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Locavorisme : l’esprit du régime local


Le 19 mars 2010 | Par

Agnès

Ses articles

Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.

Elle n’est pas tombée dedans quand elle était toute petite, en revanche, dès qu’elle a commencé à se pencher sur le sujet du locavorisme, c’est toute entière qu’elle s’y est donnée.

Non seulement en appliquant les principes du locavorisme à sa propre vie, mais aussi en créant un site qui lui est intégralement dédié, et surtout en lui consacrant plusieurs mois pour rassembler ses connaissances, ses réflexions et son expérience dans un livre. Et ce livre arrive enfin dans les rayons de nos libraires.

Avant sa parution et si vous ne pouvez pas rencontrer Anne-Sophie à l’occasion des conférences qu’elle donnera, à Bordeaux, à Paris et au Bouscat (*), elle s’est prêtée de bonne grâce au jeu des questions-réponses.

Ecolo-Info – En quelques mots, qu’est-ce qu’un locavore ?

Anne-Sophie Novel – Le locavore a choisi de ne s’alimenter qu’avec des produits conçus dans son environnement proche, dans un rayon allant de 20 à 200 km autour de chez lui, selon les régions. Le terme nous vient des Etats-Unis, il est entré dans le New Oxford Dictionary en 2007: il représente donc une tendance de fond Outre Atlantique! On y trouve d’ailleurs de vraies communautés locavores, des hommes et des femmes qui opèrent une vraie révolution dans leur mode de consommation! En France, il n’y a pas de “communautés locavores” s’affirmant en tant que telles, mais les adeptes des AMAP ou des paniers bio/locaux s’en rapprochent fortement.

De manière plus générale, le “locavorisme” relève d’une doctrine beaucoup plus ancienne et dont j’ai peu entendu parler dans les médias qui se sont intéressés aux locavores: il s’agit du localisme (du latin locus, lieu), une doctrine discutée dès le début du XXième siècle par certains penseurs et économistes (Leopold Kohr, Ernst Friedrich Schumacher, Wendell Berry et Kirkpatrick Sale, mais aussi, de nos jours, Serge Latouche). Dans cette approche, on privilégie ce qui est local selon le principe de rapprochement maximum: déplacer une industrie d’un continent à un pays voisin est déjà une réponse satisfaisante, si bien qu’il ne s’agit pas ici de protectionnisme car les motivations sont plus écologiques qu’économiques.

Ecolo-Info – Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans cette philosophie ?

Anne-Sophie - Lorsque l’on devient locavore, on s’interroge sur le sens et la provenance des choses. L’alimentation est une formidable porte d’entrée pour comprendre les enjeux de la préservation de l’environnement et d’un développement plus soutenable de nos sociétés. Le locavore souhaite limiter les émissions de CO2 issus de son alimentation, et donc les distances que ceux-ci parcourent. Mais il remet aussi en question la mondialisation et l’uniformisation du monde, la mal-bouffe et l’hyper-alimentation, la non-considération de l’eau d’emprunt, l’agriculture intensive, la perte de biodiversité dans l’assiette, et l’appauvrissement de l’économie locale.

Florent Guerlain, Chronological Work

Florent Guerlain, Chronological Work, un an d’analyse de sa consommation

Comme le dit si bien mon auteure locavore préférée, Barbara Kingsolver (Un Jardin dans les Appalaches): “Plus nous en savons sur le système alimentaire, plus nous sommes amenés à faire des choix complexes“. J’aime aussi cette réflexion de la canadienne Hélène Raymond (Goûts du monde et saveurs locales): “la chaîne qui nous relie à la terre s’est allongée, étirée jusqu’à ce qu’il soit impossible d’en voir le début. Même chose pour la mer; ce qui se pêche dans nos eaux prend la route de l’étranger et des espèces qui croissent ailleurs reviennent dans nos assiettes. Curieux échanges commerciaux faisant voyager vitamines et protéines dans toutes les directions“.

Une fois les repères adoptés, la logique intégrée, c’est une grille de lecture et un mode de vie dont on ne peut plus se défaire: pour ma part, ce mode de raisonnement s’applique sur l’ensemble de mes choix de consommation… Je regarde les étiquettes, les lieux de fabrication, les garanties.

Ecolo-Info – C’est quand même difficile de devenir locavore, non ?

Anne-Sophie – Au départ j’ai été obligée de revoir ma géographie… et j’ai mis 2h30 pour faire mes premières courses de locavores, que j’avais décidé de faire à mon supermarché bio de quartier afin d’avoir un éléments de comparaison… Le temps de retourner les paquets, vérifier la provenance, comprendre qu’il va falloir renoncer momentanément au parmesan et au chocolat (!!), mais aussi aux pâtes, au riz thaï, aux lentilles corail, au jus d’orange,… Heureusement, j’ai trouvé par la suite des alternatives sur un marché bio  où une famille vient vendre ses produits en direct du Lot et Garonne: à moi les pâtes fraîches et le fromage faits maison, le plaisir de parler avec eux au sujet de leur exploitation, de comprendre l’effet des saisons sur les produits disponibles d’une semaine sur l’autre… Je pose beaucoup de questions à tous les producteurs et tous les marchands que je croise, c’est un plaisir de parler avec eux, de voir s’instaurer les rapports de confiance, les conseils de cuisine… J’aurais pu adhérer à l’AMAP de mon quartier aussi, mais elle est complète depuis longtemps, et j’aime le temps passé à flâner sur le marché…

Far Foods, photo issue d’un projet du graphiste anglais James Reynolds

Personnellement je n’ai pas trouvé cela difficile: c’était comme un jeu auquel je me suis pris rapidement… et auquel j’aime toujours autant amuser! Au départ j’étais stricte dans mes courses, tout en conservant quelques exceptions (impossible pour moi de renoncer au thé par exemple, et mon homme n’a pas tenu longtemps sans son chocolat le matin!). Avec le temps et la pratique, j’ai adopté quelques principes qui sont proportionnels à la durée de conservation des aliments: pour les fruits et légumes, les produits laitiers, ce n’est que du local (et souvent uniquement bio selon les producteurs). Je mange peu de viande et de poisson, mais lorsque cela arrive, idem, je privilégie le local et des modes d’exploitation respectueux des animaux pour la viande, et dans une approche artisanale pour le poisson. Enfin, pour l’épicerie (thé, café, épices, quelques légumineuses), si je privilégie le riz de Camargue au riz Thaï, j’ai recours aux produits du commerce équitable quand les denrées que je souhaite consommer viennent d’un cercle beaucoup plus large que celui que je me suis fixé (160 km autour de Bordeaux).

Comme je l’explique dans le livre, Adam Gopnik, critique du New Yorker, a durant son expérience de locavore découvert un apiculteur s’occupant de 15 ruches sur les toits de Manhattan ainsi qu’un éleveur de poulets dans le Bronx, si bien qu’il en a tiré une leçon que tous les locavores apprennent par eux mêmes : “manger quelque chose de local, c’est rencontrer quelqu’un dans les environs.” En ce sens, le “locavorisme” est aussi un désir d’humanité. On ne peut trouver cela difficile que d’assumer un tel désir, si?

Ecolo-Info – Quelques conseils pour démarrer ?

Anne-Sophie - Je pense qu’il est avant tout nécessaire de faire le point sur son alimentation actuelle, observer, questionner. Puis lorsque l’on est motivé pour faire plus attention et aller vers un mode de vie locavore, le faire progressivement en déterminant une zone d’approvisionnement, en se renseignant sur les saisons (des fruits, des légumes, mais aussi des périodes de reproduction des animaux en ce qui concerne les produits laitiers, la viande et le poisson), les labels, les producteurs locaux… Cela permet aussi de redécouvrir la cuisine et – pour les plus motivés et ceux qui ont le plus de chances, le jardinage!

Carte DEYROLLE

Enfin, chaque déplacement peut faire l’objet d’une quête alimentaire locale, on redécouvre les spécialités régionales! Et côté budget, une fois que l’on a pris ses marques (dans tous les sens du terme), cela ne revient pas plus cher et la valeur que l’on accorde aux choses évolue elle aussi: à force de diminuer le superflu, on en revient à l’essentiel… Cela n’a pas de prix!

++ Conférences ++

(*) Chez Mollat à Bordeaux, la conférence aura lieu mardi 23 mars. Organisée dans le cadre d’un partenariat entre Mollat, Cap Sciences et Ecolo-Info, elle débutera vers 18h (18h30 grand max) et sera animée par le formidable Joël Aubert, qu’Aqui.fr. RDV au 91 rue Porte Dijeaux à Bordeaux. Plus d’informations par ici

Anne-Sophie participera aussi à une conférence (“bio ou local, le match?”) animée par Anne Ghesquière (fondatrice de Féminin Bio) lors du Salon Planète Durable à Paris, le jeudi 25 mars à 16h30.

Anne-Sophie présentera aussi son ouvrage lors du salon du livre jeunesse du Bouscat samedi 27 mars à 16h.

++ Liens ++


24 commentaires à “Locavorisme : l’esprit du régime local”

  1. Mélanie says:

    Bravo Anne-Sophie pour ton travail! J’ai hâte d’avoir ce vadémécum entre les mains!! et bravo Agnès pour la compilation! J’ai aussi cru voir que tu interviendrais au Bourgailh à Pessac le 6 juin?! En tout cas mardi 23 je ferme plus tôt pour venir t’écouter!

  2. catherine says:

    Bien… maintenant j’attend le ivre avec impatience!

  3. Anne-sophie says:

    ça ne devrait pas tarder Cat;-)

  4. Matyas says:

    ah c’est génial dis !!! :)) J’ai hâte de le lire auchi !

  5. Merci pour cet article ! La carte de France de répartition des arbres fruitiers est pleine d’enseignements… tiens, en Provence Alpes Côtes d’Azur on peut s’approvisionner en citrons et clémentines de Corse plutôt que du Maroc, de châtaignes d’Ardèche plutôt que d’Italie. Hâte d’être au marché de quartier demain matin…

  6. citron vert says:

    Votre philosophie de vie me convient tout à fait .Je la pratique chaque jour de ma vie depuis 8 ans maintenant et souhaite encore progresser et améliorer …C’est bien d’avoir écrit un livre pour diffuser ces idées humaistes .

  7. On attend avec impatience la sortie de ce guide :)

  8. Brendan says:

    Excellent ! Merci Anne-So pour ce bouquin que j’ai hâte de… dévorer !

  9. [...] Agnès m’a interviewé pour en savoir plus sur le blog Ecolo-Info, et je donnerai plusieurs conférences cette semaines à ce sujet: [...]

  10. alfafa says:

    Cela fleure bon les astuces et bons plans… parce qu’on n’en sait jamais assez !
    Je fais au maximum mes produits et plats cuisinés avec des produits sains et naturels. J’achète la plupart du temps auprès des producteurs locaux ou de mon biocoop qui privilégie les produits du coin.
    Je ne manquerais pas de l’acheter dès que je le trouverais. Beez

  11. simone says:

    Anne-Sophie, je parle de ton livre dans sympa simone

    Je voudrais aussi dire tendance, mais cela serait bien réducteur
    car tout cela a du sens, bien sur,.. car c’est humaniste.
    @ bientôt,..

  12. simone says:

    oups mon commentaire est parti trop vite,.. ou il est trop tard pour mes neurones.

    Je parle très vite de ton livre, à la fois humaniste,.. et donc très sensé !

  13. Anne-sophie says:

    Merci Simone, c’est gentil:-)

  14. [...] (extrait de l’interview à lire sur EcoloInfo) [...]

  15. [...] porteuse de tonnes de projets durables, vient de publier aux editions Eyrolles « Le guide du locavore, pour mieux consommer local« . Pour la rédaction du guide, elle s’est plongée pendant plusieurs mois dans la [...]

  16. Nathalie J- says:

    Bravo Anne-So !! C’est trop génial la publication de se livre, je suis très fière de toi !
    j’ai hâte de rentrer en France pour me le procurer. J’ai beaucoup parler des locavores avec les gens qui nous ont reçus dans les pays où nous sommes allés et personne n’y croit … Je vais enfin pouvoir prêcher en la faveur de cette belle démarche après la lecture de ton livre.

    Je découvre aussi le blog du sujet, je m’en vais le lire …
    grosses bises et félicitations !!!

  17. Lise says:

    Merci pour cette initiative… j’espère être une bonne élève. Acheté ce jour sur Mollat.com, j’en parle aussi autour de moi.

  18. [...] Guy Lagache a évoqué les habitudes alimentaires d’une nouvelle catégorie de consommateurs dont Agnès vous a aussi parlé il y a peu, vendredi dernier… Question: comment s’appellent ces nouveaux [...]

  19. [...] on le dit parfois familièrement ? Moi je le suis vraiment… et l’assume totalement ! Mes réflexes de locavore renforcent sans cesse mon goût des bonnes choses, de la tradition et du savoir faire préservé. [...]

  20. [...] il y a des compromis. Tout comme en tant que locavore, je m’autorise des exceptions Marco Polo, de la même façon, nous appliquons ce principe avec notre fille (ce qui explique notamment la [...]

  21. [...] elle a lieu, des conséquences concrètes sur le vie du producteur et de vrais choix éthiques. Les locavores s’alimentent à proximité de chez eux ; ils privilégient les circuits courts en matière de [...]

  22. [...] Pour ceux qui veulent en savoir plus sans se déplacer, vous pouvez consulter cet article : Locavorisme, l'esprit du régime local [...]

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