La bataille pour la préservation de la “ceinture verte” de Moscou
La forêt russe a droit à une citation dans l’hymne national : « raskilulis’ nashi lesa i moria » (« là où sont nos forêts et nos mers »), mais a-t-elle encore des droits en Russie ? Avant la disparition de l’URSS les forêts étaient déjà menacées par l’industrialisation forcée, les grandes fermes collectives et la construction des grands axes routiers.
Après la chute de l’URSS la forêt est devenue encore plus fragile et convoitée.

Des menaces sans cesse accrues
La plus menacée est sans doute la « ceinture verte » qui entoure Moscou, une des seules mégapoles au monde à bénéficier d’une telle zone naturelle. Selon Greenpeace Russie, de 1991 à 2009, un partie importante de sa surface a été détruite. Un tiers de cette surface a été urbanisé et deux autres tiers tout simplement rasés.
Mais récemment le processus s’est accéléré : projet de construction d’une nouvelle autoroute pour relier Moscou à Saint-Pétersbourg, projet d’une grande rocade autoroutière autour de Moscou (pour compléter, de manière très mégalomane, les trois déjà existantes) et les nombreux nouveaux villages fermés (réservés aux plus aisés et aux hauts fonctionnaires) prévoient de raser une bonne partie de la « ceinture verte ».
Encore une fois selon Greenpeace Russie, jusqu’en 2020 la forêt moscovite devrait perdre encore 12% de sa surface, voire plus si les projets s’accélèrent.

Une forte mobilisation
Les ONGs écologistes russes et simples citoyens se sont activement mobilisés pour essayer d’arrêter la destruction des forêts. Dans la plupart des cas ce sont les habitants locaux qui organisent des manifestations et des actions, puis ils alertent des organisations comme Greenpeace ou WWF pour appuyer leurs revendications au niveau national.
C’est le cas de Evguenia Chirikova, leader du mouvement « Pour la défense de la forêt de Khimki ». Dès 2008 elle s’était mobilisée au niveau local, avec d’autres habitants du coin, pour essayer d’empêcher la construction d’une nouvelle autoroute Moscou – St. Pétersbourg qui menace la forêt de Khimki.
Fait intéressant : le projet a été confié à la compagnie française Vinci et sera financé par la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) qui est censée financer des projets de développement en cohérence avec les principes de développement durable.
Persuadée par le fait que Vinci « n’a pas eut le projet par hasard » (faisant référence aux rumeurs de corruption autour des constructions d’autoroutes en Russie) Evguenia Chirikova a d’abord adressé une lettre à Medvedev puis a demandé de l’aide aux parlementaires français. A ce jour seule Dominique Voynet (Verts) s’est mobilisée sur le dossier en adressant un courrier au PDG de Vinci.

En août 2009, suite à quelques actions spectaculaires (comme le déversement de bûches devant le siège de Vinci à Moscou), le mouvement « Pour la défense de la forêt de Khimki » a décidé de saisir la Cour européenne des Droits de l’Homme.
Une des activistes du mouvement a envoyé un long courrier à Strasbourg en précisant que lors de l’expertise écologique sur la faisabilité de la réalisation de l’autoroute plusieurs conséquences (sur la santé des habitants, sur la biodiversité de la région) n’ont pas été prises en compte ce qui doit conduire à l’annulation du projet.
En attendant la réponse de la CEDH Greenpeace Russie a mis sur son site un formulaire de plainte que chaque habitant peut remplir en cas de destruction illégale de la forêt moscovite. Ces plaintes seront collectées puis envoyées au Président Medvedev…

Quand les habitants s’unissent…
L’année 2009 a été marquée par des mobilisations d’habitants un peu partout autour de Moscou. La reprise de l’urbanisation et la construction des routes s’est faite sans aucune concertation ce qui explique aussi cette colère.
Seul parti politique à se préoccuper de cette question est Yabloko (« pomme » en Russe, parti d’opposition démocratique) dont une des fractions, l’Union des Verts de Russie, défend les idées de l’écologie politique. Son leader, Sergueï Mitrokhin, s’est plusieurs fois déplacé dans la banlieue de Moscou pour dénoncer devant les caméras les destructions illégales de la « ceinture verte ». Selon lui, le but de ces opérations est de « servir le grand business proche du pouvoir ».
En novembre 2009 l’histoire a pris un nouveau tournant. Exaspérés par les plaintes des citoyens et des ONGs, les députés de la Douma (Parlement russe) ont décidé d’agir… pour limiter leur nuisance. La Présidente du Comité des ressources naturelles, de l’utilisation de la nature et de l’écologie, Nathalia Komarova, a proposé de limiter l’accès des citoyens aux informations sur l’écologie et l’état écologique du pays. La députée estime que les ONGs et mouvements écolos sont « corrompus », « terrorisent » l’administration et la population et « freinent le développement des territoires ».
… en vain…
Comparer les écologistes aux terroristes ? Sergueï Mitrokhine estime que vu que « les fonctionnaires et les grands hommes d’affaires font d’énormes profits à partir des ressources naturelles Russes, non pas pour le pays, mais pour eux-mêmes, naturellement quand des mouvements écologistes essayent de les arrêter (…) ils font tout pour les discréditer et détruire ».
Les députés ont également été à l’origine d’autres attaques contre les forêts russes. En 2009 ils ont exclu de la législation russe l’interdiction de déclasser des espaces forestiers. Résultat : une partie de la forêt peut désormais être classée comme « constructible » sans trop d’obstacles légaux. Effet direct de ce vote, un recours en cassation de l’association ECMO vient d’être rejeté par la Haute Cour de la Fédération.
En mars dernier, lors de la visite de Medvedev en France, ce sont les milieux industriels français qui se sont attaqués à la forêt russe. Selon eux, la BERD serait « trop concernée » par les forêts de Moscou et pourrait refuser le financement des autoroutes. Medvedev n’a pas tranché en estimant toutefois que « le projet autoroutier doit se développer ».
D’après Greenpeace Russie, si les écologistes perdent la bataille pour la « ceinture verte » autour de Moscou, c’est toute la ville qui sera « privée de ses poumons ». Aujourd’hui, découragés, les écologistes locaux demandent la démission du gouvernement de Vladimir Poutine.
Alexis Prokopiev
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Un sujet très intéressant qui rejoint une discussion eue récemment avec une amie qui me confiait qu’avec Poutine l’urbanisation et les zones commerciales à St Petersbourg devient, pour faire court et simple, galopante, au détriment de la beauté des villes, et par extension suite à la lecture de cet article, de leurs espaces verts… :((
@Sabbio : oui, tout à fait, Poutine est en train de « moderniser » St. Petersbourg à sa manière : par exemple en acceptant la construction de bâtiments grands et moches, façon Dubaï de l’Est… Par contre les façades des anciennes maisons ont aussi été refaites un peu partout et ça c’est plutôt positif.
Cette situation est révoltante et plus particulièrement sur les trois points suivants:
- comment peut-on détruire une forêt qui semble être un symbole fort pour les citoyens russes, sans avoir mauvaise conscience et surtout en discuter avec les citoyens
- la BERD a des directives envers le développement durable, des sanctions doivent être prises si cette institution finance de tels projets destructeurs
- la censure russe est toujours une réalité… mais de là à faire passer les associations écologistes pour des terroristes, et à limiter l’accès aux informations… cela va à l’encontre des droits fondamentaux des citoyens…
Si je peux comprendre la volonté des autorités russes de vouloir développer leurs villes, je ne comprends pas pourquoi ce développement ne prends pas en compte l’environnement et le respect des forêts.
Jérémy
http://www.tree-nation.com/projects
La pétition : http://www.thepetitionsite.com/1/save-khimki-forest/464634293/taf
[...] association de riverains, le Mouvement pour la défense de la forêt de Khimki, se bat depuis déjà trois ans pour empêcher l’abattage. Ils ont proposé un projet qui permettait de contourner la forêt, [...]