avons besoin d’un rapport au travail plus sain, moins consumériste, et moins stressé.
    OUI, un nouveau modèle est possible, ce qui pourrait résoudre ensemble les problèmes de chômage, de retraites et de bonheur au travail !

    A nous de lancer le changement …et je ne suis pas certain que c’est en sortant manifester que je serai le plus efficace. Même s’il est important de montrer notre mécontentement quant au manque de créativité dans les propositions de notre gouvernement.

  3. Mlle Pigut dit :

    Merci pour cet article!

  4. Bel article ! « Demain est moins à découvrir qu’à inventer… »
    Mes réflexions sur le sujet sur mon blog : http://pacific-warrior-fr.over-blog.com

  5. Nathalie dit :

    Un papi à son petit fils de 23 ans, encore à l’université
    « Hey ben ! A ton age, je travaillais déjà !  »
    Et l’étudiant de répondre :
    « Papi, à ton age, je travaillerai encore »

  6. vincent dit :

    je me pose souvent la question suivante: professionnellement, grâce aux NTIC notamment, nous produisons chacun bien plus qu’il y a quelques années, tout en devenant plus sobres…

    la logique voudrait que cet accroissement de valeur ajoutée se retrouve en partie dans notre retraite.

    or c’est le contraire qui se passe et on nous demande d’augmenter l’âge de la retraite alors qu’il me semble qu’il faudrait le diminuer !

    si quelqu’un a des pistes…

  7. [...] Anne-Sophie citait dernièrement quelques extraits de ce dernier livre de Pierre Rabhi. [...]

  8. [...] vous invitons à lire l’article d’Anne-Sophie d’Ecolo-Info: Allons nous battre en retraite? Revenir à [...]

  9. Cécile dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article!
    Je pense que manifester n’est pas une solution constructive… C’est même dangereux en ce moment, car la population accumule un ras-le-bol depuis un certain temps, et se défoule à l’occasion des manifs…

    Pour un travail « différent », je me suis lancée dans le marketing de relationnel, cela me permet d’aider les autres, tout en créant mon entreprise. Je réalise mon rêve de travailler de façon humaine, sans dépendre du système salarial, avec un investissement de départ dérisoire.

    Attention toutefois, si ce système est parfaitement légal et reconnu, certains groupes sont en fait des « systèmes pyramidaux » déguisés en marketing de réseau… Bien se renseigner avant de s’engager!

    Pour Vincent, voici un lien sur le système monétaire, une piste afin de comprendre Pourquoi on s’appauvrit…

    http://www.dailymotion.com/video/xbqww7_l-argent-dette-2-promesses-chimeriq_news?start=0#from=embed

    À bientôt!

    Cécile

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