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Matière grise pour évolution verte

Eco-mobilité » Pétrole

Drill, baby, drill?


Le 6 mai 2010 | Par

Redacteur Invite

Ses articles

« Drill, baby, drill* » (slogan encourageant le forage pétrolier sur le sol américain) était l’un des principaux slogans de campagne des Républicains en 2008, très souvent utilisé par Sarah Palin et son équipe. Aujourd’hui, avec la marée noire dans la Golfe du Mexique, se pose la question : combien sommes-nous prêts à payer pour ne pas changer de modèle de développement ?

Comme on dit: « les Républicains en avaient rêvé… mais c’est Barack Obama qui l’a fait. » En autorisant, sous la pression des lobbies, l’exploration pétrolière et gazière offshore il y a à peine un mois, Obama est revenu sur un moratoire instauré par Bush père en 1990 suite à la catastrophe de l’Exxon Valdez en 1989. L’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique l’oblige à revenir en arrière, mais à quel prix?

Le Tchernobyl des mers

Déjà qualifiée comme « le Tchernobyl des mers », l’explosion du Deepwater Horizon a et aura des conséquences catastrophiques. Terrible et inestimable perte, tout d’abord, pour la biodiversité de la région (PDF) car au-delà des mouettes mazoutées c’est tout un écosystème, notamment marin, qui est touché. Les sols seront aussi pollués, les plages et les habitations côtières détruites.

En plus de la pollution, qui marquera la région pour longtemps, la marée noire a un impact économique extrêmement négatif qui aurait pu être évité. Des milliers d’empois détruits, dans la pêche, l’agriculture ou le tourisme qui aura bien du mal à redémarrer. Bien sûr c’est à BP de payer la facture qui pourrait s’élever selon les derniers calculs à 8 milliards de dollars, mais cette catastrophe majeure devrait (tout comme le volcan Islandais et ses suites) nous amener vers une réflexion profonde sur notre mode de développement et son addiction au pétrole.

La question des forages pétroliers est lourde de conséquences. Avec la raréfaction du pétrole et l’augmentation de sa consommation son prix a une augmentation tendancielle à la hausse. Désormais certains États, en partenariat avec les compagnies pétrolières, n’hésitent plus à se lancer dans les exploitation de réserves jusqu’alors inatteignables, trop risquées ou trop coûteuses. Cette nouvelle « ruée vers l’or sale » a pour conséquence des émissions de CO2 encore plus importantes, la dégradation des paysages, des écosystèmes et des milieux de vie (notamment des peuples locaux) et bien évidemment une forte augmentation des risques d’accidents comme celui de Deepwater Horizon. Ces risques et ces conséquences écologiques et humaines désastreuses sont partout où il y a du pétrole : dans les sables bitumeux du Canada, en Alaska ou même sous l’Arctique, ce qui provoque d’ailleurs des tensions diplomatiques.

Tout ça… pourquoi ?

Et les citoyens là dedans? Nous pouvons légitimement nous poser la question : pourquoi les États doivent-ils investir autant dans la filière pétrolière? Au nom de quoi on a sacrifié le Golfe du Mexique et on sacrifiera peut-être l’Alaska, l’Arctique et la Sibérie?

Deepwater Horizon était une plateforme pétrolière récente et moderne. Installée en 2001 elle devait, entre-autre, respecter le nouvelles normes de sécurité… ce qui montre encore une fois que, comme dans le domaine du nucléaire, le « risque zéro » n’existe pas. Son coût de construction s’élevait à 350 millions de dollars mais le coût final de son « activité » pourrait dépasser les 10 milliards. 130 personnes y travaillaient chaque jour pour produire 1.6 millions de barils de brut/jour. On peut en déduire que la plateforme était (encore une fois comme les centrales nucléaires) très peu créatrice d’emplois pour un coût très élevé, sans oublier un certain pourcentage de risque écologique, humain et économique, mais qu’en même temps elle permettait de produire une importante quantité d’énergie.

Comme le disait Dominique Voynet (Sénatrice – Verts) cette semaine sur France Info « il faut s’interroger sur notre dépendance au pétrole« . Là est bien la raison de ce désastre et le prix de ce sacrifice: le pétrole, et derrière lui notre modèle de société complétement dépendant des ressources limitées et dangereuses (pétrole, gaz, uranium…). C’est pour cela que quand Obama et BP parlent de « minimiser les risques d’accident » ils doivent tout d’abord vouloir dire « réfléchir sur un autre mode de société », « changer pour une manière durable de se développer », une manière moins gourmande, plus équitable, plus juste et plus créatrice d’emplois.

Si on creuse et interprète un peu les rapports de l’Agence Internationale de l’Énergie (qui est loin d’être un squat d’écolos aux cheveux longs) on peut voir que les plateformes pétrolières sont absolument inefficaces non seulement écologiquement mais aussi économiquement. Imaginons que le même argent (les fameux 8 milliards de dollars) ait été investi dans des politiques d’économie d’énergie (isolation, transports en commun, circuits courts…) et dans les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse…), on aurait pu créer non pas 130 mais plus d’un million d’emplois (PDF) durables et non-délocalisables, rien que ça  Et tout cela pour la même quantité d’énergie produite ou évitée et avec des centaines de milliers de tonnes de CO2, des km2 de nappe de pétrole et des centaines mouettes mazoutées en moins.

Alors Sarah et Barack, on veut toujours Drill, baby, drill ?

Alexis Prokopiev, activiste vert et blogueur, porte parole des Jeunes Verts

@aprokopiev

++ Notes ++

* « Drill » signifie « forer, percer. Ici le slogan fait référence à la célèbre chanson des Beattles


4 commentaires à “Drill, baby, drill?”

  1. [...] Premier billet sur le site Ecolo-Info : Drill, baby, drill?. [...]

  2. Ronuick dit :

    Je parlais dans mon dernier article (« Creuse mon grand, t’es pas encore au fond ») de cette dépendance si confortable au pétrole. Et on se rend compte tout a coup que ca pollue (bon, il y avait eu l’Exxon Valdez, L’Amoco, le Prestige, l’Erika, mais c’est comme les artistes étoiles-filantes : sitôt arrivés, sitôt oubliés !)…
    Mais en attendant, c’est notre action à tous qui est à revoir. Arrêtons d’aller au drive, de réclamer toujours plus d’emballage, de ne pas éco-conduire quand on est obligés de prendre la voiture… Bref, un peu de bon sens.

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