A Propos

Contact

Newsletter

Recherche

Aide RSS FanPage FB Twitter

Matière grise pour évolution verte

Société » Philosophie

Très cher Volcan…


Le 25 avril 2010 | Par

Anne-Sophie

Ses articles

Son Twitter

Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Très cher Eyjafjallajokull,

Tu as noirci le ciel européen et fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps…  Je ne sais si tu en es conscient, mais au-delà de la zizanie créée pour des centaines de milliers de voyageurs, tu as inspiré à certains de profondes réflexions philosophiques. Contre toi, nous ne pouvons rien. Tu imposes ton temps, un temps qu’il est bon d’optimiser pour réfléchir, en effet… Petit tour d’horizon.

Dans son éditorial du Monde du 20 avtil 2010, Eric Fottorino tire quelques leçons sur le temps… « On ne saurait sérieusement soutenir qu’un nuage permet soudain d’y voir clair » explique-t-il avant de constater que « l’éruption d’un volcan islandais et le trouble aérien qui s’est ensuivi nous invitent pourtant à revoir, lentement mais sûrement, nos idées sur le temps. Le temps qu’il fait et le temps qu’il faut. Pour vivre, pour agir, pour penser. Ce ne sont pas seulement des avions qui sont cloués au sol à travers le monde. C’est en effet le temps qui, suspendant son vol, nous force à réfléchir ».

Sur cette photos de REUTERS/NERC (Satellite Receiving Station, Dundee University, Scotland), on voit les cendres de l’irruption aller vers le sud de l’Océan…

Deux leçons doivent être tirées, selon lui, de cette irruption: l’humilité d’une part (« Nous voilà remis à notre place. Nous ne sommes que ce que nous sommes Des passagers sur la Terre qui n’en fait qu’à sa tête, et nous prive à sa guise de nos rêves d’altitude. L’événement a de quoi inspirer philosophes et poètes. La planète vient de nous offrir un grand coup de frein sorti des entrailles de la Terre et propagé jusque dans la stratosphère. Depuis cinq jours, l’humanité danse sur un volcan. Danse ralentie, dans le registre du slow. Une partie de l’humanité seulement : il est des millions de gens pour qui les vacances, et a fortiori les voyages en avion, restent aussi improbables que le réveil de l’Eyjafjöll sous le glacier Eyjafjallajökull, en Islande, pays plutôt méconnu), et une réflexion sur le temps de l’autre (« Lenteur ou vitesse ? L’heure est à la seconde. Tout va plus vite, l’information, la vie professionnelle, les loisirs, la lecture. Il ne vient plus à personne l’idée de prendre le temps, de prendre son temps, de réveiller sa « tortue intérieure ».)

En somme, cher Volcan, tu aurais le mérite de nous faire réfléchir sur « la dictature de l’urgence » dans laquelle nos sociétés développées s’enferment, dictature « qui nous fait réagir et non agir, nous agiter quand il faudrait se poser sinon se reposer » indique Fottorino.

Personnellement, j’ai toujours eu une fascination pour toi, Volcan. Tu dégages de telles forces telluriques que tu imposes, de fait, le respect. Ayant vécu pendant un an au pied d’un de tes semblables désormais éteint (Arthur’s site à Edinburgh), je sais quelle présence se ressent en ces lieux… c’est quasi-mystique (mais l’Ecosse l’est toute entière dans ses contrées reculées;-)

AP Photo/Brynjar Gauti (photo prise le 16 avril en fin d’après midi, quand le volcan s’est réveillé)

A ton sujet, les philosophes parlent de « grande claque ». Dominique Bourg évoque « la vulnérabilité de nos systèmes extrêmement complexes », Yves Paccalet rappelle que « notre société de technique » nous donne l’impression de tout dominer « mais en fait pas du tout« . Pour Patrick Viveret, cela « nous oblige à réfléchir aux limites de notre société à flux tendus, de plus en plus insoutenable pour des raisons écologiques mais aussi sociales et à imaginer des alternatives« . Et Hubert Reeves de nous mettre en garde: « A nous de ne pas nous rendre dépendants de ce qui est aléatoire! »

Mais nous pourrions aussi parler d’une chance! Tu nous permets d’entrevoir ce que serait un avenir sans avion, ainsi que l’explique Alexis Prokopiev sur Youphil. Non mais sans blague, tu te rends compte:  tu as empêché certains de prendre leur vol Paris-Rennes, ou Paris-Bordeaux…? A cause de toi, certains reverront peut être leurs standings… je te remercie.

© Olivier Vandeginste

Enfin, autant te le confier aussi: tu es inspirant. Selon Dominique Bourg, tu es « comme la métaphore d’une fragilité plus générale qu’on ne veut pas voir. Il n’y a plus de trafic aérien, c’est le bazar partout mais ce n’est rien à côté de ce qui nous attend! Le jour où il n’y aura plus de pétrole les conséquences en terme de dérégulation de nos sociétés seront infiniment plus fortes ».

Au final, comme le conclut Fottorino, tu nous offres un grand enseignement pour ceux qui nous gouvernent: « ce qui est fait contre le temps, le temps l’oubliera. Jamais mille précipitations n’ont fait une lenteur.« 

Personnellement, à te regarder me vient un proverbe indien: « le monde semble sombre quand on a les yeux fermés« …

Merci à toi donc de nous rappeler à notre humble condition, et bon vent!

++ Liens ++


16 commentaires à “Très cher Volcan…”

  1. Matyas dit :

    Merci beaucoup pour cet article au sujet si sensible…
    C’est incroyable ce qui s’est passé alors merci d’avoir regroupé ces réflexions tellement importantes à entendre !

    Merci Anne-Sophie.

  2. Sabbio dit :

    Des réflexions très intéressantes! :)

  3. Ludovic Bu dit :

    « Eyjafjallajökull : la société veut aller trop vite », disions-nous aussi, le 19 avril dernier. Nous ? Ludovic Bu, Marc Fontanès et Olivier Razemon, auteurs de Les transports, la planète et le citoyen (Éditions Rue de l’échiquier, février 2010, 12 €), qui dénonçons une société de la vitesse mal préparée aux caprices de la nature.

    Voici le texte que nous proposions alors pour partager notre réflexion sur ce besoin à interroger d’aller toujours plus vite, plus loin et plus souvent :

    « Et si l’éruption de l’Eyjafjallajökull ne faisait que préfigurer ce qui se passera dans quinze ou vingt ans lorsque, fautes de réserves, il faudra rationner le pétrole ? Par l’intermédiaire de cet événement inattendu, la société occidentale de 2010 découvre, sans les dommages majeurs habituellement associés aux catastrophes naturelles, qu’elle va trop vite.

    Depuis jeudi dernier, on peut observer à l’œil nu les conséquences néfastes de la course à la vitesse, constatent Ludovic Bu, Marc Fontanès et Olivier Razemon. Des gens qui partaient à l’autre bout du continent pour quelques heures à peine, bloqués dans un aéroport, s’interrogent sur le sens de leurs déplacements. Des touristes qui allaient chercher sur une île lointaine des ultra-violets dont ils pourraient jouir près de chez eux en attendant quelques semaines, réfléchissent peut-être à de prochaines vacances à proximité de leur domicile. Des automobilistes acceptent soudain de partager leur voiture avec d’autres passagers, faisant contre mauvaise fortune covoiturage forcé.

    La pollution sonore et atmosphérique disparaît des zones proches des aéroports, révélant aux riverains le pépiement des oiseaux, les conversations de leurs voisins, les aboiements de leurs chiens. On découvre avec stupeur que les Londoniens manquent d’asperges et de fruits, et cela confirme l’importance de l’agriculture de proximité. On apprend aussi que les ministres européens des transports se réunissent par vidéoconférence. Fallait-il qu’un tel dysfonctionnement se produise pour qu’ils choisissent ce mode de travail pourtant disponible depuis plusieurs années ?

    Autrement dit, les distances reprennent leur sens, le déplacement n’apparaît plus comme un bien inépuisable, que l’on consomme sans réfléchir. La petite friction que constitue la galère quotidienne des transports, dénoncée par les auteurs dans leur ouvrage, peut se transformer en embolie susceptible de bloquer un continent entier.

    Et si on réfléchissait, avant que la nature ne nous y force, à la notion de mouvement ? Et si on considérait qu’il n’est pas impératif de se déplacer ? Ou du moins que tout le monde ne doit pas bouger tout le temps et sous n’importe quel prétexte ?

    Les auteurs sont prêts à répondre à toutes les questions concernant leur ouvrage et les propositions originales qu’ils avancent en matière de transports.

    Rendez-vous également sur http://www.enfiniraveclagalere.com pour trouver plein d’astuces pour mieux se déplacer ! »

    Les auteurs de ce texte sont :
    * Ludovic Bu est le président de Voiture & co, association qui promeut une nouvelle idée de la mobilité, afin de permettre à tous de se déplacer mieux, en polluant moins.
    * Marc Fontanès est le directeur de Mobility+, société d’études et de conseil spécialisée dans la mise au point de plans de déplacements pour les entreprises, et plus largement dans la mobilité durable.
    * Journaliste free-lance, Olivier Razemon collabore notamment au Monde.

  4. Catherine N. dit :

    Quelle poésie écologique
    Merci Cath

  5. Sophie B dit :

    Très belle réflexion, parfois c’est tellement bon de pouvoir s’arrêter et regarder l’impuissance de l’Homme face à la vie de la planète…
    Merci AnneSo

  6. Camille dit :

    Magnifiques photos et très belles réflexions… mais j’ai bien peur que dans quelques semaines, toutes ces pensées se seront elles aussi envolées en fumée… Il en faudra des volcans pour prendre conscience de la fragilité de notre société !

  7. David dit :

    Belle réflexion

  8. Laurent dit :

    Un article particulièrement inspirant !

  9. Shabnam dit :

    très bel article, merci Anne-So.

  10. Ólöf dit :

    MERCI! en fait, c’est une petite éruption, mais elle a eu le malheur de gêner les vacanciers occidentaux…

  11. Neodim dit :

    Pendant ce temps là, à l’autre bout de la planète, les bourses s’effondraient à cause de systèmes financiers parallèles créés pour gagner 1 nano seconde de plus dans les transactions, provoquant un emballement de la machine, sans que l’homme ne comprenne quoi que ce soit non plus…
    Jolie lettre au volcan !

  12. Zabulle dit :

    On voit aussi que le principe de précaution pollue l’entendement des gens de pouvoir. Nos économies bien malades ne supporteront plus longtemps les dépenses engagées par des hommes politiques, tétanisés par le risque de voir leur petite personne mise en cause.
    Car, il s’agit bien de cela! On puise largement dans l’escarcelle publique, drapé dans le drapeau du principe de précaution, bien pratique en l’occurrence, surtout quand le danger s’avère illusoire. Les milliards distribués aux fabricants de médicaments, pour une grippe anodine, en sont le témoignage.
    Cela n’enlève rien à la pertinence de votre article et sort un peu du sujet. mais, la fragilité ambiante de nos civilisations tient aussi à cette frilosité des gouvernants. « Courage, fuyons! » est leur nouvelle antienne!
    L’Eyjafjallajokull vient s’ajouter à la longue liste des décisions aberrantes, prises par nos gouvernements, à la moindre alerte.

  13. [...] selon les derniers calculs à 8 milliards de dollars, mais cette catastrophe majeure devrait (tout comme le volcan Islandais et ses suites) nous amener vers une réflexion profonde sur notre mode de développement et son addiction au [...]

  14. [...] selon les derniers calculs à 8 milliards de dollars, mais cette catastrophe majeure devrait (tout comme le volcan Islandais et ses suites) nous amener vers une réflexion profonde sur notre mode de développement et son addiction au [...]

  15. [...] registre moins “art de vivre”: La crise de la localisation, par Anne-Sophie, ainsi que Très cher Volcan, lettre à un monde désemparé… Partager [...]

  16. [...] avril dernier, lorsque le volcan Eyjafjallajokull a fait des siennes, c’est l’infographie suivante qui a largement été relayée sur les blogs et médias [...]

Répondre