Ecolo-Info
 Vers une biodiversité linguistique? (Part 2)
De Matyas • 12 mars 2010 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Pour rentrer plus en détail dans la question de la biodiversité linguistique, étudions un des cas les plus intéressants d’Europe : le nôtre. Comme je l’ai rappelé dans la partie n°1 de cet article, la France est le seul pays d’Europe à négliger, voire nier ses ethnies en évitant la question des langues régionales, élément pourtant essentiel de la reconnaissance d’une culture et d’un peuple. Voici la suite, peut-être plus personnelle, mais non moins polémique, sur un sujet qui commence à rassembler... On en parle ?

LA COLONISATION DE LA FRANCE

Les discours de Pompidou en 1972 et de Besson en 2009 (lire la 1ere partie de l’article) démontre bien que la France n’est toujours pas prête à sauver ses langues régionales, pourtant en voie d’extinction. Ces discours conservateurs et obtus remettent en cause la notion de démocratie : n’a-t-on le droit d’être qui nous sommes ? Existe-t-il un seul peuple pour une seule nation ? Devons-nous continuer à accepter une attitude hégémonique dominante ?

Car enfin, pourquoi aujourd’hui la France ne veut pas sauver son patrimoine linguistique pourtant unique en Europe ? (nous sommes le pays qui contient le plus de diversité linguistique en Europe).

Le gouvernement n’a pourtant rien à craindre à revaloriser les langues locales, qui ne sont en rien un frein à l’Europe, bien au contraire, la notion même de diversité est ce qui fait de l’Europe sa richesse.

Afin de comprendre, il faut pour cela se pencher sur les origines de l’état Français et des frontières de l’hexagone. Je vais être bref : héritier d’un état monarchiste, le gouvernement français base sa république sur l’uniformité de la France, sur le centralisme de Paris et son rayonnement sans égal mais au prix de l’éradication des ethnies. A l’école on nous enseigne donc les départements et non plus l’histoire des peuples de France et de ses langues, qui deviennent des régions amnésiques dont Paris considère la mémoire collective et culturelle comme un “frein à la France, Une et Indivisible”. Donc on fait “ctrl x”, comme sur l’ordinateur, on efface !

« La Bretagne est une colonie comme l’Alsace et les Basques, bien plus que la Guadeloupe » dira Michelet en 1831.

Si l’idée d’une langue commune pour une pluralité de groupes ethniques a permis la création d’un état, la langue française a servi les intérêts économiques d’une nation gouvernée par l’égo et le pouvoir (le roi soleil, ça vous dit quelque chose ?).

Alors voila, après le faux débat sur l’identité nationale (cf, première partie), voila que la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France nous pond une “Semaine de la langue française et de la Francophonie” le 20-27 mars 2010 (Merci Cat) ! La vidéo associé au projet montre la reconnaissance des langues, mais contrairement à ce qu’elle laisse entendre, elle ne valorise que la langue française : http://joelguenoun.com/DGLFLF/HD/

Source

Morvan Lebesque, rédacteur de plusieurs essais sur le sujet, qualifiait cette attitude de négation des ethnies françaises, comme un passage de l’État-théâtre (monarchie) à l’État-caserne (militarisme et armement), je trouve ça très représentatif du pouvoir que s’est octroyé l’état en nous faisant croire à une pseudo démocratie… et en nous éloignant de qui nous sommes, pour mieux contrôler le territoire. Aujourd’hui on pourrait appeler ça l’État-industriel, l’État-bling-bling, l’État-totalitaire. D’autres propositions ?

C’est donc une réalité à regarder en face : la France est un état factice, créé de toutes pièces. Désolé de vous l’apprendre si vous ne le saviez pas mais la France est un ensemble d’ethnies bien vivantes. L’éradication des langues régionales vivantes et de ses cultures a été la première étape pour mieux contrôler la population. Diviser pour mieux régner dit-on ? D’où l’importance des élections régionales de Mars 2010 : les régions doivent reprendre le pouvoir.

La deuxième étape ? Voici un exemple de la pensée de Paris au 19e siècle pour mieux l’illustrer : « Créons, pour l’amélioration de la race bretonne, quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n’accordant la première communion qu’aux seuls enfants parlant le français ». (Auguste Romieu, sous-préfet à Quimperlé, 1831).

Pas besoin de commentaire à ce niveau de la lecture. Je vous conseille pour bien comprendre la colonisation de la France, l’excellent ouvrage de Morvan Lebesque. Son livre n’est pas particulièrement écrit pour les bretons, il est avant tout un essai sur la réelle démocratie française qui s’adresse à tous :

Cette colonisation est aujourd’hui encore visible. Par exemple, cela m’a toujours choqué d’entendre des gens dirent : “je suis français d’origine sénégalaise” autant que “je suis français d’origine bretonne”. Pourquoi ne pas dire : “je suis sénégalais” ou “je suis breton” si l’occasion se présente ? Peut-être car cela touche à la douleur ou au déni du déracinement, à la honte, à la pression exercée par les politiques et l’opinion publique ?

En tout cas, cette expression me choque car elle semble dire “je suis français je vous jure, mais effectivement mes origines sont là-bas, très loin, perdues, je ne m’y intéresse pas en tout cas, je veux être comme vous…” Elle me parait être issue de ce même processus de colonisation de l’état français : ce n’est ni plus ni moins le refus de la différence et de la diversité.

Je ne cherche pas à “monter contre”, mais plutôt à analyser les faits de l’histoire, comme nous l’avons vu en première partie, afin de mieux comprendre pourquoi nous continuons à négliger nos langues natales.

Source

VERS UN BILINGUISME EN FRANCE

Loin de tout conservatisme sectaire, il est temps de retrouver nos cultures locales. L’autre jour je regardais un livre « 1001 idées de grands-mères » et je me disais que c’est fou à quel point dans l’idée de locavore, de simplicité volontaire, de bio, de retour aux vieux remèdes, légumes oubliés, on est en train de se reconnecter avec nos cultures ancestrales et avec donc avec ses valeurs de la terre. Nous sommes bel et bien dans une période de transition, une avancée majeur dans la conscience de l’être humain…mais quid du langage, de notre manière de communiquer ?

Pour la langue de nos ancêtres et donc nos cultures ancestrales associés, quel avenir ? Quel avenir quand elles ne se réinscrivent pas dans le réel, dans le quotidien, dans les médias, dans la vie publique, au sein même des familles ?

Il est temps de faire un point sur la situation de l’enseignement de ces langues.

Au niveau du basque, de l’alsacien et de l’occitan on note une très grande activité : des associations, des écoles, des structures sont créées pour redonner aux langues leurs lettres de noblesse afin de devenir la langue maternelle de nouveaux enfants. Pour cela, la volonté des parents est bien sûr la condition sine qua non, mais les chiffres montrent qu’elle est là.

Daniel Lefeuvre, professeur d’histoire contemporaine, Université Paris VIII-Saint-Denis, rappelle quelques chiffres : “Au cours de l’année scolaire 2001-2002, 252 858 élèves, tous niveaux confondus, ont suivi l’enseignement d’un langue régionale de manière facultative. Ils étaient 404 351 en 2007-2008, soit une hausse de 60 %“. (source).

Calendrier de l’école Diwan 2009

Ouest-France fait un point sur la Bretagne où la conscience de l’identité ethnique permet le dévloppement rapide de l’enseignement de la langue. 13 035 élèves sont ainsi scolarisés en écoles bretonnes ou bilingues en Bretagne, soit une progression de 6,01 % sur l’ensemble des filières, sachant que les écoles publiques Diwan (qui signifie “graine” et qui sont 100% en breton), réalisent à elles-seules une progression de 8,13 % et se sont fixés comme objectif d’ouvrir deux nouvelles écoles par an.

Delanoë inaugurant la première école Diwan de Paris (2004)

Et pourtant la Bretagne est le pays le plus en retard des groupes ethniques français : selon l’auteur du même article, “si le développement du bilinguisme en Bretagne était au niveau de l’Alsace, ce ne sont pas six, mais 49 nouveaux sites publics qui auraient dû être ouverts à cette rentrée et 104 nouveaux sites si on fait la même comparaison avec le Pays Basque nord.

« Strasbourg a ainsi treize écoles maternelles publiques en alsacien, quand Rennes en compte deux et Brest une seule », observe Fulup Jacq, directeur de l’Office de la langue bretonne”.

Voici une petite vidéo intéressante sur Alan Stivell qui, par sa musique, a su faire passer un message sur la langue :


Malgré tout, la hausse est là et c’est en maternelle qu’elle est la plus forte. « De bon augure pour l’avenir, note Lena Louarn, présidente de l’Office de la langue bretonne, mais très insuffisant pour enrayer la chute du nombre de locuteurs ».

Le Finistère vient de s’engager pour une promotion du bilinguisme, le témoignage des parents sur leur choix est plutôt convaincant et loin de tout sectarisme ou chauvinisme. Visionnez leurs interviews et l’explication passionnante de leurs choix en cliquant ici.

Echange entre l’école Diwan de Vannes et des écoles Touareg au Niger

Les raisons exposées dans la campagne du Finistère pour l’enseignement de la langue bretonne dès la crèche sont :

  • Une langue est une manière de voir le monde, avoir deux langues, c’est une vraie richesse.
  • Un environnement favorable en Bretagne.
  • Le bilinguisme précoce stimule l’éveil de votre enfant.
  • Votre enfant dispose de capacités étonnantes pour apprendre les langues.
  • Le bilinguisme prépare au multilinguisme.
  • Connaitre ses racines, c’est s’ouvrir à celles des autres.

De plus, d’après une étude publiée dans la revue Psycological Science au Canada, les bébés exposés aux bilinguismes dans le ventre de la mère seraient déjà bilingues ! Lire ici.

La population civile a donc conscience de l’enjeu de la diversité linguistique et a donc déjà pris les rennes en créant des associations de défense des langues, d’apprentissage des langues, d’écoles bilingues, etc… mais toujours très peu de choses dans les médias et la vie administrative et publique, pourtant le bilinguisme est possible. Regardons un peu chez nos voisins européens et particulièrement auprès des minorités ethniques.

Étude de cas, le trilinguisme des jeunes Sàmis

Les sàmis sont impressionnants : à 10 ans ils parlent couramment sàmi, norvégien et anglais. J’étais vraiment scotché. C’est pour moi maintenant la preuve que les langues peuvent renaître de par la volonté des ethnies. Les jeunes enfants sàmis vont à l’école où ne se parle que la langue sàmi et n’apprennent le norvégien que très tard, après l’anglais. Mais le monde dans lequel ils vivent est tellement emprunt de norvégien et d’anglais, qu’ils apprennent très très vite.

Pour l’avoir observé chez les jeunes, mais aussi chez les moins jeunes, également trilingue, c’est très impressionnant car la pluralité des langues ouvre leur esprit à l’universel et développe leurs capacités sociales tout en sachant où se trouvent leurs racines.

Cet exemple est pour moi la meilleure raison de commencer dès aujourd’hui un bilinguisme ou trilinguisme actif, non sectaire, ouvert sur le monde et respectueux de tout un chacun.

© Matyas LeBrun

Il semble donc que l’enseignement dès le plus jeune âge favorise l’intégration de la langue chez le jeune enfant. On peut alors parler de “barrières mentales” qui nous freine à apprendre une langue puisque les enfants nous montrent leur abilité à vivre dans un monde bilingue ou trilingue. Nous freinons l’accès à ce nouveau monde dans lequel ils pourraient vivre, par peur du regard des autres, peur de ne pas y arriver, ou encore parceque “ce n’est pas facile d’apprendre une langue”, “j’ai pas le temps”, “je n’arrive pas à m’exprimer, ce n’est pas ma langue natale”, “je n’y vois pas d’intéret”, “je n’ai aucune occasion de la parler, de trouver des gens”.

Oui mais alors quoi ? Elles meurent nos belles langues ? Celles de nos grands-parents ? Parce que nous ne voulons pas faire l’effort ou prendre le temps d’apprendre, de bachoter comme un étudiant, de répéter, d’écrire, de l’aimer ?

Dans notre sang coule la mémoire de nos ancêtres et probablement celles de nos langues, il suffit donc d’écouter ce qui nous semble juste pour pouvoir redonner un vrai sens à cet apprentissage.

Allez hop, au boulot !

ET CHEZ NOS VOISINS ?

Selon une étude européenne, la France se classe parmi les pays dont la langue permet plus de facilité pour en parler d’autres… et pourtant la France se retrouve dans les pays les moins bilingues ! Quelle contradiction ! Peut-être rechignons-nous à apprendre d’autres langues car nous sommes inconsciemment tristes de ne pas parler nos langues natales ? C’est une hypothèse à ne pas exclure… En tout cas la France bat tous les records de ce qui concerne la langue car nous sommes les plus gros consommateurs d’antidépresseurs et de pesticides en Europe. Un rapport ? Aucun. Merci. Circulez.

A la place d’enseigner le latin ou le grec ancien à l’école, il serait donc temps d’apprendre ou de réapprendre nos langues régionales, locales, ethniques. Les méthodes existent, nous savons le faire, nous avons la volonté civile, il faut maintenant la volonté politique régionale.

Il est alors intéressant de regarder ce que font nos voisins. Si je prends le cas des gens du pays de Galles (Welsh), qui est un cas similaire aux bretons (dont la langue est d’ailleurs commune), ils obtiennent de plus en plus de droits, encouragés par l’état, qui se décentralise volontairement et surtout, ont le réel désir de parler leur langue au quotidien.

Il suffit de lire cet article du Télégrame sur l’autonomie du Pays Galles pour comprendre qu’il n’y aucun mal à revaloriser les ethnies, au contraire ! Chez eux, “savoir d’où tu viens pour savoir où tu vas“ n’est pas juste un dicton de parole : il se traduit en actions concrètes. Je cite : “De plus en plus de supports favorisent son développement : des logiciels microsoft en gallois, le site web mondial Wikipedia en gallois, le réseau Facebook, le très récent téléphone portable Samsung… Les médias eux-mêmes sont des relais essentiels de cette langue : outre la presse écrite traditionnelle, les panneaux de signalisation, l’édition électronique Walesonline.co.uk, la chaîne S4C, Radio Cymru, l’édition régionale de la BBC entretiennent l’écoute, alors que les camps de vacances, les groupes d’apprentissages, favorisent la lecture et la compréhension par le lien social”.

Il existe la même différence entre la Catalogne espagnol qui est bien plus en avance que la française ainsi qu’entre le Pays Basque espagnol et le Pays Basque français. D’où ma question : What’s wrong with us ???

Quel est notre problème en France ?

FAIRE FACE POUR REDYNAMISER

Il est intéressant de lire les commentaires des gens qui ont répondu en 2 mots à la question : “Que représente dans votre vie personnelle le fait d’être breton ?” : http://www.breizh.net/identity/galleg/livre/entretiens.htm

En France, pays centraliste, nous voyons donc cela d’un autre temps, peut-être le reflet d’une culture morte ou chauvine car il faut parler l’anglais ou le chinois, reflet du monde économique et social d’aujourd’hui. Claude Allègre, en 2001, déclara, à propos de l’enseignement des langues régionales : « la France a besoin de fabriquer des informaticiens parlant anglais et on va fabriquer des bergers parlant breton ou occitan ! ». (Ce que je préfère c’est le mot “fabriquer”, comme si on était à l’usine – CF Métropolis).

Dans ce nouveau monde unifié par la volonté dominatrice du gouvernement, les basques apparaissent alors terroristes, les corses indépendantistes, les bretons revendicatifs, etc, etc, etc… Tout ces préjugés ont été véhiculés avec brio par l’état français, puis intégrés par les ethnies elles-mêmes, qui ont commencé à y croire. Les anciens diront donc aux jeunes d’aujourd’hui qui souhaitent parler avec eux : “à quoi ça sert d’apprendre cette langue inutile, apprend plutôt l’anglais”. Réaction typique de personnes colonisées à qui on a tapé sur les doigts. Il était en effet courant il y a 50 ans, d’entendre encore dans les écoles de Bretagne, d’Alsace, du Pays Basque ou de Catalogne, les professeurs dire aux élèves ou aux parents : “je ne vais pas enseigner une langue que je ne comprends pas ! Nous sommes en France, ces enfants doivent parler français”. En Bretagne, c’était le sabot autour du coup si un mot sortait de la bouche à l’école, en Occitanie c’était une ardoise autour du cou avec écrit “mort à l’occitan”. Sympa l’éducation de nos grands-parents !

Oui, mais il en a été de même en Angleterre, Irlande, Écosse, Espagne, en Scandinavie, etc… Alors pourquoi la France rechigne-t-elle autant à reconnaître ses minorités lorsque les autres les ont déjà reconnus ? Probablement, comme on l’a vu, à cause du centralisme de Paris, “ville des lumières”, qui a voulu montrer le modèle de se comporter en société, en rendant les provinciaux stupides, ignares ou sales. Ainsi, leur langue devenait leur reflet : stupide et sale. Donc on ferme sa bouche et on parle français, plus vite que ça.

Voila comment on parlait des ethnies et de leurs langues en 1835 à Paris : « Croyez-moi, Monsieur, le catalan qui me faisait tant enrager n’est qu’un jeu d’enfant auprès du bas breton. C’est une langue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un baillon dans la bouche, car il n’y a que les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas breton. Il y a surtout l’h et le c’h qui laissent loin derrière la jota espagnole. Les gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais horriblement sales (…) On voit dans les villages les enfants et les cochons se roulant pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que mangent les premiers serait probablement refusée par les cochons du Canigou. » (Prosper Mérimée, lettre à Jaubert de Passa, 1835). Source.

L’image de la langue est venu se nourrir des préjugés des gens des villes qui fonctionnaient par association. Il est donc encore courant d’entendre aujourd’hui que la Bretagne ou l’Alsace était de toute façon arriérée et qu’il fallait la “sortir de sa m***de”. (Cf-scandale de Jackie Berroyer)

Mais ce n’est pas tout. La honte d’être se traduit aujourd’hui par une honte vis à vis des populations immigrés : tout à coup, apprendre sa langue natale parait chauvin et nationaliste, ou alors devient signe de fermeture au monde, à “l’international”. Comme si tout à coup, parler notre langue natale est, dans cette vision uniforme de la France, de l’Europe, du monde, une forme de “communautarisme” ! Nous viendrait-il à l’idée, par exemple, de dire à un Japonais, un Norvégien, un Népalais ou encore à un Libanais : “n’apprend pas ta langue et ne t’intéresse pas à ta culture, sinon tu vas devenir sectaire, fermé et obtus” ? Ce serait totalitaire et incohérent !

Cette forme de penser détruit encore plus la diversité linguistique et donc l’identité. Attention, n‘inversons pas les rôles.

Le Sénégalais Léopold Sedar Sanghor avait un regard bien tranché sur l’hexagone : “En France, ‘Une et Indivisible,’ l’universalisme est un nationalisme”. Il a encore plus raison aujourd’hui, celui qui s’intéresse à sa culture devient fermé et nationaliste, c’est un comble. Il suffit de penser comme cela et hop, on parle tous anglais demain, fini le français !

C’est une peur de l’enfermement qui nous fait rejeter notre nature propre. C’est très français et c’est une porte ouverte au racisme le plus intolérant, qui nous fait rejeter l’autre violemment (Cf, les idées d’Hortefeux). Je suis sûr que si nous avions des minorités ethniques s’assumant pleinement,  dans une France bilingue ou trilingue, l’état aurait moins de problème à accueillir les immigrés, qui sont aussi les fruits de la colonisation de l’état français, ne l’oublions pas. Beaucoup d’immigrés se plaignent encore de racisme et ne se sentent pas accueilli, je les comprends. Sur un volet psycho, on pourrait dire qu’il est impossible d’accueillir l’autre tant que l’on ne s’est pas accueilli soi-même. Alors réfléchissons à qui est le plus fermé pour comprendre qu’il n’y en a pas, que nous devons nous respecter les uns les autres dans nos choix et nos cultures.

Source

Sarkozy n’hésite donc pas à dire : « On respecte ses règles (celles de la France), c’est-à-dire qu’on est pas polygame, on ne porte pas le voile, on n’égorge pas le mouton dans son appartement et on respecte les règles républicaines ». Lui est un exemple : il ne parle pas le hongrois et renie ses racines…peut-il donc s’accueillir lui-même et accueillir les autres tant que le pèlerinage à la quête de son identité n’est pas accompli ?

Il est donc le parfait héritier d’un gouvernement qui impose son centralisme à coup d’amnésie identitaire et arrosé d’une bonne sauce de capitalisme indécent. Si c’est pas du viol, je ne sais pas ce que c’est.

Vous comprenez donc bien l’ironie de créer un “débat” (un débat vous dites ?), sur l’identité nationale ! (cf, première partie).

CONCLUSION : ÊTRE QUI NOUS SOMMES

Également un cas intéressant, que je voudrais citer à ce moment de l’article : des amis à moi, lui Breton et elle Catalane, habitent en Bretagne et sont fous de la culture Indonésienne « car c’est une culture qui nous touche ». Cet exemple montre bien que nous sommes des enfants de colonisés qui, grâce à la modernité médiatique, regardent la culture de leurs ancêtres comme arriérée ou ringarde, et vont chercher une autre culture. La consommation de biens matériels typique des sociétés industrialisées, devient aussi dangereusement une forme de culture en soi, qui vient uniformiser les ethnies et concoure à la perte de la diversité linguistique.

La sagesse ancestrale des Amérindiens deviennent donc source d’inspiration (camp hippies), le coté tribal des Africains nous attire (les piercings) et nous partons en Inde faire des stages yoga pour se détendre. Je joue la provoc’, car bien sûr l’échange entre les peuples est vital, mais qui sommes-nous vraiment dans notre soif d’exotisme et “d’ailleurs” ? La langue est peut-être une clé de la réponse…

La solution n’est pourtant pas si loin : pour avancer nous devons enlever la honte héréditaire de ce que l’on nous a fait croire afin d’aimer ce que nous sommes pour créer, créer et encore créer, ensemble, dans le respect de chacun et de la Terre sur laquelle nous vivons. Nous devons rejeter la condition dans laquelle l’état nous maintient de force et affirmer notre identité par nous-même en créant nos propres réseaux, chaines de télé, panneaux signalétiques, écoles d’enseignement bilingues, etc, etc… dans la conscience que nous pouvons vivre ensemble et communiquer tout en vivant nos racines.

Source

Nos langues sont précieuses : quelle qu’elles soient, elles sont les garantes du savoirs ancestrales véhiculés par les cultures locales et des moyens incomparables pour se reconnecter avec la Terre et la nature. Des milliers d’organismes en France existent, des écoles spécialisés permettent d’apprendre une langue en 6 mois, 1 ans, 2 ans, selon vos désirs. Faisons revivre nos localités par leur langue, c’est aussi un facteur social important dans un temps d’individualisme outrancier.

Sur “le site des langues”, vous pourrez aussi trouver des infos et pistes intéressante.

C’est plus important que vous ne le pensez car embrassez votre/vos culture(s), vos racines, votre identité, c’est tout simplement exprimer qui vous êtes, ni plus ni moins. La langue est juste la manifestation concrète et verbale de cette expression identitaire.

Apprendre une langue ne demande pas un effort surhumain et permet que chaque ethnie en France s’assume totalement dans un monde qui pratique le trilinguisme ; qui est ouverte sur l’avenir, et donc qui accepte le passé ; qui renouvelle une culture riche d’enseignement et d’exotisme à redécouvrir ; de savoirs traditionnels à renouveler et à rendre attractif… C’est une conséquence : redynamiser la langue redynamise la culture.

Breizh Glamour, la Bretagne selon Jean-Paul Gautier

L’on dit qu’en Afrique, chaque vieil homme ou une vieille femme qui meurt, c’est une bibliothèque entière qui brûle. La langue c’est le savoir issu de l’expérience de milliers de femmes et d’hommes avant nous. Cela s’applique donc aussi pour nous et veut dire que le temps de notre prise de conscience est compté…


Certains me diront : mais il y a des choses plus urgentes, le réchauffement climatique, les inégalités sociétales, la scolarisation, les enfants qui souffrent dans le monde, les peuples opprimés, les gens qui meurent de faim… et ils ont raison. Mais si les malheurs du monde étaient liés à notre manque de racines ? Et particulièrement de celles de l’homme Européen, qui n’a cessé d’asservir et de coloniser le monde à travers les siècles, pour assouvir sa soif inconsciente de pouvoir ?

Peut-être que cela demande de la tolérance à la différence, de la guérison de qui nous sommes… un travail d’introspection trop douloureux ? Pourtant ce travail de réhabilitation est capital, vital, inévitable et doit se faire dans le respect et le partage de nos différences et non dans le rejet, l’accusation ou la culpabilité envers les autres et donc envers nous-même.

Les 14 et 21 mars prochain, ce sont les élections régionales en France, ainsi, il convient à chacun de savoir où il se positionne. Sachez que votre vote peut changer la donne !

Remémorons-nous Ernest Renan :Une nation n’est ni le fruit de l’hérédité, ni de la géographie, ni d’une religion, ni d’une langue, mais le résultat de la volonté de vivre ensemble, dans le respect”.

++ Pour aller plus loin ++

  • Si vous avez des bons plans sur votre langue, n’hésitez pas à le poster en commentaires ci-dessous, ainsi tout le monde pourra en profiter ;)
  • Du bon son dans les oreilles : n’hésitez pas à écouter la soul/ blues de Digging Roots, dont la devise est “Love your roots, live your roots” (aime tes racines, vit tes racines). Leur message est puissant.
  • L’autre jour je regardais “Azur Et Asmar”, le film d’animation bilingue de Michel Ocelot, et j’ai adoré le mélange facile des langues dans le film, qui parle justement de l’identité, de la terre natale et de la fraternité dans la différence de culture et de langue. Je vous le recommande vivement, pour ceux qui ne l’on pas vu.

  • Je vous conseille également le film “Le Chemin de la liberté” (Rabbit-Proof Fence en anglais), le vibrant film de Phillip Noyce, véritable hommage aux peuples minoritaires et indigènes, souvent appelé “la génération volée”. Racontant une histoire vraie, ce film incroyable démontre l’attitude des colons, convaincus de faire du bien en apportant l’éducation, l’hygiène et le savoir-vivre aux populations “sauvages”. Je vous conseille vivement de voir ce film magnifique, une vraie leçon de l’histoire.

  • L’excellent film de Nils Gaup, “Kautokeino Rebellion” parle de la manipulation des hommes religieux et d’états envers une population Sàmi qui a peu d’arme pour se défendre, dans une société féodale peu tolérante. Un film tiré également d’une histoire vraie, poignant et révoltant. (sous-titres en anglais uniquement).
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Matyas est Reporter-Photographe et Vidéaste. Créateur de la rencontre ethno-écologique LePeupleDuSoleil.com, il vit avec les éleveurs de rennes Sàmis, derniers nomades d'Europe.
Envoyer un email à l'auteur | billets de Matyas

11 Réponses »

  1. Bnjour Matyas

    A Toulouse, des gens (la régie de transport, une fac, la mairie ?) ont eu la bonne idée de doubler en occitan les annonces de stations dans le métro. Bien sur elles sont toujours dites en Français d’abord, mais répétées en occitan. Jolimont est ainsi devenu Belmon (bèllmoun), Jean Jaurès Joan Jaurès (jaôrrès)… Depuis, un certain nombre d’usagers crient à l’insulte, à la recolonisation, à l’agression sonore, pour ces simples petits mots. Il y a chez certains, une peur irrépressible de la mise en danger de la France par la connaissance de cultures et langues locales. A partir de là, il n’est pas difficile de comprendre que ces mêmes personnes se sentent agressées par un voile, par un mot en arabe… Le nationalisme (au sens d’opposition à ce qu’ils croient être du localisme) et le racisme sont basés sur des mêmes craintes.

  2. Bonjour BôÔh, merci pour ton commentaires.
    Ton exemple est tout a fait revelateur de ce dont je parle, de cette inversion des rôles : tout a coup, le bilinguisme fait peur, est pris comme du nationalisme et non de l’universalisme pour reprendre les mots de Sangor.
    Il faut communiquer sur ces questions pour ne pas tout confondre et afin de faire revivre les langues dans le respect de chacun : ceux qui ne sont pas relies a une ethnie (immigres, francais…) et ceux qui sont de l’ethnie (Occitant, basques…). Donc n’ayez pas peur des panneaux billingues, c’est une des facon de faire revivre nos cultures ancestrales !

  3. Autant je trouve le plaidoyer pour la préservation des langues très juste (en France ou ailleurs, bien sûr), autant j’ai un peu plus de mal avec 2 points qui sont développés dans cette 2e partie :
    - le concept d’ethnie,
    - l’identité comme elle est vue.

    Les ethnies sont des constructions historiques, tout comme les États. Je ne vois pas en quoi “basque” serait plus légitime que “seine-et-marnais”, sauf à dire que “basque” est plus vieux que “seine-et-marnais”. Même en Afrique, continent où l’on ne cesse de rappeler que les ethnies y sont très pregnantes, celles-ci sont des constructions plus ou moins récentes, avec des exacerbations parfois provoquées ou entretenues par les colons (diviser pour mieux régner), puis ensuite par le pouvoir en place (et ses complices internationaux : anciens colonisateurs, multinationales, chefs d’États voisins…).

    C’est donc un peu facile de dessiner une carte de France avec des zones comme figées. Les populations se sont déplacées, ont été envahies… Je souhaite bon courage aux Bretons en cas d’épuration ethnique : à partir de combien de générations est-on “Breton” ? Si j’habite depuis 15 ans à Rennes ou Brest, je n’ai pas le droit de me prétendre Breton sous prétexte que je ne suis pas né au bon endroit. Attention à ces concepts parce que ça peut souvent s’avérer dangereux.

    À l’inverse, et je rejoins là mon 2e point sur l’identité, je n’ai aucun problème à ce que quelqu’un se sente de plusieurs identités à la fois. En quoi un Sénégalais n’aurait-il pas le droit de se sentir également Français ? Tout comme un Breton ou un Basque d’ailleurs. Encore plus dans le cas d’une personne née en France de parents immigrés. La gestion de la double (ou triple, quadruple) n’est pas forcément chose aisée, mais rien ne doit l’interdire.

    Tout ça pour dire que je suis choqué par la phrase : Cette colonisation est aujourd’hui encore visible. Par exemple, cela m’a toujours choqué d’entendre des gens dirent : “je suis français d’origine sénégalaise” autant que “je suis français d’origine bretonne”. Pourquoi ne pas dire : “je suis sénégalais” ou “je suis breton” si l’occasion se présente ? Peut-être car cela touche à la douleur ou au déni du déracinement, à la honte, à la pression exercée par les politiques et l’opinion publique ?

    Quant à parler de colonisation, il y a clairement de l’abus. La colonisation se caractérise par l’existence d’un sous-peuple. Un Sénégalais ou un Indochinois n’avait dans les années 30 pas le droit de vote et probablement pas le droit de se déplacer en métropole (sauf pour faire la guerre, faut pas déconner non plus, la défense de la mère patrie, c’est l’affaire de tous ! la bonne blague), je doute que ce droit soit interdit à un Alsacien, Corse, Languedocien, Auvergnat ou Breton…

    Il y a certes des enjeux autour des langues régionales, mais attention à ne pas vouloir figer ni la culture ni les populations. L’Europe de l’Ouest est un melting pot permanent où les populations n’ont cessé de se mélanger depuis l’Antiquité : colons grecs, romains, gaulois celtes, huns, burgondes, vandales, goths, arabes… sans oublier les mélanges internes au fil des toussotements des monarques pour gagner quelques hectares de lebensraum.

    Alors oui, la diversité culturelle est importante, mais il me parait important de ne jamais ramener quiconque à sa seule origine culturelle. Chacun a le droit de changer, d’évoluer et d’envoyer chier ses traditions si l’envie lui prend. De même qu’il est hors de question de sacraliser quoi que ce soit au prétexte que c’est une tradition et un trait culturel (ni l’oppression, ni la cruauté ne se justifient). C’est ce défaut qui me parait poindre dans ce billet et je tenais à le signaler. :-)

  4. Bonjour Adrien,
    Merci pour ton message. Sache que je ne suis pas un spécialiste sur ces questions, même si j’ai beaucoup lu et approfondi le sujet avant d’écrire cet article. Je vais donc, en guise de réponse, te donner ma vision des choses.

    Je pense tout d’abord qu’il ne faut pas me faire dire ce que je n’ai pas dit : à savoir faire passer ceux qui ont conscience de la perte de leur culture en tant que raciste. Quand tu dis : “Si j’habite depuis 15 ans à Rennes ou Brest, je n’ai pas le droit de me prétendre Breton sous prétexte que je ne suis pas né au bon endroit. Attention à ces concepts parce que ça peut souvent s’avérer dangereux”. Je me demande si tu as bien lu l’article : j’ai d’abord rappelé que la perte d’une langue c’est tout le mémoire d’un peuple qui s’efface et que donc il est important d’en avoir conscience, pour enfin écrire que reprendre en main notre histoire, culture et langue (la sortir du folklore), ne peut se faire aujourd’hui que dans une ouverture sur l’autre. Donc je t’invite à relire l’article.

    En réalité ta réaction est typique de ceux qui se sentent attaqué dès lors que l’on parle de culture régional et qui considère “dangereux” le repli identitaire. Qui a parlé de repli ??? Est-ce qu’on parle de repli identitaire lorsque l’on désigne les Sàmis, peuples indigènes de l’Arctique, qui valorise tant qu’ils peuvent leur culture, langue, tradition et pourtant sont trilingue et ne cesse de s’ouvrir sur d’autres cultures pour mieux échanger ? Ils ont simplement conscience de leur racine, de leur langue, etc…

    Donc jamais je n’ai parlé de “pure race bretonne”, comme un gateau “pure beurre” !!! J’ai au contraire parlé de conscience collective de la culture à travers la langue. Chacun interprète à sa façon et pour moi, ce n’est pas parcequ’il y a une diversité de population en bretagne (ou ailleurs en france) aujourd’hui que cela justifie de perdre la langue et la culture !!! Désolé mais ta réaction est exactement comme ce que je décris : ce sont maintenant les peuples qui sont accusés d’être fermé et deviennent “dangereux” alors qu’on ne parle même plus la langue de nos grands- parents !!! C’est ce que je décris quand je parle d’inversement des rôles : en france si on est pour notre culture on devient nationaliste. C’est faux et je le repète, comme dans cet article, cette manière de penser ne fait pas avancer les choses.

    Tu parles d’avoir plusieurs identité, je n’ai absoluement rien contre cela puisque beaucoup de gens en France sont métissés, c’est simplement une réalité. Ce que j’ai essayé de démontrer c’est que la France souhaite uniformiser sa population, on n’est plus sénégalais on est français. La france accueille mais au prix de perdre sa culture après 1 génération (j’ai des exemples à la pelle). Tu parles de la même chose pour les bretons ou basques : d’où ma question, que veut dire être français, quand la france est composé de différentes populations qui parle des langues différentes que l’on a essayé d’éradiquer, ou que la frontière à couper de l’autre partie de son peuple (basque, catalan…) ? Cela s’appelle bien de l’assimilation et c’est la politique, encore aujourd’hui, de la france.

    Donc oui il y a eu colonisation, il est important de ne pas le nier. Oui, les bretons était considérés comme des sous-hommes arriérés (pour preuve les salaires, 30% moins payés dans les entreprises que les français et ce jusque dans les années 80). Oui, la langue bretonne était la “langue du chien” et oui les dires des parisiens contres les ethnies étaient plutôt pas très valorisante, particulièrement de l’état.

    Tout cela je ne le dis pas pour défendre, mais je ne fais que citer l’histoire. Je ne peux dans ce cas là que vous renvoyer vers les ouvrages que je cite dans l’article si c’est un sujet que vous ignorez.

    “Il y a certes des enjeux autour des langues régionales, mais attention à ne pas vouloir figer ni la culture ni les populations.”

    Une langue n’est-elle pas le reflet d’une culture locale comme je l’ai expliqué dans la première partie de cet article ? Vous souhaitez donc supprimer l’identité ethnique et valoriser uniquement les langues ? Ce n’est tout simplement pas possible car la langue est issu de la manière de penser et de vivre d’un peuple implanté dans une localité. La langue même est l’expression de ce peuple. Donc nier l’identité des ethnies de France, c’est malheureusement nier leurs langues. Désolé d’insister sur ce point mais il convient de plus tout séparer. Culture et langue vont de pair et n’ont jamais eu plus de prétention que d’exister.

    “Chacun a le droit de changer, d’évoluer et d’envoyer chier ses traditions si l’envie lui prend”. Tout à fait, c’est même le coté “punk” de notre culture occidental qui dit “fuck” à tout ce qu’il veut. Libre en effet à chacun de se remémorer l’histoire de ces ancêtres ou non et surtout libre à chacun de comprendre l’importance que nos langues régionales avaient hier et on toujours aujourd’hui. Soyons rebel d’accord, mais avec les cartes pour savoir quel jeu jouer afin de permettre la réelle restructuration de ses langues en voie de disparition.

    “De même qu’il est hors de question de sacraliser quoi que ce soit au prétexte que c’est une tradition et un trait culturel (ni l’oppression, ni la cruauté ne se justifient). C’est ce défaut qui me parait poindre dans ce billet”.

    Ai-je abordé cette question à aucun moment dans mon article ??? Encore une fois, attention de ne pas inverser les rôles : celui qui se soucie de sa culture devient nationaliste et fermer, et pour vous “cruel”. Désolé mais il convient de voir celui qui se soucie de ses traditions dans le respect de ce qu’il ai : une personne différente de vous mais qui a le droit de revendiquer une culture qui n’est pas la votre.

    Fini le temps une nation = un peuple. Les ethnies ne sont pas un concept (jugez par vous même : http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupes_ethniques_de_France), chacune à son histoire et si je suis d’accord avec vous sur la mise à niveau entre le basque et le seine-et-marnais, rien n’empêche le basque, car sa langue est différente de celle des langues d’oïl (du seine-et marnais et de la moitié des langues de france), de valoriser sa langue et de l’utiliser dans sa vie de tous les jours.

    Ainsi, je suis d’accord avec ce que vous écrivez sur le fond mais dans la forme vous semblez me mettre en garde. Est-il donc si difficile pour vous d’entendre parler des ethnies de france et de la conscience pour leur culture et langue dans un monde qui s’accommode facilement du bi ou trilinguisme ?

  5. Voici une vidéo très intéressante sur ce sujet : http://www.youtube.com/watch?v=yvqtQ0L384s&feature=related
    Le dérapage de Zemmour chez Ardisson.

  6. Vivant en Provence, je me réserve le droit de pratiquer le provençal et non pas l’occitan, forme minoritaire des langues d’Oc. Je suis sûre que les gascons, limousins et autres préfèreront aussi parler leurs langues.

  7. voilà un débat qui m’interpelle. le breton perd de ses locuteurs tous les jours il me semble qu’il doit en rester 10%, qui veut dire qu’étant donné le vieillissement de la population d’ici 2015 il n’y en aura presque plus. La langue bretonne est donc en voie de disparition. Heureusement actuellement, il existe des écoles bilingues alors que mon grand-père ne parlait que le breton avant d’aller à l’école dans les années 1920. On lui a donc interdit de s’exprimer dans sa langue maternelle. La syntaxe de la langue bretonne est différente du français donc cela peut induire un mode de pensée différent. Pourtant on n’avait pas le choix il fallait s’adapter, et mettre de côté sa langue. Mon nom breton a été franciser et oui l’état civil harmonisait les noms bretons! tout ceci sont des faits historiques. Maintenant chacun fait ce qu’il veut de son propre patrimoine culturel et tant mieux si il évolue. Quand je chante en breton, je ne le fait pas pour le folklore mais juste parce que cela est ancré quelque part en moi. je sais d’où je suis. Retrouvé une conscience collective de la culture à travers la langue, le chant, la musique, est important.

  8. Bonjour Quelen !
    Oui, le langue est en danger, il faut s’en préoccuper maintenant.
    Merci de ton témoignage.
    Que chantes-tu en breton ? Peut-on écouter quelque part ?
    Tout à fait d’accord avec toi sur la conscience collective, qui est la même que pour l’écologie pour moi. C’est simplement être soi en accord avec nos racines.
    Merci !

  9. Bonjour Matyas,
    j’ai lu avec attention votre article qui amène à réfléchir. Voici à chaud quelques unes de mes réflexions.

    1. A propos du métissage et du parisianisme (puisque la culture française imposée passe par Paris il semble), je peux dire que je suis métisse : effectivement, je suis née à Paris, ma mère, née à Nantes est moitié Bretonne (Quimper) moitié Maraîchine, mon père né en proche banlieue est Marnais, Picard, Briard et ch’ti. Heureusement qu’il y a le français pour que je puisse penser !!(boutade…). D’où la réflexion suivante :

    2. Quelle est ma culture ? En fait elle est maternelle, donc “grand-maternelle” et bretonne. L’histoire de ma famille fait que je n’ai connu aucun de mes grand-parents. L’histoire particulière de ma famille paternelle fait que sa culture ne s’est pas transmise. Donc, depuis que je suis petite, c’est la culture bretonne qui m’attire. Ma mère ainsi que sa sœur n’ont jamais parlé le Breton mais le comprenait quand elles étaient jeunes car leur mère leur parlait en Breton et certainement leur grand-mère maternelle aussi. Ma mère m’apprenait des chants de Bretagne….en français. D’où la réflexion suivante :

    3. “Dans notre sang coule la mémoire de nos ancêtres et probablement celles de nos langues,…”
    Je me suis toujours demandé pourquoi, parmi toutes mes origines hexagonales, c’est l’origine bretonne qui me “parlait” le plus ? En dehors du fait que c’est mon héritage maternel et que l’on sait que ce sont essentiellement les femmes qui transmettent la culture (enfin je crois…), je me suis souvent demandé s’il y avait quelque chose de génétique, une sorte de mémoire gravée dans nos gènes….

    4. je ne parle pas le Breton même si j’aimerais, je n’ai jamais pris le temps de l’apprendre, je vais très rarement en Bretagne où je n’ai plus d’attaches familiales, mais je me sens Bretonne (voir le magnifique texte de Tri Yann : qu’appelle-t-on être Breton), j’écoute de la musique bretonne et “celtique”. Vivant dans le Bourbonnais, j’y danse leur danses, mais si j’ai le “malheur” d’avoir à danser un rond, je rentre en transe !!

    5. conclusion : mes enfants sont Bourbonnais, ils ne parlent pas cette langue (qui, malgré René Fallet tombe en désuétude) mais grâce à leur nounou “pur jus”, ils ont acquis sa grammaire particulière et quand même pas mal de vocabulaire. Ma fille ainée, étudiante en linguistique, doit faire un travail sur une “faute” de Français : elle a choisi une tournure du Bourbonnais (bien que ce ne soit pas une faute). C’est sa culture aussi.

    6. conclusion 2 : Notre propre métissage franco-français ainsi que nos modes de déplacements n’ont-ils pas fait plus pour perdre nos langues que l’Etat ? L’action a probablement été conjointe. J’en rapprocherais l’abandon des costumes régionaux, ils n’ont pas été interdits et pourtant…remplacés par une uniformité….plus pratique ? C’est aussi plus pratique de parler la même langue, mais d’accord, on peut essayer le bilinguisme. N’empêche, ce n’est pas donné à tout le monde.

    7. bon, voilà quelques pensées, sans critique aucune, juste un témoignage.
    merci pour votre article, je m’empresse d’envoyer le lien à ma fille…

  10. Merci beaucoup Nicole !
    1 question : d’où est le bourbonnais ?

    Pour ma part, concernant l’extinction des langues, je pense que l’état y est pour beaucoup.

    Pour le bilinguisme, je pense réellement que c’est abordable pour tout le monde, par expérience avec les Sàmis, qui parlent quelques soient le niveau social, le métier, etc…3 langues couramment a 10 ans.
    Donc 2 langues n’est pas la mère à boire, je pense que c’est une façon de penser.

    Concernant le métissage et pourtant votre rapprochement de votre identité bretonne, je pense que l’on se sent attiré par une culture ou l’autre quand on vient de plusieurs, et c’est important de savoir se rattacher à une culture sans complexe. La culture bretonne est aussi très forte en France et est très à part dans l’histoire du pays, raison pour laquelle on peut s’y rapprocher/raccrocher plus facilement peut-être…

    Merci en tout cas de votre témoignage important :))

  11. Le Bourbonnais est le berceau d’une partie de nos rois !! sa capitale est Moulins, Anne de Beaujeu, fille de Louis XI y vivait. Des familles “de Bourbon” y vivent encore.
    Ça, c’est la petite minute historique !!

    Pour ce qui concerne le bilinguisme, je m’appuie sur l’expérience que j’ai d’enfants malheureusement pas très dotés côté intelligence, et qui ont les plus grandes peines à parler un français correct, imprégnés qu’ils sont du patois.
    Voilà, merci pour votre réponse.

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