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Matière grise pour évolution verte

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Les (bio) jeudis de Saint-Emilion


Le 29 avril 2010 | Par

Agnès

Ses articles

Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.

J’ai la chance d’habiter depuis une dizaine d’années au milieu d’un des vignobles les plus prestigieux au monde. Ici, lorsqu’on part pour une balade, les panneaux indiquent les directions de Puisseguin, Pomerol, Saint-Emilion… ou vous guident vers les châteaux Ausone, Cheval-Blanc, Petrus. Mais, bon, il faut bien l’avouer, prestigieux ou pas, à force de croiser encore et toujours des ceps de vignes, on finit par saturer un peu !

C’est pourquoi lorsque j’ai eu connaissance de l’initiative originale de l’Office de Tourisme de Saint-Emilion pour cette nouvelle saison, j’ai été vivement intéressée par leur démarche et j’ai voulu en savoir plus.

Pour dépasser la monoculture

Rendez-vous était donné à 10h45 devant l’office de tourisme de Saint-Emilion à l’occasion de l’inauguration des jeudis bio, un concept testé pour la première fois cette saison. L’idée consiste à lier la visite de la cité médiévale, un jeudi par mois d’avril à septembre, à la découverte de l’agriculture biologique, via une rencontre avec un viticulteur bio et le partage d’un casse-croûte également bio.

Le temps pour notre guide de rassembler les participants et nous voilà partis. Première bonne surprise pour moi, l’itinéraire que nous suivons m’est inconnu et je la trouve bien charmante cette petite route bordée de deux murs en pierre.

Notre guide profite de cette balade pour nous donner quelques indications générales et remettre dans leur contexte les jeudis bio.

Ils s’inscrivent dans la réflexion générale menée par l’ensemble des acteurs du Saint-Emilionais (professionnels du vin, du tourisme, associations environnementales…) autour de la nécessité de dépasser cette monoculture qu’est la vigne pour l’inscrire plus largement dans une biodiversité reconstituée et sauvegarder l’écosystème local. Dans le souhait qui émerge en filigrane de récréer un paysage en recherche d’authenticité, non plus exclusivement réservé à la vigne et également digne du classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ces murs que nous longeons font partie intégrante de ce processus de reconquête de la biodiversité, car leur présence n’a pas pour seule vocation de faire joli dans le paysage.

A condition cependant de respecter certaines règles, comme nous le fait remarquer notre guide. En effet, à bien y regarder, ces murs assurent essentiellement un rôle de protection contre d’éventuels intrus tout en protégeant aussi les ceps des éléments climatiques.

En revanche, ils ne permettent pas à la faune de trouver refuge au milieu de leurs pierres et difficile pour des plantes de s’y frayer un passage.

Et à y regarder de plus près, on réalise effectivement la difficulté pour un végétal ou un animal à s’immiscer au sein de ces murs bien trop parfaitement jointés.

En revanche, de l’autre côté de la route, c’est déjà un peu mieux, moins de joints et davantage de cavités pour la faune et la flore.

Cependant, le top du muret, nous le trouverons un peu plus loin. A la fois abri minéral et végétal, il remplit parfaitement le cahier des charges de la bonne haie ! Oiseaux, insectes, lézards… tous trouveront dans les branches ou les interstices des pierres de quoi se loger.

Pourquoi les haies sont-elles nécessaires ?

La haie fait partie du paysage traditionnel de la campagne;  elle abrite nombre d’oiseaux nicheurs qui se nourrissent d’insectes ravageurs de la vigne. Elle protège tout un petit monde d’animaux et de micro-mammifères, qui constituent avec les plantes un écosystème très favorable à l’équilibre sanitaire de la vigne. Tous les prédateurs se régulent et se combattent, sans qu’il soit besoin de déverser sur les raisins des tonnes de produits chimiques, désherbants, toxiques, insecticides et autres.

Deux sortes de haies sont proposées: les haies basses en limites de champs, souvent en bordure de minuscules cours d’eau, avec saules, églantiers, troènes, buis, etc; ces haies arbustives de type bocage sont les plus fréquentes; elles se taillent à la main comme la vigne, délimitent les parcelles, accueillent des papillons et des sauterelles, et mettent des fleurs dans le paysage .

Et puis il y a les haies d’arbres plus hautes, haies coupe-vent, qui retiennent les terres de talus menacées par l’érosion des orages; elles sont plantées de charmes, aubépines, arbousiers, pommiers, etc…

Source : Arbres et Paysages en Gironde

La promenade qui se poursuit est des plus agréables, la vue s’ouvre loin sur la vallée de la Dordogne, les rangs de vignes habillent les coteaux. Notre guide nous délivre quelques informations et les échanges entre les participants naissent.

Au cours de notre promenade défilent les parcelles de vignes et s’affichent clairement les modes de production des viticulteurs : ça et là, les ceps voisinent avec une flore riche et verdoyante,  tandis que dans d’autres parcelles les traînées d’herbes jaunies et desséchées au pied des ceps révèlent l’utilisation de pesticides.

“Le chemin est important pour arriver jusqu’aux vendanges”

Ce n’est certainement pas sur la propriété de notre hôte du jour, François Ouzoulias, propriétaire du Château Franc-Pourret, que nous trouverons des traces de pesticides. C’est au contraire une magnifique flore qui s’épanouit entre les rangs de vigne.

Engagé depuis des années dans la viticulture biologique, François Ouzoulias explique avec passion et enthousiasme son travail au quotidien, passant en revue tous les aspects de son métier, n’omettant pas de nous faire part de ses doutes et des difficultés qu’il rencontre en tant que viticulteur bio.

On perçoit dans sa démarche une réelle cohérence, une véritable philosophie. Il ne se contente pas de faire pousser de la vigne pour obtenir une récolte à la fin de la saison, non, il envisage chaque partie de son exploitation en interdépendance avec les autres et adapte donc ses méthodes de culture en conséquence.  Pour lui, c’est bien “le chemin [qui] est important pour arriver jusqu’aux vendanges“.

Le programme de la visite continue à se dérouler, un petit tour dans les chais succède aux explications in situ au milieu des vignes, puis voilà le moment de goûter ce vin dont nous avons suivi l’évolution.

Après la marche de la matinée et la découverte des vignes, c’est à point nommé qu’arrive le moment du repas. C’est aussi une nouvelle occasion d’échanger entre participants, puisque notre hôtesse, la mère de François Ouzoulias nous a préparé une belle table pour un casse-croûte entièrement composé de produits issus de l’agriculture biologique.

L’ambiance est détendue, l’occasion propice pour expliquer son engagement en faveur de l’écologie à des personnes pas toujours acquises à cette cause.

Il faut pourtant quitter nos hôtes et repartir vers le village pour la suite de la visite. La petite marche est bienvenue (pour moi !) après la dégustation de trois millésimes différents.

Pouvoir rallier à pied dans un temps raisonnable le centre de Saint-Emilion et la propriété viticole était un préalable au choix du viticulteur retenu pour ce programme des jeudis bio. Il semblait totalement aberrant aux yeux des organisateurs de devoir recourir à un moyen de transport carboné pour cette journée consacrée à la préservation de l’environnement.

C’est pourquoi seuls trois producteurs ont été retenus comme hôtes pour les six jeudis bio de Saint-Emilion qui rythmeront cette saison. Il y a bien heureusement plus de trois viticulteurs certifiés AB à Saint-Emilion, mais davantage éloignés du cœur de la cité.

Une journée équilibrée

Le retour sur la cité de Saint-Emilion prend un tour plus culturel, notre guide, véritable puits de connaissances, en profite pour aborder l’Histoire, la topologie locale ainsi que le concept de paysages culturels désormais mis en avant.

Notre circuit emprunte les ruelles passantes et nous entraîne aussi dans de petits passages moins fréquentés et pleins de charme. Puis nous arrivons devant le portail de la très extraordinaire église monolithe dont les voutes creusées dans la pierre me remplissent toujours de frissons. C’est toujours un moment unique et magique, cette fois, comme les autres.

La visite touche à sa fin, on pense “déjà ?”, alors que cela fait plus de cinq heures que nous l’avons entamée.  Bien équilibrée, alternant équitablement les moments d’échanges et de découvertes, faisant se succéder des moments rythmés avec des moments plus calmes, c’est une visite que je recommande chaudement pour tous ceux qui seront dans notre belle région cette saison.

Et surtout n’oubliez pas de nous raconter la vôtre de visite !

Crédits photos : Stéphane Séjournet

++ Pour aller plus loin ++


6 commentaires à “Les (bio) jeudis de Saint-Emilion”

  1. Shabnam says:

    je me demandais bien qui prenait les photos..

    trinquons à ce voyage! mais au fait, tu ne dis pas si le vin était bon! tu as tellement bu, que tu ne t’en rappelles pas ; )?

  2. David says:

    Et nous, ca nous rappelle nos souvenirs de notre passage dans cette belle ville de St-Emilion, sauf que nous n’avons pas eu une visite aussi guidée et en plus sur du “bio”!

  3. Agnès says:

    Shabnam : Le vin était délicieux. Les trois millésimes goûtés. Si, si, je m’en rappelle parfaitement ;-))

    David : faut revenir !!!

  4. Bebert says:

    Heureuse initiative de l’Office de Tourisme, en effet…
    Il faut savoir qu’il y a environ une centaine de vignerons en bio sur l’Aquitaine. Tous ne font pas des vins exceptionnels, mais tous ceux que j’ai bus/goûtés n’avaient au moins pas de défauts.
    Sur Saint-Emilion, on peut acheter aussi du Château Moulin du Cadet ou Château Fonroque.
    A proximité se trouve l’appellation Pomerol, avec le Château Gombaude-Guillot et le Clos Plincé. Et un peu plus loin, Château Le Puy, en Côtes de Francs et le Clos Puy Arnaud en Côtes de Castillon.
    De quoi faire de belles balades et de bonnes….dégustations!

    http://www.levertetlevin.com/

  5. Bravo pour l’initative de l’office de tourisme et bravo pour récit super sympa de la balade au milileu des vignes entre les murs.
    Cela me ramène je n’ose pas dire combien d’années en arrière : étudiant à Bordeaux je faisais les vendanges en alternance entre Chateau Nénin et Chateau Beauregard.
    Souvenirs, souvenirs.
    Aujourd’hui dans le Tarn mes amis travaillent des vins de Gaillac en bio-dynamie avec des parcelles entières réservées à la diversité florale. Cette année en plus, accueil de 20 ruches en bio bien sûr qui s’en donnent à coeur joie dans un tel environnnement. Le tout travaillé au cheval, Pompom ayant remplacé le tracteur qui tassait trop la terre. Le bonheur quoi
    En cohérence avec tout ça nous avons lancé un site de vente en ligne de produits bio avec avec bien sûr des Saint Emilion, des Pomerol et des Gaillac.
    Si le coeur vous en dit , la visite est ouverte.
    http://www.biocomtout.com
    http://www.biocomtout.com/vin-bio/bordeaux-bio/aoc-puisseguin-saint-emilion-bio-chateau-langlais-2005.html

  6. cie des corps bav'art says:

    Et cette année, un petit marché bio s’installe tous les jeudis soirs à 19h30
    sous la yourte de l’école de cirque de saint émilion.
    Maraîcher à blésignac, il propose différents produits bio, légumes de saisons, farines, pois cassés, miel…

    c’est un moment en général animé (expo peinture, animation musique, conte…)
    contact: 0627724670

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