Le sujet tendance du moment: médias, nouveaux médias et environnement
Le 4 janvier 2010 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Après le sommet de l’ONU sur le climat qui s’est déroulé du 7 au 18 décembre dernier, voilà LE sujet tendance en ce moment: le rôle des médias dans la défense de la cause environnementale, et de manière plus large du développement durable.
Depuis Copenhague, et alors que le bulletin de l’association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie, Canard Sauvage, revient dans sa dernière édition de Novembre-Décembre 2009 sur 40 ans d’écologie dans la presse, le sujet interroge beaucoup et je pense que nous vivons actuellement un tournant. Explications.

Clin d’oeil de l’”artiviste” Banksy aux ClimatoSceptiques – une de ses dernières oeuvres, découverte par le Londonist.com quelques jours avant Noël, peu après Copenhague, à Camden
Genèse d’un intérêt médiatique croissant
Lorsque j’ai commencé à bloguer, en 2006, les médias n’étaient pas très friands d’information verte. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a poussée à investir – modestement – le web: afin de commenter l’actualité avec une grille de lecture plus verte, afin de rencontrer d’autres convaincus et d’échanger avec eux sur des problématiques de fond.
Puis il y a eu la campagne des présidentielles de 2007, avec le travail de lobbying de Nicolas Hulot et des autres ONG environnementales: en mettant en avant le besoin d’avoir des candidats sensibles et concernés par l’écologie et les problématiques durables, ces associations ont amené les médias qui traitaient traditionnellement peu ces sujets à sortir quelques papiers sur les candidats et l’écologie.
Comme cela est souvent le cas dans la vie des idées, le nombre de citoyens prenant conscience des problématiques s’est accru. Cela en fut de même dans les rédactions et chez les journalistes – et vice versa: les journalistes en parlant plus, la sensibilisation citoyenne s’est accrue.
Le Grenelle, il faut le reconnaître, a également mis le sujet sur le devant de la scène. Il a donné de la visibilité aux ONG et aux responsables d’ONG qui ont connu une médiatisation de leurs causes comme jamais ils n’avaient connue. Les experts d’ONG ne sont plus des inconnus barbus infréquentables car trop radicaux – ils sont aujourd’hui invités de plateaux télé, systématiquement interviewés pour donner leur opinion sur des mesures gouvernementales, et la place de l’environnement dans les médias a profondément changé – même si les contradictions demeurent (notamment le greenwashing des pages de publicités, ou le manque de passerelles intellectuelles effectués dans certains médias traditionnels lors du traitement de l’actualité, mais n’en demandons pas trop à la fois non plus;-)
Le lancement des pages planète du Monde en Septembre 2008 a par exemple été un moment fort. Mais les autres journaux ont suivi (Métro avait un très bonne journaliste environnement, Nadia Loddo, Libé a l’excellente Laure Noualhat, le Nouvel Obs a Guillaume Malaurie, sans parler d’Hervé Kempf pour Le Monde bien sûr, ou encore d’Hélène Crié-Wiesner sur Rue89, et j’en passe…). Les journalistes concernés qui possèdent leur propre blog est en hausse. Sans parler du nombre de revues et de magazines (en ligne ou non) qui se sont créés depuis 2 ans.

Sur le web, le nombre de blogs écolos a littéralement explosé. En mai 2007, lors de la naissance d’Ecolo-Info, nous référencions une bonne centaine de blogs écolos. Actuellement, il en sort de nouveaux tous les jours! Le blog est un outil qui s’est largement démocratisé: il est utilisé par les entrepreneurs en ligne qui trouvent là de quoi accroître leur référencement, par les assos et ONG qui trouvent là un mode de visibilité facile et économe, par des citoyens qui veulent échanger sur le sujet, etc. On a aussi observé un boom des réseaux sociaux écolos.
Toutes ces initiatives vont dans le même sens bien sûr et cela sert grandement la cause – même s’il est possible d’interroger la nature et la qualité de l’information diffusée sur certains types de portails qui se sont multipliés depuis quelques mois: viabilité du modèle économique oblige, ces sites reposent sur la vente de produits, la prestation de service et la publicité. Ils multiplient donc des opérations type concours et font du contenu rédactionnel pour accroître leur trafic. Or, la qualité de l’information produite peut être largement interrogée lorsque l’on sait dans quelles conditions elle est faite (publi-reportages déguisés, stagiaires ou jeunes journalistes payés au lance-pierre, reprise de contenu sans demande d’autorisation, non vérification des sources, trafic grossis par des opérations d’optin, etc.)
L’effet Copenhague
Avec Copenhague, nous avons assisté à un véritable tournant. Nous le soulignions il y a un mois: le climat était sur toute les Unes. Sur place, au Bella Center, le nombre d’accréditations média a été limité tant les demandes reçues ont été nombreuses.

Fait intéressant, Twitter s’est révélé comme l’un des supports média le plus adapté pour couvrir l’événement. Chez les journalistes, les reporters de Libération ont été les premiers à s’y mettre pour l’occasion – offrant là un fil twitter très drôle, soit dit en passant. Terra Eco et Médiapart ont aussi utilisé ce mode de diffusion de l’info en temps réel.
De même, de nombreux observateurs des négociations (@ecoflo, @thomasmatagne, @aprokopiev, @benkamorvan, Ecolo-Info via @climatoblog), membres d’ONG (@350, @tcktcktck, @wwf_climat pour n’en citer que quelques uns) ou responsables politiques (tels @Denis_baupin, @sandrinebelier ou @CorinneLepage) ont partagé leur vécu de Copenhague via Twitter. Les nouveaux médias ont été fort utiles pour passer l’info à l’occasion du sommet, leur rôle s’est “révélé” à ce moment là – même si dans les faits, la communauté verte sur Twitter est très très large, et ce bien avant le sommet.

Isabelle, AS et Kevin Grandia - photo prise par Isa à partir de sa web-cam
Alors que nous étions sur place avec Isabelle pour bloguer avec plusieurs centaines d’autres blogueurs du monde entier, nous avons véritablement réalisé quelle était la force de frappe de l’ensemble de ces activistes du web (nous en étions convaincues, là nous en avons eu la démonstration live!). Chose surprenante d’ailleurs remarquée par Isabelle: lors d’une conférence à laquelle nous assistions un soir à Copenahague, les blogueurs twittaient tous avant d’applaudir les intervenants: quand les claps sont remplacés par les clics, cela fait bizarre, mais on se dit que ce sont les temps modernes d’une certaine façon, une manière de partager avec d’autres à plus grande échelle.
Questions: que signifie “média” à l’heure de l’activism 2.0?
Malgré tout cela, dans un rapport du Pew Research Center’s Project for Excellence in Journalism relayé hier par Treehugger, on apprend qu’aux Etats-Unis la couverture médiatique des sujets environnementaux a reculé en 2009: seuls 1,5% des sujets traités étaient dédiés au changement climatique et à l’environnement l’an dernier.
Certes, cette étude s’est arrêtée avant le Climategate et avant la COP15, mais cela signifie que Etats-Unis le travail d’activisme informationnel ne passe pas le filtre des médias américains – alors que la situation est différente en France, il me semble.
De tout cela me pousse donc à adhérer aux propos de Kristina Loring, écrivain-activiste qui estime qu’”il est temps de lever le poing virtuel“. Selon elle, “l‘activisme en ligne est non seulement utile, il est essentiel, et s’étend bien au-delà de la simple philanthropie numérique ou d’un engagement virtuel pour adhérer à une cause en un clic“.
Les médias traditionnels sont le relais d’une certaine forme d’information vers le grand public. Les nouveaux médias (blogs, twitter, facebook, etc.) relaient cette information, mais ils créent aussi leur propre information (d’où le “web 2.0″). Cette information, si elle fait suffisamment de bruit ou qu’elle est suffisamment avérée, vérifiée et prouvée, entre à son tour dans les médias traditionnels et donne de la force au message.
En réalité, l’activisme aujourd’hui ne peut se passer des nouveaux médias. Ils permettent de créer une prise de conscience, et de relayer cette prise de conscience: vos twitts sont autant de tracts, les réseaux sociaux sont une sorte d”imprimerie virtuelle” sur laquelle vous pouvez compter pour diffuser l’information avant que les médias dominants relaient à leur tour cette information. Et surtout, comme tout média, vous faites l’information.
Sans parler de la façon dont l’ère numérique facilite la création d’alliances. L’internet peut offrir une voie incroyable pour la collecte de fonds et la philanthropie…
++ Liens ++
Les médias classiques ont une attitude hésitante vis-à-vis des questions environnementales. Les sujets peinent à trouver une place, ou se retrouvent d’un coup propulsés à la Une et assénés jusqu’à plus soif… Divers canaux se sont ouverts dans ce paysage. Sans prétendre en faire une présentation exhaustive, Terre à Terre propose une rencontre avec trois représentants de ces “nouveaux médias”. Quels thèmes aborder ? Quelles formes adopter ?…
- Pew: Less Media On Climate in 2009 Than Two Years Previous by Daniel Kessler, Greenpeace (cf. l’article original de Treehugger)
- Online Activism can work, Kristina Loring
- Bilan du colloque Gulli organisé le 19 janvier 2009 au sujet des médias et de l’environnement







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[...] – Un bilan d’étape particulièrement réussi de l’écologie dans les nouveaux médias. [...]
Cela me fait penser à l’excellent travail d’un jeune sociologue-politologue (JB Comby, thèse soutenue en 2008, “Créer un climat favorable. Les enjeux liés aux changements climatiques : valorisation publique, médiatisation et appropriations au quotidien”). Il a entre autres réalisé une sociologie des journalistes en charge de l’environnement dans de nombreuses rédactions (presse écrite, radio, TV). Il montre en particulier que la spécialité était jusqu’à il y a peu, marginalisée dans les rédactions (ce que prouve entre autres la part importante des femmes journalistes dans cette spécialité), tout comme en politique d’ailleurs.
Un autre résultat de son étude est que l’émergence du CC dans les médias français s’est faite grâce à l’alliance (au sens symbolique) des journalistes environnementaux et de quelques climatologues qui au début des années 2000 se sont investis sur la scène médiatique (J. Jouzel, H. Le Treut pour n’en citer que deux).
Bref, cette thèse donne un très bon panorama du sujet (et pas seulement de l’aspect médiatisation), j’en recommande la lecture aux courageux que les 400 et quelques pages ne rebutteraient pas.
Bonjour Marine et merci pour votre commentaire!
Je vais me renseigner pour accéder à cette thèse car le sujet me passionne!
“Lorsque j’ai commencé à bloguer, en 2006, les médias n’étaient pas très friands d’information verte (…)
Puis il y a eu la campagne des présidentielles de 2007, avec le travail de lobbying de Nicolas Hulot et des autres ONG environnementales (..)”
Bonjour Anne-Sophie,
Votre article est intéressant car bien documenté.
A mon avis, le vrai virage, c’est le film d’Al Gore. Un film très utile car en 2006 car à cette date les gens n’étaient pas encore sensibilisés à propos du climat. Personnellement, je me suis beaucoup focalisé sur la sensibilisation à la thématique climatique en 2004 et 2005 via mon ex-blog Planète Bleue. Puis avec le film d’Al Gore en 2006, et le boom médiatique qui l’a accompagné dans la seconde moitié de 2006 et début 2007, j’ai compris que la phase de sensibilisation était gagnée, et j’ai alors changé d’approche, pour me focaliser sur les solutions pragmatiques.
En 2007, une vague de blogueurs a déferlée sur le web pour parler du climat, (répètant d’ailleurs, à quelques rares exceptions près, presque tous exactement les mêmes choses comme des moutons, sans réfléchir). Mais cela ne servait presque plus à rien de focaliser sur le climat, si ce n’est de lasser les gens, ce qu’on observe d’ailleurs dans les enquêtes d’opinion.
Pire, depuis 2008, on assiste en France (pays où l’hystérie climatique, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est encouragée par la doctrine pro-nucléaire de l’état) à une exagération exponentielle et à la transformation d’un discours scientifique en un discours religieux moralisateur et culpabilisateur. Cela tourne à une propagande débilisante où des personnes sans aucune culture scientifique viennent écrire tout et n’importe quoi et ceci avec une tonalité affirmative.
Une double dérive est à l’oeuvre aujourd’hui : certains essayent de faire croire que leur discours politico-moral, parcequ’il intègre des données scientifiques, est parole de vérité (Nicolas Hulot est la caricature de cette approche prophétique). Ils traitent alors de “négationnistes” et de “criminels” ceux qui ne pensent pas comme eux. Et pour renforcer ce caractère de vérité de leur discours, la science est présentée comme un monde de certitude (“nous sommes sûrs à 100% que le réchauffement est provoqué par les émissions humaines de CO2″). La politique est alors pervertie par un discours de pseudo-vérité scientifique. Et la science est elle même pervertie par un discours de pseudo-vérité politique.
J’estime que cette dérive est potentiellement dangereuse. Que chacun ait sa propre conception du “bien”, c’est super. Le danger survient quand certains se mettent à chercher à imposer leur propre conception du “bien” aux autres. Et c’est le projet de ceux que Dominique Guillet (LiberTerre.fr) qualifie de “Caniculs-Bénits”. Autrefois, les chrétiens, qui pensaient détenir la vérité universelle, évangelisaient ceux qu’ils considéraient comme des sauvages, des ignorants. Cela a conduit aux massacre des aztèques, des mayas etc. Aujourd’hui, certaines personnes sont certaines d’être dans la vérité climatique (“il faut fixer des quotas”) et ils s’attaquent à ceux qu’ils considèrent commes de ignorants climatiques (les gens du sud).
Ils en viennent à avoir l’indécence de demander à des pays comme l’Inde (où la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour) de réduire ses émissions de CO2, ceci brutalement, sans leur fournir l’aide financière et technique nécessaire. Bref, la focalisation idéologique sur le CO2 les conduit à ignorer des réalités humaines évidentes. Leur réflexion, uniquement focalisée sur les émissions de CO2, est fermée :
- Les techniques de refroidissement basées sur la variation de l’albedo sont ignorées
- Les effets positifs du réchauffement d’une part, et de l’augmentation de la concentration du CO2 atmosphérique d’autre part, sont ignorés,
- l’adaptation au changement est un sujet tabou,
- et le droit au développement est considéré comme une provocation.
Karl Popper, philosophe de sciences : “”(…) L’extrémisme est fatalement irrationnel, car il est déraisonnable de supposer qu’une transformation totale de l’organisation de la société puisse conduire tout de suite à un système qui fonctionne de façon convenable. Il y a toutes les chances que, faute d’expérience, de nombreuses erreurs soient commises. Elles en pourront être réparées que par une série de retouches, autrement dit par la méthode même d’interventions limitées que nous recommandons, sans quoi il faudrait à nouveau faire table rase de la société qu’on vient de reconstruire, et on se retrouverait au point de départ. Ainsi, l’esthétisme et l’extrémisme ne peuvent conduire qu’à sacrifier la raison pour se réfugier dans l’attente désespérée de miracles politiques. Ce rêve envoûtant d’un monde merveilleux n’est qu’une vision romantique. Cherchant la cité divine tantôt dans le passé, tantôt dans l’avenir, prônant le retour à la nature ou la marche vers un monde d’amour et de beauté, faisant chaque fois appel à nos sentiments et non à notre raison, il finit toujours par faire de la terre un enfer en voulant en faire un paradis.(…)”
Bonjour Olivier et merci pour votre message,
C’est vrai, Al Gore a eu un effet quelques mois avant Nicolas Hulot, j’ai oublié de le préciser, c’est lui qui a marqué le début d’une prise de conscience globale!
En ce qui concerne les blogs, oui, il est important de bien regarder qui sont les auteurs et de se méfier de certaines affirmations. Une chose est sûre, la blogosphère américaine contient une proportion similaire de blogs/portails sur la consommation verte, mais il me semble qu’elle contient aussi une proportion plus importante de blogs “de fond”, de gens sérieux, qui trouvent là une façon de relayer une information vérifiée, vraie et dont ils ont la maîtrise.
Enfin, en ce qui est des dérives, il est vrai que le ton de certains militants s’est durci dernièrement. Le sujet étant délicat et complexe, cela n’aide pas. Pour ma part, j’estime que les faits sont là, que nous n’avons plus à débattre de la réalité du changement climatique, certains pays “se meurent” déjà. Je me demande parfois si des modes de communication moins violents n’aideraient pas la discussion entre les différentes parties – telles celles qui étaient réunies à Copenhague… Or le changement climatique est facteur d’angoisse, humainement parlant, lorsqu’on y réfléchit bien. Cette angoisse en pousse certains dans les extrémismes (ils ressentent tellement l’urgence et le contraste entre ce qu’il est possible de faire et ce qui n’est pas fait qu’ils s’expriment dans l’urgence, pour ne pas que nous y soyons obligés à terme), elles en poussent aussi d’autres à ne pas voir la réalité, à se voiler la face, et à nier certaines évidences.
A ce sujet, pour ceux que cela intéresse, pour une réflexion de fond sur l’humain et son appréhension du monde et des problématiques environnementales, lire (d’urgence!), la Lettre Nature Humaine: http://www.nature-humaine.fr/archives
Très bien ces réflexions générales,mais le concret?
Voyez notre site sur les économies d’énergie et le développement durable dans les immeubles et signalez le aotour de vous!
http://www.ecocopro.com
sincerement
Bonjour Anne Sophie,
Bel article bien senti!
Quand j’étais étudiant en master d’écologie de 2006 à 2008, j’étais bien loin de saisir ma responsabilité dans ce qu’il se passe aujourd’hui. Je ne faisais que d’étudier le fonctionnement de la planète, peut être de manière un peu autiste à ce qu’il se tramait tout autour. J’étais un peu frustré du manque de débat mais au final, je me rends compte aujourd’hui que cette formation m’a permis de filtrer ce monolithe d’information qui s’abat sur nous chaque jour. Et vu la quantité il vaut mieux être immunisé. Il y a comme un productivisme de l’information plus parlant que l’information elle même.
Les thèmes de l’environnement, de l’écologie sont perçues comme des combustibles au “journalisme”, un herbivore sans défense à la merci de prédateurs peu scrupuleux. Anecdotes : je postulais l’autre jour pour être rédacteur pour un portail verdoyant, payé au lance pierre comme tu dis, on m’a dit que j’étais trop engagé : ils ont préférés engager quelqu’un capable de pondre 4 articles par jour. 13 000 signes par jour en fouinant sur internet : juste le temps de paraphraser…
J’ai ça et là des échos d’amis journalistes qui disent traiter plusieurs articles en même temps. Certains m’avouaient qu’ils comprenaient à peine ce qu’ils évoquaient.
Réfléchir prend du temps, réfléchir permet de faire de la qualité (ceux qui ont fait une thèse savent à quel point produire un article de qualité demande comme temps), réfléchir est indispensable pour produire une information nouvelle, comme dans ton article, issus d’une réflexion.
Mais réfléchir : n’apparaît pas comme productif. Un type qui réfléchit n’agite pas les mains. Or devant le boss, ce qui compte c’est surtout agiter les mains. Ce qui compte en politique aujourd’hui c’est agiter les mains. A force d’agiter les mains on fait de la magie, un monde d’illusion. Malheureusement, la nature n’est sensible qu’aux actes.
A un autre entretien, à la vue de mon CV, on m’a sorti : nous on traite du développement durable, l’écologie n’est qu’un des piliers face au social et à l’économie. Alors qu’en fait cette anthropocentrisme nous fait oublier que l’économie et le social ne sont possible que dans un environnement sain. Là aussi, je me suis vu écarté : “ce poste nécessite de travailler dans l’urgence, il n’y a pas de temps pour la réflexion que vous recherchez”. Est ce que tout cela est durable? Je ne pense pas. Finalement certains médias font de la spéculation à leur manière.
Faire de l’écologie, parler de l’environnement c’est toucher au long terme. Cela me semble malheureux de le faire dans cette frénésie. Il y a un parallèle intéressant entre la société productrice de bien et celle productrice de services. Au final, on a transformé l’environnement en bien consommable. Pour une source, on a 56 hauts parleurs comme pour une patate on a 56 paquet de chips : il n’y a que l’arôme qui change.
Anne-Sophie a écrit : “Pour ma part, j’estime que les faits sont là, que nous n’avons plus à débattre de la réalité du changement climatique, certains pays “se meurent” déjà.”
Entièrement d’accord : le climat change, et ce changement pose problème pour les populations les plus pauvres qui ont du mal à s’adapter. Le climat change : la banquise régresse dans l’Arctique, des glaciers dans les Alpes reculent, la température moyenne a augmenté d’environ 0,7 degrés en un siècle.
Voilà quelques exempls de ce qui est observé. Par contre, en ce qui concerne l’origine de ce changement, il n’y a aucune certitude. Le climat terrestre est extrêment complexe et nul ne peut affirmer que nous sommes certains que le CO2 anthropique, et le forçage radiatif qu’il engendre, est intégralement responsable du réchaufffement observé. Personnellement (c’est mon opinion, pas une vérité, je fais ce pari) je pense que le CO2 a contribué au réchauffement observé. Et au niveau des prévisions pour le futur, nous ne savons pas comment le climat va évoluer.
Carl Wunsch, spécialiste des océans, MIT : “N’importe quelle personne qui vous dit qu’elle sait ce qui va se passer dans 20 ans, dans 50 ans ou dans 100 ans n’est pas un bon scientifique”
http://www.electron-economy.org/article-climat-le-roles-des-oceans-par-carl-wunsch-professeur-d-oceanographie-physique-au-mit-40580782.html
L’analyse de Richard Lindzen, professeur de sciences atmosphérique au MIT :
http://www.electron-economy.org/article-resister-a-l-hysterie-sur-le-climat-41126903-comments.html
En France, il est rare que ces analyses soit diffusées dans les médias. C’est à mon avis regrettable.
Anne-Sophie : “Je me demande parfois si des modes de communication moins violents n’aideraient pas la discussion entre les différentes parties – telles celles qui étaient réunies à Copenhague… ”
Copenhague a été un choc spectaculaire entre les pays du sud (80% de la population mondiale) et les pays du nord. Le débat, l’affrontement des idées est non seulement nécessaire mais vital. La Chine et l’Inde ont a mon avis eu raison de rappeler la responsabilité historique des européens et américains. 80% du CO2 d’origine humaine qui est aujourd’hui dans l’atmosphère a été produit par les occidentaux (ils ont commencé les révolution industrielle bien plus tôt que les pays en développement et le CO2 a un temps de résidence supérieur au siècle dans l’atmosphère). Aujourd’hui un américain émet 23 tonnes de CO2 par an, un européen 12 tonnes, un chinois 4,5 tonnes, un indien 2 tonnes et un africain moins de 0,1. J’ai trouvé très choquant que les européens et les américains demandent à la Chine et à l’Inde de réduire leurs émissions, ceci sans proposer de financement à la hauteur des enjeux pour rembourser leur dette écologique historique. J’ai trouvé très juste la réaction des pays du sud (Chine, Inde, Afrique, Amérique latine ).
J’ai d’autre part trouvé très positif le rapprochement des certaines ONG “écolo” avec les ONG humanitaire.
On a assisté à un glissement de l’éco-centrisme vers l’anthropo-centrisme, la priorité redevenant (ouf !), l’épanouissement humain et non le CO2. Je pense que cela ne sert à rien de fixer des quotas d’émission si on ne se donne pas les moyens de les atteindre. Ce qui importe, c’est d’aider les populations pauvres afin qu’elles sortent de la pauvreté et puissent affronter le changement qui de toute manière va se produire, quoi qu’on fasse. Il me semble urgent que les pays riches financent un grand programme mondial pour que chaque enfant, chaque maman et chaque papa sur la terre puisse boire une eau potable et puisse avec accès à l’électricité, ceci de manière durable, ce qui supporse de faire appel aux éco-technologies (éolien etc.). Pour moi, c’est cela la priorité.
Anne-Sophie : ” Or le changement climatique est facteur d’angoisse, humainement parlant, lorsqu’on y réfléchit bien. Cette angoisse en pousse certains dans les extrémismes (ils ressentent tellement l’urgence et le contraste entre ce qu’il est possible de faire et ce qui n’est pas fait qu’ils s’expriment dans l’urgence, pour ne pas que nous y soyons obligés à terme), elles en poussent aussi d’autres à ne pas voir la réalité, à se voiler la face, et à nier certaines évidences.” A ce sujet, pour ceux que cela intéresse, pour une réflexion de fond sur l’humain et son appréhension du monde et des problématiques environnementales, lire (d’urgence!), la Lettre”
Je pense qu’il faut distinguer les personnes qui sont effectivement dans le déni du réchauffement (déni qui relève à mon sens de la bêtise, de l’égoïsme, ou à l’incapacité d’imaginer que le pire peut arriver, pour des raisons phychologiques), des personnes qui ont conscience que la stratégie de la peur mène à l’impasse. On n’a jamais rien résolu avec la peur. Il nous faut de la lucidité (y compris la capacité de comprendre que le pire peut arriver), pas de la peur. Le pilote qui a sauvé toutes les personnes de l’avion qui a réussi à se poser sur l’Hudson n’a pas pris peur, il est resté lucide, et c’est grâce à cette attitude que tout le monde a été sauvé.
La peur ne sert à rien, et les agitateurs et commerçants de la peur sont nuisibles. Face aux agitateurs de peurs, certains français sont comme un lapin face au boa : paralysés. Or il ne nous faut pas des gens paralysé mais des gens qui agissent ! Et pour qu’ils agissent, il ne faut pas se contenter d’exposer les problèmes, pire de les présenter de telle façon que les gens prennent peur, mais, pour chaque problème, de présenter les solutions, car les solutions sont disponibles ici et maintenant. Il ne s’agit pas de se contenter de dire “tout va bien madame la marquise” mais de donner un horizon crédible et désirable vers lequel chacun aura (ou non) envie de se projetter. Il nous faut passer de l’écologie émotionnelle/réactionnelle à l’écologie de la raison et du pragmatisme, de l’écologie de la peur et de la culpabilisation à l’écologie de l’espoir. Les trois stades de l’éco-conscience : http://www.electron-economy.org/article-les-trois-etapes-de-l-eco-conscience-37782635.html
Et voici l’analyse d’Hermann Scheer (député allemand, père des lois allemandes sur les énergies renouvelables et initiateur de l’IRENA) : “(…) Si la majorité silencieuse ignore que les solutions existent pour surmonter ces dangers elle arrivera à la conclusion que ces problèmes ne peuvent pas être résolus (…) Et si les gens pensent cela, il vont développer une “No Future Mentalité”. Les gens deviennent alors apathiques, déprimés, nihilistes (…) Une société ne peut passer à l’action pour surmonter les dangers que si une perspective peut être visualisée à l’horizon. Pour des raisons psychologiques, il ne faut pas laisser les gens seuls face à des dangers énormes (…) Chercher à faire croire qu’il n’existe pas d’alternatives aux énergies fossiles et au nucléaire relève de la pollution des esprits (…)”
L’impossibilité, pour certains, de croire que le pire va arriver est un obstacle aussi lourd que l’impossibilité de croire, pour d’autres, que le meilleur va arriver. Il n’y a aucun obstacle technique ou économique pour construire à horizon 2030 une Clean Energy & Eco-Cycling Economy. Le seul obstacle relève de la volonté politique, mais “la politique, c’est recyclable”, comme le dit si bien Al Gore.
– Olivier
Mon commentaire (réponse à Anne-Sophie) doit être trop long, je n’arrive pas à le publier !
Je le poste sur mon blog :
http://www.electron-economy.org/article–le-sujet-tendance-du-moment-medias-nouveaux-medias-et-environnement-debat-sur-ecolo-info-42439222.html
olivier : il me semble que le débat est la meilleure façon d’éviter ces dérives quasi totalitaires dont tu parles. Et il me semble que les meilleurs débats se passent justement sur des blogs.
Et il me semble que tout le monde, scientifique ou non doit s’exprimer. Le sujet concerne tout le monde. Quant au débat scientifique, personnellement, je pense que pour avancer, il faut clore sur la polémique de la responsabilité humaine. 90 % de convergences vers une responsabilité humaine (GIEC 2007)… On peut conisdérer le phénomène comme sûr vu les dangers.
L’albedo et le refroidissement : OK, ça fait partie des techniques. Mais pourquoi le mettre tant en avant ? C’en est une parmi d’autres.
Les effets positifs du CO2 : on est très ignorant sur ces dynamiques, notamment dans les écosystèmes. Par exemple, on s’aperçoit que les espèces ne migrent pas comme un seul homme vers les altitudes et latitudes plus élevées. Certaines sont justement sensibles à la concentration de CO2 et c’est l’écosystème en son sein qui se modifie….
Le problème c’est que tant que les “sceptiques” sur la responsabilité humaine continuent à s’activer autant, on passe son temps à débattre alors que les scientifiques SPECIALISTES du sujet et RECONNUS par la qualité de leur parcours (contrairement aux septiques qui s’expriment qui sont ni l’un ni l’autre – je ne connais pas d’exception, donne m’en ;) ) sont eux OK sur leur 90 % de certitudes.
Du coup on passe notre temps à rappeler l’état des lieux. Qui est angoissant
Pendant ce temps, du coup on ne parle pas du foisonnement des idées, des techniques, des avancées pour passer à un XXIe siècle différent. On ne parle pas de quel système économique adopter – faut-il en changer, le capitalisme est-il à remettre en cause ou non, etc.
On n’avance pas sur le débat technique, économique social etc.. Qui lui est enthousiasmant.
Isabelle a écrit : “Quant au débat scientifique, personnellement, je pense que pour avancer, il faut clore sur la polémique de la responsabilité humaine. 90 % de convergences vers une responsabilité humaine (GIEC 2007)… On peut conisdérer le phénomène comme sûr vu les dangers.”
C’est un point essentiel. Je pense qu’il convient de séparer débat scientifique et débat politique/citoyen, même si bien entendu le débat politique/citoyen doit se nourrir des apports des sciences climatiques.
Le climat est devenu un sujet très politique et même, on l’a vu à Copenhague, géopolitique.
On peut faire le pari que c’est effectivement le CO2 le principal agent du réchauffement (c’est le pari que je fais, personnellement, compte-tenu du faisceau de présomption) mais nul ne peut l’affirmer avec certitude. Les gens qui affirment être sûr ne sont tout simpement pas crédibles. Certains scientifiques acceptent de jouer à ce jeu, c’est à dire de pervertir l’esprit de la science, ils pensent que cela va renforcer l’action politique. J’ai écrit à certains climatologues influents en France, climatologues que j’ai eu l’occasion de connaître quand j’ai lancé un petit groupe de traduction en français des articles du blog RealClimate de Gavin Schmidt et Michael Mann. Je leur ai écrit pour leur dire que chercher à étouffer l’affaire des emails piratés ou de nier la pause du réchauffement depuis 10 ans était stérile et qu’il vallait mieux en tirer toutes les leçons, avec sérénité. J’ai publié sur mon blog certains de ces échanges. Georg Monbiot, journaliste de The Guardian et militant écologiste a exactement le même avis. La presse suisse, britannique et américaine a eu une approche beaucoup plus saine que l’approche d’étouffement française.
Je pense qu’opter pour un discours de vérité est contre-productif et très malsain sur le plan intellectuel, je dirais même éthique. A partir du moment où l’on transforme le discours scientifique en discours de vérité, ceci pour que les gens acceptent un projet politique que l’on considère comme étant le seul acceptable, c’est qu’on se met à penser à la place des autres, qu’on ne leur fait pas confiance pour comprendre ce que signifie le doute en science, et on est alors dans une dérive totalitaire. A chacun d’évaluer librement les dangers, nous sommes en démocratie, et si la majorité estime par exemple qu’agir pour réduire les émissions de CO2 est trop coûteux (comme c’est le cas aux USA), ou conduit à trop de sacrifices au niveau confort, nul ne peut chercher à imposer autre chose. Idem si la majorité décide d’abandonner les énergies fossiles (ce que je souhaite personnellement). Cette pseudo-vérité scientifique sert de bible aux prophètes de l’écologie de la punition et de la régression, prophètes qui bien souvent ne comprennent strictement rien aux sciences. C’est à mon avis très toxique.
“La science ne repose pas sur une base rocheuse. La structure audacieuse de ses théories s’édifie en quelque sorte sur un marécage. Elle est comme une construction sur pilotis. Les pilotis sont enfoncés dans le marécage mais pas jusqu’à la rencontre de quelque base naturelle ou “donnée” et, lorsque nous cessons de les enfoncer davantage, ce n’est pas parceque nous atteint un terrain ferme. Nous nous arrêtons, tout simplement, parceque nous nous sommes convaincus qu’ils sont assez solides pour supporter l’édifice, du moins provisoirement ”
- Karl Popper
Suite :
http://www.corazon.fr/@Objectif-Terre,82@.html?id_syndic_article=231664&lang=fr
(Les ouvrages de Popper sont à lire et à méditer, vraiment…)
D’autre part, que ce soit le CO2 ou autre chose, cela ne change strictement rien au problème : le climat change et les populations pauvres ont du mal à s’adapter au changement. Comment aider ces populations ? C’est cela le vrai sujet, l’urgence, ce sont les populations qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’électricité.
Isabelle a écrit : “SPECIALISTES du sujet et RECONNUS par la qualité de leur parcours”
Carl Wunsch et Richard Lindzen, que je cite dans mon précèdant message, sont des scientifiques du climat reconnus. Voir aussi :
“La science et les politiques climatiques” – Par Mike Hulme, climatologue, Université d’East Anglia
http://www.electron-economy.org/article–la-science-les-politiques-climatiques-par-mike-hulme-universite-d-east-anglia-40703464.html
En France, une partie des écolos est traumatisée par Claude Allègre. Mais je crois qu’il faut sortir un petit peu du cadre franco-français, prendre connaissance de ce que disent les experts des autres pays, et ne pas se focaliser sur les personnes mais sur les idées.
Je pense que c’est une erreur de mettre toutes les personnes qui refusent la religion/propagande officielle dans le même panier. Quand il n’y a plus de débat, c’est que nous ne sommes plus dans le monde de la science mais dans le monde de la religion.
[...] des bloggers dans l’information (déjà par mal traité par Anne-Sophie d’Ecolo-Info ici [...]
[...] Lego « Unleash you lego » ENVIRONNEMENT Parler d’écologie pour responsabiliser >> Le sujet tendance du moment: médias, nouveaux médias et environnement >> [...]
[...] Sophie vient d’écrire sur ce sujet aujourd’hui : la force du media participatif, son importance cruciale dans les sujets écologiques, que l’on a vécue très fortement à [...]
Salut Anne-Sophie !
J’espère que tout va pour le mieux pour toi et pour Ecolo-Info.
Je voulais juste apporter une petite précision : la rubrique “Ma planète” a été crée en septembre (ou octobre) 2006 à Metro France, donc avant la rubrique “Planète” du Monde :-) qui avait à l’époque une rubrique Sciences-environnement, si je ne me trompes pas.
A bientôt,
Nadia
[...] à Copenhague dans le Fresh Air Center (dont Anne-Sophie vous a si brillamment parlé dans son billet de lundi) et en regardant justement Anne-Sophie travailler – elle retwitte systématiquement [...]
[...] Le sujet tendance du moment: médias, nouveaux médias et environnement [...]