Le “Sens” dans un documentaire
ll y a 2 semaines dans l’amphithéâtre de l’Unesco, M. Borloo présentait ses vœux et remerciait son équipe (et la très gênée « Nathalie Jouanno » (sic!)). Après quoi, il adouba selon ses termes: « le meilleur documentaire que l’Homme n’ait jamais fait« . Il s’agissait d’Océan de Jacques Perrin, déjà connu et reconnu pour ses très beaux documentaires Microcosmos et le Peuple Migrateur. Autant prévenir: il a mis la barre très haute.
Les images d’Océan sont d’une beauté infinie. Parmi les plus belles que j’aie pu voir, comme pour les deux autres documentaires cités. Ces trois documentaires sont dotés de bandes originales qui les portent (rappelez-vous la musique de Microcosmos). Mais à la différence de Microcosmos et du Peuple Migrateur Océan est malheureusement ponctué du discours du réalisateur.
Le sens et le message de ce film me laissent sincèrement perplexes.
L’absence de pédagogie
La succession d’images et d’animaux sans nom, sans lieu d’origine, provoque ma première critique: le documentaire manque de pédagogie.
Il fait pâle figure à côté de l’excellente série de la BBC sortie en 2001 Blue Planet qui est le plus extraordinaire hommage pédagogique rendu aux mers et océans et à tous ceux qui les habitent.
Si vous cherchez un cadeau à donner enfants comme adultes), je vous conseille vivement Blue Planet ou encore l’autre série incroyable Planet Earth).
Certes les images et la photographie d’Océan sont encore plus majestueuses que celles de la BBC grâce à la technique dont ils disposent aujourd’hui. Cependant, je me demandais ce que j’avais appris avec Océan: n’oublions pas que la capacité d’enseigner est LA caractéristique qui différencierait l’Homme de tous les animaux qui n’apprendraient que par mimétisme et ne sauraient pas enseigner.
L’absence de sens
Au lieu de se réserver à un enchaînement d’images stupéfiantes avec une histoire scénarisée à l’instar de Microcosmos, J. Perrin s’est risqué à faire passer un message: son legs, symbolisé par la présence maladroite de son petit-fils. Or ce n’est pas un exercice simple, et personnellement je ne m’y aventurerai pas.
Le rendu de son message gène: il gène parce qu’il donne une vision de la Nature sous cloche… cloche. Les images portent sur une Nature sans l’Homme (ou où l’Homme était l’ennemi). Une Nature d’une perfection visuelle sans pareille alors que le message verbal tente inconfortablement de recoller l’Homme dans la Nature.
Je me suis posée la question: pourquoi j’ai aimé Home et pas Océan? Tout simplement parce que il y avait du Sens qui transcendait le scénario de Home. Je salue le travail exceptionnel d’Isabelle Delannoy que je ne connaissais pas alors. C’est son texte, son message qui porte le documentaire de Yann Arthus-Bertrand. Sans son texte, sans le Sens et sans le message qu’elle a su transmettre avec une habileté rare, je pense que le documentaire de YAB n’aurait été qu’une succession de belles images comme Océan.
Le Sens qu’elle donne, via son scénario, donne vie aux images. Il ne tombe ni dans la culpabilisation, ni catastrophisme; travers dans lequel le documentaire de Nicolas Hulot semble être tombé (mais je ne l’ai pas encore vu).

Photo: Richard Avant La Lettre, Gran Muntanya, Catalogne, novembre 2008
Elle parvient, tel un équilibriste, à nous aider nous poser des questions sur l’état de notre planète, sur notre impact, mais surtout elle nous donne envie d’agir, de faire quelque chose…et même d’aller voter un certain 6 juin 2009.
Le peuple du balcon vs. le par-terre
Au lieu de me mettre avec les autres directeurs d’associations dans le parterre de l’amphithéâtre, je me suis assise au balcon. Détail insignifiant, mais peut-être intéressant durant cette soirée de vœux: le parterre a acclamé le documentaire; « le peuple du balcon » semblait gêné et mitigé. La nature doit-elle être un musée mis sous cloche pour qu’une élite puisse l’apprécier? Où nous faut-il trouver les vrais moyens pour que nous apprenions tous à vivre en harmonie avec elle?
Les images sont d’une incroyable beauté. Les scènes capturées défient l’imagination…mais le sens, le message du documentaire…ça cloche. C’est peut-être pour cela que M. Borloo, dans son introduction, avait dit que le documentaire pouvait se passer de commentaire…
Le travail d’écriture n’est pas simple. Donner du sens à ce monde dans lequel nous vivons non plus. Merci à ceux qui arrivent à en donner. Merci Al, merci Isabelle, merci la BBC…
Merci aussi à ceux qui véhiculent un message qui regorge de Sens uniquement par le biais d’images transperçant l’écran; où tout mot devient superflu. Notre Pain Quotidien est un exemple étonnant; un documentaire muet criant de constats environnementaux et sociaux. A voir.
++ Liens ++
- Océans, le film
- Quand Perrin et Cluzaud éclairent les Océans, Ecolo-Info, Août 2009
- HOME, vu par sa scénariste, Isabelle Delannoy, Ecolo-Info, Juin 2009
- Dans la peau de Nicolas Hulot, Ecolo-Info, Septembre 2009







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Hulot a dit un jour que « l’émerveillement est le premier pas vers le respect »… à te lire, et n’ayant pas encore vu le documentaire, je me demande si Perrin a conçu son film dans le même esprit que les documentaires avec lesquels tu les compares. Ne souffrons nous pas aujourd’hui d’un biais, nous qui sommes convaincus?
Un biais Anne-Sophie ?
Je pense que l’on peut être convaincu d’une idée et être pédagogue sans pour autant verser dans la religiosité et le fanatisme. Toute la différence est dans le discours et la démonstration, et c’est bien ce que je comprends de ce post.
Je le résume par cette question : la séduction par les images est-elle compatible avec une argumentation solide ? Évidemment cette question est valable pour tout type de documentaire. A mon avis cela est lié à la difficulté que peut avoir l’être humain à se mettre dans un état de contemplation et d’écoute en même temps. Je pense que ce n’est pas compatible.
C’est pourquoi je préfère de loin à tous les documentaires cités celui de Ron Fricke, Baraka (1992). Procurez-le vous si ce n’est pas déjà fait ! C’est vraiment une expérience à vivre car les musiques sont géniales, les images magnifiques tout comme le message. Message qui est laissé à votre libre discrétion puisque sans commentaires aucun. Le montage parle pour lui-même. J’ajoute qu’il ne « parle » pas seulement de la nature, mais de la société, et ce sans aucun voyeurisme type « Cauchemar de Darwin ».
Une séquelle est en cours de production dont la sortie était prévue pour 2010 – Samsara – cf.http://www.spiritofbaraka.com/samsara
Bien à vous,
Xavier
Ah, enfin une critiquer qui diverge !!! Intéressant ton article…j’ai hâte d’aller le voir ;)
@Anne-Sophie: je pense bien que « “l’émerveillement est le premier pas vers le respect”. Je pense que les très beaux documentaires peuvent aider. Microcosmos et Le Peuple Migrateur ont aussi dû contribuer.
Là où j’émets des réserves sur le film Océan: c’est le commentaire du réalisateur. Le sens qu’il lui donne par les mots
@Xavier: tes rq sont très intéressantes. l’équilibre difficile à trouver, mais un documentaire peut tendre vers cet équilibre.
@Matyas: lire la critique de Terra Eco. Il est aussi chiffonné par le film. http://www.terra-economica.info/Un-cineaste-%E2%80%89biodiversifie%E2%80%89,8093.html
@tous: les images d’Océan sont extraordinaires et incroyables. (mais le sens…)
@Xavier; quand je dis « biais », j’entends que nous sommes tous ultra informé sur la chose, avec une connaissance des sujets et des problématiques beaucoup plus élevée que la moyenne… sans capacité peut être de nous mettre à la place de spectateurs moins avertis et de savoir ce que EUX vont ressentir… Pour moi au contraire, on peut contempler, être « touché », « affecté » par ce que l’on voit… ce qui amène ensuite à s’interroger, puis à écouter… Alors la difficulté peut être d’accompagner un tel processus en 1h30 ou 2h de temps c’est certain. OU de choisir de laisser les réponses venir d’autres acteurs.
Shab, je ne sais si tu le sais, mais DEYROLLE POUR L’AVENIR a réalisé 4 planches pédagogiques pour la sortie du film (espèces marines menacées/disparues/migratrices/rescapées) http://www.deyrollepourlavenir.com/les-planches-pedagogiques/les-planches-disponibles ;-)
Critique étonnante. Je n’ai pas encore vu le film mais on le m’a abondamment décrit… Ne peut-on pas faire coexister en ce bas-monde la pédagogie et la contemplation? Sachant qu’il est très difficile de juxtaposer les deux, et que l’un ne peut durablement aller sans l’autre. Je ne sais plus qui a dit « l’émotion, c’est déjà de l’information ». Il avait raison. Beaucoup de personnes sont arrivées à la réflexion écologiste « simplement » à partir des images muettes, belles, mystérieuses qu’ont pu leur offrir une enfance à la campagne par exemple.
Et puis j’entends parler de « sens » ici. Mais n’est-ce pas aussi à chacun de se l’approprier? A trop vouloir baliser la réalité par des jalons cartésiens, n’en perd-on pas l’intuition et la sensation, préalables indispensables à l’amour et à la foi? Nous avons aussi besoin d’hymnes à la beauté pure pour chanter plus juste la protection de la vie.
@Richard d’accord avec ton analyse. Microcosmos et le Peuple Migrateur sont des hymnes à la beauté, et ouvrent les portent à la contemplation qui amènent à une prise de conscience. Les images d’Océans aussi.
Les images d’Océans pouvaient se passer de commentaires comme l’a dit le ministre…
Or Perrin a tenté de baliser les images avec son commentaire.
Dites moi ce que vous en pensez quand vous le verrez. ca m’intéresse
D’acodac.
Merci Shab pour cette critique qui porte bien sur « qu’ai-je appris ? » et non « qu’ai-je ressenti ? »
Au contact des enfants, j’en viens à me dire que les deux sont importants ET complémentaires.
Il me semble que l’on apprend que mieux en étant touché.
L’émotion, c’est l’artiste qui est le mieux placé pour la transmettre.
La connaissance, c’est le technicien, l’expert du sujet qui pourra en garantir la portée.
L’avenir est peut-être à des collaborations accrues entre artistes et techniciens ? (ou à des personnes à la fois hyper-sensibles et techniquement très pointues)
Et puis, tiens, puisque nous parlons océans, vulgarisation et apprentissage, voici un petit lien qui m’a bien amusé (et qui m’a permis de revoir qq bases) :
http://tumourrasmoinsbete.blogspot.com/2010/01/mardi-cest-oceanographie.html
Bonjour,
Je viens de lire l’article grâce à la lettre d’Ecolo-Info sortie ce jour et les commentaires. Il se trouve que je suis allée voir le film hier soir en famille. Et nous sommes ressortis perplexes également, ce qui a fait débat entre nous. J’ai eu le sentiment de ne pas retrouver le travail de Jacques Perrin, comme-ci les images et le texte étaient décorrelés et que le sens du film a été perdu dans son élaboration. Reste l’émotion des images et elles se suffisaient à elle-même. Quand à la pédagogie, doit-elle être partout ? C’est peut-être à nous, spectateurs, de faire ce travail, si on le souhaite, après le film ?
D’accord avec la dernière question de Geneviève. J’en ajouterai une autre : pourquoi chercher un bouc émissaire à votre ignorance du monde (sous marin) et au fait que vous semblez ne pas comprendre que la pédagogie de l’environnement et de sa protection passe D’ABORD par la contemplation ?
La nature ne rapporte rien à personne, à part des émotions. A quoi bon connaitre le nom d’une fleur ou d’un poisson si aucun désir de protection (voire de respect) n’anime l’esprit de l’observateur ?
Dans ce sens, je préfère voir des gens heureux d’avoir assisté à un beau spectacle, qui en feront peut être quelque chose un jour (ou pas, mais au moins, l’auteur aura tenté quelque chose), que des frustrés des sous-titres qui ne savent assister à des séances de ce type que pour se plaindre de la forme, sans voir le fond (qui est, de loin et sans commune mesure avec la forme, le plus important pour ce sujet).
A la première image, en voyant l’océan à travers les yeux de l’enfant, le scenario du film était évidemment tout ficelé : 1/ c’est beau, 2/ on détruit, 3/ on moralise et on espère. Simple, mais finalement sans importance pour le reste (sauf si, bien sûr, on s’intéresse plus au genre cinématographique qu’à l’environnement… tout est question de point de vue).
Vous avez bien raison : les images sont d’une beauté infinie, et cette beauté vous a peut être trop éblouie pour que vous en captiez le sens et le but profonds. Pour moi, Jacques Perrin n’est pas un réalisateur de films cultes et irréprochables, il est bien au delà : il a ce pouvoir rare de l’observateur efficace et expérimenté qui donne à voir et à réfléchir. Son but n’est pas de mâcher le travail pour des écoliers qui s’ennuient au fond de la classe, mais de montrer un lieu et des espèces magnifiques et, par là, de donner à aimer et à réfléchir.
@Geneviève: je rencontre bcp de personnes qui sont sortire perplexes comme vous et moi. Et je me retrouve bien dans le sens de vos questions et votre approche, (et le ton de votre voix dans votre réflexion).
@JB: je ne pense pas qu’il faille être aussi catégorique. il y a un sentiment de gêne avec ce docu dont bcp de gens me parlent sans même savoir que j’ai écrit cet article ou que j’ai vu le docu. C’est étrange mais intéressant cette convergence. Il y a qq chose qui cloche. difficile de mettre les mots dessus. et je ne peux en aucun cas prétendre être en mesure d’apporter un sens à cela.
shabnam
Pour revenir aux premiers commentaires :
@ Anne-Sophie : je comprends mieux ce que tu veux dire mais c’est sans doute le mot « biais » qui m’a troublé. En effet, selon moi dire que « nous qui sommes convaincus » (que j’ai compris comme « connaissant les tenants et les aboutissants des pbs environnementaux* « ) nous avons une appréciation biaisée de ces oeuvres cinématographiques, ce serait un peu comme dire qu’un critique d’art n’est pas à même d’apprécier réellement une toile.
Si nous ne pouvons pas nous mettre à la place des « non-convaincus » ou « mal-informés » (ou avec quelques difficultés au minimum), d’un autre côté je me demande qui peut bien prétendre se mettre à la place d’un autre en ce qui concerne son ressenti. Néanmoins, je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que certains vont plus ou ressentir les choses tandis que d’autre vont passer le film de préférence à travers la grille de l’intellect. C’est donc là où je te rejoins.
@ Genevieve : Bien sûr, on ne peut pas tout demander d’un film, cela montre tout juste qu’il y a une forte attente de la part du public concernant le travail de ce réalisateur, ce qui est en soi une forme de reconnaissance !
En ce qui concerne la pédagogie, et plus particulièrement la pédagogie lié au monde de la mer, il y avait un homme qui faisait ca très bien et que je trouvais admirable : le Commandant Jacques-Yves Cousteau. C’est ce « technicien océanographique » qui est (corrigez-moi si je me trompe) à l’origine des films documentaires sous-marins mais aussi à l’origine de mon intérêt personnel pour notre nature.
@ Richard : A mon avis chacun donne le sens qu’il souhaite à un film, ce n’est pas vraiment à un niveau inviduel que ce situe la critique mais bien au niveau de la démarche. Dans un autre genre, on se rappelle notamment la critique du fameux « Home » financé par un groupe industriel pas réellement inspiré par le développement durable, lequel est promu dans le film. Le sens pourrait être compris ici comme la recherche de cohérence entre le discours et les actes. Personnellement, je suis contre la tendance (que je trouve bien francaise) de dévaloriser tout type d’initiatives à partir d’un seul angle (dans le cas d’ »Home » l’origine du financement du projet), sans prendre en compte l’existence même de l’initiative. En même temps, je trouve cela assez sain. Paradoxe, quand tu nous tiens….
Un élément de réponse, que j’ai lu ce matin :
« La nature ne parle qu’à celui qui l’écoute et sait écouter.
Elle ne répond qu’à une attente et se tait devant l’incurieux. »
Théodore Monod
@JB: très belle citation. Ca me rappelle, je ne sais pas si vous avez remarqué le bruit des animaux dans le film. Des amis plongeurs ont dit qu’ils ont mis des faux bruits sur la bande sons pour accentuer les effets des démarches et gestes des animaux filmés. Personnellement je n’ai pas d’avis. mais certains sons clochaient et semblaient vouloir fausser notre écoute.
j’aurai de loi aimé que le film me laisse écouter la nature à ma façon et qu’il n’y ait pas de commentaires.
Salut shab,
J’ai vu Océans et j’ai beaucoup aimé.
Effectivement je comprends ton « quelque chose » qui cloche, sans pouvoir l’expliquer.
Peut-être car c’est une forme de documentaire comme nous n’avons pas l’habitude de voir ?
Pour mon point de vue perso j’ai beaucoup aimé car :
- les images sont fabuleuses évidemment
- les commentaires ne sont justement pas pédago mais au contraire insiste sur l’émerveillement. J’ai bcp aimé ces interventions de l’homme qui est là par la voix sans être vraiment là, il accompagne dans l’immensité.
- tout n’est pas dit : car finalement tout est là dans le film, biodiversité, réchauffement, déchets, surpêche…il couvre les sujets les plus fondamentaux en restant dans une sensibilisation par les « sens » justement.
- j’aime être touché sans savoir pourquoi et ce film m’a touché sans être provocateur ou choquant. Il fait un tour dans l’infini bleu de l’océan, on y découvre un peu tout, ce qui y vit et ce qui s’y passe…au-dessus et en dessous de la surface.
Voila mon ressenti.
Pour l’aspect du sens, peut-être cherchons nous souvent le sens de la vie, alors que la vie elle-même est un sens ? En tout cas ce film est pour moi plein de vie et d’amour, même si c’est d’amour déchu de l’homme envers ce qui le fait vivre.
Quant à l’aspect de sensibilisation j’ai au contraire été bcp secoué par la scène ou l’on coupe les ailerons des requins ou encore l’otarie nageant dans les sacs plastiques et encore bien d’autres.
Voilou
Bonjour à tous,
A propos de Mr Perrin et de son « Peuple Migrateur » est-ce que quelqu’un s’est interrogé ou renseigné sur ce que sont devenus ces dizaines d’oiseaux imprégnés à la naissance pour les besoins du tournage donc inaptes à retourner à la liberté, cette chère liberté maître mot scandée par la musique, les images et mais également par les propos de Mr Perrin lui-même lors des interviews promotionnelles de sortie ?
En ce qui me concerne, à l’époque, j’ai tellement plongé dans la contemplation-fascination de ce film, à fort contenu émotionnel pour les humains (plus ou moins asservis) que nous sommes encore puisqu’il y est justement question de liberté, que cette question à tout le moins essentielle, puisqu’il y est question du respect envers le vivant, ne m’a pas effleuré toute aérienne que j’étais devenue…
Le retour sur Terre fût brutal, et sans échappatoire vers des prétextes « à la bonne cause », quand j’ai appris des années plus tard par des associations de protection des oiseaux que non seulement tous finissaient leur vie dans des réserves (Mr Perrin en a d’ailleurs financé une pour les besoins de la cause, enfin non je veux dire du tournage ;-) sans jamais connaître un jour (pour ceux qui n’ont pas été « utilisés » dans les séquences de vol) le goût du ciel mais qu’en plus certains d’entre eux avaient été placés en exposition dans des zoos, comme certains grands pélicans. Et je ne parle pas de ceux qui sont inévitablement morts pendant le tournage ni de ceux qui n’ont pas survécu au stress de la séparation d’avec leurs parents adoptifs de toutes sortes…
Alors depuis j’ai compris…
que je ne devais pas confondre exaltation avec contemplation, fascination avec émerveillement
que le respect du vivant est incompatible avec les enjeux financiers et les contraintes liés à la fabrication de tels films-documentaires
qu’en être les spectateurs-payeurs engageait notre responsabilité individuelle envers CHACUN de ces êtres vivants
et que le vrai message qui a pris place dans bien des esprits immatures et à leur insu c’est qu’une petite vie ailée ne vaut rien et qu’elle peut être offerte en sacrifice « pour la bonne cause » de notre évolution de conscience et de notre divertissement, malgré les rêves enfantins et les bonnes intentions de Mr Perrin auxquels je laisse, comme à « YAB », le bénéfice du doute puisque je ne le connais pas personnellement (bien que certaines alliances plus que douteuses, comme précisé plus haut dans un de vos commentaires, devraient là aussi interpeller la responsabilité du spectateur-payeur-complice involontaire que nous sommes).
Aujourd’hui je me réjouis à chaque sortie de films-documentaires Conscients, Responsables et Créateurs, non pas créateurs d’images ensorceleuses (au coût exorbitant qui suffirait à sauver toute une communauté d’un peuple-racine en voie d’extinction) et porteuses de messages d’un espoir à la saveur tiède et frelatée, non, des films-documentaires créateurs de réalités quotidiennes, de magie simple mais ô combien puissante et salvatrice parce qu’ancrée non plus dans le facile constat mais dans l’élan sur-humain à créer un nouveau monde avec des forces, des outils et des solutions qui ont du sens et de l’efficacité ici et maintenant au lieu de celui éphémère à s’apitoyer avec sensiblerie et à appliquer des pansements dérisoires, qui ne trompent que des patients hypnotisés, sur celui-là.
Un exemple ? « La terre vue de la terre – Solutions locales pour désordre global » de Coline Serreau
http://www.youtube.com/watch?v=G1wPHCJU600
Et aujourd’hui quand paraît un film de Mr Perrin…j’ai envie de passer mon chemin…en me disant dommage voilà peut-être un enfant qui pourrait enfin devenir adulte mais il préfère passer du temps dans le par-terre du bac à sable avec son petit copain Boorloo sans réaliser l’urgence à effectuer le saut quantique que la Terre nous somme d’accomplir ici et maintenant.
Bon vol Mr Perrin, que la chute ou l’éveil vous soit doux et pleins de compassion.
Et merveilleuse journée à tous :-)