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La neutralité carbone : une communication abusive


Le 11 mai 2010 | Par

Redacteur Invite

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Du chocolat aux Grands Prix de F1, en passant par du papier toilette ou le Vatican, nombreux sont ceux qui revendiquent d’ores et déjà une neutralité carbone. Certaines entreprises l’intègrent parfois même à leur « performance environnementale » (sic).

Elle relève plus d’un abus de communication que d’une action authentique et envoie un signal inquiétant qui laisse entendre sans équivoque que tout impact sur le climat peut être annulé par cette voie.

Mais cette neutralité climatique de façade ne traduit pas forcément un engagement concret pour le climat.

Dans le récent ouvrage La compensation carbone : illusion ou solution ? , Augustin Fragnière, enseignant-chercheur à l’Université de Lausanne, souligne entre autres choses l’inconsistance de la neutralité carbone comme solution affichée pour lutter contre les changements climatiques.

Les principales critiques portent sur le fait que :

  • La neutralité carbone traduit une sorte d’impunité climatique. Or celle-ci ne saurait exister sur une planète où nous, au Nord, sommes les premiers responsables de la situation actuelle.
  • La neutralité carbone se confine à une stratégie d’affichage qui ne valorise pas les actions de réduction à la source des émissions de CO2 d’une organisation. Dans ce registre, il est possible de s’afficher neutre en carbone sans avoir consenti d’efforts de réduction !

Les entreprises, mais aussi les opérateurs de compensation carbone, doivent être conscients que la compensation carbone n’est pas LA solution aux changements climatiques.


Sans être moralisateur, le GERES, à travers CO2Solidaire, souhaite proposer une vision différente de la compensation carbone et ainsi alimenter un débat aujourd’hui nécessaire.

Non seulement pour assainir les pratiques mais aussi pour faire tendre la compensation volontaire vers une dimension plus éthique. Elle peut être intégrée dans une démarche globale de solidarité climatique, qui prône la cohérence de l’action (réduction à la source des émissions) et la considération de l’humain (bénéfices sociaux sur les projets soutenus).

Il s’agit là de combattre le déni de responsabilité. Et si, plutôt que s’acheter une bonne conscience, on commençait par prendre et faire prendre conscience ?

L’ONG GERES, à travers CO2Solidaire, historiquement premier programme français de
compensation carbone volontaire, souhaitait apporter des éléments de réponses et surtout alimenter un débat aujourd’hui nécessaire pour assainir ce secteur.
La neutralité carbone, qui est une communication abusive plus qu’une action authentique, est l’un des 2 sujets qui ont particulièrement interpellé le GERES.

++ Pour aller plus loin ++


5 commentaires à “La neutralité carbone : une communication abusive”

  1. Bien d’accord. Responsabilité, conscience, voilà tout à fait les concepts qui doivent être mis en avant. La communication sur la neutralité carbone est délicate parce qu’elle peut laisser entendre qu’on pourrait mettre de côté notre conscience et notre responsabilité. Nous avons besoin de voitures et de bâtiments en tôle en dépit de leur empreinte carbone même si cela demande beaucoup de matières premières. A l’inverse, promouvoir une marque d’essuie tout pour sa neutralité environnementale, c’est oublier qu’on peut s’en passer ou réduire sa consommation.

  2. max dit :

    Bonjour Geres!
    Il y a plusieurs marchés de compensation. Le volontaire, et le réglementaire.

    Les structures soumises à la compensation réglementaire ont effectivement intérêt, trop souvent, à compenser plutôt qu’à investir pour améliorer l’efficacité de leurs process. Et c’est dommage. Ceci étant, devant la loi, une entreprise soumise au marché réglementaire ne peut pas TOUT compenser, elle doit diminuer un minimum ses émissions. C’est la Plan National d’Allocation des Quotas qui fixe ce minimum de réduction : le taux d’effort (en moyenne 14% pour la période 2005-2012…ce qui donne des objectifs de 9% à 23% selon les secteurs cf. http://ec.europa.eu/environment/climat/pdf/nap_france2008_2012.pdf).

    L’autre marché est le marché volontaire.
    Et là, deux types de comportement:
    1. Les entreprises intéressées uniquement par l’aspect marketing, qui vont simplement, moyennent finance, pouvoir se coller une étiquette verte sur leur rapport RSE ou même sur l’un de leurs produits ‘Produit Neutre en Carbone’.
    2. Des entreprises réellement engagées, dont la direction et du coup la direction DD sont sincères et intégrales dans leur démarche. Elles travaillent depuis des années sur les impacts dont elles sont responsables, mettent en place des politiques internes efficaces, sensibilisent, installent des plateformes de covoiturages, font leur bilan carbone et….diminuent réellement leurs émissions (économies d’énergie, plan de déplacement d’entreprise efficace, etc…). Une fois qu’elles ont fait cela, et qu’elles ont réduit ou sont en passe de réduire le maximum envisageable (parfois plus de 30% sur les différents flux), elles veulent aller plus loin et s’engagent dans une démarche de compensation.

    Difficile pour un consommateur de savoir s’il est en face d’une entreprise du premier ou du second type.
    De savoir s’il a à faire à du greenwashing pur, ou si la volonté de l’entreprise est vraiment honnête et traduite intelligemment.

    Mais…
    Dans ces deux cas de figure, et si la compensation est effectuée de manière intelligente, par le biais de structures sérieuses, qui assurent un suivi des projets, et que les projets apportent des bénéfices sociaux (création d’emplois et d’activités), économiques (transfert d’argent des riches vers les moins riches), et environnementaux (mise en place de projets propres là où on aurait continué de voir se développer des projets inconscients)…il me semble que le résultat global est positif.

    Certes, les entreprises futées du premier type auront tiré bénéfice de cette action, et auront un retour sur investissement énorme…mais elles vont inciter (obliger) leurs concurrents à faire de même…
    C’est un premier pas. Le second arrivera au moment où votre discours se répandra, et où les gens chercheront effectivement à aller plus loin dans l’analyse du comportement des entreprises. Et là, on pourra dire: « oui, vous aidez des projets propres et intelligents à voir le jour, vous participez à un développement intelligent dans les pays du Sud, mais que faites-vous chez vous? Vous croyiez qu’en payant un peu, vous deviendriez propre? Et bien non, alors maintenant, allez plus loin, et nous serons des clients fidèles! »

    L’urgence est telle qu’il ne faut pas, aujourd’hui, lutter contre des initiatives bénéfiques au point de vue social et environnemental. On peut, et vous le faites bien, soulever la question de l’honnêteté de ceux qui les mènent. Mais introduire une confusion dans la tête des gens qui peuvent penser en lisant votre article ‘la compensation, c’est mal’, est dangereux.

    La réduction des émissions, c’est bien, c’est indispensable.
    Le développement de projets intelligents et sérieux, qui visent à apporter l’énergie dans des pays qui en ont besoin ou préserver la biodiversité dans des pays qui en ont encore, c’est bien, et c’est aussi indispensable.
    La raison pour laquelle on le fait, et l’ordre dans lequel on le fait, c’est important, et il ne faut pas l’oublier, mais il ne faut pas en faire le coeur du sujet.

    Bonne journée!
    mAx

  3. Carbone 11 dit :

    Je suis complètement d’accord avec Max.
    Il est malheureusement évident que des entreprises fleurtent en permanence avec du greenwashing quant à leur présentation de compensation carbone. Bien que cela demeurent commerciale, en générale, il y a qaund même des actions entreprissent même si elles ont dans certain cas un but purement commercial.
    De là à dire que la compensation carbone n’est pas LA solution est légèrement erronée. Ce n’est pas faux, mais elle reste dans un mix de solutions qu’il ne faut pas omettre.
    Ce que propose l’ONG Geres est un niveau supplémentaire remarquable incluant lotion sociale. En résumé, c’est de la compensation carbone développement durable…. chose totalement honorable !!

  4. Je suis aussi d’accord avec vous !!!! mais en general bien peut son les efforts des entreprise pour du vrais « Green » et biensur qu’il faut faire payer et mette en prison tout ces « people » qui ne font rien que de polluer …

    Désolé je suis tres énervé

  5. Je me permets de commenter, le sujet m’interpèle, car au sein de l’imprimerie pour laquelle je travaille nous avons mis en place la compensation systématique pour tous nos produits.

    Si la compensation peut effectivement permettre de toucher un certain public (ou clientèle) du fait de son caractère « environnemental », il est des personnes qui la considèrent comme un « droit à polluer ». Max a parfaitement résumé l’état d’esprit avec lequel il convient d’aborder la compensation carbone, et il y a effectivement un ordre logique à respecter :
    1/ Calculer ses émissions de CO2, via la réalisation d’un Bilan Carbone.
    2/ Identifier les postes les plus émetteurs et engager un plan de réduction.
    3/ Choisir un projet de compensation carbone et le financer.
    4/ Toujours réfléchir à de nouvelles alternatives de production.

    Je crois que si une entreprise n’est pas réellement engagée en faveur de l’environnement et qu’elle décide de mener un projet de compensation volontaire (la forme mais pas le fond !!)… ça devient vite dangereux pour son image et le retour de bâton pourrait faire très mal.

    Quand une entreprise est engagée, elle ne s’arrête pas là, c’est une étape dans son engagement et certainement pas une fin en soi. La compensation fait partie d’un mixe de solutions comme l’a si bien dit Carbonne11.

    Les sociétés qui cherchent aujourd’hui à réduire leur empreinte carbone et à s’affranchir des énergies fossiles se préparent judicieusement à un avenir où les ressources énergétiques que nous connaissons viendront à manquer. Réduire ses émissions c’est aussi anticiper, faire un choix stratégique, et économique.

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