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Société » Economie

La crise de la localisation


Le 17 mai 2010 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Deux campagnes de communication d’ONG ont retenu mon regard ces derniers jours:  celle du SAMU social d’une part – avec le site Dans la peau d’un sans abris, celle de l’ONG Born Free d’autre part.

La campagne du SAMU social met l’internaute en immersion dans le dur quotidien d’un sans-abri à travers un film de vingt-quatre heures. Lorsque vous souhaitez interrompre le visionnage en fermant la fenêtre de votre navigateur web, un message s’affiche: “Désolé, sortir de la rue est beaucoup plus difficile.

Advertising Agency : Publicis Conseil, Paris, France – “Asphaltisation”

La campagne Born Free souhaite mettre en garde le public autour des milliers d’animaux forcés de quitter leur habitat naturel chaque mois.

Campagnes visuelles que j’ai eu envie de croiser avec un texte de Paul Virilio paru dans l’ouvrage Terre Natale, Ailleurs commence ici (Acte Sud/Fondation Cartier pour l’art contemporain) lié à l’exposition du même nom. Si l’exposition Terre Natale se concentre plus sur les flux migratoires humains, il demeure qu’elle interroge sur les effets du changement climatique, sur les notions de pauvreté, de nomadisme, de sédentarité… ainsi que les questions identitaires qui leurs sont attachées.

“Dernières nouvelles. En 2008, 36 millions de personnes ont été déplacées, pour des raisons climatiques, catastrophes naturelles, conflits. Le XXIième siècle sera le siècle des grandes migrations. Un milliard de personnes prévu dans les cinquante ans. Un milliard de personnes qui vont bouger. Toute la situation du monde va être perturbée. Perturbée par la crise de la localisation. Les sociétés anciennes étaient inscrites dans un territoire, la terre natale. Aujourd’hui, elles dérivent pour des raisons de délocalisation de l’emploi, pour des raisons de conflit qui n’en finissent pas. Et puis aussi, évidemment, pour la grande question climatique: la disparition des archipels, la submersion des seuils littoraux. C’est toute l’histoire qui se remet en marche. C’est toute l’histoire qui prend la route. Un milliard de personnes qui bougent en un demi-siècle, ça n’a jamais existé. Tout cela remet en cause quoi? La sédentarité, la cité, le fait d’être ici et pas ailleurs, le fait d’être stabilité dans une région, dans une nation. Les immigrés ne sont que les signes avant-coureurs de la grande traçabilité. Identité: on est inscrit dans un lieu. Traçabilité: on s’inscrit dans un mouvement, on s’inscrit dans un voyage qui n’en finit pas. Aujourd’hui, le sédentaire est celui qui est partout chez lui, grâce aux télécommunications, grâce à l’interactivité. Et le nomade, celui qui n’est nulle part chez lui, sauf dans les camps de transit, ici ou là. Donc, la question qui se pose à nous est: comment allons-nous vivre ce mouvement perpétuel? Un mouvement perpétuel de l’histoire en mouvement? Non plus celle des grandes invasions, non plus celle, je dirais, des déplacements conflictuels, mais celle d’une modification du climat, où la météo devient plus importante que la géo. Comme si la météo-politique allait submerger la géo-politique. C’est-à-dire l’aménagement de l’espace, l’aménagement du sol. C’est un peu comme si le ciel et ses nuages, et sa pollution, faisaient leur entrée dans l’histoire. Non plus dans l’histoire des saisons, l’été, l’automne, l’hiver, mais dans l’histoire du peuplement, dans l’histoire des zones inhabitables, pour une raison ou pour une autre, et pas simplement pour des raisons de désertification, mais pour des raisons de disparition, de submersion du sol. C’est l’avenir.”

Paul Virilio, septembre 2009

++ Liens ++


3 commentaires à “La crise de la localisation”

  1. Camille says:

    Elles sont très troublantes ces photos… Deux très belles campagnes. J’espère que cela fera avancer les mentalités…

  2. Very good article, thanks for sharing.

  3. Cotylédon says:

    Belle campagne en effet…mais révoltant…je fais suivre :)

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