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Les Coulisses » Opinion

Les plages (é)mouvantes


Le 28 février 2010 | Par

Matyas

Ses articles

Revenant d’une balade sur les plages qui m’ont vu grandir, je me rends compte à quel point garder les lieux que l’on aime propres fait du bien. Quoi de mieux, lors d’une promenade, d’embarquer un sac pour ramasser les déchets qui croisent notre chemin ? Parce que, inlassablement, la mer nous ramène ce que nous y déversons, et à chaque marée sa surprise ! Allez, c’est parti pour un petit tour sur le bord de mer…

Cela fait des années que je ne regarde plus la TV, alors quand je rentre chez moi, sur mon île, pour me ressourcer et visiter mes parents, je passe beaucoup de temps sur la plage.

L’ÉROSION DES CÔTES

Depuis que je suis petit, l’érosion des côtes me fait peur. J’ai l’impression d’être, comme dans le dernier projet de Yann Arthus-Bertrand, un témoin du réchauffement climatique.

Un jour, quelqu’un m’a dit qu’il n’y avait pas que le réchauffement pour les niveaux de l’eau mais aussi que les dorsales des océans bougent et font monter le niveau de l’eau.

En tout cas, j’ai encore eu les larmes aux yeux de voir les côtes érodées et les hommes impuissants face à la mer, celle qui recouvre tout. Nous avons déjà eu des digues qui ont cédé et des élevages qui ont péri. Ces dunes qui fondent comme neige au soleil m’attristent. J’ai dit à mes parents que nous devrions proposer à la mairie des distributions gratuites de plantes aux racines qui tiennent le sable pour replanter les dunes.

Ils sont en train de tester plusieurs systèmes différents : pieux parallèle à la mer, murets bas en pierre sèche à l’ancienne perpendiculaire à la plage, rapport de sable pour combler les plages, etc… rien ne semble marcher.

C’est triste, surtout que d’année en année mes parents signalent que les tempêtes sont de plus en plus violentes. L’été, les touristes “de plage” peuvent voir la côte se creuser : évitez de marcher sur le bord des dunes pour ne pas casser celles qui restent…

LE RAMASSAGE DES DÉCHETS ET LA POLLUTION MARINE

Depuis l’Erika et les heures passées à ramasser du bitume sur les plages, j’ai gardé le réflexe d’embarquer un sac quand je me promène. Lorsque je l’oublie, j’ai le sentiment de profiter de la plage sans l’entretenir. Or, je me sens responsable de ces plages. Elles ont bercé mon enfance : parcourir le sable fin ou nager dans les vagues m’ont beaucoup appris de la vie. Elles méritent mon respect.

Sur la plage, on trouve de tout : des canettes, des bidons, des dentifrices, des préservatifs, des bouts de plastique, de bouée, des gants en plastiques, des balles de fusil, des bidons, des bouteilles d’eau en plastique et en verre, etc, etc.

Un petit point rapide sur la pollution marine par Greenpeace, alors que le film Océans vient de sortir sur nos écrans de cinéma :

“Malgré la forte visibilité des fuites de mazout sur les environnements marins, les quantités totales impliquées sont minimes par rapport aux polluants provenant d’autres sources (les eaux usées domestiques, les rejets industriels, les fuites provenant de déversements de déchets, les écoulements urbains et industriels, les accidents, les déversements, les explosions, les opérations de dégazage sauvage, la production pétrolière, l’exploitation minière, les pesticides et les engrais agricoles, les sources de chaleur résiduelle et les décharges radioactives).

On estime que parmi les polluants retrouvés dans la mer ont pour environ 44 % des sources terrestres et pour 33 % une origine atmosphérique. En revanche, le transport maritime représente seulement aux alentours de 12 %.

La pollution par les engrais provenant des eaux usées et de l’agriculture peut entraîner des ” fleurs d’eau ” qui poussent de manière peu esthétique et sont éventuellement dangereuses dans les eaux côtières. À mesure que ces algues meurent et pourrissent, elles consomment l’oxygène de l’eau. La pollution industrielle contribue également au développement de ces zones mortes en déversant des substances qui, à mesure qu’elles se dégradent, utilisent également tout l’oxygène dissout dans l’eau.

La contamination radioactive de la mer est liée à de nombreuses causes. Par le passé, les essais d’armes nucléaires y ont contribué. Le fonctionnement normal des centrales nucléaires pollue également la mer mais les sources ponctuelles qui sont de loin les plus importantes en termes d’éléments radioactifs fabriqués par l’homme sont les usines de retraitement des déchets de La Hague (France) et de Sellafield (Royaume-Uni). Ces déversements ont entraîné une contamination généralisée des ressources marines vivantes dans une large zone ; des éléments radioactifs traçables devant être retraités peuvent être retrouvés dans les algues aussi loin que sur la côte ouest du Groenland et le long de la côte de Norvège.

Le rejet de produits chimiques produits par l’homme dans les océans implique potentiellement un nombre incommensurable de substances diverses. On considère que 63 000 produits chimiques différents sont utilisés dans le monde dont 3000 correspondant à 90 % du tonnage total fabriqué. Chaque année, jusqu’à 1000 nouveaux produits chimiques de synthèse peuvent être mis sur le marché. Parmi tous ces produits, environ 4500 appartiennent à la catégorie la plus dangereuse. Ceux-ci sont connus sous le nom de polluants organiques persistants (POP). Ils sont résistants à la dégradation et peuvent s’accumuler dans les tissus des organismes vivants (toute la vie marine), entraînant des dérèglements hormonaux qui peuvent, à leur tour, provoquer des problèmes en termes de reproduction, causer le cancer, immuno-déprimer le système immunitaire et interférer avec le développement normal des enfants.

Il est effrayant de constater que les produits de la mer consommés par les peuples vivant dans les régions tempérées sont également affectés par les POP. Le corps des poissons gras a tendance à stocker les POP et ceux-ci peuvent être transmis aux consommateurs humains. Lorsque les poissons gras sont transformés en farines de poisson et en huiles de poisson et qu’ils sont ensuite utilisés dans l’alimentation d’autres animaux, ceux-ci peuvent également servir de vecteurs et transmettre les POP à l’homme.

La forme de pollution la plus commune et la plus visible est la pollution pétrolière causée par les accidents de navires pétroliers et le nettoyage des soutes en mer et, outre les effets visibles à court terme, de graves problèmes peuvent survenir à long terme. Dans le cas d’Exxon Valdez qui s’est échoué en Alaska en 1989, l’impact biologique de la marée noire est encore tangible 15 ans après l’événement. Le Prestige, qui a coulé au large des côtes espagnoles fin 2002, a entraîné d’énormes pertes économiques lorsqu’il a pollué plus de 100 plages en France et en Espagne et qu’il a méthodiquement détruit le secteur de la pêche local.”

Alors voila, si vous avez eu le courage de lire tout ce rapport, vous en conclurez que ramasser les déchets sur la plage ce n’est rien, mais c’est tellement mieux, c’est comme tout, c’est la conscience que si chacun met de son grain de sel, un petit geste devient une véritable révolution.

LE BONHEUR DES EMBRUNS

Enfin, tout cela ne me gâche nullement mon plaisir : même en hiver, j’aime la mer, la plage, je ne peux m’en passer. Elle me nourrit mais nourrit aussi mon imaginaire et libère mon esprit. M’émerveiller lors d’une balade n’est jamais une recherche, il suffit d’ouvrir son esprit aux petits riens qui font tout : un vol d’oies bernache de passage, une carapace de crabe sur le sable, l’odeur des algues, le son des vagues, l’immensité de l’océan… Une balade en amoureux sur une plage déserte devient encore plus étourdissante !

Le calme enivre aussi finalement, et le corps devient apte à développer un 6e sens où il nous semble soudain possible de communiquer avec le vivant… et surtout d’en faire partie.

Alors n’oubliez pas : embarquez avec vous un sac, c’est si simple de ramasser les déchets des plages et pourtant si essentiel !

++ Liens ++


12 commentaires à “Les plages (é)mouvantes”

  1. Anne-Sophie says:

    Merci Matyas pour cet article et ce rappel, alors que les beaux jours reviennent mais que la tempête vient de sévir encore sur les plages bretonnes…

  2. citron vert says:

    merci Matyas semaine dernière en vacances que ce soit en bord de mer ou autour d’un petit lac aussi bien qu’en ville nous avons ramassé .
    une contribution à la beauté de la nature lui redonner de la dignité!
    Ce n’est pas assez , c’est mieux que rien …

  3. Richard says:

    Ca me rappelle cette anecdote alors que j’étais collégien. Lors d’un voyage en Italie avec la classe (1982, déjà), nous nous étions arrêtés sur une plage à Gênes pour pique-niquer. J’avais entrepris un ramassage des déchets laissés par mes camarades. L’un des deux profs encadrants lance, un peu railleur : “Oh, mais il est écolo Richard” suivi par une réflexion de l’autre enseignant : “Il est plutôt maso”… No comment, hein.

  4. LGV says:

    Film émouvant et article convainquant ! Il est importante de tous s’y mettre, même si ça ne changeait rien ça changerai déjà les consciences. Protégeons la mer et la nature dans se perfection.

  5. Je suis de tout coeur avec vous quand vous dîtes qu’on peut ramasser les déchets. Je le fais seule, J’y ai embarqué des amis qui s’y sont pris au jeu, des enfants lors des mercredis nature que j’organisais. Les enfants en redemandaient. Ils voyaient la différence avant et après.

    Je me rappelle des plages des landes en février. L’horreur, une décharge e déchets venant d’Espagne. Je mettais en doute cet origine mais les inscriptions sur les bidons, bouteilles, caissses … le prouvaient. Les courants y ramenaient tout.

    En Haute-Savoie comme dans toute la France, des déchets le long des routes, dans les sous-bois.. Certains boivent et jettent la bouteille par la fenêtre, le paquet de cigarette. Où je suis actuellement des sacs poubelle pleins de bouteilles plastiques, jetés sur le bord de route. Les emballages de bière et bouteilles plastiques vers les arrêts de chasse. Je nettoie souvent mais est-ce normal ?
    Si les gens ne jetaient pas, on aurait pas besoin de ramasser. Un parisien m’a dit devant le fait que je sois surprise qu’il jette par terre le prospectus trouvé sur sa voiture :” il y a des gens payés pour ramasser !!!” Et si on les payait à autre chose plus utile.
    Je n’ai pas oublié ma surprise dans le désert Tunisien de voir le village perché sur une colline où on apercevait des déchets semi-enterrés. On aurait dit qu’ils avaient construits sur ces déchets plastiques. Pourtant ils sont moins consommateur de superflu que nous. Quel dommage !

    Beaucoup réclame le retour des bouteilles consignées. Pourquoi pas !

    Merci Matyas pour cet article.

    Tout ceci est du temps perdu à côté de celui que certains parents pourraient passer à s’éduquer et éduquer leurs enfants aux respects d’eux-mêmes et des autres.
    Sommes-nous des bêtes anormales eux qui ne jetont pas? Nous ne voulons pas disparaître mais plutôt nous multiplier.

  6. Matyas says:

    Merci de vos commentaires !

    @ Richard : j’ai eu une expérience similaire…moins violente ceci-dit ! Ce qui est plaisant c’est de voir comme les mentalités évolues aujourd’hui. Non on était pas des maso !

    @ Renée : Je dis oui des deux mains car nous avons crée effectivement des métiers pour palier à l’irresponsabilité inconsciente du monde et effectivement nous pourrions passer plus de temps à être ensemble plutôt qu’à nettoyer ce qui ne nous appartient pas et n’appartient à rien d’ailleurs !
    Et c’est fou : la marée haute ramène toujours quelque chose…mais c’est une belle leçon d’humilité que de prendre le soin de ramasser pour ce que l’on aime. Faisons à notre niveau…
    Bref, le plastique c’est pas fantastique et vivons qu’on passe à autre chose !

  7. Coucou Matyas,
    un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. tous les animaux terrifiés et atterés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibris’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires lui dit : Colibri ! Tu n’es pas fou? Tu crois que c’est avec ces gouttes que tu vas éteindre le feu ? “JE LE SAIS REPOND LE COLIBRI, MAIS JE FAIS MA PART”

    A titre individuel, si nous le décidons, nous pouvons tous faire quelque chose

  8. Maryvonne says:

    Après chaque grande marée je suis toujours étonnée de voir que la “physionomie” des plages ici sur les côtes finistériennes changent … et d’une marée à l’autre il est étonnant de voir ces dunes disparaître petit à petit, effrayant de ne plus reconnaître ces plages pourtant si souvent fréquentées.
    Oui, Matyas, après chaque grande marée les sacs poubelle de 100 L s’imposent … tant est désolant le spectacle de tous ces déchets rendus par la mer.

  9. easyfrog says:

    Merci pour ce rappel !

  10. [...] qui s’attardait encore sur les plages de son enfance pour nous livrer les réflexions, pas toujours heureuses, que lui inspirent ces promenades [...]

  11. [...] Les plages (é)mouvantes, par Matyas [...]

  12. [...] de mer, l’expérience peut se révéler fort intéressante… en hiver, sur la plage, les immondices ne sont pas ramassées. De quoi prendre la mesure du désastre écologique, avant que les opérations de nettoyage du [...]

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