Ecolo-Info
 De la cohérence s’il vous plaît!!
De Albert • 10 février 2010 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Peut-on être écolo sans penser régulièrement au mot “cohérence”?

Combien de fois dans la semaine, l’écolo-bobo-créacu-locavore, et autres épithètes que l’on me prête, ne se pose pas la question: mes actes sont-ils en cohérence avec mes discours?

Plus prosaïquement: est-il cohérent de manger un bon steack de boeuf dans le premier restaurant débusqué, alors que j’aurais pu prendre le temps de me préparer un petit frichti végétarien, bio et local avant de prendre la route?

Ou bien, est-il cohérent d’acheter la petite robe dernier cri qui vous fait de l’oeil dans la vitrine malgré le fait qu’elle rougit d’avance de son bilan carbone, alors que vous pourriez faire 25 pas de plus et entrer dans le dépôt-vente au coin de la rue?

Et oui… Quel scoop : l’être humain est faillible !

Nos émotions, nos désirs ou nos peurs sont autant de paramètres avec lesquels il nous faut composer si l’on souhaite vivre en paix avec soi-même lorsque l’on choisit de vivre selon une éthique personnelle. Comme l’écrivait récemment Olivier: tout est une question de choix.

Mais qu’en est-il d’une entreprise ?

Autant je comprends qu’un humain puisse faire des compromis avec ses propres engagements, autant j’ai du mal à accepter qu’une entreprise affiche vert et travaille au noir.

Une entreprise n’a pas d’émotions. Elle agit en fonction des contraintes qui lui sont imposées, elle peut également si elle le souhaite ajouter des contraintes supplémentaires.

Une fois l’ensemble des contraintes déterminées, l’entreprise n’a plus qu’à oeuvrer dans le cadre défini.

Un humain, de par sa nature même, peut s’écarter du chemin qu’il a choisi.

Une entreprise, parce qu’elle est dépourvue d’émotions, ne devrait pas s’écarter du cadre qui lui a été donné et, si tel était le cas, devrait être sanctionnée.

Malheureusement, il suffit d’entrer dans un magasin pour constater que peu d’entreprises restent cohérentes face aux questions environnementales.

Quelques exemples dans un secteur qui m’est familier…

Qu’un éditeur spécialisé dans le sport automobile imprime ses livres en Asie, sans prêter aucune attention au papier et aux encres utilisées, ne me choque pas. D’accord, je trouverai plus intéressant pour la planète et l’industrie locale qu’il imprime plus près de chez lui, mais bon, compte tenu de son sujet, de sa clientèle, son choix est cohérent.

Par contre, lorsque je croise un livre tel que le Kididoc “Protégeons la planète“, labellisé WWF et imprimé comme l’ensemble de la série Kididoc en Malaisie, là, je bondis !

Même chose, lorsque je vois un livre labellisé par le SCEREN (le centre de documentation pour l’éducation national, dépendant du CNDP) imprimé en Chine alors que rien dans sa conception ne l’empêcherait d’être imprimé en France. Je saute encore plus haut lorsque je constate que l’éditeur en question a le mot “vert” dans son nom et qu’il propose dans son catalogue une collection de petits livres “qui font découvrir aux plus jeunes les petits gestes quotidiens pour préserver l’environnement“.

Alors que faire ?

J’évite autant que possible de reprendre un humain qui dévie de temps à autre du chemin qu’il affiche. D’une part parce que je suis également humain, et donc également faillible, d’autre part parce que je ne suis pas physiquement imposant et que je n’ai aucune envie de me battre.

Par contre, face à des entreprises qui manquent de cohérence, il me semble que c’est à nous, consommateurs, usagers, clients, de les rappeler à l’ordre.

Comment ?

En leur écrivant directement, en postant sur des blogs, en alertant des associations de consommateurs… Les outils ne manquent pas.

Arrêtons de culpabiliser pour le steack ou la petite robe. Aidons les entreprises à rester cohérentes avec elles-mêmes et à nous proposer des produits en lien avec nos valeurs.

Il ne tient qu’à nous de mettre en avant les entreprises cohérentes et d’amener celles qui ne le sont pas à le devenir (variante : et de sanctionner celles qui ne le sont pas…)

++ plus ++

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10 Réponses »

  1. Sur le principe, je ss assez d’accord, dans le sens où l’on ne peut pas être 100% cohérent avec ses convictions écolo-responsables (ne serait-ce que pour des questions de budget).
    Ceci dit, pourquoi être plus intransigeant avec les entreprises, dirigées par des humains ?! Si l’humain est faillible, ce qu’il crée l’est tout autant.

    Selon moi, ce n’est pas tellement parce que se sont des entreprises qu’il faut les sanctionner, c’est plutôt l’énormité de leut incohérence qu’il faut relever…. tout comme pour un citoyen lambda. Tout est une question de cohérence GLOBALE et surtout, d’ECHELLE : une entreprise a bp+ d’influence que tout un chacun.
    Même si j’ai arrété d’acheter mes fringues chez H&M, c’est pas pour ca qu’ils ont fait faillite. Tandis que si H&M arretait de s’approvisionner auprès d’exploitants se foutant royalement des droits de l’homme (et de l’enfant) pour se tourner vers un produceur responsable, peut-etre bien que le 1er fabricant se casserait la figure et que des entreprises + ethiques se développeraient d’avantage.

    En tout cas, merci de relever le poids qu’ont les consommateurs vis à vis des géants de la consommation : arretons de faire “comme si”, exprimons-nous sur ce qui nous choque dans ce monde, ce qui ne nous semble pas… cohérent ;-)

  2. si j’avais suque tu allais écrire u tel article, je t’aurais filé cette photo pour illustrer!
    http://vertes-et-mures.blogspot.com/2010/02/not-made-in-china.html

  3. je m’excuse de faire ma promo mais en france, en plus il y a des imprimeries écolos : http://www.imprimerie-villiere.com

  4. Shabnam > j’adore cette image !

    Anne-Sophie > oui parlons cohérence… petite anecdote perso. Je suis allée acheter ma robe de mariée la semaine dernière. Je cherchais une robe en tissu bio, de fabrication française et dont le moindre point d’aiguille ait été réalisé en France. Je me suis approchée de mon idéal, et j’en suis ravie. J’étais d’ailleurs admirative de la vendeuse qui m’expliquait qu’elle avait ouvert sa boutique pour pouvoir choisir soigneusement chaque tissu, etc… car il voulait absolument éviter le Made in China.

    Dernier échange avant de partir :
    Elle : “et n’oubliez pas d’acheter la crinoline” (une sorte de jupon à cerceaux).
    Moi : “ah oui je peux en trouver où?”
    Elle : “Aller chez Tati, c’est pas cher !”
    Moi : &¤!*!?? ^*!&¤!!?*? ^ (j’ai failli lancé un “WTF!!!”)
    Voyant ma réaction elle me dit, “mais on ne peut pas tout avoir, vous ne trouverez personne pour vous fabriquer une crinoline en France !”.

    J’ai été ulcéré par sa remarque, elle a surement raison. Mais vu nos échanges, je m’attendais à quelque chose de plus cohérent comme “trouvez-en une de seconde main !”.

  5. Albert > cette question de la cohérence ou l’incohérence me fait penser aux entreprises qui arrivent à vendre de la cohérence, sans l’être (greenwashing) et qui font de l’ombre aux petites entreprises, plus éthiques, mais moins visibles… qui finalement luttent pour survivre
    cf http://www.logiconfor.info/lentreprise-ethique-peut-elle-survivre/

  6. En participant aux assises des Entrepreneurs d’Avenir j’ai été frappé par le dénominateur commun qui était le rapport au temps de ces entreprises : les entrepreneurs d’avenir ne cherchent pas une rentabilité à court terme. Les choix sont dictés par la cohérence alors forcément ces entreprises mettent plus de temps à s’imposer mais elles apportent une richesse inégalée. Je constate avec aboneobio que c’est précisément cette cohérence dans la manière de mener le projet qui attire les médias et lui donne par la même son audience. Certes la rentabilité mettra plus de temps, car les choix économiques présentent aussi des contraintes mais je suis persuadée que le consommateur sera de plus en plus exigent et imposera aux entreprises des engagements.

  7. Bien dit Albert ! C’est effectivement en échangeant que nous pourrons vivre dans un monde de cohérence.
    Je suis aussi assez d’accord avec Csil aussi. Hier j’ai eu le choix entre payer pas cher du tout, tout ce qu’il me fallait pour mon lit (housse de couette, oreiller, drap du dessous et serviette de bain), j’ai commencé à tout prendre puis je suis tombé sur les même mais en “organic”, en coton bio, juste à coté, 3 fois plus cher (et pas une blague, 3 fois plus cher).

    Et bien j’ai pris…Le bio, en me disant que si je ne mets pas le prix, alors jamais on ne s’en sortira. J’étais aussi en quelques sortes, fier de moi. Je crois que de changer de consommation c’est changer d’abord d’état d’esprit, on en revient à la prise de conscience qui nous fait culpabiliser….Et là dessus je suis d’accord avec toi, c’est un bon retour des choses que de dire : je fais des efforts, pas tout le temps, mais ceux chez qui j’achète je vais essayer de leur dire de changer aussi.

    En repensant à ce que disait Csil, je pense effectivement qu’il y a une forme de “froideur” dans l’industrie : on a été formé pour faire du business, alors on s’en fout d’où ça vient faut que je fasse du CA pour faire vivre mes employés et surtout le bon PNB.

    Je pense qu’il faudrait réformer les écoles de commerces. Quand je pense que j’ai un tas d’enfant de famille ou d’amis qui font des écoles de business et qui se font laver le cerveau, il faut changer les mentalités à la base.
    Si les jeunes qui sortent d’écoles de commerce n’ont pas de cartes pour faire face au nouveau défi d’aujourd’hui, alors comment pouvons-nous changer une société basé sur la consommation ??
    Peut-être il y a des gens qui savent : existent-ils des options DD ou éthique ou autre en école de commerce???

    En tout cas : vive l’éthique en entreprise !!

  8. Matyas >
    Oui ces options arrivent progressivement ! A HEC Paris, ils ont un “parcours” développement durable. Je ne pourrais te dire depuis quand (j’ai appris ça hier :) mais en tout si les Hautes écoles (j’ai toujours aimé ce “haute”) s’y mettent, c’est pas mal du tout.

  9. Il n’est effectivement pas toujours facile de concilier nos aspirations écologiques et la réalité :
    j’ai monté une entreprise qui propose des tissus certifiés bio, mais je suis bien obligé d’aller m’approvisionner en Inde et en Turquie : pas de producteur en France (sauf le lin : il existe une filière de lin bio en Normandie)

    A bientôt
    Stéphanie de BIOTISSUS

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