Seattle met le cap vers la ville neutre en carbone
La Ville certainement la plus intéressante à suivre en ce moment pour qui s’intéresse à la lutte contre le changement climatique n’est plus Copenhague, mais Seattle. C’était dès 2005 la ville d’origine du « US Mayors Climate Protection Agreement », mouvement de villes américaines s’engageant sur les objectifs du protocole de Kyoto. En novembre dernier, un ancien militant écologiste local, Michael McGinn, a été élu maire de la ville. Son parcours n’est pas neutre car il n’était pas un candidat avec de gros moyens ou des équipes établies. Au contraire, sa campagne s’est construite en attirant progressivement des personnes séduites par son attitude et sa démarche. Sans prétendre avoir de solutions toutes faites, il concluait chacun de ses discours par « I want to work with you to solve problems ».
Objectif zéro carbone
Il y a un mois, le conseil municipal a annoncé que Seattle allait chercher à devenir une ville neutre en carbone (ie : que l’empreinte carbone nette du territoire de la ville soit égale à zéro). La première étape étant d’établir si l’engagement sur cet objectif pouvait être pris de manière réaliste pour 2030. Pragmatique, McGinn met les pieds dans le plat dès le début en commençant par interroger les politiques et projets en cours : « Si nous voulons passer un an ou deux à mettre en place un nouvel objectif et le plan de travail pour y arriver alors que nous menons des actions qui vont dans la direction opposée, je ne pense pas que c’est ce que nous devrions faire. »
Cette proposition de ville neutre en carbone ne sort pas tout à fait de nulle part. L’auteur et conférencier Alex Stefen, co-créateur du site worldchanging.com, a donné deux conférences à l’Hôtel de Ville de Seattle juste après l’élection de McGinn. Lors de ces conférences, Alex Stefen a expliqué pourquoi les crises planétaires auxquelles nous faisons face demandent une vision différente d’une prospérité soutenable et la recherche d’un modèle de vie urbaine « vert clair » qui rende réaliste et effective une prospérité à très faible impact. Pour sortir des discours, Alex Stefen propose que l’engagement de Seattle se traduise par l’objectif de devenir une ville neutre en carbone d’ici 2030 ! Rien de moins.
L’objectif est ambitieux. Fou même ! L’enthousiasme que ce défi a déclenché dans la salle, les énergies qu’il libère et le buzz qui a accompagné ces conférences ne sont pas anodins. C’est sans doute parce que c’est bien plus qu’un objectif. C’est une vision d’ensemble de la direction à donner au territoire de Seattle. C’est un cadre global qui crée une dynamique dans laquelle chaque projet et chaque politique publique prennent un sens. C’est un rêve collectif partagé (cf. l’excellllllllent dossier « Un projet écologique collectif est-il possible ? » de la lettre n°6 de la non-moins excellente association Nature Humaine) .
Un plan d’action novateur
Seattle peut compter sur une masse critique d’innovateurs, d’entrepreneurs, de créateurs. Mais comment catalyser les envies, les idées, les volontés dans un mouvement fertile ? Joe Brewer, fondateur et directeur de Cognitive Policy Works, propose avec d’autres de créer un moteur d’innovation. Voici la définition qu’ils en proposent :
« Un ensemble de pratiques sociales et de structures organisationnelles qui font la promotion continue d’idées nouvelles, combinées avec des mécanismes qui peuvent sérieusement et de manière effective canaliser ces idées en un réseau prospère de projets collaboratifs. »
Ils ont également dressé la liste de quelques éléments fonctionnels à combiner ensemble :
- Les valeurs culturelles de la région de Seattle (libres penseurs, pragmatiques, les pieds sur terre, explorateurs qui n’ont pas peur de prendre des risques) ;
- Le sens d’une identité partagée en tant que « créatifs de Seattle » ;
- Une vision partagée qui les organise en un mouvement cohérent dans le temps ;
- Un réseau de collaboration puissamment structuré construit sur une architecture ouverte qui les encourage à voir ce que d’autres de leur communauté font et à combiner leurs efforts ;
- Une architecture ouverte qui leur permet de travailler en parallèle, de trouver des synergies et de partager leurs pratiques avec d’autres autour du globe ;
- Une carte du mouvement qui identifie ceux qui agissent dans tous les rôles important d’un mouvement social ;
- Une cocotte-minute pour créer du leadership à travers l’action collective afin de mettre une pression sur les élus locaux pour agir avec audace autour de leur vision ;
- La création d’incubateurs d’idée de classe mondiale pour faire éclore de nouvelles idées et les mettre en œuvre (communautés artistiques, centres de recherche, laboratoires d’entreprenariat social, etc.) ;
- Et un processus de planification complet qui crée une base neutre à travers les secteurs publics, privés et associatifs pour (a) assurer une convergence des stratégies autour des efforts du territoire et (b) apporter de la cohérence entre les secteurs par rapport à la vision à long terme de devenir une ville neutre en carbone.
Les innovateurs de Seattle, qui rassemblent pour le moment principalement des personnes issues des milieux environnementaux, sociaux, du monde de la technologie, de la politique et de l’aménagement urbain, ont déjà organisé leur première rencontre (Building Day) sous la forme d’un Forum Ouvert le 13 mars.
Durant cette journée, de nombreuses idées ont émergé, des projets se sont dessinés, des outils ont été proposés. Très lucides, ils reconnaissent qu’ils se trouvent déjà à l’endroit où beaucoup trop souvent les choses pétillent et s’éteignent et qu’ils doivent continuer de construire la dynamique ensemble et de mettre l’accent sur le passage à l’action.
Les prochaines étapes identifiées sont :
- Passer à un forum en ligne pour continuer la collaboration ;
- S’organiser en design teams autour des thèmes principaux qui ont émergé de la journée pour faire incuber et grandir leurs idées en projets collaboratifs ;
- Rédiger une étude de cas approfondie sur le processus et les résultats de leur première rencontre pour continuer à développer leur idée et leur stratégie ;
- Prévoir de futures activités et évènements dans le cadre de la poursuite de la construction de la dynamique.
Au-delà de l’affirmation politique d’une vision de long terme sur l’évolution d’une ville, la création d’un mouvement et le passage à l’action dans tous les secteurs nécessitent une ambition, un engagement partagé, beaucoup d’enthousiasme et énormément d’implications personnelles.
L’exemple de Seattle montre que la transition vers des villes à basse consommation énergétique et à haute qualité de vie pour tous a démarré.
++ Pour aller plus loin ++
- le site Seattle Innovators
- leur compte twitter
- les vidéos des deux conférences d’Alex Stefen via worldchanging
- l’article « Imagining a Carbon Neutral Seattle : a collection of ideas »










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Génial !!!!!!!! Super nouvelle dis !!!
Doit-on rappeler l’origine du nom de la ville ? Seattle est un ancien leader amérindien qui à déclaré le fameux discours (chiche je vous le mets en entier) :
Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?
Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.
Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte sont sacrés dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.
La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.
Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos soeurs; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme, tous appartiennent à la même famille.
Aussi lorsque le Grand chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.
Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.
Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.
Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.
Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.
L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle.
La bête, l’arbre, l’homme. Ils partagent tous le même souffle.
L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.
Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre.
J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.
Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?. Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent.
Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.
Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.
Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.
Même l’homme blanc, dont le dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour, c’est que notre dieu est le même dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les Blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.
Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes, et la vue des collines en pleines fleurs ternie par des fils qui parlent.
Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu.
La fin de la vie, le début de la survivance.
Chef Seattle, 1854
outch, j’avais oublié cet émouvant discours : puisse la ville de Seattle porter ces magnifiques paroles pleines de sens, de lucidité et de spiritualité.
Article passionnant. Merci Brendan. J’adore l’idee de la cocotte minute!
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Moi je dis, à quand la ville de Renne neutre en carbone?;-) Je suis sûre que tu y penses, nannn?;-)
interressant cet article; en ce moment sur la blogosphère il y a l’opération « carbone neutre » pour planter des arbres :-)
[...] Isaac Stevens. que je vous invite vivement à lire en entier en cliquant ici (et merci Brendan pour ton article sur la ville de Seattle !). Cela afin de vous montrer que James Cameron n’a rien [...]