Sens et vie: L’histoire du pêcheur et de l’homme d’affaires
Le 19 mai 2010 | Par David
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Nordiste par amour, entrepreneur au quotidien, Ecologie et Développement Durable par sens. Profil atypique, transversal, transdisciplinaire
En ces temps de crise économique, financière, voire de crise systémique, se pose surtout la question du sens? Ce que je fais a-t-il du sens?
Voilà une histoire que j’ai trouvé très inspirante et que j’ai traduite pour vous: l”histoire du pêcheur et de l’homme d’affaires ou “qu’est ce que j’y gagnerai ?“
Bateau de pêche en Mozambique – Photo CC @ Steve Evans from Bangalore, India
Un jour, un pêcheur se reposait tranquillement sur une plage magnifique avec sa canne à pêche plantée dans le sable et sa ligne solitaire tendue dans une eau bleue magnifique. Il se prélassait dans la chaleur de l’après-midi et attendait d’attraper un poisson.
A ce moment là, un homme d’affaires vint sur la plage, essayant de décompresser de sa journée de travail stressante. Il remarqua alors le pêcheur assis sur la plage et décida de trouver pourquoi ce dernier pêchait au lieu d’aller travailler pour lui et sa famille.
Photo CC @Dolphin Encounters Ltd
« Vous n’allez pas attraper beaucoup de poissons de cette manière » dit l’homme d’affaires au pêcheur « vous devriez travailler au lieu de vous reposer sur la plage ».
Le pêcheur regarda l’homme d’affaires, sourit et lui répondit: « Et qu’est ce que j’y gagnerai? »
« Et bien, vous pouvez utiliser de plus grands filets et attrapez plus de poissons! » répliqua l’homme d’affaires.
« Et qu’est ce que j’y gagnerai ? » répondit le pêcheur, toujours souriant.
L’homme d’affaires répondit: « Vous feriez beaucoup d’argent et vous seriez en mesure d’acheter un bateau qui résulterait par de plus grosses prises de poissons ».
« Et qu’est ce que j’y gagnerai ? » répondit le pêcheur à nouveau.
Photo CC @ Michael Foley, World Bank
L’homme d’affaires commença à être de plus en plus irrité par la question du pêcheur.
« Vous pouvez acheter un bateau encore plus gros, embaucher des gens qui travaillent pour vous » dit-il.
« Et qu’est ce que j’y gagnerai ? » répéta le pêcheur.
L’homme d’affaires se mit en colère « Ne comprenez-vous pas? Vous pouvez agrandir votre flotte de bateaux de pêche, parcourir le monde entier et laisser vos employés attraper du poisson pour vous! ».
Encore une fois, le pêcheur demanda, « Et qu’est ce que j’y gagnerai? »
L’homme d’affaires devint fou de rage et cria sur le pêcheur: « Ne comprenez vous pas que vous seriez si riche que vous n’auriez plus à travailler de votre vie! Vous pourriez alors passer le reste de votre vie assis sur la plage à regarder le coucher du soleil. Vous n’aurez plus à vous préoccuper du monde! ».
Le pêcheur, toujours souriant, le fixa, acquiesça et dit « Et à votre avis que suis-je en train de faire maintenant? »
Il regarda alors le coucher du soleil, avec sa ligne dans l’eau, sans se préoccuper du monde.
Photo CC @ Benjamin Gimmel, BenHur
Traduction faite par DavidLy d’une histoire qui circule sur le net.
Quand j’ai lu cette histoire, j’ai eu envie de la partager avec vous!
Selon moi, cette histoire n’invite nullement à la paresse ou à l’oisiveté, ni à critiquer le travail, c’est une histoire qui pose d’abord la question de la finalité et du sens! Le pourquoi du comment! A quoi sert ce que je fais? Pourquoi je le fais? C’est inspirant sur plusieurs points.
1°) Pourquoi faire un long détour pour être heureux?
Cette histoire soulève des questions: mais pourquoi prendre le chemin long? Pourquoi faire un détour? Pourquoi se compliquer la vie? Pourquoi attendre d’être heureux? En effet, parfois, nous pouvons perdre de vue la finalité et nous accrochons à des idées ou des images (« il faut être riche pour avoir réussi sa vie », certains diront même de posséder des montres, des voitures de marque spécifiques). Ainsi le pêcheur n’attend pas toute une vie pour faire ce qu’il peut déjà faire! Et surtout il suit son chemin et pas celui que les autres ont tracé pour lui.
Je repense donc au témoignage d’une jeune mère qui se rendait compte qu’elle passait son temps à gagner du temps, dans l’optique de passer plus de temps avec ses enfants et son mari. A ces moments là, contradiction, elle devenait indisponible à sa famille. Vivre simplement? En tous cas, toujours avoir la finalité à l’esprit!
2°) Avoir plus, mais pourquoi faire?
L’homme d’affaires propose au pêcheur d’en avoir plus, mais pourquoi faire? Plus d’argent, plus de bien matériel? En avoir plus, est-ce une finalité ou juste un moyen? Un moyen et pour faire quoi? Par ses questions répétitives, le pêcheur permet de révéler la finalité, que nous confondons souvent avec les moyens. Alors moyens ou finalités? Parfois perdus entre ces deux notions, nous nous égarons et avançons à reculons.
3°) Qu’est ce qui m’apporte réellement du bonheur?
Le pêcheur se contente de sa plage, de son activité de pêche. Vivre simplement, c’est aussi savoir vivre dans le contentement*, de savoir se satisfaire de choses simples, petites (“Small is beautiful”) et disponibles (un sourire, un coucher de soleil, une belle plage, le plaisir d’attendre… sa famille, ses amis,… ), de s’accepter soi-même (« personne d’autres ne me dicte la manière dont je devrais être heureux»), de ne pas remettre son bonheur à des choses extérieures (la météo, le hasard, etc…).
“État d’une personne contentée, sentiment intérieur, profond et durable de celui qui a ses désirs comblés. Éprouver un grand, un profond, un entier contentement; un contentement intérieur, du cœur.”
4°) Sais-je respecter quelqu’un de différent?
Dans cette histoire, l’homme d’affaires porte un préjugé sur le mode de vie du pêcheur qu’il estime moins « efficace », moins « technologique », moins « économique » … ce qui l’agace par ailleurs. Il aimerait que le pêcheur adopte son mode de vie qui lui semble « supérieur ». Cela n’est pas sans rappeler notre Histoire où certains ont imposé leur mode de vie par la force (symbolisé récemment par le film d’animation Avatar, comme l’explique Matyas). Ainsi ont été victimes les peuples premiers de notre planète, car leur mode de vie a été considéré inférieur ou gênant alors qu’ils sont parfois bien plus « riches », plus « avancés », plus « développés » intérieurement en terme de sens, de sagesse, de spiritualité, de culture. Et si l’homme d’affaires se “contentait” que d’autres puissent vivre différemment?
Et vous, que vous inspire cette histoire?
++ Pour aller plus loin ++
- Si vous aimez les histoires, découvrez aussi l’histoire de Noel: sommes nous tous des enfants gâtés de la consommation?
- Avatar: seulement une fiction?
- Le concept “Small is Beautiful”










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Merci David pour cette histoire et cette réflexion, tu as raison de rappeler ces fondamentaux, merci merci!
Merci David pour ce joli conte zen ;)
Vivre non pas l’instant mais bien le présent, sans toujours regretter le passé, révolu, ni trop espérer du futur, trop incertain, voilà une façon de vivre qui apporte du contentement à défaut du bonheur que tant poursuive alors que ce qui le caractérise c’est bien l’éphémérité !
Ce pêcheur qui se contente de ce qu’il peut avoir est une leçon de vie et d’écologie.
Cela me rappelle Marianne James, paumée au milieu de l’océan avec deux pêcheurs, sur des trépieds de fortune. Elle était émue par la vastitude de l’océan qui les entourait, par leur fragilité d’être là quelque part et nulle part sur la Terre. On l’aurait été à moins !
Mais quand elle demande à son voisin pêcheur à quoi il pense assis-là toute la journée à pêcher, seul au milieu de rien, il répond simplement : “À rien, je pêche, c’est tout”.
Merci !
C’est magnifique !
Et tellement vrai, je ne cesse de lire et relire ce post…
Il va, je le pense, m’aider à répondre à beaucoup de questions “existentielles” qui m’empêchent d’avancer depuis pas mal de temps.
Les mots me manquent…
Merci pour cette inspiration du quotidien !
La simplicité de ton histoire revèle d’autant les chemins absurdes qu’empruntent par moment nos vies…
[...] Voilà une histoire que j’ai trouvé très inspirante et que j’ai traduite pour vous: l »histoire du pêcheur et de l’homme d’affaires ou « qu’est ce que j’y gagnerai ? Cet article a été écrit à l’origine pour EcoloInfo. [...]
Merci beaucoup David, j’adore cette histoire !
Quelle remise en question :)
[...] de l’enfant de Noël et à notre rapport au temps et à l’argent avec la parabole du pêcheur et de l’homme d’affaires. D’ailleurs, n’êtes vous pas toujours un peu pressés et oppressés? N’est-il [...]