Biodiversité en Picardie: les chasseurs et “agris” s’en mêlent
Triste journée aujourd’hui pour la biodiversité et bien triste constat du PNUE à l’issue de la Conférence française pour la Biodiversité qui s’est tenue à Chamonix du 10 au 12 mai 2010:
La compilation de plus de 30 indicateurs – de mesures des différents aspects de la biodiversité, dont les changements dans les populations des espèces, le risque d’extinction, l’étendue de l’habitat et la composition des communautés – l’étude n’a trouvé aucune preuve d’une réduction significative du taux de déclin de la biodiversité, bien au contraire, il semblerait que les pressions face à la biodiversité continuent d’augmenter. La synthèse apporte la preuve accablante que l’objectif de 2010 n’a pas été atteint.
Au lendemain de l’appel lancé à l’Elysée par 60 savants français spécialistes de l’écologie dans France Soir, on se demande quelle sera la réponse de notre président, Nicolas Sarkozy. Pour sauver la nature, « on ne peut plus attendre ! » préviennent-ils. L’espoir viendra, nous l’espérons, des pratiques et initiatives locales qui se multiplient dans nos villes et surtout dans nos provinces, car ne l’oublions pas, le territoire français est encore constitué de 90% de terres agricoles et de forêts.
Petit tour en Picardie la semaine dernière à l’initiative des Chambres d’Agriculture de Picardie et à la rencontre d’agriculteurs et d’une association de chasseurs tous impliqués pour la performance durable de leur territoire. Vous me suivez sur nos chemins de campagne?

Verpillère (vallée de Somme) association de ligne d’arbres et de culture – production de bois d’œuvre, protection de l’eau, du sol et de la biodiversité
© Catherine Dauriac
De la biodiversité remarquable à la biodiversité ordinaire
Dans la dernière décennie, le concept de biodiversité a évolué en privilégiant une approche dynamique, support des services rendus par les écosystèmes. Ce qui revient à envisager une gestion des espèces et surtout des habitats – faune et flore locales – plus globale, au-delà des réglementations telles Natura 2000 qui ne peuvent plus être garants de la conservation de l’ensemble de ces mêmes espèces.
Découle de cette approche, le dispositif Trame Verte et Bleue qui favorise dans les campagnes des couloirs « réservoirs de biodiversité » permettant la circulation et le refuge des bébêtes de tout poil, mais aussi des espaces de pollinisations (prairies de fauche) et des nurseries pour les carabes ou les syrphes, des insectes « auxiliaires » utiles par leur action de régulation des nuisibles aux cultures ou de pollinisateurs.
Les carabes, coléoptères inaptes au vol – prédateurs de limaces, pucerons ou acariens parfois phytophages. Les larves sont encore plus carnivores (+90%) © Catherine Dauriac
Zoom sur les actions exemplaires portées par les Chambres d’agriculture de Picardie
Depuis 20 ans, les Chambres d’agriculture de Picardie sont engagées dans la défense de la biodiversité (860 km de haies entretenues, 1200 ha de jachères environnement-faune sauvage). Elles proposent depuis 2002, un accompagnement complet des agriculteurs (plus de 1000 exploitations à ce jour) avec le dispositif « Gestion de territoire ».
Des objectifs pluriels et complémentaires: prévenir le risque d’érosion des sols, favoriser la faune sauvage en créant des îlots buissonnants en coin de jachère, renforcer les corridors écologiques grâce à 500 km de bandes enherbées et de recoupement, préserver la flore, développer les auxiliaires biologiques, garantir la ressource en eau avec 750 mares gérées, tout cela en s’efforçant d’embellir le paysage.
Ilot buissonnant en coin de jachère (Somme), refuge de la perdrix grise, ultra protégée car en danger d’extinction, et du râle de genêts, un petit migrateur qui niche et se reproduit en vallée de Somme à partir du mois de mai
Et sur le terrain, ça se passe comment ?
A Marcelcave, le GIE des Beaux jours regroupe 3 exploitations légumières sur 400 ha, suite à un remembrement provoqué par l’arrivée de l’autoroute A29. Le parcelage a été entièrement repensé avec la mise en place d’un maillage de haies de 13 km de long. Marcel et Jean-Philippe Jeanson – son fils, avec leurs associés, tendent à créer un micro-climat favorable aux cultures et à l’irrigation (effet brise-vent des haies), qui optimise l’accueil de populations auxiliaires régulant naturellement les bio-agresseurs. C’est ici l’habitat et le terrain d’action de nos carabes et autres syrphes. Et l’on voit revenir du gros gibier sur leurs terres (6 chevreuils aperçus lors de notre escapade).
Un peu plus loin, à Bayonvilliers, agriculteurs et chasseurs se donnent la main, la fleur au fusil, pour préserver l’habitat de la perdrix grise. Avec 3 poussins en moyenne par poule d’été et 15 couples à l’ha, ce gibier emblématique de la région se fait rare. Agressé par des rapaces, il trouve tout naturellement refuge dans les îlts buissonnants implantés par Jean-François Dessaint, à la ferme du Vent des Moissons (patates et betterave de culture raisonnée sur une superficie de 90 ha). Une initiative couvée des yeux par la Fédération des chasseurs de Picardie (26 000 à ce jour), qui s’enorgueillit d’être la seule Fédération de chasseurs français à ne pas perdre ses jeunes adeptes…
Bruno Haguet, agroforestier heureux depuis 2008© Catherine Dauriac
Autre initiative remarquable, associer arbres et cultures pour produire plus et mieux. Bruno Haguet a pris le pari d’implanter des bandes forestières sur ses terres cultivées. Sur une exploitation betteravière de 110 ha, Bruno Haguet a implanté en 2008, 11 ha d’agroforesterie (essentiellement des essences de bois d’œuvre pour meubles: merisier, noyer, sycomore, pommier, poirier… mais aussi du bois de chauffe ou du bois raméal fragmenté qui apportent de la matière organique à la parcelle). Seul hic, il faudra attendre 50 ans pour que la production soit rentable.
Un regard vers les générations futures pour cet agriculteur qui ressemble plus à un chef d’entreprise responsable … « Avant, nous cultivions le blé en monoculture. C’était monotone, nous confie-t-il. « Aujourd’hui, avec l’aide de la Chambre d’agriculture de Picardie et les conseils de CRPF, nous attendons le retour du gibier, et constatons, après analyse des sols, une amélioration constante de la matière organique. De plus, les arbres fixent l’azote, ce qui permet une excellence en matière de rotation des cultures. Sans oublier qu’ils sont à eux seuls un puits de carbone naturel« . Un agriculteur heureux, ça fait plaisir à voir !
Dernière étape de ces « modestes carnets de campagne« , la moyenne vallée de l’Oise et ses prairies de fauche. Nous apprenons que la fauche retardée au 26 juin et obligatoirement centrifuge, conserve une bande refuge sur 5% de la parcelle, avec limitation de fertilisation, absence d’écobuage, de brûlage dirigé ou de traitement herbicide chimique. Dominées par les graminées, ces prairies sont aussi des hébergements naturels d’une flore remarquable en Picardie: colchique d’automne (emportées par vent… ♪♫•*¨•♫♪… oups, je m’emporte moi aussi), knautie des champs, Lychnie fleur de coucou, benoîte des ruisseaux, orchis bouffon, etc). Autant d’espèces qui avaient disparu et qui reviennent égayer ces paysages. Ces prairies inondables offrent des prairies de pâture pour le bétail domestique « bien élevé », mais surtout une halte migratoire pour des flottilles d’oies, de vanneaux, de bécassines en transit. La cigogne blanche, quant à elle, préfère nicher dans les arbres, du haut desquels elle peut surveiller son territoire et garder un œil sur les rapaces et les gentils chasseurs. ;-)
++ Plus de liens ++
- Le site officiel de Biodiversité2010
- L’Appel des 60 savants français à Nicolas Sarkozy – 12 mai 2010
- Un article sur le blog « cent pour cent naturel »: Les objectifs 2010 ne sont pas atteints
- Gestion de territoires
- Picardie Agri-faune
- Chasse de la perdrix grise en Somme
- Atlas de la Biodiversité dans les Communes: l’ABCdaire de l’aménagement du territoire
- Mes carnets de campagne, le blog de Philippe Bertrand, qui nous parle Culture sur un autre ton










Ondes Vertes
Panier du mois
Bibliothèque
Agenda
Liens
Tchats & Débats
Questions réponses
Sondages

Un article qui redonne espoir. Même si parfois on peut penser que ce genre d’initiative ne consitue d’une goutte d’eau dans la mer… Espérons qu’un jour (par trop lointain) nos politiques vont se décider à prendre les choses en main.
C’est une initiative politique de la région et des chambres agricoles de Picardie. Les choses bougent, et bougeront de plus en plus.