Osez “Joséphine…” pour l’insertion des femmes par la beauté
De son passé de coiffeur de studio pour les plus grands créateurs, Lucia Iraci garde en mémoire les doléances des femmes: elle est consciente que le moral et l’image de soi sont intimement liés. Elle crée alors, en 2006, l’association loi 1901 “Joséphine pour la beauté des femmes”. Accompagnée de son amie Fabienne Antoniewski, Lucia va à la rencontre de femmes en difficulté pour leur offrir un moment de beauté privilégié.
Up-date: L’association JOSÉPHINE POUR LA BEAUTÉ DES FEMMES est lauréate du prix 2010 des femmes pour le développement durable BIBA/MONDADORI FRANCE.
L’association organise un accompagnement bénévole et personnalisé qui permet à ces femmes dans un premier temps de se sentir plus belles et de retrouver l’envie de prendre soin de soi, de se sentir plus en confiance dans la perspective d’une recherche d’emploi ou dans toute tentative de réinsertion sociale.
Lucia développe actuellement cette action à plus grande échelle avec la création du premier salon social qui doit ouvrir ses portes en octobre 2010, une initiative qui devrait se répandre rapidement dans les villes de province avec le soutien des municipalités.
Je me suis rendue dans l’un de ses ateliers en décembre pour y rencontrer ces femmes. Depuis, le projet a bien grandi ! Lucia nous raconte toutes les étapes et en appelle à la bonne volonté des marques de cosmétiques ou de prêt-à-porter qui souhaiteraient l’aider à avancer.
Ecolo-Info – Quand et comment l’aventure “Joséphine pour la beauté des femmes” a-t-elle commencé?
Lucia Iraci – Il y a pas mal de temps ! J’étais coiffeur de studio, avec une grande envie d’être utile mais sans savoir comment. L’allure, l’aspect que l’on renvoie aux autres est très important. Quand on va mal, la première chose qu’on oublie c’est son propre aspect. Et les gens ne nous regardent plus, baissent les yeux. Je me suis dit qu’il fallait aider les femmes, et uniquement les femmes, à se réapproprier leur propre image. Mais j’avais peu de temps et j’étais peut-être trop jeune. Jusqu’à ce que l’idée s’impose … en 2006.
EI – Et quand vous dites uniquement les femmes?
LI – Uniquement le femmes parce que, je ne vous le cache pas, je suis féministe; et puis un homme, il peut toujours avoir un aspect impeccable, il ne faut pas grand chose, et s”il a du bagou et de l’humour, de toute façon, il s’en sort toujours; alors qu’une femme… c’est un peu plus compliqué. Il y a une sorte de culpabilité… Quand elles n’ont pas de travail, elles se disent quelles n’ont pas le temps ou le droit de s’occuper d’elles. Ce que je trouve injuste.
Il n’y a rien pour qu’on puisse se maquiller ou se coiffer à tout petit prix. C’est pour cela que je voulais donner à ces femmes la même attention que je donne à mes clientes.
En 2006, je coiffais dans mon lieu et j’ai parlé de mon intention de créer ces ateliers à Marie-Françoise Colombani (journaliste au Elle), elle m’a mise en relation avec des associations. Les ateliers ont commencé, d’abord dans une crèche sociale dans les Yvelines. Nous on s’occupait des mamans. Quand les mamans vont bien les enfant vont bien. Puis nous avons continué avec l’association Mission Possible dans le XIXè arrondissement. Puis une association de Service à la personne.
EI – Vous êtes très proche de l’association Force Femmes ?
LI – Cette association existe depuis quatre ans, avec un accompagnement de femmes en réinsertion. On continue encore à faire des ateliers. On s’y rendait avec Fabienne chaque lundi, tout notre temps libre. Ne trouvant pas de volontaires pour nous aider, je me suis dit qu’il fallait créer un salon social en dur, avec des bénévoles et de vrais emplois. Mais ça c’est quelque chose qui m’est difficile “vendre quelque chose”. Nous nous sommes heurtées à des murs. Avec Fabienne, nous avons alors décidé – le courage nous ayant abandonné, de faire une pause qui a duré trois mois au début de l’année 2009. J’étais triste parce que les femmes nous attendaient.
Ecolo-Info – Quel a été le déclic pour continuer le combat?
LI – Il se trouve qu’en 2009, j’ai été récompensée de la Légion d’Honneur pour cette action. Et le jour de la remise, je me suis sentie usurpatrice… Rouge de honte, j’ai déclaré: “Comptez sur moi, je ne laisserai jamais tomber Joséphine!” Et voilà ! J’ai repris les ateliers dans mon salon… Je ne voulais pas au départ, car j’avais peur que l’on dise que je me servais de mon salon. Mais c’était stupide ! J’avais un salon, il suffisait juste de l’ouvrir et accueillir ces femmes sans peur du quand-dira-t-on. Tous les derniers lundi du mois, nous avons une journée entière réservée. Et ces femmes adorent venir ici!
C’est là qu’arrive Maya dans l’aventure. Maya est leveur de fonds. Elle me donne une telle “niaque” que me voilà repartie…. Il y a deux mois, au hasard d’un dîner à la maison, je rencontre un homme très sympathique. Il s’avère qu’il est le Vice-Président de SOS Racisme. Il a porté le projet d’une façon extraordinaire. Aidé par mon attaché de presse qui a communiqué tous azimut ! En deux mois, tout s’est débloqué.
EI – Là c’est parti pour l’ouverture du premier salon social?
LI - Oui, nous voulons donner un très joli lieu, dans le centre de Paris, à ces femmes, pas du tout luxueux mais très élégant avec une vraie qualité de travail. Un salon de coiffure, une cabine d’esthétique, un vestiaire à disposition, et des formations. On va essayer de faire des deals avec des écoles. Une de mes clientes a eu également une très belle idée: l’alphabétisation. Le dossier est prêt.
Aujourd’hui nous avons reçu nos premiers fonds (grâce à la Macif qui s’engage depuis un an auprès des femmes avec sa fondation Mutavie), il faut trouver le local très vite, faire les premiers travaux, engager deux personnes et installer le vestiaire.
EI – Vous avez contacté des marques pour le vestiaire?
LI – C’est en cours, mais mon rêve, c’est de le faire avec Agnès B.
EI – Vous pensez à qui comme marraine?
LI – Adjani, passionnée et passionnante. Sandrine Bonnaire… ou Charlotte Gainsbourg, Vanessa Paradis. Et puis, aussi Elisabeth Badinter.
(S’en suit une conversation animée au sujet de l’écologie, de la fameuse polémique, de la lettre ouverte des Vertes de Rage… qui n’est pas le propos de cet article). Sachez simplement, que Lucia est écolo-pratiquante et qu’elle soulève les problèmes d’injustice face aux prix souvent élevé des magasins bio et au manque d’éducation sur ces problématiques de consommation, dans les écoles notamment. “Faire en sorte que tout le monde puisse trouver des choses facilement, c’est ça qui est le plus important”. Elle qui se bat dans son salon, en interdisant l’emploi de papier absorbant, et en triant les déchets de façon plus efficace.
EI – Vous voyez l’avenir comment par rapport à ce projet ?
LI – En rose ! Comme Edith Piaf (rires). Je me vois jusqu’à la fin de ma vie entourée par ces femmes. La joie! Dans l’échange, j’apprends beaucoup d’elles. Il y a plein de choses qui se disent dans ces moments-là! C’est un plaisir de leur faire plaisir. Elles m’apprennent l’humilité, la tolérance… Je vois ma vie ne pas s’arrêter. Voilà: je n’irai pas à la retraite !
Message de Lucia Iraci à l’occasion de la Journée de la Femme – 8 Mars -
Dans le monde, qui hélas, aurait de quoi nourrir notre indignation, je revendique le sérieux dans la frivolité. Pas d’angélisme, mais un bel optimisme. Ne jamais renoncer, même si, parfois ça tangue….
C’est la vie.Vous offrir le meilleur de vous, c’est ce qui donne du swing, à ma démarche à travers l’association JOSEPHINE POUR LA BEAUTE DES FEMMES.
LUCIA IRACI
Présidente de l’association
Joséphine pour la beauté des femmes
++ Pour aller plus loin ++
- Association Joséphine pour la beauté des femmes – 13 Rue Vieux Colombier – 75006 PARIS – tél. 01 42 22 29 86 – josephine.beaute@noos.fr – www.lucia-iraci.com
- L’ Association Force Femmes accompagne et soutient les femmes de plus de 45 ans dans leurs démarches de retour à l’emploi et de création d’entreprise.
- Lucia Iraci débute sa carrière de coiffeur studio en France il y a trente ans. Très vite elle travaille sur les séances photos de nombreux magazines pour les défilés des plus grands créateurs. En 2000, Lucia réalise son rêve, elle ouvre son salon en plein coeur de St Germain des Près dans un lieu magique préservé de l’agitation et du stress. Son credo : vous traiter en V.I.P. qui que vous soyez ! «Je veux que chaque femme puisse se sentir ici dans la peau d’une star ou d’un top model». Rien n’est laissé au hasard ! Lucia soigne, coupe et colore vos cheveux sur mesure dans un cadre intimiste. Deux ans après l’ouverture, Lucia puise dans ses origines siciliennes l’inspiration pour créer sa gamme de produits de beauté pour les cheveux. Ses recettes à base d’huiles essentielles et de plantes sont la consécration d’un idéal de beauté au naturel. La ligne est en voie de reformulation bio. En écoutant les doléances des femmes au fil des jours, Lucia est amenée à s’interroger sur ce qu’elle pouvait leur apporter. Consciente que le moral et l’image de soi sont intimement liés, elle crée alors l’association “Joséphine pour la beauté des femmes”. Accompagnée de son amie Fabienne Antoniewski, Lucia va à la rencontre de femmes en difficulté pour leur offrir un moment de beauté privilégié. L’association organise un accompagnement bénévole et personnalisé qui permet à ces femmes dans un premier temps de se sentir plus belles et de retrouver l’envie de prendre soin d’elle. L’expérience doit dans un second temps les conduire à se sentir plus en confiance dans la perspective d’une recherche d’emploi ou plus généralement dans toute tentative de réinsertion sociale. Elle développe actuellement cette action à plus grande échelle. En 2009, Lucia Iraci reçoit la Légion d’Honneur pour cet engagement. 2010, ouverture du premier salon social en partenariat avec la MACIF.











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génial idée dis-donc !
merci Cat pour cet article. demarche superbe et tres belle.
Lorsque Lucia dit : ” Je me vois jusqu’à la fin de ma vie entourée par ces femmes”
Cela me fait penser à ce superbe projet en cours depuis plusieurs années et qui devrait voir le jour en septembre/octobre : http://www.lamaisondesbabayagas.fr/
N’hésitez pas à faire tourner cet article, Lucia a besoin de toutes les forces en présence. Des vêtements neufs pour son vestiaire, des cosmétiques et des produits pour faire tourner le salon, des bénévoles coiffeur, maquilleurs… Que sais-je !
Merci Cat
Superbe initiative ! Je trouve que c’est une très belle illustration d’entrepreneuriat social : s’écarter des idées préconçues pour résoudre un problème d’un tout autre angle et répondre de manière innovante à un besoin vital (si si) !
Je suis maquilleuse et conseil en image. Je serai volontaire pour donner un peu de mon temps a cette association, contactez moi.
Madame, j’ai entendu à la radio Chérie FM , comme j’étais esthéticienne, j’avais des appareils pour l’esthétique, mais ces appareils sont vieux mais en état de marche. j’aimerai vous les donner. comme je n’ai pas de voiture, c’est pourquoi si cela vous intéresse , veuillez venir les chercher chez moi.
puis-je venir chez vous pour me faire soigner, cela me fera un grand plaisir . en attente votre prompte réponse.veuillez agréer, Madame , mes salutations.Nguyen.
Nous avons le plaisir de vous informer que l’association JOSÉPHINE POUR LA BEAUTÉ DES FEMMES est lauréate du prix 2010 des femmes pour le développement durable BIBA/MONDADORI FRANCE.
LIEN WEB CI-DESSOUS ET PDF DE LA PAGE CONSACRÉE À CE PRIX
http://www.mondadorisengage.fr/prix-des-femmes-pour-le-developpement-durable/les-laureates/
[...] Il y a tout juste un an, j’avais visité un des ateliers, sis dans le salon de coiffure de Lucia Iraci, au cœur de Saint-Germain des-Prés. L’occasion de lui donner la parole sur les prémisses de ce projet qu’elle porte depuis des années. Le salon a ouvert le 8 mars, Journée officielle de célébration des femmes… Une date symbolique ? C’est un lieu plein de couleurs vives, au design contemporain, qui se cache dans une petite rue du quartier de la Goutte d’Or, un melting-pot de communautés diverses et colorées. Pour marquer l’événement, Lucia a réuni le 23 mars toutes les forces vives qui ont rendu la chose possible: sponsors, marraines, parrains. Certains m’ont raconté leur rencontre et surtout le pourquoi et le comment de leur engagement. [...]