Bonheur et écologie: L’histoire de l’enfant de Noël
Le 13 avril 2010 | Par David
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Nordiste par amour, entrepreneur au quotidien, Ecologie et Développement Durable par sens. Profil atypique, transversal, transdisciplinaire
Quel lien y a t-il entre notre bonheur et l’écologie? Voici l’histoire de l’enfant de Noël, extrait du livre « Le bonheur, désespérément », d’André Compte-Sponville, qui n’est pas sans rappeler la manière dont certains d’entre nous appréhendent la consommation et le bien matériel. A lire et à consommer immédiatement!

Voici l’histoire de l’enfant de Noël:
« Tous les enfants sont différents, mais il y en a beaucoup dans nos pays riches, qui dès le début du mois de novembre, pour ne pas dire dès la fin du mois d’octobre, choisissent dans tel ou tel catalogue de vente par correspondance, ou à la vitrine de tel ou tel magasin, le jouet qu’ils vont demander pour Noël. Ils le désirent tellement, ce jouet leur manque tellement, qu’il est exclu qu’ils soient heureux un instant d’ici Noël.
On est à la fin du mois d’octobre : le bonheur est différé pour deux mois. Par chance, les enfants oublient de temps en temps que ce jouet leur manque ; il leur arrive donc, parfois, d’être heureux par inadvertance. Mais dès qu’ils y pensent, ce n’est plus possible : il leur manque trop !
Ils se disent : » Qu’est-ce que je serais heureux si je l’avais, ou quand je l’aurai ! «
Or ils ne l’ont pas, et donc ils ne sont pas heureux. Ils sont séparés du bonheur par son attente.
Arrive le matin de Noël… Quand tout va bien, lorsque les parents ont pu acheter le cadeau, lorsque le papa arrive à le monter, quand la notice est intelligible, quand on a pensé à acheter les piles, etc., le matin de Noël fait partie des moments qui sont plutôt faciles à vivre. Quoique… Mais bon, disons qu’il y a pire et l’on ne va pas tarder à s’en rendre compte.
C’est qu’après le matin de Noël, inévitablement, il y a l’après midi de Noël. Et là, quelque chose commence obscurément à se corrompre, à s’assombrir, à se gâter… L’enfant devient un peu plus nerveux, grognon, bougon, comme mécontent.
Les parents s’énervent à leur tour : » Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’es pas content ? Ce n’est pas ce que tu voulais ? «
Le gamin répond : » Si, c’est exactement ce que je voulais… »
Alors quoi ?
Comme il n’a pas lu Platon, il ne peut pas vraiment vous répondre. Mais s’il l’avait lu, il vous dirait : » Ce que je suis en train de comprendre, tu vois, c’est qu’il est très facile de désirer le jouet que l’on n’a pas, celui qui nous manque, et de se dire que l’on serait heureux si on l’avait… Mais qu’il est bien plus difficile de désirer le jouet qu’on a, celui qui ne manque plus !
Au fond, c’est ce qu’explique Platon : le désir est manque. Ce jouet que tu m’as donné ne me manque plus, puisque je l’ai, et donc je ne le désire plus… Comment serais-je heureux ? Je n’ai pas ce que je désire, mais simplement ce que je désirais… «
Comme il n’a pas lu Platon et comme il est gentil, il se contente de jouer comme il peut, pour vous faire plaisir, il fait semblant d’être heureux…
L’après-midi se passe, puis le dîner…
Les enfants vont se coucher et, lorsque vous allez faire les câlins d’usage, le gamin vous demande : « Dis, papa, c’est quand Noël ? «
Le père est un peu désarçonné : » Attend, tu me fais peur… Noël, c’était aujourd’hui ! «
» Oui, je sais, répond le gamin, mais je veux dire… le Noël prochain ? «
Extrait de « Le Bonheur, désespérément » de André Comte-Sponville
Sommes-nous des éternels insatisfaits?
Je trouve cette histoire révélatrice de notre société d’aujourd’hui.
Ne ressemblons-nous pas à certains égards à cet enfant de Noël dans notre manière de consommer? Ne nous est-il pas arrivé comme cet enfant d’avoir eu ce sentiment de vide, une fois le désir réalisé et « consommé » ? Des « frustrés permanents »…
Sommes-nous restés des enfants en terme de consommation?
Consommateurs-enfants?
Il y a quelques années de cela, lors d’une conférence en vente à distance, Anne-Sophie et moi posions la question à un professionnel de la vente à distance: « D’après ce que vous dites, il ne semble pas possible de vendre par correspondance autrement qu’avec un cadeau? Est-ce le cas? ».
Ce dernier nous répliquait qu’en France, le consommateur achetait avec du cadeau (de la réduc ou autres) mais qu’il connaissait d’autres pays où les consommateurs étaient plus « matures » et donc que l’impact d’un cadeau/d’une réduction n’avait aucune ou peu d’incidence sur les ventes.
Alors, en France, sommes nous des consommateurs-enfants? Ou des consommateurs « raisonnées »? Mes actes d’achat sont-ils guidés par mes pulsions du désir ou de la raison?
De l’insatisfaction à l’addiction, il n’y a qu’un pas
Parfois, pour certaines personnes, ce sentiment d’insatisfaction répété (et permanent à terme) se transforme en addiction: accros du shopping, qui ont besoin de renouveler leurs garde-robes sans cesse, les technophiles, qui se doivent d’avoir les dernières nouveautés technologiques, accros aux produits sucrés et salés, voire pour certains des accros du sexe, du tabac, de l’alcool, de la nourriture, à l’information voir même le travail.
On parle d’addiction quand on ne peut plus se passer d’un produit ou d’un comportement, malgré leur effet gravement délétère sur sa santé ou sa vie sociale.
Serions nous collectivement des accros à un mode de vie, « malgré les effets gravement délèteres sur notre santé ou notre vie sociale … et notre environnement ».
Le matérialisme, fuite en avant?
Dans une étude de 2005 sur le matérialisme, la satisfaction et le bien-être, une association de psychologues américains évoque l’exemple d’un homme qui souhaitait désespérément acquérir une piscine afin de pouvoir améliorer sa relation avec sa fille de 13 ans…
Conclusion
Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ou plaisir aux autres (notamment plaisirs matériels) ?
La surconsommation, le matérialisme, une fuite en avant? Le symptôme d’une société malade? Cela pose la question centrale du bonheur. Quelle définition ai-je du bonheur? Qu’est ce que mon bonheur? Se résume t-il au « bonheur matériel » ? Est-ce que la richesse apporte du bonheur? L’éternelle question philosophique: l’argent fait-il le bonheur?
Voilà de quoi se lancer dans une quête personnelle, spirituelle et/ou philosophique?
Et vous, êtes-vous heureux? Votre bonheur, c’est quoi? Que vous inspire cette histoire de l’enfant de Noël?
Quelques citations sur le bonheur
« Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux ». (Alain)
« Le plus grand secret pour le bonheur, c’est d’être bien avec soi ». (Bernard Fontenelle)
++ Pour aller plus loin ++
- Le livre »Le bonheur désespérément » d’André Comte-Sponville
- Le bonheur consiste t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir? (sur PhiloCours.com)
- Matérialisme et bonheur, des valeurs qui s’opposent
- La richesse n’enfante ni la paix, ni le bonheur
- Regard bouddhiste sur le bonheur, distinction entre le bonheur spirituel et le bonheur matériel









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merci pour cet article.
Je me faisais une réflexion similaire au sujet de mon lieu d’habitation. La maison est l’objet de tous les rêves et de toute les quêtes de bonheur. « t’imagines si on habitait là ? ». Et puis un jour je me suis dit « en fait, ma maison est incapable de me rendre heureux ». Mon bonheur je dois le trouver moi même et le vivre.
[...] Voici l’article que nous avons rédigé pour Ecolo-Info intitulé: Bonheur et écologie: L’histoire de l’enfant de Noël. [...]
@Olivier: Merci. En effet, la « maison de nos rêves » est un excellent exemple du désir, qui de plus peut nous met un crédit sur le dos… (les épaules sont bien plus lourdes).
je ferai une suite à ton article: je viens delire « how much is enough » et c’était passionnant !
merci pour ton article
j’adore les entrepreneurs qui poussent à réfléchir sur notre consommation!
@Shabnam: faudra que tu me donnes les références!
Oui je suis heureuse !!!! Qu’est-ce qui me rend heureuse ? Le fait de me sentir à ma place sur cette terre, d’avoir une famille, des amis, la tête sur les épaules et aussi très souvent dans les nuages… des projets, de l’amour…. J’essaie de profiter et d’accumuler les petits moments de joie, souvent fugaces mais si bons.
Je ne sais pas si c’est lié mais je me rends compte que je « consomme » de moins en moins. Désormais, quand j’achète quelques chose, je me demande si j’en ai vraiment besoin. Parfois, je n’en ai pas besoin mais ça me fait plaisir. Ca ne me rend pas heureuse mais ça me plaît !
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